CHAPITRE IV
CAHACTÈBE DE l’hELLÉNISME ; SA PIIOPACATIOÏ» , PARTICULIÈREMENT EN ITALIE.
Nous avons parlé jusqu'ici beaucoup de VhcUt niime, et nous aurions dû peutêtre commencer par donner une définition précise de ce que nous entendons par ce mot. L’oubli de ce qui est propre à l’hellénisme est, en efifet, ce qui a donnelieu aux systèmes extravagants de Yélntsconianie : la même lacune dans les règles de la critique a longtemps contribué aux illusions auxquelles eUaient en proie les interprètes de nos antiquités gauloises; elle a jeté ceux <|ui sc sont les premiers occupés des monuments de l'ibérie dans les calculs d'une chronologie chimérique; même encore de nos jours, et en dépit des progrès de la critique, la science italienne ne s’est point complètement alTranchie d’opinions qui llattent agiéablement l’amour-propre national. Si l'on a renoncé à défendre la haute antiquité et la supériorité primoi-diale de la civilisation étrusque, on cherche à se pei-suader du moins que la Grèce n’a point porté le scepti-e des arts d'une manière exclusive; on se demande si l’échange des influences n’a pas existé à un certain degré entre l’Italie et la Grèce.... Nous avons d^à condamné par avance un genre d’illusion peu digne du degré éminent auquel est parvenue la science italienne; la juste appréciation de l'hellénisme doit établir ses privil^es sur une base inébranlable.
Par V hellénisme en général, nous entendons le caractère propre à la civilisation grecque. L'essence de l'hellénisme, c'est la liberté, le mouvement. L'Egypte ülfre un modèle plus complet de l'organisation sociale : elle a pour elle, par-dessus tous les autres empires, l’crdre et la durée; la graiidcnr des proportions nous frappe dans les monarchies asiatiques ; en fait d’entreprises et d’établissements commerciaux , les Grecs ne fout que suivre les Phéniciens et ne les égalent pas ; mais s’il s’agit de l’existence de ces conditions particulières
A LÉTUDE DES VASES PEINTS, dans IcMjiielles l'actirilé ric rinlcllij^eiicc et du goût est perpétuellement exciter cl allmciitée, le privilège exclusif de la société grecque n'admcl ni discussion ni confusion possibles. L’hellénisme qui se révèle avec évidence «lans les produrtions littéraires, dans les mteiirs, dans les événements liistoriqurs, a cependant son expiession la plus claii'c et la plus «omplcle pcul-êlre dan.s les productions des arts du dessin. Là se révèle, sous une forme appréciable au regard, le genre de supériorité que nous venons d’attribuer à rhclléilisme. Aujourd’hui qu’on a appris à connaiire et (ju’on appiécie plus é^quitablemenl les productions de l’art, soit en Egypte, soit en Asie, l’art grec n’en parait que pins évidemment l’art complet, le seul art véritable.
Cette grande et unique conquête, (|iii était réservée à l’art grec, ne s’esl [vourtant manifesU'e qn’assez taivl dans la société hellénique. Depuis louglciDp' la ponie avait atteint son apogée, que l’art n’en était qu’à des essais prcstjue informes, et certainement fort inférieurs aux beaux ouvrages que l’Egypte cl l’Asie produisaient depuis tant de siècles. Scuicnient le mouvement s’y manifestait déjà à l’étal de symptôme et, pour ainsi dire, de Iresoin. Tout a coup le feu qui couvait sous la cendre de rarchaïsme éclate par une prodigieuse rmplion. La grande lutte nationale contre 1rs Perses avait communiqué a rhellénismc un ébranlement suprême. Athènes, foyer de la rcsislance et centre de la gloire, recueillit la première le fruit de ces triomphes; Pliidias et Polygnole marchèrent d’un pas aussi rapide que le lii-enl Michel-Ange, llaphael et le Corrége, lors de la renaissance des arts.
11 existait une si grande distance entre les productions lis plus avancée!, de l’art, avant Périclès, et les chrfs-d’œuvre que produisit l’école attique pendant son administration ; l’ciiti'aincmcnt que produisit la vue de c«s chefs-tl’œuvre fut si prompt, si général, si complet, tpi’nn cachet de nouveauté, une marque de révolution s’imprima dès lors sur toutes les pro<liietion.s de Port, même sur celles qui, soit involontaii'ement soit à dessein, conservaient I apparence extérieure de l’ancien style. Quelle que soit la ville grecque dont on étudie la série numismatique, on voit constamment d’abord, à 1 approche de In grande transformation, dans l'intervalle de quarante années qui s ('tend entre la bataille de Salamine et l’adminislration de Périclès, le suc de I liellénisrae parfait monter peu à peu, comme le mercure dans son tube, ptt's tout à coup, l’enveloppe se rompre, et l’reuvre du génie s’élancer dans tout I éclat de la beauté et de la jeunesse. Dès lors un fait unique s’esl produit dans le monde , un fait qui n’a point eu de précédents et de modèle, et dès lors son
i'lirll«nirfur
et lUiii I.I O nipanir.
f.8 INTRODUCTION
.'i.scenUuiit .sera tel que rien ne se produira de semblable, ou même d’nppi(H;liaiil , qui ne se rattache aux modèles légués par i’iiellénlsmc.
Aliii donc qu’on ne soit jws exposé à s’égarer dans une reelieiclic du genre lie celle dont nous nous occupons en ce moment , il faut d’aboid sc bien repiéscntercn quoi consistent les prérogaliTesde l'at tgrcc, et se convaincre d arance que, partout où sc manifestera quelque chose de ses caractères distinctifs, on devra sc dire: rhelléiiismc a passé par là. On le rcconnait d'alxicd, puis on cherche à déterminer par quelle voie son inlliience a pénéli'é.
L’application de cette règle à l’Italie moyenne est facile, et déjà nous avons accompli à cet égaial une partie de notre tüche. Le coupd’ncll rapide ijue nou.s I avons jeté sur l’Apulie aux époques d’Alexandie, fils de Néoptolèmc, et de Pyrrhus (i) nous a fait voir l'hellénisme pénétrant au milieu de populations jiiS(|u’alors barbares, à la suite désarmées larcntines. il en résulte qu’on ne doit pas renconti-er dans cette province de monuments du style archaïque, et, en clict, non-seulement le sol de l’Api'l le ne fournit pas d’objets qu’on doive classer chi-onologlquement avant Péricics, mais encore le goût d’imitation des objets de style ancien , si digne d’attention dans les contrées qui avaient reçu de bonne heure les leçons de l’art grec, n’ayant pas d'aliment dans l’Apulie par la présence des modèles, ne parait pas non plus y avoir jetéde racines.
La Campanie, .sur les côtes de laquelle l'hellénisme s’était implanté dès l'origine pir les colonies de Cumes et de Naples, nous présente un tout autre .spectacle. Les monuments de l'art ancien y sont nombreux , cl rinlUience qu’ils ont exercée de bonne heure nous fait juger de ce que l’art grec a toujours eu de force attractive. I.æs Ëtruscpies, déjà tout-puissants au nord du Tibre, firent la conquête de la Campanie 5a5 ans avant notre ère. Cumes et Naples llorissaient déjà à cette époque, et les Ilots de rinvasion s’étendirent jusqu’à leurs pu tes. La domination des Étrusques dans l’aiicicune Opique dura un peu plus d'un siècle : en f|3a, Capoue tomira au pouvoir des .Samnites; cette chute fut le sigual de la ruine de Cumes, qui succomba trois ans plus tard. Phidias était moi t onze ans seulement avant la destruction de Cumes, et pourtant nous avons des médailles de celle ville, dans le style desquelles se fait déjà sentir l’Inlluence de la rv^olulioii que Phidias venait d’opérer dans .Athènes.
L'auteur (le Ja médaille de Cumes, la plus belle et la plus avancée, sous le rappirl du style, que nous ayons reuconlrée jusqu’à ce jour (elle appai lient à
D igTirè~ Æ ' L‘V Cà 'Tin^lc
(IJ l-hl)|). III, XIK
A i;f;TinE des vases peints. .-,9
M. le duc de Liiyiies), pnralt avoir gravé une médaille de Capoue, avec la légende grecfjue KAPPANON (i), qui fait partie de la même collection. Cet exemple n'est point isolé : l’Iiellénisme naturalisé à Cuines , loin de se concentrer dans les villes greeques répandues autour du Ci-atère, pénétra ilans les cités de rintérieiir, alo'.’s possixlres par les Etrusques. Alliba n'imila pas plus fidèlement Cumes, sa métropole, que Nola ne reproduisit le type usité à Naples (>), dans répoepte de transition qui précéda la révolulion opén''C par Pliidins.
Nola, ijuoi qu’en disent tant do doctes antiquaires, était à peine une ville gieeque : on ne doit pas y reconnailre une colonie athénienne. M. Kramer(S), qui n’est point habituellement aussi heureux dans .ses déductions, a victorieusement, selon nous, dissipé l’illusion où l'on était resté jusqu'à ce jour sur ce point de critique historique. On vient de voir, en outre, que nous n’hésitions pas à donner it la Capoue des Etrusques les monnaies d'argent qui portent la légende : KAPPANON ou KAMPANON (.{}. Ainsi, non-seulement l'art mais encore la langue des Grecs dominaient dans la Campanie à l'époque où les Etrusques eu étaient maîtres : point de traces de monuments ou d’inscriptions étrusques dans cette contrée; si le pouvoir et l'inllucnce politique appartiennent aTurs aux Etrusrpies, la domination appartient aux Grecs, sous le rapport de l'intelligence et du goût : fait capital, fécond en conséquences, et que nous ne perdrons pas de vue quand nous recheix-hcrons les points de contact de l’hellénisme avec les Etrusques d'au delà du Tibre.
Pour compléter le tableau de l’hellénisme en C.rmpanie justpi'à l’épo()ue où le niveau de la tyrannie romaine s’étendit sur toute la péninsule italique, il suffira de grouper quelques-uns des faits déjà répandus dans ce travail ; l’art grec esclave et s'abàlardi.s.sant sous les SamniiGs à Fhistclis (5), se maintenant dans sa pureté à l’abri des murs de Naples ( 6 ); la longue inaction des ateliers monétaires de Capoue ( 7 ); rinnuence grecque se montrant de nouveau dans l’intérieur à mesure que pâlissait l'astre des Samnites ( 8 ); l’art de Naples gouvernant désormais tout l'art de la Campanie jusqu’au Samnium, et donnant, pour ainsidire, la main, à travers les montagnes, à l’art de Tarente , qui, de son côté, gagnait le Samnium par l'Apulie (g); enfin l’hellénisme encore plein d’éclat,
(1) Vojra plus haut, p. 47 faj Vuvvi plus haut, p. 43 - (3) Ubtr tien Stj-i und die Hcrhmft der Itemnhtun griechischen ThnngeJ'dtee, S. 1 4 <), fulg- ,'41 Mionncl, I. I, p. 110, »” 9 fl tl 100.
(6) I6id.
(8) P. 4a vl auîv.
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