Introduction à l'étude des vases peints
I/eCTit que je publie n’est autre diose (]ue le tiré à part de \' Introduction des deux jireinicrs volumes du grand ouvrage que j'ai entrepris de concert avec M. de Witte, et qui a pour titre : Elite des Monuments léramographiqucs.
M. de VVitte m’a permis de mettre mon nom seul en tète de ce tiré h part. Non que ses ])iéeieux conseils et son active coo|>eration aient manqué à cette partie de notre commun travail; mais ici renchaînement des ide'es, le choix des preuves, et la nature des conelusions m’appartiennent plus- particulièrement, et il est juste c|ue j’en assume la res- |K>nsabilité distincte aux yeux du public.
Au reste la séparation momentanée de deux noms que les antiquaires sont habitués à voir paraître ensemble, a cela pour moi de précieux, (|ue j’y trouve l’occasion d’exprimer un sentiment qui trouverait ailleurs dinicilement sa place. Je m’estime heureux de j>ouvoh' rendre ainsi un
iv AVERTISSEMENT.
Iiomiiiage de reconnaissance et d'.affection an coin|iagnon et au soutien de nia (leiiscf.
Il faut vraiment aimer la science pour mériter d’obtenir une assistance aussi fidèle et aussi désintéressée. J ignore jusqu'à quel degré je me suis rendu digne d’une telle faveur : mais en tout cas la réeom|H*nse evcèdc !<• mérite.
A rÉTUDE DES VASES PEINTS.
CHAPITKE PREMIER.
OBSF.BVATIOPiS PRKUMINaIRES.
Les vases antiques oi-nè> He peintures, longtemps connus sous la clénomina- i. piscui,^, lion inexacte de vases étrusques, constituent la classe de monuments la plus**"' P"*™"
^ celle ëfudr,
nombreuse, après celle des médailles; et, par un étrange contraste, il n’en est aucune sur laquelle les écrits des anciens nous aient laissé moins de leiiseignements. On peut évaluer à cinquante mille au moins le nombre des vases peints qui ont été successivement découverts depuis deux siècles, et dont vinf;i mille environ onf piis place dans les collections publiques de l'Europe; ces mon'umenls ont été l’objet d’un grand nombre de travaux, dans lesquels on les a envisagés soit isolément , soit dans leur ensemble; aucun des savants les plus distingués, depuis Lanzi et AVinckelmann jusqu’à Boeckh et K. 0. Miiller, n’a jugé indigne de son attention les problèmes compliqués que présente l’étude des vases peints; et, malgré tant d’efforts et de lumièi-es, il ne nous est possible d’affirmer aujourd’hui rien de rigoureusement certain, ni sur la patrie, ni sur l’épo<|ue de ces monuments, ni sur l'usage auquel on les avait consacrés, ni enlin sur l’intention qui a dicté les peintures dont ils sont ornés.
Il y a quinze ans, le problème paraissait plus piès de sa solution qu’aujouid’hui, au moins quant aux deux premières des quatre questions que nous venons de poser : on ne doutait plus guère de l’origine exclusivement grecque des vases peints; on paraissait généralement disposé à leur assigner pour patrie le.s pays mêmes où on les découvre habituellement; on préjugeait l’âge de chacun de ces monuments d’après le style et le caractère des peintures ; en même temps on laissait indécise la question de destination et d’usage, et quant à l’expbca-
IM’KODIJCTION
tiou des sujets, riprès une pix'libalioii de ceux cjui se luttachciit par des signes «■ertains à l'histoire mythologique, soit des dieux, soit des hëros, les plus sages se taisaient sur le leste et l’abandonnaient à rinvestigalion aventuieuse et sans base des plus hardis et des moins expérimentés.
A dater de 1829, la face de cette partie de la science n’a plus été la même : la découverte dans la néci-opolc d’une ville étrusque, U peine menlionuée dans l’histoire, de plus de six mille vases, les plus beaux, les plus intéressants, si un les considère en masse, qui eussent jiis(|u’alors paru, a produit ce résultat tout à fait incspéiT. Par suite de l’étude des vases trouvés dans les fouilles de Vuici , les termes du pi’Ogrè.s obtenu jusqu’ici ont complètement changé a les questions i|ui paraissaient presque résolues se sont enveloppées de nouvelles ténèbres; celles dont ou désespéi-ait d’atteindre l'issue ont marché au contraire avec une rapidité étonnante. Aujourd’hui il n'y a plus, parmi les jieintuies de vases, qu’un petit nombre de sujets qui échappent aux efforts de la science; la question d’usage, intimement liée avec celle de l’intelligence des sujets, doit évidemment participer au même pnrgrès; mais quant à la patrie des vases, quant à réi>oquc de leur fabrication , la découverte de tant de monuments du premier oixire, de travail évidemment grec, dans une localité purement étrusque, où aucune tradition historique ne conduit à supposer l’existence d’une population grecque , a jeté tous les savants modernes , sans exception , dans une jierpicxilé dont aucun ne peut se vanter il'étre sorti, non-seulement à la satisfaction des autres, mais encore à la sienne propre. En même temps, ou a dù mettre en doute l’infaillibilité de la règle de critique, suivant laquelle l’ége cora(Kiralif des peintures se déduisait du style et du caractère de l’exécution; des argumeiiLs irrécusables ont donné la preuve qu’aux époques les plus florissantes de l'art on avait, dans un grand nombre de monuments, simulé l’imperlection des procédés et l’inexpérience du dessin qui appirtiennent aux épocjucs primitives; on a dù convenir que les Grecs avaient eu leur passion pour le goût archtiique , de même qu’aujourd’hui beaucoup de personnes manifestent une prtfféi-ein-e pour le gothique. Dès lors la classificalion précédemment admise a été sapée dans sa Ijase, et l’on a pu désespérer de trouver le moyen de distinguer \' nrchnique réel de Vaix'haiqiie J'imitai ton.
Il Opiiiioiu ^oti-e but n’est point de retracer ici l’histoii-c complètcdesopinioiisauxquelles l'élude des vases peints a ilonné naissance, depuis l’é/rMscomanic des r*'*'"*. üempsler, des Gori, des Passerl, jusqu’aux travaux bien auti-emciit satisfaisants d'un critique qui, quoique devenu To.scan par adoption, sut se mettre si
A L’fiTIJDE DES VASES PEINTS. . 3
l’abri des préjugé nationaux. L'ouvrage fort court de Lanzi(i), sur les f'ases lUriisques , a fait véritablement éporjue dans la suite de ces recherches; les érudits <|ui ont traité postérieurement la même question n’ont ajouU' que peu de choses aux déductions ingénieuses, aux raisonnements solides qui dUtinguent l'opuscule de Lanzi. Cependant nous ne doutons pas que l'apparition des vases de Vuici n'eût embarrassé le jugement et troublé la confiance du docte Jésuite; et quant aux successeurs de Lanzi, avec toute leur expérience et leur sagacité, ils n'ont pu encore résoudre la diirieiiltr que .soulève la production d'un fait aussi extraordinaire, en l’absence de pres<|ue tout témoignage littéraire et liistoricpie. Toutefois, l’activité cau.sée par les obstacles mêmes (jue rencontrait la critique ne pouvait être et n'a point été, en elfet, inutile ii la science; des vives contestations auxquelles ont pris jârt les antiquaires les plus renommés de notre siècle, et dont nous avons été témoins depuis douze ans, .sont résultés des faits précieux , des données d'une haute importance; cl s'il nous est permis, aprt-s tant d’habiles érudits, de contribuer d'une manière quelque peu efficace à la solution d’nn si grave problème, nous le devrons sans doute au soin qu’ont pris nos devanciers de recueillir et de coordonner tous les éléments de la question.
.Nous avons à peine be.soin d’ajouter ici t|ue, depuis la polcmi((ue occasionnée par lesdécouvcriesde Vuici, la question particulière aux vases de cÆtte localité est devenue celle de cette classe de munumenis tout entière. On s’est aperçu cpi'on ne pouvait rien dire de positif sur l’origine des tiésors trouvés dans la nécmpole étrusque, sans les comparer avec les produits analogues des autres conttées ; de cette comparaison est résulté un remaiiieniciit général des éléments du problème qui n’a laisse rien d’intact de ce qui avait été précédemment connu et discuté. La direction prise par les esprits dans cette circonstance devait être aussi la nûtre : nous l’avons fidèlement suivie. La recherche île l’origine des vases de Vuici était destinée à tenir une place importante dans notre élude ; mais nous ne pouvions le faire sans embiasser d’un même coup d’oeil les ramiricaliiins diverses de la céiamographie antique et .sans élemlie de plus eu plus notre cadie; en un mot , il nous fallait détiuire d’une discussion spéciale les ilonncc.s et les iojs qui régissent, dans sa généralité, un domaine déjà si vaste, et qui, selon toutes les probabilités, s’accnulra encore dans l’avenir.
( I ) De' f'aji aniieht dipinti valgartnente etua- Il 1 . 3 , i o et <ui% . ; est le prenne t nui ait lomatt etruerki V\ iijrkelntaiin f//lil. e/e fe/rt, iliqiié l’oriçine girwiuc des vases peints.
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