‹ Introduction a L'etude des Idées Morales Dans l'Égypte antiqueChapitre 8 sur 123 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Avant la découverte des hiéroglyphes, on n’avait, pour contrôler la réputation de sagesse de l'Égypte, que ce que nous en apprenaient les écrivains grecs et chrétiens. Pour diverses raisons leur témoignage doit être accueilli avec défiance. Cependant, s’il est bon de ne pas toujours prendre à la lettre tout ce qu’il disent, on retrouve chez eux l’écho plus ou moins dénaturé de traditions. anciennes et bien des renseignements utiles.

Les écrivains chrétiens sont particulièrement suspects. Ils viennent à une époque où la religion égyptienne est en pleine décadence. Les rites subsistent bien, mais le sens des mythes et des doctrines s’est altéré ou perdu. La science des prêtres a baissé avec leur puissance et leur richesse ; ils se bornent à conserver avec plus de piété que d'intelligence le dépôt qui leur a été commis. Le plus vivace, c’est la superstition populaire. Aussi estce à elle que s’attaquent les apologistes et les docteurs chrétiens, intéressés à rabaisser les hautes conceptions, à demi oubliées, en daubant les croyances du vulgaire. Ainsi Eusèbe affecte-t-il le mépris pour les traditions antiques!. Clément d'Alexandrie ne montrait pas une hostilité préconçue ; il ne regarde pas l’ancienne philosophie comme une inspiration de l'Enfer ainsi que Tertullien ;

1 Eusèse DE CÉsARSE : Préparation évangélique et Histoire ecclésiastique (1re éd. par Ros. EsTIENNE, Paris, 1544: dernières éd. de la Préparation : Dinporr, Leipzig, 1867; de l'Histoire : Garsrorp, Oxford, 1852 ; ScawecLer, Leipzig, 4852 ; F. HEiNICHEN, Leipzig 1868; W. Dinporr, Leipzig, 1871). — Chronique (Fragm. et trad. lat. de saint Jérôme : Scauicer, Leyde, 1606; A. Scnone, Berlin, 1866-75 ; Siecrriep et Gezzer, Leipzig, 1884, etc.). — OEuvres compl. : Patrologia græca de Miens, t. xix-xx1v, 1856-57,

mais d’après ce qu'il dit des hiéroglyphes on a conclu (peut-être à tort d’ailleurs) qu'il ne les connaissait guère”.

Les philosophes de l'École d'Alexandrie s'inspirèrent des anciennes doctrines, mais les combinèrent avec des éléments grecs, juifs et chrétiens, en faisant prédominer les idées platoniciennes?. La part égyptienne a été la moins mise en relief dans les études faites sur les œuvres de Plotin* et de ses successeurs, Porphyre“ et Jamblique*. Rattachons à cette école quelques autres écrivains païens, contemporains du christianisme. Apulée de Madaure nous montre, probablement d’après Lucius de Patras, les fêtes d’Isis et les sentiments tendres des dévôts pour la déesse. On lui attribue une traduction du dialogue d’Hermès Trismégiste intitulé Asclépios ; dirigée contre le christianisme, cette œuvre semble s'inspirer directement de sources égyptiennes”. Ælius Aristide déclame pieusement en l'honneur de Sérapisf. Synésius ° devint évêque ainsi qu'Héliodore!? ; tous deux donnent quelques détails intéressants.

D’autres Grecs ont connu l'Égypte avant que le christianisme s’y implantât. Ils ont trouvé une tradition plus pure, mais ils ont rencontré d’autant plus de difficulté à la bien connaître qu'ils étaient plus anciens. Plutarque, le bon homme de Chéronée, semble avoir voulu dans sa vieillesse couronner sa philosophie

4 CLÉMENT D'ALEXANDRIE : Siromates, etc. (1re éd. par Verron, Florence, 1850 ; la plus estimée par Porrer, Oxford, 1715, reproduite par Micne, t. vi-1x, 1858 ; nouv. édit. par W. Dporr, Oxford, 1869. Cf. Dei8er, Clément d'Alexandrie et l'Egypte, 1904).

2 Histoire de l'Ecole d'Alexandrie : J. Simon, Paris, 1845; VacHeroT, 1846-51 ; BARTHÉ- LEMY-SAINT-HILAIRE, 1845.

3 PLornN, Les Ennéades (lre éd. Marsize Fra, Florence, 1494, rééd. Creuzer, Oxford, 1835; Düpner, Bibl. Didot, 1855 ; trad. Bourzzer, 1857-1861).

4 Porpyre : Vie de Pythagore, et De l’abstinence des viandes (Hozsrenivs, Rome, 1630); Epitre apocr. à Anébon l’'Egyptien (dans le Pæmander, Ficin, Venise, 1483, etc.).

5 JAmMBLIQuE : Vie de Pythagore (Kiæssune, Leipzig, 1816) ; Sur les mystères égyptiens, apocr. (M. Fran, Venise, 1483 ; Parrmey, Berlin 1857).

8 Apuée, Métamorphoses, 1. x et x1 (Rome, 1469; Oupenporpr, Leyde, 4786-1823; HiLne- BRAND, Leipzig, 1842).

7 Hermès TRismÉGiste, Asklepius sive de natura deorum dialogus (HizpeBraND, dans Apulée, 1842) avec le Pæœmander (Fra, Trévise, 1471, trad. par L. Ménanrp, Paris, 1860, cf. Prerrer, Mélanges d'arch., [, 3, p. 112, 1873).

$ Ærrus AniSrTibes, Discours sacrés (Florence, 1517 ; G. Divporr, Leipzig, 1829).

® Syxésius, l’Egyptien ou de la Providence, De la calvitie (Turnèee, Paris, 4553 ; PerAu, Paris, 1633 ; Coll. Muee, t. Lxvi, 1859 ; Druon, Paris, 1878). É

1 Hériopore, £'thiopiques (Bâle, 1534 ; Coray, Paris, 1804).

Page 1