IISTRODUCTION
D»iis le coui's de ce liavail, nous aurons ù exauihier, soit des opinions exti'èmes, soit des hypothèses Inteiinédiaires et modérées. En présence d’un fait (|ui semblait rendre à l'Étrarie une prédominance dont on ne doutait pis il ÿ a un siècle , Y étruscomanie derait se manifester par queitjues symptâmes ; et , s’il y a i)uelqiic chose qui nous étonne , c’est qu’elle n’ait |»s trouvé de notre temps d’adeptes plus fervents et plus nombreux. Un homme, il est vrai, important par .son nom, son rang et pir le service matériel qu’il venait de rendre à la ■si-iencc, se chai-gca de rajeunir les systèmes surannés qui assignaient à la civilisation étnisque une antiquité fabuleuse, et en même temps la supiématie sur la civilisation grecque; mais il était trop évident que le prince de Canino n’avait ni une instruction ni un sentiment de critique proportionnés à des prétentions tout à fait avx;identelles. C’était beaucoup, sans doute, que ce don de la fortune qui avait réservé au propriétaire du sol de Canino une si riche moisson scientilique ; il ne s’ensuivait pas que le possesseur des vases dût en êtie le meilleur iqterprète. Aussi, révocation (i) qu’il tenta des fantômes dissipés par la critique de l^nri n’eut-elle aucun retentissement sérieux'; si, pendant quelque temps, un antiqiiaire ' romain d’une certaine valeur (a) parut prêter aux rêves du prince l’appui de son érudition, on s’aperçut bientôt que cette manifestation sans portée avait son principe dans des motifs d’intérêt personnel, plus dignes de compassion que de colère ; et dans le jugement de tous ceux dont l’opinion pouvait eximpter pour quelque chose, la possession des richesses céramiques de Vulci resta, exclusivement et sans contestation, aux arts de la Grèce, directement exercés par des Hellènes.
Ce n’est donc pas sans étonnement tpi’on a vu se reproduire depuis quelque temps, dans divers ouvrages publiés en Italie , et notamment dans le traité sur
(i) Voyez Calaloffo di scelle UHlichità ctrnsche, \ ilcrb. 1824J; Muscutn élnu^ue de iMcten Bonaparte, prince de Ouuno, ViUri’b. i8ayi Kates ilru»mus du prince de Canina. Il n^a paru qtie deux livraisons de cf dernier ouvrais grand liv-fols Un extrait du Catalogue du prince de Canino n été impritiH* dan» lea Ann. deClnst arch. I, p. i 8 « Cl iBiv. Cf. Bull, de CIntt.' areh. l 8 zy, p. Go , cl deux Lettres du prince de Canino adressées à M. Gerhard daii» le Bull. i 8 ?- 9 i p. 1*3 cl p. Sur TouArage iuli- (iilé ; frases etrus<iues , voyez Bull. i83o, p. Ii{3 et 222 ,
(2) Ainafi, Sm vasi Rlruschi o Italo-Greei recentemente scoperti; EstrûUi dal Giamale Arradico di Ruma , 1829 e i 83 o. Cf. Bull, de tfnst. arch. i 83 o , p. 182 et «ilv. Fca, peu de temps avant mi mort, publia un ouvrage intitulé : Storia dei vast finili dipinli ehe da 4^unttrv anni fa si irovano nelloSlato erèlesiastieo, m quella parie ch*edelt aruica Etrurm, colla retazione delta Colonia IJdia che li fece fier piii secoli pnma det dominio dei Homam , Home f i 832 .
ÏÆs gr/tve des PP. Mai'chi et Tessieri , sinon des opinions excliuivement itallenne.s, an moins une reproduction mitigée des prétention» patriotiques qui ont décréilité les .meiens travaux de la science Toscane; cl même à certains égaixis la passion qui guide les auteurs d’un travail, d'ailleurs si important, a qucl({ue chose de plus extraordinaire que celle des érudits antérieurs k Lanzi : ce n’est plus l’Élriirie qui a précédé la Grèce dans la can-ière des arts, c'est Rome , c’est le Latium; encore un pas de plus, et toutes les traces de l’ancienne rudesse latine s’elTaoeraieut sous cette complaisante restauration ; il faudrait retaire riiistoire , et démentir le témoignage des Romains cux-mêiues sur leur barbarie primitive; la Grèce aurait été conquise, non-seulement par les armes, mais encore par Part des Romains !
Toutefois, quelque chimériques que soient les conclusions auxquelles conduisent les raisonnements des doctes auteui's de V Æs grave, nous ne pouvons les passer sous silence, et cela par un motif plus favorable au fond qu’hostile aux réclamations du patriotisme italien. Personne n'a <Ie convictions plus arrêtées <|ue les nôtres sur la suprématie et la priorité de l'hellénisme, en ce cpii concerne les arts du dessin; mais, après que celte base a été solidement établie, tout n'est point é-clairei, et peiit clre dans le camp opposi', dans celui ipii renferme le» plus habiles critiques de notix; siècle , a-t-on fait la part li op petite k la culture en Italie des arts importés de la Grèce. La suite de cette élude fem connaiire la solution k laquelle nous nous sommes arrêtés sur ce point délicat de la question.
Quoi qu’il en soit, nous devons d'abord exposer les diverses opinions auxquelles iv iiji »a donné lieu la i-echcrchc de l’origine des monuments céramographiques dérouverts h Vulci. Les avis sc sont partagés entre l’hypothèse d’une fabrique locale cl celle d’une importation étrangère. Les deux opinions extrêmes ont rencontré des partisans. En première ligne, il faut placer M. Millingen (i), auteur d'un système historique qui, s’il était adopté, renverserait tontes les idées (|u’on s’est faites Jusqu'à ce jour sur le berceau des Étrusejues, soit qu’à l’exemple d’Hérodote ( 2 ) et de Tacite (3) on assigne k ces peuples une origine lydienne et par conséquent asiatique , soit qu’en se rangeant parmi les disciples de Niebuhr, on fasse descendre la tribu martiale des Raseni des vallées supn ieiire»
(1) On the la!< âiscwtriet in Etruna i830 i35i Dionrs. HalicRrn yfnt, Hoat. I,!'/; itnd 1834* (Uns \ci Tranjactiftn.* of the royal PhtI. in Romitl. 2S;Strah. V, |i. 219; Appiaii.
SocUlf of LilrraUtrc f lom. 11. dt Reb. Pan. 6(>; Jitslin. XX, i ,7 ; Vfll. Palerr.
(2) 1,94- Hift. Rom. I, 1 ; Sfrv. ad Virg. Æn. VIII,
(3) Annal. IV, 55 Cf. Lyroplir. Catsandr. 4<J9.
lie la Nori<(iie. M. Mlllingen ne voit dans la population étrusque ou tyrrhén>eni>e (|it'ui)e fraction des Pélasges, pi-emiers habitants, ou au moins premiers conipirrants de l’Asie Mineure , de la Grèce et de l'Italie. A ces Pélasges sont venus se mélanger de très-bonne heure , dans des temps sur les(|uels l’histoire est muette, de purs Hellènes qiii leur ont communiqué une impulsion semblable à n-lle dont la Grèce proprement dite a été le théâtre. C’est par ce mystérieux canal d’une origine commune que s’est établie la communauté de culture qui nous surprend, (juand nous compai ons les vasesde la Grèce à ceux de la nécropole de Vulci. Dans l'Ëtrurie, comme dans le Latium et dans l’ancienne Opique, non -seulement les Grecs ont conservé et entretenu, suivant M. Millingen, les premières impressi ns de rhellénismc, mais encore les Pélasges ou Tyrrhéiiiens sont devenus, par la culture de rintclligence et des arts, de véritables Hellènes. Si l’on admet donc ces prémisses, rien de plus naturel que l’identité immntcstable qui existe entre les monument.s de la Grèce et ceux île Voici, sons le rapport du dessin , de la langue , des coutumes et du choix des sujets.
Ce système, nous ne sommes pas les premiers à le dire, a le grand inixmvénient de ne jjouvoir se concilier avec des faits que personne peut-être ne conteste aujourd’hui, il l'exception de M. Millingen , tels, par exemple, que la séparation absolue qui existe entre la langue des Étrusques et celles qui se rattachent au fonds commun dont le grec et le latin sont parallèlement sortis. Nous ajouterons, pour notre compte particulier, que nous ne voyons pas trop comment accorder le système de M. Millingen avec les traces d’une inlliience directement asiatique, qui (clatent chaque jour davantage dans ceux des monuments de l’Élrurie auxi|ucls on peut assigner une époque reculée , traces qui ont rangé délinitivement à l’opinion d’Hérodote quelques-uns des antiipiaires les plus distingués de notre temps. Nous nous verrions aussi avec ipielque regret obligés de renoncer à la distinction que Niebuhr a établie entre les Étrusques, qui composaient la tribu dominante, et les Pélasges Tyrrhéniens, qui, originairement soumis par les ftaieni ou les constituèrent à leur tour la ma.sse la
plus considérable de la population. Enlin, si des Hellènes se sont, à une épotpic inconnue, mêlés aux Pélasges de l’OEnotrie, comment ces Hellènes avaient-ils pu porter avec eux les éléments d’une civilisation qui ne se développa que plus tard dans la mère patrie? ou bien a-t-il suffi d'une sympathie fondée sur une communauté d’origine, pour que les Hellènes de l’Opiquc ou de la Tyrrhénie, placés dans des circonstances politiques et sociales peu favorables il leur développement, marchassent dans la carrière de la civilisation
<lu même pas (les itiomimcnLs en l'ont foi) que les Grecs d'.‘\tbêiies et île l'Ionie?
Voilà, nous le pensons du moins, plus d'objections qu’il n'en faut pour jie>tilier l'accueil extrêmement sévère que le système de M. Millingen a reçu de la plupart des archéologues ; aussi ne faisons-nous aucune difliculté de souscrii-e à leur sentence, sauf ((uehpies réserves, dues non-seulement à la longue expi^ rieuce, au tact d’ailleui-s universellement apprécié de M. Millingen, mais encore à des impressions que nous comprenons d'aul-anl mieux cher cet habile antiquaire, que noos les partageons entièrement.
En elfet, quelques ell'orts qu’on fasse, l’histoire à l.a main , [aiur se sousti-aiie à une telle conséc|ucnce , il est impossible à quiconque s’e^t nourri, comme M. Millingen, de l’étude attentive des monuments de lltalie, de ne point admettre que la part de l’hellénisme a été, dans le développement de celte contiée, iniiiiimcnl plus considérable que des textes piécis ne nous en ont conservé le témoignage. I-a difficulté consiste à faire cette part si nécessaire à i’helléni.sme, tout en conservant à la l'ace étrusrpie son incontestable originalité. M. Millingen a propisé, il est vrai, l’explication la moins vraisemblable de cette énigme; mais il a eu du moins le mérite d’appiécier, mieux que personne, un des cotés difficiles et impirtants de la question.
M. Millingen s'était surtout piéoccupé du caractère hellénique de la civilisation italienne : ce fut la cause principale de son erreur; d’autres antiquaires furent principalement frappés des preuves multipliées qu’ils découvraient sur les vases de l’Étrurie, d’une iniluencc grectjue, non-seulement générale et étendue, mais locale et déterminée. On ne pouvait tivip s’étonner, en effet, de rencontrer, pour ainsi dire, Athènes tout entière avec, son dialecte, .sa mvihologie, ses moeurs et just|u’à ses monuments, dans la nécropole d’une ville purement étrusque. Les vases <{ui portaient la mention expresse d’un prix remporté dans les jeux d’AlhèirCs, et qui ne semblaient différer aucunement de ceux qu’on distribuait dans Athènes elle-même aux vainqueurs de ces jeux, excitèrent surtout l'attention; Brônd.stetl (i), M. Boeckh(a), K. 0. Miiller(l), M. Welcher (4), apportèrent successivement à l’étude de ce problème particu-
(i) Mrmoin sur Us vases panalhtnalques , t. VII. CUss. hist. p. ni si;(|. Un exlrnit liii i833. Ce iiiciiioirv avait paru auparavant travail de K. O. Millier a été insère dans le HuU. en anglais dans les Transartions of the royal Âe tlnst.areh. l83a, p. r ;8 et suis-.
Society of IMcrature , I. II , part. i. (4) Rhemisches Muséum fur Philttloftir , Kd
[ 3 ] Bull, lie tlnsi* arch. i833, p. 91 et suiv. 1 , t633, $. 3oi-3.|0.
(3) Voye* Comment. Soe. rry. scient. Gott.
V Hji— ihrif* tic K O Miillrr et
(ic MM h.
Roehvtic .
IWclàlt. 6urtsrti et Kr.imer.
lier, le tribut de lew expérience, de leur savoir et de leur critique. Cette pm>c('upatloii exclusivement attitpie, d'allieur.v si justifiée par les monuments eux-mêmes, ne pouvait manquer d’entraîner quelques esprits vers ttne i»n- .vé(|uence bien peu prévue : on en vint, presque des l’origine de la découverte, jus<(u’ii nier l’existence d’une fabriquede vases grecs en Ëtrurle,jus<|u’àsoiitenir ijue la masse immense de vases dont on a découvert, à Vuici, ou l’ensemble ou les fragments, provenait toute de la Grrèe, par une importation commerciale. La responsabilité de cette opinion appartient tout entière à M. Raoiil- Rocliette(i); c’est un fait incontestable. Toutefois, l’faabile antiquaire qui a le piemiermisen avant le système de l’importation et nié le premier aussi l’existence de la fabrique grecque locale , n’alla pas jusqu’à l’extiêmc coiisétjuence qui découlait naturellement de ses prémisses; moins frappé peut-être que les archéologues mentionnés ci-dessus, du côté décidément attique de la question, il propo.sa de reconnaitie une origine sicilienne à la plupart des vases découverts en Étruric. K. 0. Miiller, plus touché dans le premier moment de la ■lilliculté de celte immense importation qu’il ne le fut plus tard, n’aurait pas voulu aller jiiscju’en Sicile, et par consétjuent s’éloigner autant du .«iége de la découverte: il indiqua d’abotd(a) la ville de Cumes comme le point de départ de l’iinportatioii des va.scs grecs, sans toutefois se prononcer d’une manièie aussi absolue que M. Raoul-Rochette sur l’origine étrangère de tous ceux qu’on a découverts en Étruric. Nous ferons remarquer en passant ce que, dans l’inccitiludc fondamentale de 1a question, avait d'heureux l’indication d’une ville dont les rapports avec la population étrustjue de la Campanie durent être intimes et journaliers. Cette voie ouverte à l’Inlluence hellénique dans la Cam- |xinie tyrriiénienne conduisait natuiellemcnt à faire supposer Rétablissement de communliations du même genre entre les Grecs de Cumes et les Étrusques de la mère ptrie. On se contente de mentionner ici les premières conjectures proposées par K. 0. Muller et M. Rochette. Ce dernier n’a pas persisté dans toute la rigueur de son hypothèse (3); mais, quant au point de départ de l’importation , il ne nous a pas paru s’être expliqué d’iiiie manière catégorique. K. 0. Müller alla un instant plus loin : il voulut faire considérer comme excliisive-
{\) Jtmmal des Savants^ février et mars, iH'to, p. laa et l85; Lettre à M. Schom, p. 5 et to; dnn de tlnsl. arch. VI, p. 205-
(a) BuU. de tliist. areft. i83a, p. ino.
(3) Vovei te Cat. étrusque, Avertissemeiil, p. Vtl , note 3.
A L ’ÈTliUE DES VASES PEINTS. !)
ment attiqiie (i) l’oripine «les rases de Vulci. Ce système, que noos verrons bientôt repris et développé par M. Kramer, ne fut néanmoins mis en avant par le professeur de Gôttingue qu’avec une réserve fondée sur la connaissance imparfaite qu’il avait alors des éléments matériels de la question. Nous croyons, avec M. Gerhard (a), que dans les derniers temps de sa vie, ses idées, sur ce point délitait et difficile, s’étaient sensiblement modiüées.
Cependant M. Boeckh, dans sa trop courte dissertation sur les vases paiiathénaïcpies (S), préparait, selon nous, tous les éléments de la solution du problème spt^cial que soulèvent ces monuments. Mais ce grand philologue, sentant bien qu’il n’avait pas non plus par devers lui tous les documents propres à éclaireir définitivement la (|ue.stioii, s'exprimait, dans ses conclusions, avec une réserve «gui a fait su<xcssivenicnt de son témoignage une arme pour les opinions les plus opposi'es. En id34, M. Ibinsen publia un Mémoire (!t) dans lequel, après avoir résumé les discussions précédentes, il crut devoir attribuer à la fabrique de Nota l'origine de tous les vases grecs dé«x>uverts à Vulci. Quelcgue peu disposés ipie nous soyons à admettre l’origine sicilienne ou attique des vases de Canino,nous faisons une dif^érent^e considérable entre ces hypothèses et celle de M. Bunsen; sans doute, cette accumulation des vases fabriqués en Sicile ou dans l'Attique, dans une nécropole étrusque, aurait besoin, pour être admise, de preuves bien convaincantes. Mais enfin Athènes était la capitale de la Grèce civilisée, la Sicile, un grand et riche pays, rauvert de villes grecques dès une épo(|ue reculée; les rapports qui existèrent entre la Sicile et la Tyrrhénie, dans le v* siècle avant notre ère, soit par la guerre, soit par le commerce, résultent du témoignagne formel de l’histoire. Mais Nola, ville secondaire, située à une distance assez considérable de la mer, dont l'origine hellénique est douteuse, dont la soumission è des maîtres étrangers eut précisément lien h l’épotpie la plus Qorissantc de la fabri<»tion des vases, par quel abus de l'hypothèse a-t-on pu songer à en faire le point de départ d'une fabrication immense, qui non-seulement aurait suffi aux besoins locaux, mais encore aurait alimenté dans de fortes proportions le commerce extérieur? Sans doute la nécropole de Nola a fourni un grand nombre de vases ; mais c'est déjà un problème assez difGcile à résoudre que la présence, dans une ville peu importante, d’autant de beaux monuments céramiques, sans qu'on y ajoute la suppo-
(3) Bxll. Jt rinst. anh. i83a, p. 91 et suiv.
(4) j4nn. Jt Chut. arth. VI, p. 4o et »«'»- •2
fl) /.. cit, p. loi.
( 2 ) Ann. dt tlmt. anK. Vil , p, iy3.
Mtion d’un drveloppemeiit d'industrie auquel peu de rites antiques, avant Alexandre, auraient ëtë capables de suflire.
Ce n’est pas le même argument qui nous servira à détruire la plus développée des explications cpii ont surgi dans cette discussion. Il est vivement à regretter (jue l'auteur du seul ouvrage spécial dans lequel, depuis Lauzi, on -se soit pro- ]K)sé la solution du problème de l’origine des vases peints, ait précisément tenu le moins de compte des travaux de ses devanciers. Nous voulons parler de l’ouvi-age dans lequel M. Kraraer(i), tout en déniant la valeur des observations pixSicntées par des antiquaires aussi exercés (jue M. Gerhard et M. le duc de Luyiies ( 2 ), .adopta sans bésilalion la conjecture avancée par K. O. Millier, et proposa la fabrique il'Atlicnes (3) pour origine unique ou presque unique des vases découverts, non seulement dans l'Étrurie, mais encore clins la Grande Grèce et dans la Sicile, non-seulement des vasp-s panathénaTques, mais encore de tous les vases sans distinction : de façon <}ue le monde de rantiejuité, dans les v' et VI' siècles avant notre ère, n’aurait été cpi’un marebé ouvert à l’industrie céramirjiie des .Athcùiicns, armant sans doute, pour cet objet, des flottes entières, et imposant ses prcxluits, à peu près comme l’Angleterre Impose ses tissusde coton il une notable portion du globe. Il était réservé à M. Kramer de rendre évidente, pir ses arguments mêmes, l’exagération du système exclusif de l’imporLition.
VI. Entre des opinions comme celles du prince île Canino, d’Amati et de M. Mil-
GCThard"^ lingen,d’unepart ; de MM. Raoul-Rochette, Bunsen et Kramer, de l’autre, on des’attendre à voir surgir des hypothèses intermédiaires, plus appropriées aux ii«. cl l« ni- nombreuses conditions du problème, et, par conséquent, destinées à satisfaire " davantage les esprits qui tiennent compte de tous les côtés d’une question. C’est
ainsi que se produisit, sous diverses formes et avec des mcxlificxitions peu importantes au fond, le système suivant lecjuel il aurait existé à Vuici, comme en d’autres villes, non helléniques d’origine, de l’Étrurie et du reste de l’iuilic, desfabiicpies locales exploitées par des Grecs, et soumise» à l’inlluence dii-ecte et incessante des grands centres de la civilisation nouvelle, surtout h riniliience d’Athènes, la reine de cette civilisation. A la tête des défenseurs de cette opinion se plaça M. Edouard Gerbaixl(4)> ^ott d’une étude approfondie et perse'--
(1) £/éfr Jtn Stjrl und die flerkunft der 6 e- Mémoirrinlm'uutiit sur ronginrdcsvasespiiiLls. maktten griechieehen Thongefâeset Berlin, 1837. Dans von nrticlc sur ta fabricalicAi des vases
M. Seeoiidiano Campanari a putdié dans le peints, .dmt. de ê/aeC. nrrA., IV, p. f 38 el*suir, lonc. VU, pag. I et suivantes, des Atti deita ( 3 ) /-. ciV. S. iç )4 l'nlg-
pmt. Âecademm Romana di drtkeolopttt , un ^4) bans plltsie us endmits du fin//, de /'/ns/.
Diûitized bv CvOO
véraiile, tant des monuments trouvés à Vuici que de ceux qu’on découvre dans la Grande Grèce , dans la Sicile et dans la Grèce propremeni dite. I.>e témoignage si imposant, et on pourrait le dire, prépondérant à beaucoup d’égards de ce courageux antiquaire, se montre à nos yeux corrobore par celui de M. Welcker(i), un des hommes qui ont le mieux associé les études littéraires aux travaux archéologiques , et par celui de M. le duc de Luynes (i), qui , indépendamment de son goût et de sa sagacité comme antiquaire, a tait l’application à l’étude des vases peints, de connaissances chimiques étendues et d'exjiériences industrielles d’une grande précision, privilège que ret illustre ami des arLs possède à l’exclusion de tous les archéologues de notre temps. Enfin, s’il est permés de nous citer nous-mêmes après de si hautes autorités, nous n’avons jamai.s hésité, pour notre part , à admettre l’existence de la fabrique locale de Vuici (d) , et l’expérience que nous avons acquise depuis nos premiers travaux ii’a (ait que nous confirmer dans notre conviction.
Ce n’est pas tout, il est vrai, que de proclamer comme un (ait incontestable la fabrication de vases peints absolument grecs, pour le procédé, les sujets, le style et la langue, dans des villes dont pas un souvenir hellénique n’est d’ailleurs parvenu juscpi’à nous; on n’aurait atteint qu’imparfaitement le but que la science doit se proposer, si l’on n’avait expliqué en même temps, d’une manière satisfaisante, l’établissement des artistes grecs dans les villes de l’Étrurie. Sous ce dernier rapport , les antiquaires dont nous partageons la manière de voir, ne nous semblent pas avoir atteint le but de leurs elForts : les uns ont évité de s’expliquer sur un point aussi délicat; les autres ont soulevé, par leurs explications, des objections très-fondées. Ainsi, M. Gerhard ( 4 ) a supposé qu’il avait existé à Vuici une isopolilte, c’est-à-dire une égalité de droits politiques entre les Etrusques, maîtres de la contrée, et une colonie d’artistes grecs établis au milieu d’eux. M. Wclcker(S) a voulu de son côté qu’on reconnût à Vuici
anh. années p. i et suiv. p. 49
p. 1 i6 et suiv. p. i4> suiv.; i83o, p. i et suiv. ; i83t , p. 88 et suiv. p. i6i et suiv. p. fl suiv.; t832, p. ^4 suiv. ; et snrtouldans son Rapporio volctnlt, imprimé dans le 3* vol. des Ânn. de tfnst, arch.; Berlin'* ant. Bildwerke; j4nn. de tinjt. arch. VU, p. 1^3; jinn.
IX, p. i34 et suiv. Cf, Tmivrage récent de cet archéologue, intitulé : AuserUsene griechische VnsenbUder,
(1) Rhtimsehfs M\i*eum fur Philologie ^ Bd.
( 2 ) Ann. de t Injl. arrh. IV, p, i38 et suiv. ; V, p. a 37 et suiv.
(3) Vo^’ez Cat. etru**nte. Avertissement.
(4) Rapp. vole. n. 966 j Bull, de F fnst. arch. 183 a, p. 78 et ÎM).
(5) Rhtinisches Mu*eum fur Philologie, î, i833, S. 341 .
12 INTKODl’CTIüN
J'e»islence d'une corporation (^ÿeschlossenc Giltle) d'artistes d’origine athëiiiuiiiic et que l'on considérât ces artistes comme autant de métèques toscans. La faiblesse de ces hypothèses, qui ne s'appuient sur aucune analogie ni même sur aucune vraisemblance, a été justement relevée par les adversaires de la fabrique locale; mais ce n'est pas la première fois qu’cn histoiie on a eu la conscience d'un fait sans pouvoir en expliquer les causes, et nous ne serions pas plus heureux que MM. Gerhani et Weicker dans l'appréciation de la plus haute dilllculté que puisse présenter ce problème, ((ii'on ne devrait p:is se croire en droit de se refuser à admettre le témoignage matériel des monuments cux-méincs.
vil 'Nous ne reprenons pas l'étude de celte question avec une entière conCance;
^ no(r<- Ira- savons d’avance l'inévitable inconvénient attaché à des travaux auxquels manque la base essentielle des témoignages littéraires; c’aurait été, ce nous semble , une vaine tentative que de chercher à découvrir des textes qui auraient échappé à l'altention de nos devanciers ; leur érudition si exercée nous est un sûr garant (pie l’antiquité aurait cessé pour eux d’étre muette, si ce miracle eût été possible. Il y a même quelque danger il trop pressurer les phrases, dans l’espoir d’arriver à un résultat, et c’est encore là un des reproches que nous devons, entre beaucoup d'autres, adressera M. Kramer, lequel a voulu monopoliser, pour ainsi dire, au profit de la ce'rarnoffraphie , ou de la poterie peinte, des textes qui se rappoi'tcnt évidemment à la céramique, ou à la poterie en général. Privés donc d’avance du secours de nouvelles autorités, quelle voie pouvons-nous suivre? Quelque eifort que nous fassions pour arriver à des conclusions précises , nous sommes forcés de i-ecourir à un emploi très-large de l'hypothesc; mais qu'on ne nous condamne pas d’après ce seul aveu! L'hypothèse est utile, nous ajouterons même qu’elle est nécessaire, pourvu qu’on n’ait rien de mieux à mettre à la place, et qu’on ne s’enivre pas surtout de sa propre supposition, au pointdc h jugeréquivaicnteà la vérité démontrée. I/hypothcse bien conduite, c'est-à-dire maniée avec un heureux mélange de vigueur et de prudence , a pour arme principale l'induction. Celle-ci , quand elle proctxie en faisant abstraction complète des dilférences que le temps et l’espace introiluisent dans les choses de ce monde , est elle- même une force trompeuse ; mais le procédé de l'assimilation n'est vraiment périlleux que (juand il porte sur des faits isolés; en histoire ((ju’on nous peimelte cette métaphore), on ne gagne rien à rapprocher deux lils l’un de l'autre; il faut avoir deux écheveaux dans la main; il faut que non-seulement chaque couleur prise alistractivement, mais encore les
groupes de couleurs se ressemblent et se répi^leiit, pour quoii ose nltacliei' un prix niel au résultat de la compiralsoii.