ÉGYPTE ET GRÈCE
ments de la mythologie grecque viennent des bords du Nil. La guerre des dieux contre les Géants et les Titans et le rôle qu'y joue Minerve paraissent bien sortir de légendes égyptiennes, ainsi que les « passions » des dieux?. Plus souvent, les mythes grecs dériveraient d’interprétations étrangères sur des images plastiques d’origine égyptienne : ainsi les Harpyes, le supplice de Prométhée, Atlas, Géryon, le jardin des Hespérides, la naissance et les travaux d’Hercule, le bouclier d'Achille. Les Mystères répandirent, sous les noms des divinités grecques, des légendes, des idées et des rites égyptiens *. | De même pour les mœurs, la politique, les lois et la morale. D'où que les Grecs aient tiré leurs premières habitudes sociales, la configuration de leur pays les poussa vers autonomie de petites cités et l'esprit d'indépendance individuelle, tandis que la nature de la vallée du Nil produisait la monarchie centralisatrice et absolue. Cependant, indépendamment des prescriptions communes à toutes les morales, Grecs et Égyptiens partageaient certaines croyances, telles que celle d’un âge d’or où sous le règne des dieux fleurissent le bonheur et la justice, celle d’une némésis poursuivant le meurtre, celle de lois éternelles supérieures aux volontés des maîtres du jour, celle d’une divinité souveraine rétributrice du bien et du mal. C’est surtout en eschatologie, que les Grecs empruntèrent aux Égyptiens, maitres en la matière 5, par exemple : l’immortalité d’une âme ailée, les Champs Élysées, les fleuves des Enfers, le nocher Charon, Cerbère, le jugement des morts, la pesée des âmes, les châtiments variés des damnés, Rhadamante en qui l’on reconnaît facilement « Râ dans l'Amenti », Minos qui rappelle #änou un des noms de la terre des morts, Eaque qui de loin évoque la fête des morts Ouaga.
1 Dropore, I, 96-97.
2 Ta réôn : Héronore, I, 174; Diopone, I, 97. Cf. Morer, Rois et dieux : La Passion d'Osiris (p. 77-116); Les mystères d’Isis (p. 163-213).
3 Cf. Virey, Données égyptiennes dans le mythe d’Hercule, 1902; Anciennes peintures, 1906 ; Religion, p. 118, 148, 184, 188, 196, 241, 243; Morer, 0p. cit., Homère et l'Egypte (p. 253-275).
5 Cf. Paul Foucarr, Mystères d'Eleusis, 1895; Culte de Dionysos en Atlique, 1904.
5 Cf. J. Barzuer, Descentes aux enfers, 1902; Ruur, De mortuorum judicio, 1903 ; Morer, Rois et dieux, p. 119-159.
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D'illustres Grecs tiraient gloire, ou leurs admirateurs et disciples leur faisaient honneur, d’avoir voyagé en Égypte et d’en avoir rapporté une partie de leur science et de leur sagesse ! : des poètes comme Homère, Orphée, Musée, Mélampe, des législateurs comme Lycurgue et Solon, des historiens comme Hécatée, Hérodote, Hellanicos, des philosophes et des savants comme Thalès, Pythagore, Xénophon, Démocrite, Eudoxe, OEnopide, Platon. Avec des tempéraments opposés, Sparte et Athènes ont adapté des lois égyptiennes à leurs besoins. Rome même doit beaucoup à l'Égypte et de son droit primitif, et de la Loi des XII Tables, et plus tard du droit impérial dont, sous le nom de droit romain, se sont inspirées les législations modernes ?. Les Empereurs romains ont réalisé à leur façon l'idéal de la royauté égyptienne, y compris le culte du souverain.
A côté des hommes d’action, les penseurs grecs ont pillé TÉgypte. Si Orphée, Musée et Mélampe ne sont que des noms légendaires, l’œuvre qu’on leur attribue, l'importation des mystères de Dionysos et de Démêter, n’a rien d'imaginaire. Pythagore a formulé la métempsychose sur des données égyptiennes. Platon a beaucoup pris à l'Égypte : sa théorie des idées modèles des choses réelles, il l’a tirée de celle de l’émanation des doubles; sa division de l’âme en vois, düuoc, éribvuix, reproduit la distinction familière aux moralistes égyptiens, du cœur et du ventre, hdét et Æhel ; son Aéyos créateur procède directement du m& khrôou; sa politique repose sur la subordination de l’individu à l’état, fondement de la société égyptienne, et sur le gouvernement des sages, idéal de la classe sacerdotale et des scribes ; en plusieurs ouvrages, il accrédite les croyances au tribunal des morts, aux châtiments du Tartare, aux récompenses des îles Fortunées. Le platonisme et le néoplatonisme s’acclimateront et fleuriront d’autant mieux en Égypte, qu'ils avaient des racines égypliennes. De même le christianisme trouva, pour la charité et les autres vertus qu'il prône,
{ Dropore, I, 96-98. Cf. Boucré-Leccenco, Leçons d'histoire grecque, 1906, p. 302-313. 2 Cf. Revizvour, Rapports des Quirites et des Égyptiens, 1902 ; Origine égyptienne du droit civil romain, 1911.