II. Composés oxydés de l'azote. — Peroxyde d'azote
(acide hypoazotiquc) . — Le peroxyde d'azote peut, comme
l'oxyde de carbone, être réduit par les métaux et aussi se eombiner à froid avec certains d'entre eux pour donner des composés spéciaux que MM. Sabatier et Senderens, qui les ont découverts, appellent des métaux nitrés.
Sur du cuivre, réduit par l'action de l'hydrogène ou de l'oxyde de carbone sur l'oxyde cuivrique, on dirige entre 25 et 30 degrés des vapeurs de peroxyde d'azote ; elles sont absorbées avec un dégagement de chaleur sensible au toucher. Quand l'opération est terminée, il reste une matière brunmarron dont la composition peut être exprimée par la formule Cu^ AzO- ; elle correspond à la Gxation sur le cuivre métallique d'environ 1000 fois son volume de peroxyde d'azote à 30 degrés. Sous l'influence de la chaleur, cette substance se détruit en se décomposant en partie, du peroxyde d'azote se . dégage, laissant un mélange de cuivre et d'oxyde de cuivre ; quand on opère avec un tube fermé en V renversé, on peut liquéfier le peroxyde d'azote dans une des branches refroidie, et par refroidissement la réabsorption a lieu en partie par le métal non oxydé.
Le cobalt réduit, exposé à l'action de vapeurs de peroxyde d'azote diluées dans un courant d'azote pur et sec, pour éviter toute élévation de température, donne lieu à une réaction tout à fait semblable à celle que le cuivre produit ; on observe un léger dégagement de chaleur, et, quand il a cessé, le cobalt nitré reste sous la forme d'une matière noire qui contient Co AzO-. Légèrement chauffée dans un courant d'azote, cette substance dégage d'abord une petite quantité de vapeurs nitreuses, puis elle déflagre presque aussitôt avec un éclat extraordinaire en laissant comme résidu un mélange de cobalt et d'oxyde de cobalt.
Le nickel réduit par l'hydrogène à basse température, traité par un courant de peroxyde d'azote dilué dans de l'azote donne le nickel nitré Ni^AzO^ toujours mélangé d'uue certaine quantité d'oxyde ; c'est une matière noire qui déflagre vivement quand on la chauffe dans une atmosphère inerte et dont les propriétés sont toutes semblables à celles du cobalt nitré.
Dans les mêmes conditions, le fer réduit fixe une certaine
quantité de peroxyde d'azote, mais dès que celle-ci est devenue un peu notable le passage du courant mélangé d'azote et de peroxyde d'azote détermine une déflagration intense de la matière et ne permet pas d'isoler le fer nitré à l'état de pureté.
— Quand on laisse la température s'élever, il y a toujours réduction de l'oxyde d'azote et formation d'un oxyde métallique ; c'est ainsi que, si l'on ne prend pas la précaution de diluer le peroxyde d'azote dans de Tazote, le cobalt réduit s'enflamme à froid dans ce gaz et brûle vivement en donnant de l'oxyde noir de cobalt C0*0'* ; à 250«, le cuivre se change en oxyde noir CuO ; à la même température le nickel réduit réagit avec incandescence en formant du protoxyde de nickel.
Vers 300®, le zinc se change en oxyde ; vers 350*', le fer réduit s'oxyde avec incandescence en laissant du peroxyde de fer ; le magnésium n'est attaqué qu'au rouge sombre mais il donne lieu à une combustion vive très énergique, et la limaille d'aluminium n'est pas oxydée sensiblement nrème à 500«.
Oxyde azotique {Bioxydc d'azote). — Le bioxyde d'azote est réduit par un grand nombre de métaux et la réaction est d'autant plus facile que la chaleur d'oxydation du métal considéré est plus grande ; il faut éviter d'ailleurs d'opérer à une température supérieure à 550^, la décomposition du bioxyde d'azote par la chaleur étant déjà très sensible à 500^, comme M. Berthelot l'a fait voir.
On obtient des résultats tout différents suivant l'aspect du métal employé ; les métaux alcalins chauffés dans ce gaz le décomposent en isolant l'azote, mais même au rouge sombre les métaux ordinaires fondus, en lames ou en limailles, n'exercent que peu d'action ; le cuivre, le fer, le cadmium, le zinc se recouvrent d'une couche superficielle d'oxyde ; le plomb s'attaque plus rapidement en donnant de la litharge ; le mercure, l'argent, le platine n'agissent pas.
Il n'en est plus de même avec les métaux divisés obtenus en réduisant les oxydes par l'hydrogène ; le bioxyde d'azote les attaque à une température à laquelle il est encore parfaitement stable, et il les transforme totalement en oxydes qui
sont habituellement différents de ceux que donneraient l'oxygène ou l'air.
Le nickel réduit brûle à 200^ dans le bioxyde d'azote avec une vive incandescence en donnant du protoxyde, jaune verdâtre, tandis que dans l'air l'incandescence est moins vive, et le protoxyde toujours mélangé de sesquioxyde noir ; le cobalt réduit devient incandescent à 150<» dans l'oxyde azotique en devenant du protoxyde marron, tandis que dans l'air on a une poudre noire d'oxyde salin Co^O* ; le fer réduit par l'hydrogène au rouge s'oxyde dès 200<» avec une vive incandescence en se changeant en protoxyde gris noir. Il en est de même du cuivre, qui, à partir de 200*^, se transforme totalement en sous-oxyde rouge Cu-0 ; au rouge sombre l'oxydation a lieu avec incandescence en donnant le même oxyde (Sabatier et Senderens).
— La réduction de l'oxyde azotique humide peut avoir lieu à la température ordinaire ; si dans un grand flacon bourré de zinc en copeaux, renversé sur l'eau et plein d'eau distillée on fait arriver du bioxyde d'azote bien pur (provenant de l'action du sulfate ferreux sur l'acide azotique), on constate, au bout de quelque temps, que l'eau s'élève dans le flacon, et la diminution de volume, assez rapide, varie suivant les circonstances de l'expérience ; elle passe au bout d'un certain temps par un minimum après lequel le volume augmente par suite d'un dégagement d'hydrogène. L'oxyde azotique est d'abord réduit en oxyde azoteux et azote et l'on trouve dans le mélange une faible quantité d'hydrogène, puis l'oxyde azoteux disparaît à son tour en laissant un mélange d'azote et d'hydrogène ; il faut observer que l'action est complexe et ne se borne pas à la réduction simple de l'acide azotique par le zinc : d'une part l'oxyde azoteux est soluble dans l'eau, de sorte qu'il finit par être éliminé du mélange ; d'autre part, l'eau du flacon renferme toujours une petite quantité d'ammoniaque, et avec le zinc cette eau ammoniacale donné de l'hydrogène qui se mêle aux produits normaux de la réaction.
En remplaçant dans l'expérience précédente les copeaux de zinc par de la tournure de fer et renversant le flacon sur la cuve à mercure, on constate que celui-ci s'élève très lente-
ment dans le flacon ; la réduction du bioxyde d'azote est lente et il en reste encore quelques centièmes après 48 jours ; au bout de 74 jours il a disparu entièrement et le gaz restant est formé de 61 Vo d'oxyde azoteux, 36 Vo d'azote et 3 7o d'hydrogène. Ici la réaction est plus lente qu'au cas précédent parce que la chaleur d'oxydation du fer étant bien inférieure à celle du zinc (64,4 par atome d'oxygène pour donner Fe-0^ hydraté, au lieu de 83,5 pour donner l'oxyde de zinc hydraté), la réaction de réduction de l'oxyde azotique en oxyde azoteux ou azote, est bien moins exothermique avec le premier métal qu'avec le second, on a par exemple :
6 AzO 4 2 Fe = Fe^ 0^ hyd. f 3 Az* 0 + 261^*> ,7 (M 6 AzO + 3 Zn = 3 Zn Ohyd. + 3 Az^ 0 + 318^ ,3 C)
On conçoit donc que le zinc agisse plus rapidement que le fer dans des conditions identiques.
La petite quantité d'hydrogène qui se forme doit être attribuée à l'action du fer sur l'eau au contact du mercure, conformément aux observations de Lavoisier puis de Guibout. (Sabatier et Senderens).
Oxyde azoteux (Protoxyde d'azote). — Le protoxyde d'azote mis en contact avec les métaux à une température inférieure à 500**, afin d'éviter toute décomposition de ce gaz sous l'action de la chaleur seule, donne des résultats qui diffèrent peu de ceux obtenus avec le bioi^yde d'azote.
Les métaux alcalins chauflés légèrement dans ce gaz y brûlent vivement en le décomposant d'une manière totale ; le zinc et le cadmium s'oxydent vers 320^, le nickel et le cobalt réduits par l'hydrogène le font avec incandescence, le premier à 300**, le second à 230° en se transformant en protoxydes ; le fer réduit par l'hydrogène au rouge, brûle au-dessous de 170** en se transformant en sesquioxyde; le cuivre réduit se transforme lentement vers 270° en oxyde cuivreux rouge ; au voisinage du rouge sombre, la réaction est la même avec une
faible incandescence ; le plomb divisé obtenu en réduisant, à basse température, la litharge par l'hydrogène, s'oxyde lentement vers 300® en régénérant le protoxyde (Sabatier et Senderens).
On n'observe jamais trace de vapeurs nitreuses ni d'oxyde azotique parmi les produits gazeux de l'oxydation, mêmequand celle-ci a déterminé une incandescence de la matière ; il est à remarquer en outre que dans la plupart des cas où l'oxydation du métal donne lieu à une émission de lumière, celle-ci se produit avec le protoxyde d'azote à des températures plus hautes qu'avec le bioxyde et elle est toujours moins brillante et moins active. On se rendra compte de ce fait en considérant que l'oxyde azoteux, moins endothermique que l'oxyde azotique, donnera lieu, lors de sa décomposition totale, à un dégagement de chaleur moindre et par suite, avec un métal donné, à une réaction moins exothermique qui produira sur la même quantité de matière une élévation moindre de température ; on aura par exemple avec le cuivre :
AzO + 2 Cu = Cu'O + Az 4^ 65-S4 (M Az 0 + 2 Cu = Cu*0 + 2 Az + 6i'^^ ,4 n
Oxyde azoteax dissous. — Le protoxyde d'azote est soluble dans Teau qui, vers 15 degrés, en retient par litre environ 750 centimètres cubes, la dissolution se faisant avec un dégagement"^ de G"""' ,2 ; cette solution est attaquée aussi bien que le gaz lui-même pas les métaux .facilement oxydables, la réaction a lieu à froid et il se dégage de l'azote qui entraîne mécaniquement avec lui une petite quantité d'oxyde azoteux par voie de diffusion.
Le magnésium en poudre donne lieu à un dégagement de gaz instantané et rapide ; ici le phénomène se complique de Taction du métal sur l'eau, aussi obtient-on un dégagement gazeux dans lequel l'hydrogène prédomine mais la présence de l'azote indique que la réduction de l'oxyde azoteux se produit aussi avec rapidité.
Le zinc, moins oxydable que le magnésium, donne un
398 INTRODUCTION A l'ÉTUDB DES M^AUX
dégagement de gaz qui, rapide pendant les premières lieures, se ralentit beaucoup au bout d'un ou de deux jours; la réduction de Toxyde d'azote s'effectue en donnant de Tazote et une faible proportion d'ammoniaque Cette dernière favorise la production de Thydrogène dont la quantité, nulle dans les premières heures de la réaction, unit au bout de 15 jours par atteindre les 42 centièmes du gaz dégagé.
Le cadmium produit un dégagement gazeux lent et prolongé ; comme avec le zinc il se forme une petite quantité d'ammoniaque, mais elle ne donne pas lieu à une décomposition de Teau en présence du cajlmium et l'on ne trouve pas traces d'hydrogène dans les produits de la réaction ; au bout de 40 jours le gaz qui se dégage ne contient plus que 10 Vo d'oxyde azoteux entraîné.
Le fer en limaille agit d'une façon toute semblable ; la réaction est lente, le métal noircit en se recouvrant d'oxyde magnétique hydraté, et la réaction de la liqueur devient très ammoniacale ; on ne trouve dans les gaz dégagés que des traces d*hydrogène et, après 40 jours, l'azote est mélangé avec environ 9 V© d'oxyde azoteux entraîné (Sabatier et Senderens).
Aetlon des méteai. snr quelques carbures d'hydrogène
Cette action a été jusqu'ici fort peu étudiée et nous nous bornerons à indiquer quelques résultats obtenus avec deux de ces composés.
Acétylène. — M. Berthelot a montré le premier que les métaux alcalins légèrement chauffés en présence de l'acétylène se transforment en acétylures avec dégagement d'hydrogène; le fer ne lui a pas fourni de composé de ce genre mais une destruction rapide du gaz en même temps que formation d'hydrogène, de carbone et de carbures empyreumatiques.
MM. Moissan et Moureu ont étudié l'action de l'acétylène sur le /er, le nickel et le cobalt. Ces métaux ayant été obtenus en réduisant leurs oxydes par l'hydrogène à tempéra-
LRS MéTAUX DANS LEURS RELATIONS AVEC LES AUTRES CORPS 399
ture aussi basse que possible, on faisait arriver directement sur eux l'acétylène pur et sec ; aussitôt qu'il se trouve en grand excès, à la température ordinaire, au contact du métal, une incandescence très vive se manifeste, des fumées abondantes apparaissent dans le tube et viennent se condenser dans les parties froides ; si l'on ralentit la vitesse du courant gazeux, l'incandescence cesse, pour recommencer de nouveau dès qu'on l'accélère.
Quand la réduction du métal n'a pas été faite à température aussi basse que possible, la réaction peut ne pas avoir lieu ; il suffit alors, pour la déterminer, de chauffer légèrement en un point quelconque le tube qui renferme le métal ; l'incandescence se propage ensuite de proche en proche sur une longueur qui peut atteindre 15 à 20 centimètres, et elle ne dure d'ailleurs pas plus de deux à trois minutes; enfin, au moment où elle se produit, il se forme dans le tube un abondant dépôt de charbon qui ne tarde pas à l'obstruer. L'expérience, brillante surtout avec le fer, se produit très nettement aussi avec le cobalt et le nickel réduits par l'hydrogène.
Une fois l'opération terminée, le tube est rempli d'une poudre noire formée d'un carbone léger, dans lequel le métal est disséminé ; il rappelle le carbone ferrugineux que GrQner a obtenu en réduisant les oxydes de fer par l'oxyde de carbone. Cette matière charbonneuse est d'autant plus riche en métal qu'elle se trouve plus près de celui qui a été employé pour l'expérience.
Quant aux fumées qui se produisent au moment de la réaction, si on les condense dans un petit serpentin de verre entouré de glace, elles fournissent un liquide riche en benzine et contenant les carbures pyrogénés que donne l'action de la chaleur sur l'acétylène et qui ont été étudiés complètement par M. Berthelot.
L'acétylène n'a aucune action sur les métaux réduits tant que l'incandescence ne s'est pas produite, il n'est nullement altéré, mais, dès que le dégagement de lumière commence, le gaz que l'on recueille est de l'hydrogène pur ; la majeure partie de l'acétylène se dédouble en carbone et hydrogène, tandis qu'une certaine quantité de ce corps se transforme,
conforiDëment aux réactions décrites par M. Bertbelot, en benzine, en polymères et en dérivés de l'acétylène.
Quand on dirige comme l'ont fait MM. Sabatier et Senderens, ce gaz pur sur du cuivre réduit de son oxyde par rbydrogène ou l'oxyde de carbone au rouge sombre, on n'observe rien à froid ; à 180^ il se condense très vite, au point que parfois le courant s'arrête net, pour se rétablir lentement un peu après ; dans les parties froides du tube se déposent des liquides incolores et le cuivre brunit sans que sa structure soit changée. Mais à mesure que le courant gazeux se rétablit, le métal gonfle rapidement en prenant une teinte moins foncée, bientôt il remplit le tube, arrête le passage du gaz et les liquides condensés ont alors une coloration verdâtre ; ils se solidifient peu à peu, comme le styrolène, au contact de l'air et à la lumière, tandis que les gaz qui sortent peu abondants d'ailleurs, sont un mélange d'éthylène, propylène, butylène, éthane, hydrogène avec une faible proportion d'acétylène non transformée.
La même réaction réussit avec du cuivre compact. Un fil bien décapé, chauffé vers 200-250® dans un courant d'acétylène se recouvre rapidement d'une couche, d'abord brune, puis jaune ; la substance brune formée tout d'abord, détachée puis chauffée de 180 à 250® dans un courant du gaz, foisonne, gonfle, remplit tout le tube et après que l'on a recommencé plusieurs fois l'expérience avec cette même matière, elle cesse de foisonner et ne se modifie plus. C'est alors un solide jaune plus ou moins foncé, formé par un assemblage de filaments très fins enchevêtrés ; il est léger et mou ; comprimé, il ressemble à de l'amadou, brûle avec une flamme courte, fuligineuse en répandant une odeur aromatique et laissant un peu d'oxyde de cuivre comme résidu ; il n'est pas volatil et se décompose au-dessus de 400® en donnant des produits pyrogénés complexes et un résidu charbonneux. C'est un carbure d'hydrogène dans lequel de faibles quantités (1,7 à 3 7o) du cuivre qui a contribué à sa formation est diffusé. Les auteurs lui ont donné le nom de cuprène et sa composition peut être représentée par la formule C'H*.
Si l'acétylène est mélangé d'hydrogène, le phénomène
LBS BléTAUX DANS LEOtlS RELATIONS AVEC LES AtJtRES CORPS 40l
change de nature, il ne se passe rien à froid avec du cuivre réduit par l'hydrogène et refroidi dans ce gaz ; avec du cuivre très léger, d'aspect violacé provenant de la réduction de . Toxyde hydraté au-dessous de 200^ la réaction commence à ISO^' en dégageant de la chaleur, l'aspect du métal ne se modifie pas d'une façon sensible, mais la vitesse du courant gazeux est ralentie et le gaz sortant, qui ne renferme plus que des traces d'acétylène, contient des carbures éthyléqiques supérieurs, du butylène, de l'éthane et de l'hydrogène. Quand le cuivre est plus compact l'action ne commence qu'à 180<* et se poursuit alors dans des conditions identiques en donnant des produits liquides plus abondants. Lorsqu'on augmente la proportion de l'acétylène, l'éthane diminue et les carbures ëthyléniques augmentent ; en accroissant encore la quantité d'acétylène, le cuivre commence à foisonner avec formation de cuprène et la majeure partie de l'acétylène se condense en produits liquides ou solides ; beaucoup d'hydrogène demeure inutilisé en présence de proportions importantes de carbures éthyléniques dont l'hydrogénation au contact du cuivre ne se réalise qu'au dessus de 200*».
MM. Sabatier et Senderens ont étudié également l'action de mélange d'hydrogène et d'acétylène sur d'autres métaux. Lorsqu'après avoir mis dans un tube de verre, placé sur une grille, une mince traînée d'oxyde de nickel, on réduit celui-ci à 300<^ par l'hydrogène, puis que, ce gaz continuant à passer avec une vitesse déterminée, on introduit une très faible proportion d'acétylène, on observe aussitôt que les premières portions du métal s'échauffent notablement, et le gaz sortant du tube qui ne contient plus d'acétylène, a l'odeur des essences de pétrole. Le phénomène devient plus marqué à mesure que la vitesse de l'acétylène augmente, la température monte jusqu'à 100*» et 150*», le courant gazeux qui sort de l'appareil éprouve un ralentissement notable et, en passant dans un tube refroidi, il y abandonne un liquide incolore, tandis que ce qui sort de ce tube est un mélange d'acétylène, d'éthylène, d'éthane et d'un peu d'hydrogène ; le nickel ne semble pas modifié et peut servir très longtemps à continuer la réaction, cependant, son poids augmente légèrement par
402 INTRODUCTION A l'BTUDE DBS MÉTAUX
fixation d'un peu de carbone. Tous ces effets s'exagèrent quand la proportion d'acétylène devient égale ou supérieure à celle de l'hydrogène, on arrive alors à observer l'incandescence ainsi que le foisonnement, remarqués par MM. Moissao et Moureu avec l'acétylène pur. Le liquide condensé renferme des carbures éthyléniques avec un peu de benzine et des carbures aromatiques ; la majeure partie est formée de carbures forméniques et la composition de ce liquide est analogue à celle de certains pétroles naturels.
Sur du cobalt réduit très pur, le mélange d'hydrogène et d'acétylène ne produit rien à froid, l'action commence à 180^ et la formation de carbures liquides devient nette à 250^; en augmentant la proportion d'acétylène, on observe encore l'incandescence et le foisonnement du métal avec dépôt de charbon, le gaz qui se dégage est un mélange d'élhane et d'hydrogènC; enfin il se forme de la benzine, mais pas de carbures éthyléniques.
Avec du fer réduit du sesquioxyde à 400^ par l'hydrogène, le mélange de ce gaz avec l'acétylène est sans action à froid. Vers 180^ commence une hydrogénation régulière avec formation d'une quantité notable de carbures éthyléniques supérieurs, liquides, un peu jaunâtres ; une faible proportion de charbon carbure le fer ou se dépose sur lui à l'état d'enduit noir solide, et la majeure partie de l'hydrogène demeure inutilisée ; en même temps que les carbures éthyléniques, il se condense un peu de carbures forméniques et une certaine proportion de benzine et de ses homologues. Si l'on accroît la vitesse de l'acétylène en laissant constante celle de l'hydrogène, il y a bientôt incandescence et foisonnement charbonneux du métal ; la presque totalité de Tacétylène est alors décomposée en hydrogène et charbon.
En réalité, l'action de l'acétylène sur nos métaux n'est pas une action chimique : ces matières, réduites par l'hydrogène, sont très poreuses, elles absorbent énergiquement l'acétylène en dégageant une quantité notable de chaleur, qui provoque la polymérisation et, finalement, la destruction de ce gaz. Cette décomposition, d'un composé endothermique, dégage à son tour une quantité de chaleur assez considérable pour que
rensembie des réactions produise rincandescence, et le phénomène se continue en s'accentuant de plus en plus, jusqu'à ce que le carbone séparé s'accumule en quantité suffisante pour boucher le tube.
Si le fer, le nickel et le cobalt, préparés à basse température, n'agissent qu'en raison de leur porosité, on doit obtenir avec tous les corps poreux le même résultat qu'avec ces métaux. C'est en effet ce qui a lieu avec le platine; le noir de platine, la mousse de platine, l'amiante platinée soumis à l'action d'un courant d'acétylène deviennent incandescents et la décomposition s'effectue encore, en effet, avec dépôt de carbone, formation d'hydrogène et de carbures pyrogénés ; si le phénomène ne se produit pas de suite on le provoque en chauffant légèrement. Avec le noir de platine la réaction commence à froid et occasionne une élévation de température qui se maintient indéfiniment ; si l'on emploie un mélange d'acétylène et d'hydrogène en excès, tout le carbure se change en éthane : si l'acétylène est en excès, il y a formation simultanée d'éthane et d'éthylène, ce dernier dominant mais toujours mélangé avec le premier et il ne se fait aucune production de matières liquides ou charbonneuses ; la mousse de platine au-dessus de 180^ donne lieu avec régularité aux mêmes réactions que le noir de platine.
La porosité des métaux parait être la seule cause à laquelle il convient d'attribuer l'action que l'acétylène semble exercer sur eux. Cette action n'est en réalité qu'une transformation de ce gaz sous l'influence de la chaleur, quand il agit seul et une hydrogénation plus ou moins complexe quand on remploie mélangé avec des quantités variables d'hydrogène.
Éthyiène. — Sou action n'a été examinée que sur quelques métaux seulement.
Le 7iickel réduit de son oxyde par l'hydrogène et refroidi dans ce gaz, ne donne à froid aucune réaction quand on lui substitue un courant d'éthylène ; mais à 300 degrés et plus haut, le métal foisonne peu à peu et se change en une masse noire très volumineuse, qui est du carbone léger dans lequel
404 INTnODUCTION A L*£TUDB DES MÉTAUX
le nickel est disséminé: la réaction est rapide quand on opère avec du métal réduit au voisinage de 300°, elle se produit encore quand la réduction a été faite au rouge, dans tous les cas, elle ne commence pas avant 300°, elle est déjà nette à 320° et s'accélère à mesure que la température s'élève davantage.
Si la colonne de métal est un peu longue tout l'éthylène disparaît, et il sort du tube un mélange à proportions variables d'éthane, de formène et d'hydrogène ; ces gaz ont une odeur qui rappelle celle des éthers de pétrole, ce qui indique la présence de traces de carbures forméniques supérieurs, mais ils sont en quantité extrêmement faible.
La proportion d'hydrogène est petite dans les gaz obtenus aux températures les plus basses ; à 325 degrés, le mélange contient environ : éthane, 60 % ; formène, 30 % ; hydrogène, 10 %; l'éthane diminue rapidement à mesure que la température s'élève et l'on n'en trouve plus que des traces aux environs du rouge sombre.
La réaction produite par le nickel est donc complexe; celle qui prédomine d'abord vers 325° est le dédoublement de l'éthylène en carbone et éthane :
mais déjà à cette température l'éthane commence à se séparer en formène et charbon :