M. D. MOLLIÈRE
tion à la gravité qui est la règle dans les tumeurs mélaniques.
Evolution vascuîaire
On s'étonnera peut-être de trouver à cette p1ace des considérations qui n'ont été jusqu'ici, croyonsnous, présentées par aucun auteur. Elles sont légitimées parles conclusions qui terminent le travail déjà cité de MM. Malassez et Monod (i). Voici celles de ces conclusions qui nous intéressent.
« On peut trouver, dans les tumeurs à myéloplaxes, des myéloplaxes s'anastomosant les uns avec les autres, présentant de véritables pointes d'accroissement, ayant un protoplasma assez grossièrement granuleux, des noyaux ovoïdes à gros nucléoles, des vacuoles, voire même des cavités remplies de globules sanguins, en un mot, des éléments évidemment semblables aux cellules et aux éléments vase-formateurs.
« Les myéloplaxes ne sont pas, comme on le croit généralement, des éléments parfaits, spéciaux à certains tissus, mais bien des éléments incomplètement développés ; on pourrait les considérer comme des vaisseaux mét atypiques.
Conséquemment, les tumeurs à myéloplaxes ne doivent pas être considérées comme formant un groupe absolument distinct ; ce sont des néoformations conjonctives plus ou moins embryonnaires, se développant dans le sens vascuîaire, des sarcomes angioplastiques .
(i) Malassez et Monod, Sur les tumeurs à myéloplaxes (sarcomes anglo-plastiques). Arçh de phys. norm. et path. 1878.
« Que l'on suppose le développement des myéloplaxes un peu plus avancé et ces tumeurs prendront certains des caractères histologiques et cliniques des angiomes ».
Ainsi certaines tumeurs sont constituées par des éléments qui évoluent, d'une manière plus ou moins parfaite, dans le sens d'une formation vasculaire.
Nous pouvons rapporter (i) le cas d'une tumeur où
Fie iq. — Sarcome angioplastique (i ). Tumeurs pulmonaires, i. Région constituée par du sarcome fuso-cellulaire; — i. Cellules épithélioïdes au milieu d'un foyer hémorragique dans les globules blancs se résolvent en un détritus granuleux. — 3. Vaisseau à paroi formée de cellules épithélioides; — 4. Cellule endothéliale ; — 5. Cellules mères (angioplastiques?)
(1) Service de M. le professeur Soulier. Lyon médical, 1880. Note sur un cas de tumeurs multiples du poumon, du testicule, du cerveau
certainement la disposition vaso-formative des myéloplaxes n'était pas aussi évidente, mais où des rapports des myéloplaxes avec des vaisseaux de nouvelle formation devaient exister. Peut-être ces rapports se montraient-ils moins clairement que dans le cas de MM. Malassez et Monod, parce que l'évolution vasculaire, la tendance vers l'angiome était plus avancée dans notre tumeur. Celle-ci était constituée par des cellules de sarcome de toutes formes; c'est-à-dire par des éléments globo-cellulaires grands et petits, par des éléments fusiformes, de grosses cellules d'aspect épithélioïde et enfin des myéloplaxes, des cellulesmères. Le caractère capital du néoplasme était un développement exagéré de nouveaux vaisseaux dont la paroi était formée par des cellules polygonales, un peu plus longues que larges et rangées bout à bout. Nous en avons dessiné un en 3). La tendance télangiectasique allait jusqu'à la production de ruptures vasculaires et d'hémorrhagies qui se traduisaient par des reticula fibrineux contenant des leucocytes et des cellules-mères. Il nous semble permis d'assimiler dans une mesure la réunion de ces divers éléments à l'analogie de notre tumeur avec celles dont parlent MM. Malassez et Monod.
Cette tendance vaso-formative, qui ne s'observe d'ailleurs que dans les sarcomes a été, depuis, constatée par d'autres observateurs. M. Creighton (i) en a publié plusieurs cas. L'examen histologique d'un kyste séro-sanguin du cou a montré, à M.Creigh-
(i) Journal of anat. and phys. April 1880.
ton, une disposition assez conforme à celle que présentait notre tumeur, et il en a tiré les mêmes conclusions que nous. Le tissu nouveau provenait de groupes de cellules qui entouraient des vaisseaux nouveaux et en formaient la paroi. Les cellules avaient toutes les formes des éléments sarcomateux, elles étaient arrondies, fusiformes, etc. M. Creighton attire particulièrement l'attention sur des cellules volumineuses colorées par de l'hémoglobine, cubiques, sphériques, polygonales, présentant une grande tendance à produire des globules rouges et qu'il appelle, pour cette raison, des hémaîoblastes. L'auteur a également examiné un myxo- sarcome, clans lequel de nombreuses cellules étaient colorées par l'hémoglobine; quelques-unes même avaient donné naissance à des globules sanguins (hématoblastes).
M. Creighton nous semble un peu trop disposé à accorder un pouvoir vaso- formateur aux tumeurs qu'il a observées. Nous ferons cependant remarquer que malgré ses recherches sur la disposition du système vasculaire dans les sarcomes, Billroth n'a pas dit le dernier mot sur cette question; il n'a fait que constater, pour ainsi dire, le dernier terme de la formation des vaisseaux dans ces néoplasmes, mais le mode suivant lequel se fait la première apparition des vaisseaux reste encore à trouver.
Il est permis de supposer que, — à côté du mode de développement, généralement admis, au moyen de bourgeons ou fusées angioplastiques provenant des capillaires qui préexistent dans le tissu
voisin de la tumeur, — des vaisseaux doivent apparaître souvent, au sein même de la nouvelle formation. Or ils ne peuvent le faire qu'aux dépens de cellules vaso-formatives, telles que les a décrites M. Ranvier, dans les plaques laiteuses de l'épiploon des jeunes lapins. L'observation rapportée par MM. Malassez et Monod, serait un cas où ce processus, si difficile à constater, aurait pu être saisi sur le fait. D'ailleurs, les sarcomes sont, par excellence, les tumeurs du tissu conjonctif ; ils rappellent par leur structure, les premiers temps du développement du mésoderme, alors que, dans celui-ci, apparaissent les îlots vaso-formateurs de Wolf etPander. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à admettre que les propriétés vaso-formatives du feuillet moyen, se retrouvassent dans les sarcomes.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire l'altération que M. Malherbe (de Nantes) (i) a décrite sous le nom de dégénérescence mycélioïde des fibres conjonctives ; elle nous parait entachée d'une erreur d'interprétation que M. Malherbe d'ailleurs a reconnue implicitement dans une note ajoutée à son mémoire.
(i) A. Malherbe, Note sur une dégénérescence particuHùre des fibres conjonctives. Arch. de physiol. norm. et patli.