IS
sodaux imposés par le christîaniaiiie, et trayaillait an salut de. tous. Pour coofinner cette assertion , il suffirait de rappeler la conduite du clergé .dans les divers sièges que Paris eut & soutenîc contre les ITcMmands; celle de Francon à Rouen. Mus nous possédons des actes qui parlent plus haut, el prouvent plus que ces dévouements particuliers. Dans un synode tenu aux environs de Reim^, en 881 , les évèques adressent au roi une supplique qid mériterait d'être traduite pour l'enseignemeirt de ceux de nos jeurs« Ils ^i^vitent à s'entourer d'un conseil conqposé d'eodésiaslîques et de militaires, afin de pourvoir aux besoins de tous, c Que ce pauvre peuple y disenl-ik; qui, depuis tant d'années^ soufre des.p01i^;es de toutes sortes, et supporte les exactions des Normands^ soit enfin soulagé. » Enfin Cbirles-le-Gros, dans un capitulaire, si'adresse aux évèques pour veiller au salut public. £n effet , il>noua reste des traces positives <|ui prouvent que le dei^; dans ses synodes, cherchait à fiûre tout ce que leg raîa négligeaient dans l'intérêt général. Ce n'est pas à dire qu'il n'y eût des prêtres indignes; mais il est remarquable qu'ils furent ea nombre trës^tit, moindre même que dans des temps plus heureux. L'£gli^ , d'ailleurs , savait et pouvait punir j c'était son peuple , et , d'après les lois, elle avait drmt absolu de justice dans son sein : nous avons quelques textes de jugementa rendus contre des membres du clergé. Nous ne comptons point comme une feute reprocbable, surtout dans notre siècle , le fidt de porter les armes. U y eut des évèques, des abbés et des moines qui se distinguèrent dans cette guerre de tous les jours contre les paysans normands, hongrois ou sarrasins; car bien souvent
les Tilles, abandonnées ou trahies par leurs comtes, furent défendues par leur clergé : au moins il sayait périr avec dles.
M Ainsi les derniers mots , les dermers actes publics, qui nous sont restés do neuTième siècle, sont encore des preuTes de l'activité de l'Église. Dans les dermers fevts nous la retrouvons encore, ainsi» qu'au cinquième , construisant les provinces, agglomérant les peuplades. >
*' (j^t^^^js et Aoti^^ histoire parlementaire de la ' - révolution française, 1. 1, p. 88 et^.) ' ^' Le sort matériel des esclaves ne fut àdûud que sous Pempire. Voy.'nole 16, p. 119. « •
VM po Yoyez tes lettres politiques des papes dans fe 16' volifibe^des historiens de Franco.
' i ^ Bour prouver ce qufe nous venons d'avancer , nous donnerons quelques extraits du voyage nocturne de Jfafaomet AU ciel. Où verra par-là comment est maté* riel le'*séj(yur des bienheureux musulmans : t J'étais couché, entre les collines Safa et Merva, lorsque Gabriel s^appt^ochânt dé moi m'éveilla. Il conduisait Elboralc (l'ètincelante), jument d'un gris argenté, dont la démttrdie est si vive , qu'à chaque pas qu'elle fait, elle s'allonge autant que la mceilleure vue peut s'étendre. Ses yeux brillaient conmie des- étoiles ; elle déploya ses deux grandesailes d^aigle; je m'approchai^ elle se mit à ruer. Tiens-toi tranquille , lui dit Gabriel. La jument répondit : le prophète Mahomet ne me montera pas , que In n'aies- obtenu de lui qu^il me fesse entrer au paradis , le jour de la réstirrection. Je le lui promis ; alors 'elle se laissa monter, et dans l'instant' nous Mmes aux portes de Jérusalem.
» Eu s'élevant de ciel en ciel jusqu'au septième et dernier , le Prophète rencontre successivemenl Abra« liam , Moïse et Jésus , Adam y Noé , Jean , Enoch , Aaron.
» Le premier ciel est d'argent pur; c'est à sa belle voûte que sont suspendues les étoiles avec de fortes chdinea d'or. Dans chacune de ces étoiles est un ange en sentinelle pour empêcher les démons d'escalader les cieux. Dans ce ciel il y a uve multitude «Vanges qui sont là , sous des figures d'animaux, afin d'intercéder auprès de Dieu pour toutes les créatures de la même forme qui.se trouvent: sur h tecre. L'angxiHsoq, d'une blancheur plus éclatante que la neige, eàl d'une si surprenante grandeur que sa tête louche au* second ciel, éIcMigiié du premier de cinq cents années ^ de cbemiii» . .
» }«e dewMème ciel est oomposé d'une espèce dt fer duret'pplii
» Le troisième ciel ,' plus éloigné du second. que celui-ci ne l'est du premier, eèt tout formé de pierjes précieuses. Il y a là des anges de dimensions inimapnables; leur chef, qui s'appelle le confident de Dieu ^ est d'une taille si prodigieuse qu'il y a. de sooi œil di^oit à son œil gauche soixante-dix mille jour*nées de i^hemin. II. est tontinuellement- occupé à écrite, les n(Mns de ceux qui. doivent naître, à.calouler les jours des vivants , et : à les eflbcer du livre , k mesui^ qu'il découvre qu'ils ont atteint le. terme fixé .par son calcul.
» Le quatrième ciel est d'argent fin , transparent eonmne le verre. Il esl peujrié d'anges de grande taille^ L*un d'eux est occupé à pleurer sur les péchés -des howlmes et à prédire les maux qui se prépares^
» Le cinquième ciel est d^or pur. Les anges qui l'habitent ne rient pas beaucoup, et ils ont raison : car ils sont les gardiens des vengeances divines , et des kux dévorants de la colère céleste.
> Le septième et dernier ciel est fait de lumière divine. Le premier de ses habitants qui m'ait frappé surpasse la terre en étendue. Il a soixante-dix mille tètes ; chaque tète a soixante - dix mille bouches ; chaque bouche soixante-dix mille langues qui parlent continuellement , et toutes à la fois , soixantedix milk idiomes di£Bérents., pour célébre^lea louanges de Dieu.
> j&près que j'eus considéré cette énorme et toute céleste créature, je fus emporté subitement par un souffle divin , et je me trouvai assis au pied du cédrat immortel, planté à la droite du tr6ne iiiviàble de Dieu. ' Les branche^ du ^drat y plus étendues que le disque du soleil- Vk'eslt éloigné de^ la> terre , servent d'ombrage à une mnHitude d'anges, beaucoup plus nombreux que les grains de sable de touteS'les mers, de tous les fleuves, de toutes les rivièresl Sur les rameaux du cédrat sont perchés des oiseaux occupés à considérer les passages sublimes du divin koran. Les feuilles de cet arbre ressemblent à des dreiHes d'éléphant ; ses fruits sont plus doux que le lait ; un seul suffiri(it pour nourrir pendant un jour toutes les créatures de tous tes mondes. Chaque pépin renferpie une^hauris ^ ces vierges divines sont réservées aux plaisirs étemels dts Musulmans. Il y en a de quatre sortes, les unes sontUandies, les autres roses, les troisièmes jaunes , les qua-
trièmes vertes. Leur . corps ravissant a la transparence du crifital. Leurs yeux sont si beaux , que si une houris laissait tomber un regard sur la terre pendant la nuit la plus sombre, elle y jetterait autant de lumière que le soleil dans tout son éclat. Il suffirait qu'une houris ctachàt dajis la mer pour que toute la mer cessât d'être salée. »
Ailleurs le prophète dit : c Les élus seront le plus près de l'éternel ; leur front paraîtra rayonnant de gloire (LXXVI ) ; ils habiteront un séj6ur de délices. Ils reposeront sur des lits enrichis .d'or et de pierres précieuses (LVI).Ils seront ornés de bracelets d'or enrichis de perles , et vêtus d'habits de soie ( XXII ) ; ils se regarderont avec bienveillance. Ils seront servis par des enfants doués d'une jeunesse éternelle , et d'une blancheur égale à l'éclat des perles, qui leur présenteront, dans des. coupes d'argent de diflFérentes formes, brillantes comme le cristal, des vins exquis mêlés avec l'eau des fontaines Cafour et Langebil. L'éclat de la lune et du soleil ne les importune point. Les rameaux chargés de fruits s'abaissent devant eux. Ils auront à souhait les fruits qu'ils désireront , et la chair des oiseaux lesplus rares. L'œil, dans ce séjour délicieux, ne voit que des objets enchanteurs.
» Près d'eux seront les houris aux beaux yeux noirs, jeunes vierges au regard modeste, dont jamais homme ni génie n^a profané la beauté , et qui seront renfer^ mées dans des pavillons superbes. Elles sont semblables à l'hyacinte et à la perle. —Les discours frivoles seront bannis de ce séjour. Le cœur n'y sera point porté au mal, on n'y entendra que ledom^pomde paix (LXVI).
» Ceux qiii occuperont la droiie y quelle sera leur félicité ! Ils se promèneront parmi leîs roses qui n'ont point (Fépines et conservent une verdure étemelle , et au milieu des bananiers disposés dans un ordre agréable. Ils jouiront de leur épais feuillage au bord des eaux jaillissantes. Là une multitude de fruits di« vers s'offre à la main qui veut les cueillir. Ils reposeront sur des lits élevés. Nous avons rajeuni leurs épouses. Elles seront vierges, elles les aimeront et jouiront de la même jeunesse qu'eux. » Il y a , au Recueil encyclopédique belge, t. IV, p^ 113 et suiv., un article de M. Toussaint y sur Mahomet et ses Institutions. '
c Au surplus, nous pouvons voir aujourd'hui quels fruits a portés le mahométisme, là même où son développement a été complètement libre , en Perse , en Arabie, à Maroc et à Fetz. » <— c Le vice capital qui rendit le mahométisme anti-progressif, fut d'avoir confondu dans les mêmes mains les deux pouvoirs, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, et , par suite, d'avoir établi en principe que la raison et la justice sont là où réside la force. Chez les Chrétiens, au contraire, on ensdgnait que la justice et la raison résident là où est le dévouement. Le mahométisme professait une doctrine * sur la Providence, telle-, qu'il en résultait que les choses sociales sont gouvernées par un fatalisme absolu. Chez les Chrétiens, au contraire, on disait qu'on acquiert par la foi, parla grâce, c'est-à-dire la liberté de choisir entre le bien et le mal. Aussi les destinées dès deux sociétés furent bien différentes. Les Musulmans ne purent avancer dans la carrière de la civilisation que par la tôlonté du pouvoir { les Chrétiens, au contraire, n'ont
cessé de marcher , mèrae malgré le pouvoir. > (Bûches et Roux , hist. parlem* , t* I, p. 43 et AJL)
'' Voy. drrien , III , 6, 18. Diod de Sic., VIII , A.
^ Autour d'Ypres , au 13" et au 14" siècle , il y avait plus de 200,000 habitants. Cette immense population est numériquemenl constatée par un document authenti-* que émané du pape Innocent lY , document qui se trouve aux archives d'Ypres , 2" bureau vodté , layette 19 j n*" 5.
Voici ce document, publié ici pour la première fois :
c Innocentius eps., servus servorum Dei : Venerabili fratri episcopo Morinen. salutera et apostolicam bene* dictionera. Ex parte dilectorum filiorum scabinorum et universitatis ville Yprensis fuit prôpositum coram nobis , quod cum in villa ipsa in qua fere dueenia mil' Ua hominum oonunorantur , quatuor parochiales eo* cleâe tantummodo sint statute , quanim canonrici re^ gulares curam optinent animarum et in qualibet ipsarum solus canonicus consueverit pemoctare , ac per hoc ijdem in spiritualibus nonmodicum sustineant detrimentum, petebant in eadem villa tam eoclesiaram quam clericorum numerum augmenlari. Super qui-* busdam etiam gravaminibus sedi apostobce sunt conquesti, videlicet quod decanus christianitatis el rectores ecclesiarum loci ejusdem Morinensis diœoesis^ que sua sunt, non que Jesu Ghristi querentes, si cofei«* tingat simul et semel debere plures nuptias celebrari , ut plures oblationes extorqueant ab eisdem sub uniiis missœ celebratione, ac uno die id fieri non permitlant. Et si aliqui diversaram parocfaiarum ipsius ville ma-» trimonialiter velint adjunctlm copulari, nunquam sinunt hujusmodi mfitrimonium oonsumari , nisî re«
(lU)
cepta prius a quolibet, oontrdiemiuni oblationum nomine, pecuniœ quantitate. Quod si tresdies feriatos subsequenter evenire contingat et nuptie debeant celebrari , probibent malitia se banna in eisden so]em[initatibiis fieri*, nisi pro sue libito yoluntatis. In eorumdem hominum prejudicium et gray^men ijdem quoque, modum avaritie non ponenles, si plures homines in eadem villa simul décédant, ipsorum corpora non permitlunt, ex quadam prava consueludine , ut pro quolibet offeratur, sub unius misse celebratione tradî eccleâastice sépulture, in animarum suarum periculum et scandalum plurimorum. Prœlerea dicli homines adhiberi quibusdam ipsorum necessitatibus remedium postulabant : quia cum molendina yille Yprensis molere nequeant sine vento, que si etiam diebus singulis yentum haberent profâtium ad molendum, yix sufficerent multitudini hominum eorumdem , sibi concedi petebant , ut liceret eis molere quandocumque yenlus aptus yenerit ad molendum. Quod si etiam ipsos contingeret pro uno eodemque delicto excommunicationis sententia innodari , yolunt ad solur tionem unius.emendi, aiemenda prestari debeant, obligari. Ad bec cum in eadem yilla pro nuptijs celebrandis quedam consueyerit adhiberi solempnitas, que Kergant yulgariter appellatur , occasione cujus, tam pauperes quam diyites ad yanam gloriam se fetigant laboribuset expensis, ita quod nonnulli plus expendant in talibus quam pro dote receperint mulieris ad solempnitatem hujunnodi faciendam , petebant supradicti bomines de oetero non compelli. Quare ijdem nobis humiliter supplicarunt , ut super h^s proyidere flibi de bepignitate sedis aposiolioecuraremus. Volentes
igitur sic ipsorumutilitati consuleré) quod aliorum juslitia non ledatiir , fratemitati tue per apostolica scripta niandamus , quatenus super prœmissis omnibus inquiras, diligenter yeritalem nobis, quod inyeneris, fideliier rescripturus, ut, per tuam relationem, instructi , quod justumfuerit, feciamus. » Datum Lugduni, XI kalendis junij , pontificatus nostri anno quarto. ( Le sceau est en plomb et porte le nom d'Innocent. )
'^ cLe Gpr merveilleux de Y^nkiWi {des Knahen Wunderhom ) est une collection de chants recueillis par MM. Brentano et Amim y en partie de la bouche du peuple, et en partie de feuilles volantes et de livres rares. Je ne saurais trop louer ce livre: il renferme les fleurs les plus délicates de l'esprit allemand , Qt quiconque voudra connaître le peuple allemand sous un aspect aimable) que celui-là lise ce livre. Sur le frontispice du livre est un enfant qui soufBe dans un cor, et, quand un pauvre Allemand, jeté en pays étranger, contemple long-temps cette image , il croit entendre les sons de ce cor, qui lui sont bien connus, et il pourrait en prendre le mal du pays, comme le lansquenet suisse, placé jadis en sentinelle sur un bastion de Strasbourg, qui, entendant de loin le ranz-des-vaches, jeta sa pique , passa le Rhin à la nage, mais fut bientôt repris et fusillé comme déserteur. L'enfant au cor mervéilleuxarecueilliune touchante chanson à ce sujet :
^ Sur le rempart. à Strasbourg ^ — ' Ce fut un triste jour y — J'entendis le cor^ le cor des Alpes retentir ; • — Alors jusqu'au pays je voulus nager ^ m'en aUer^ — Eélas !je ne pus fuir.
-bA une heure dans la huit, -^ Ne m'onê-ils pas arrêté , •^Arrêté et conduit devant mon capitaine , en
smréduU; — Ahi mon Bien! dans les vagues bleues. Us m'ont péché; — - hélas ! de mai c'est fini.
» JOemain matin , quand six heures sonneront, — Bef>ant le front, du régiment Us me mèneront; — Là il me faudra demander pardon , — Et recevoir ma dernière permission ; — hélas !je sais cela déjà»
9 Mes frères, me voilà , — Fo$is me voyez pour la dernière fois , — Le petit pâtre est cause de tout mon embarras. — Cest le cor des Alpes qui a fait tous mes chagrins , — Et je m'en plains.
» Dans ces chansons on seul les battements de cceur du peuple allemand. Quelle naïveté dans la fidélité de o^ peuple! que de loyauté dans ses trahisons l qoel honnête flfiirçon e%i\tipenyxtSchioartenhab,ifào\cpL^il Tole sur les grandes routes. Ecoutez ce qu'il dit de lui-même :
» Je viens trouver Chàtesse dans sa,maison, -*- Elle me demande mon nom. — Je suis un pauvre garçon, — Qui boit et mange en toute saison.
9 On me mena dans une salffi peinte , — Oi& ton m'offrit une grande pinte. — On avait beau remplir mon verre , — Je le laissai tomber à terre.
9 On me mit à la place d'honneur, — Pour me traiter en grand seigneur; -^ Q^nd il fallut payer fécot , *-" Rien ne sonna dans mon sarrot.
9 La nuit, quand je voulus aller dormir, -— On me montra la grange. — Je n'eus plus envie de rire ; — On me traitait d'une façon étrange.
» Quand je fus dans ma cage, — Et que je voulus faire mon nid; — Je fus piqué par les épines; -^ Et par les chardons sauvages.
» Le maUn, en me réveillant', — la gelée couvrait la toiture, — Et je m'en allai en riant , -^En riant de ma mésaventure.
( un)
mtm épé9 àJa puuiM,^Ei faUaciaisur ma ^ — Il me fallut aller à pied , — ITayatUpae de quoi chevaucher.
> Je m'en allai bien doucement, — Tirant le long du chemif^y — Quand pint un file de marchand , -^ Qui me laissa tout son argent.
. M D*ôrdii)aire , c'est un peuple errant , ce sont des Tiigabondsy dessolddU, des écoliers, ambulants ou des compagnons ouYriers, qui ont composé ces cbanson&Les compagnons surtout sont de grands poètes. Que de fois, dans mes Toyages pédestreS} ai-je entretenu commerce avec£ette classe de gens! Que de fois je les aiyui, esEciiàs, par une circonstance extraordinaire, improviser un motoeau de poésie populaire, ou le siffler en plein air! Les petits oiseaux perchés sur. les branches des arbres Técoutèrent attentivement ; et quand passait par là^un autre compagnon, le bavresac au dos et le bâton blanc à la main, Jes oiseaux lui gazouillaient ce chant aux oreilles; il chantait alors les vers qui manquaient, et la chanson se trouvait finie. Les paroles tombent du ciel sur les lèvres de ces compagnons ; ils .n'-ont qu'à les prononcer, et elles sont pbis poétises que toutes 'les belles phrases que nous déter«rona de notre ame. Le caractère des compagnons ouvriers allemands reqiire dans ces chants populaires; c'est une remarquable raœ d'hommes^ qui, sans le sou dans l^ir poche, parcourent toute l'Allemagne dans tous les sens , candides, joyeux et libres* j (Henri JTiMM.)'— Du reste, toutes les pièces de ce recueil ne sont pas du moyen-àge.
^- c ' Scholfls illœ venerabiles junco stemebantur , fœno et palea ; ibi seddmnt ex ordine scbolares ^ ex
omni confluentes natione, quandoque nôUIes^ e regum editi prosapia, solio destinati , summommire pontificum quandoque consanguinei. Ibi magistrorum lectiones ^ scriptis el auribus , assidue excipiebantnr. » [Discours prononcé en octobre 1770. — In scoL med.) ^ € His diebus Amoldus quidam relîgionis habitum habens , sed eum minime^ ut ex doctrina ejus patuit, serrans , ex ecclesiastici honoris intidia 9 urbem Romam ingreditur, ac senatoriaindignilatem,equestremque ordiném renoyare ad instar antiquorum tolens , totam pêne urbem, ac prœdpue populum ad* yersus Pontificem suum concitavit. Unde et ad eorumdem temeritatis, yel potiJis fatuitatis corroborationem , ab eis ad principem distinatum , taie scriptum inyenitur. »— Dans cette lettre, il est dit, entre autres: « Et quidem regnum et imperium Romanorum , yestro à Deo regimini concessum, exaltare atque amplifia care cupientes , in eum statum , que fuit tempore Gonstantini et Justiniani, qui totum orbem yigore senatus, et populi romani suis tenuere manibus, reducere, senatu pro his omnibus Dei gratia restitùto , et eis qui yestro in^erio semper rebellayerunt, quique tantum honorem Rom. Imperio subripuerunt, magna ex parie conculcatis, quatenus ea quœ Gœsari et Imperio deberentur , per omnia et in omnibus obti«> neatis, yehementer atque unanimiter satagimus, atque
studemus : reminiscaturque yestra solertia ,
quot et quanta mala papalis curia ^ et dicti quondam ciyesnostri Imperatoris,qui fuerunt ante yos, fecerùnt, et nunc détériora y obis cumSicuIo facere tentayerùnt.» — — — ( OUo FrisinffiuSj de gestis Friderici, lib. I , c. 27 ^ 28 , p. 422 9 423. ) — On lit dans la collection
des Gonàles par Labbe, X. X , col. 1013) les vers sui-
▼ants :
« Cu]u8 origo mali , tantaoqae Toraginia auotor, Xistitit A.rnoIdui , quem Brixia protulit ortu Pef tifero , tenni nutrivit Gallia tamptu , Edocuitque diu : tandem natalibus oris Redditua , aMumpta tapientit fronte diiailo Fallebat sennone rudes , clerumque procaci Insectans odio , monachorum acerrimus liottis , Plebis adulator, gaudens popularibus auris , Pontifiees , ipsumqnè gra^i corrodere lingua àudebat papam , sceierataque dogmata val go
Diffondeni , Tariis implebat Tocibua auras.
Hil proprium cleri , fundos et prœlia nuUo Jure sequi monachos nulli fitcalia jura Pontificum , nuUi cure popularis honorem Abbatum, sacras referens ooncedere leges.
Omnia principibus terrenis subdita , tantum Gommittenda viris popularibus atque regenda.
mis primitias , et qa« devotio plebis Offiorat et deoianas castos in corporis uiias , Non ad luxuriam , siye oblectamina carnis Coneedens; mollesque cibos^ cultusque nitore», lUicitosque toros , lascivaque gaudia cleri , Pontificum fastus , abbatum denique laios ' Damnabat penîtus mores, mooachosqae superbos. Yeraqne multa quidem , nisi tempera nostra fidèles Kespuerent monitns , falsis admixta monebat. £t , fateor , pulcbram fallqndi noyerat artem : Yens falsa probaîis , quia tantum falsa loquendo^' ïallere nemo potest : vert sub imagine falsum Iniluit , et ftirtlm deceptaa occupât anrea.
Articulos etiam fidei certumque tenorem Non satis exacte stolidus pietate fovebat ^ Jmpia mcllifluis admiscens toxica verbis.
Ille suam vecors in clerum pontificemque , Atque alias plnres adeo commoverat urbea »
Ut Jam iucKbrio saow extremoque p«dofi
Clern* liabèreittt. (jnod adhvc > ni falior, ia illu Gente nocet, muKumque tacro detruncat honori.
Mox in concilio Romie damnatus ab illo Prœsnle , qui numéros Tetitum continger.e nostros llomen ab innocua duclt laudabile vita :
Territua , et miseras coofusus imagine culpœ , Fugit ab urb^ sua , transalpin isque receptuv, Qua sibi iricinas Âlemannia sascipit À-Ipes , Ifomen ab Alpinô duceus (ut fama) Lemanno , Ifobile Turegum , doctoris nomine falso Insedit, totamq^ue brevi sub* temporé terram Perfidns impuri fœdavit dogmatis aura :
Unde Tenenato dudum corrupta sapore , ' Et nimium faisi doctrinas vatis inbœreqs , Senrat adbuc uve gustum gens iila paternœ, >
'' Introduction à la science dé THistoire, p. 551 -559. — Au concile de Trente , Tévéque de Bitônle-, dans un discours très - prolixe , rappela tout l'éclat de la puissance du pape , et; les biens qu'elle avait faits , soit en ordonna»! les croisades , soit en déposant les rois.
c Mores tum populi , tum principum ac sacerdotutn, quando emend^ti in melius , prœlerquam in cpnciliis Gregorii VII^ Akumdri III, Ikbani II ? jDnio dissidentiiun nationfim ubi coahiit unquain felicius , quam in concilio La teranensî et Florentine PTui^cse rabies, quam unquam Ghristianorum potentiam , àtqlie aniinum ita sensit , ut in Latei;a;içLeq§i {ClaromotUe^nsi voluU diceré) illo concilio , ubi. trecenta» hiNnÂnum. nillia .ad reparandam Hierosotymam inviclse érucis' eigism susceperunt ? Sed et Chris tiaAi principes din in ecclëéîasticam potestatem tyranuiço furore surrexerunt , cui fleclere genua , et caput summittere d^buçrupt, Npnne sacris conciliis sunt depositi.f percusM anaftietnale , pulsi
r^^ atque itdperip ? ut Ladidaud, Léo III ^ Heiim «u» III , Fredettoui II , Gonstantmus YI^.«. Alilioii e^ periit fefvens illa in dtcmitruin,et in reno^ ajam.^ qtto ^liiâ Christtani cmnes, o dulce et caram noitieni fratues Yocaboiitur, et impletnm est PauU apostoU tan tîdiiium : Erunt homines seipsum amantes I » (T. XIYy p. 980-999 , de laGoHéction des conciles par le PèvQ Labbe.)
^ Urbain III y entre autres, comtiibus viribus lah' borabdt, quando Imperatoris dignitatem et excéU leliliam humiHaret^ » Gresta Trevir, in Martene et*i^fémd, IV, 216.
^'C %eut luna lumen sutim sole sortitur , quœ te tera minor est illo quantitate simul et qualitate, ntu pariler et effectu : sic regalis potest^s ab auctotitâte' pontificali su^ sortitur dignitatis splendorem. 9 {Inno^ cefU. Itl, lib. XVI, p. 401. ) — c Gâm terra sitseptîes major luna, sol autem octies major terra, restât ef^<^ ul pontificatus dignitas quadragies septies sit major regali dignitate. » ( G^ta Innocent., c. 63. )
^ € Dominus Petro nonsolum universalem ecdeaàm, scd totum reliquit seculum gubernandum* > ( Innù^ oeni. m, lib. II, p. 209.)— L. XVI, p. 131, il dit c que le Ghrist a ordonné — ut sacerdotale sit regnnm
et i^Kjerdotium régale -i- ut slcut ei ( Chri^tf')^
fleetltui* omnè genus cœlestium, terrestrium et etiain infemorum , ita illi omnes obedianl et intendant , ni; sit unum ovile et unus pastor. Hune ilaque reges seculi propter Deum adeo teneràiitur, ut non reputent se rite regnare, nisi studeant ei deyote senrire. »
^ Nous neyoulons pas prétendre, par là, que la force il'ait été quelquefois nécessaire; sans cela, nous
serions en contradiction avec ce que nous venoïis 4e dire d'Innocent III : mais le ma) «consistait, selon :nous , en ce qu'on adopta, dans la suile, pour'principe dominantyCe qui ne devait être qu'une mesure exceptionr nelie. — Nous donnerons ici quelques texles à l'appui des feits que nous avons rappelés : c Prohibemus eliaœ ne libres veteris Testamenti aut novi laici permittantur, habere : nisi forte psalterium vel breviarium pro divinis officiis, aut horas B. Maria aliquis ex devotione habere velit, Sed ne prœmissoa libroahabeant.in vulgari translatos, arctissiineinhibemus,»(GonciLToIosan^ aun. 1229, c. \L) — c Itemslatuimus, ne aliquis libroa veteris vel novi Testament^ in Aoinanico babeat ; et si aliquis babeat , infira octo dies post publicationem bujusmodi constitutionis a tempore sçntentiœ, tradateo» loci episcopo comburendos : quod nisi|.fecerit, sive clericus fuerit, sive laîcus, tcgiquam suspectus de hœjre^i^ quousqnesepurgaverit,habeaturj»(Conc.^Tarraconense^ ann. 1284.). — Sex sunt causse b«re$is : c P-2'' Quia omnes, scilicet.et viriet feminœ, parvi .et magni, nocte et die , non cessant docere et discere, 8"" Tertia causa hœresis est , quia novum et vêtus Testament um vulgariter transtulerpnt, et sic docent et discunt. Audivi et vidi quemdam rusticum idiotam, qui Job rocitavit de verbo adverbum, et plures^jui novum Testamentum perfiscte sciveruHt.9 (RaineriiSumma^ c»SL inBibl. max. p^. 25, p. 263.) c Quia in Gasconia, Albegesio , et partibus Tolosanis, et aliis locis, ita Hœreticorum, quosalii Cathares, alii Patemos, alii Publicanos,. alii aliis nominibus vocant,invaluit damnataperversitas, ut jam non in occulto nequitiam suam exerceant, sed suum errorem publiée manifestent , et ad suum
{ ÏM )
coafiensum .âimplices aitrallint et infirmos ; eos , et defensores eoruin^ et receptores, auathemati decernimus 8ubjicere,etsubanathemate prohibemus, ne quis in domibps , vel in terra sua tenere , yel fbvere , . vel negociationes cum eis exercere preegumat. Cimctis fidelibu» in remissionem peccatonim adjung^mus, ut tantis cladibus se viriliter opponant , et contra eos armis populum christianumj|ueantur , confiscanturque eorum bona, et liberum sit principibus hujusmodi ho-> mines subjicere senrituti.... Nos autem fidelibus Chri3tianis qui contra eos arma susceperint , biennium de poBnitentia injuncta relaxamus, etc. > (CotioiL LcUeran. 9 Gen. , cap. 27. Voyez aussi Lt^ii décret, contra Haereticos. — Décret. Greg.^ lib. 6 , tit. 7.) — Et puis on se fondait sur un texte de saint Augustin : c Major est scripturœ auctoritasquapi omnis humani ingeniicapacitas. > Sanct. Augst. in genesi II, 1. 0pp. , t. IV, p. 135.-
c Ipsis quoque temporibus, -studiis scholariim et scholarium reflorenlibus, incipiebant magistri theologiœ, prœcipue tamen prœcipui prœdicatorum et minorum lectores disputare etdisserere subtilius et celsius quaxil decuit aut exped^yit^ qui non yerentes tangere montes, a gloria Bei opprimendi, ni tebautur sécréta Dei inyestigabilia temere perscrutari , et judiçia Dei, quœ sunt abyssus multse , nimis prœsumptuose inda* gare» % {Math. Paris, ann. 1260, p. 612.)
JPanvinius y écriyaân entièrement déyoaé aux intérêts du sjaint-siége, dit de la Rome du IS"" siècle, page 340 : cRoma gentium profugium et asilum, omnibusque sœculis populorum omnium tutissima arx^ jam camificina facta erat^quœ quîdem omnia suorum caussa, quibus onmia indulserat, permittebat^ >
^' «C'est une impiété chlter aux hommes, eu matière de religion , la liberté d'empêcher qu'ils ne fessentchoix crurie divinité; aucun homme, aucun Dieu, ne voudrait d\in Service forcé. » {Apologétique y çh^p. XXIV.) <« Si Ton usait de violence pour la défense de la foi, les évoques s'y opposeraient. » {Saint ^HilairOy liv* I.) -*- « La religion forcée n'est plusreligion; ilfeut persuader, et non contraindre.»— «La religion ne se commande point.» (Lactttnce , liv. JIL ) — « C'est une exécrable hérésie de vouloir attirer par la force, par les coups, par les emprisoniiéments, ceux qu'on n'a pu convaincre par la raison:» {Saint Aéhanase , liv. L) «Rien n'est plus contraire à la religion que la contrainte. » {Saint Jusftin,
martyr, liv. V.)
Il n'y a que peu de passages , dans Ifes évangiles , dont l'esprit ait pu inférer que l'intolérance , \k contrainte , sont légitimes : l'un est la parabole dans laquelle le royaume des cieux est comparé à un roi qui invite des convives aux noces de son ftb. ( Saint Mathieu y ch. XXII.) Mais il s'agit ici du royaume des cieux : l'invitation au festin signifie la prédication du salut ; le meurtre des envoyés du prince figure la persécution contre ceux qui prêchent la sagesse et la vertu.
L'autre parabole est celle d'un particulier qui invite ses amîs à un grjind souper ( Saint Luc , ch. XIV ) ; et lorsqu'il est près de se mettre \ table , il envoie- son domesfiquè les avertir. Eôx de s'excuser par différents motifs, réels ou frivoles. Le père de famille, alors en colère , fait venir à son festin les aveugles et les l)oiteux ; et, en voyant qu'il reste encore des places vides, il dit à son valet : c Allez dans les grands chemins ef le long des haies , et contraignez les gens d'entrer. »
( ISS )
On n'a que trop. abusé de ces paroles : cantrcnns-les d'entrer ( compeUe intrate) ; mais il est visible qu'uti seul vàl«t ne peut contraindre jpar la force tou&les gens qu'il rencontre à venir souper cheai son maître. Con- Irains^es d'entre^ y ne peut dire autre chose, sinon pries, conjurez, pressez , obtenez. De là à la persécution matérieUe!, l'intervalle est immense.
Si l'on doit prendre les choses- au pied- de. la-, lettre, Jésus dit dans la même parabole : « Ne donnez k dinar ni à yoi amis, ni à vos parents riches , » eli )a-tK)n jamais inféré pourtant qu'on ne dût point, en effet ,. diner avec ses amis et ses parents, dès qu'ils ont' un peu de fortune.
Jésus^Gfarist, après la paraboledufestin,dit: cSi quelqu'un vient il moi, et ne hait pas son pèi^e, sa me^e^ ses frères, ses sœurs, et mémq sa propre ame, ilnè peut être mon disciple, etc. » (Saint Luo y chap.. XIV, V. 26^ suiv.)'Ges paroles ne signifient-eHes pas : Ne balancez pas entre moi et vos pilus chères affections ?
On cile le passage de saint Mathieu (ch. VIII , v. 17) : € Qui n'écoule point l'Eglise soit comme un païen et comme un receveur de ladouane !» Gela ne dit pa» qu'il faille les livrer au brds séculier ; cela dit qu'ils sont maudits.
L'esprit persécuteur cherche sa justification daazsl'ex* pulsion desi marchands chassés du temple. Mais qui ne voit pœr que cet exem{>Ie n'est autre chose qu'uùe justice que Jésus fiiit Iui-4néme d'une contravention à la/'loi ? C'était manquer de respefct à la maison de Dieu c^ué de changer son parvis en une boutique de marchaiïds.
Presque tout le reste des paroles et des actions du Christ prêche la douceur , la patienee, l'indulgence.
C'est le père de famille qui reçoit l'enfant prodigue ; c'est Foùvrier qui Vient à la dernière heure, et qui est payé comme les autres; c'est le samaritain charitable, Jésus pardonne à la pécheresse ; il se contente de recommander la fidélité à la femme adultère ; il daigne même coniiescendre à l'innocente joie des convives de Gana, qui, étant échauffés de vin, en demandent encore ; il veut bien feire un miracle en leur faveur.
Il n'éclate pas même contre Judas qui doit le trahir; il ordonne à Pierre de ne jamais se servir du glaive ; il réprimande les enfents de Zébédée qui , à l'exemple d'Élie , voulaient faire descendre le feu du ciel sur une ville quinfavait pas voulu le loger^Enfin il m^irt victime de la haine des Scribes et ides Pharisiens ; et, cloué sur le Golgotba, il prie son père de pardonnera ses ennemis. — . — . —
Dans la révolution des communes , le clergé n'adopta point de système général de conduite. Il est vrai que la première commune, celle de Noyon, en 1180, fut établie par le conseil de son évèque Baudri , et qu'elle servit de modèle à tous les autres. Hais ailleurs les hommes d'église accueillirent ce progrès avfec le sentiment de leur intérêt personnel. Quelquefois ils lui vinrent en aide. Le plus souvent ils s'y opposèrent. Ainsi déjà.iis ne comprenaient plus la religion d'affranchi»* sèment dont ils étaient les miinistres, et ils pensaiait plus à leurs intérêts iemporels qu'à leurs devoirs spirituels. Plus tard, le clergé paya cher cette inintelligence de ses fonctions sociales; { Voy. la belle et savante his^ toire parlementaire de la révolution française, par Buckez ei Roux, 1. 1, p. 111.) — « L'Église, lors-
(IKT)
qu'il s'agissait des serfe, ne comprit pas mieux que Tévangile était une loi d'a£Francliissement , qu'elle ne l'avait compris quand il 8''agissait des communes; elle s'était immobilisée dans les doctrines juives de l'ancien Testament : elle voyait donc, dans le servage, une nécessité sociale , qu'elle justifiait en le considérant comme une conséquence du péché originel ; telle est la théorie qui est exposée dans saint Thomas, le docteur et l'encyclopédiste de cette époque. On dit cependant qu'en 1167, le pape Alexandre III avait décrété en concile que l'esclavage était anti-chrétien. Or, nous avons recherché dans les actes des conciles , dans la collection d'Harduin , dans celle de Labbe , dans les annales ecclésiastiques de Baronius, et dans son critique, dansFleury, etc., et il est resté prouvé pour nous que cette assertion est inexacte. Non seulement rien de semblable n'a été décrété par Alexandre III , mais encore par les papes , ses successeurs , jusqu'au moment où l'affranchissement des serfs^fiit un fait réalisé dans presque toute l'Europe catholique. On ne trouve sur les serfs d'autres prescriptions que celles déjà contenues dans le code Théodosien de 435; savoir, que les juifs ne peuvent avoir d'esclave chrétien. Reconnaissons donc que l'Église n'avait plus l'intelligence entière de l'évangile. Il le faut bien , puisque , depuis plusieurs siècles, on la trouve toujours , rangée en masse dans le parti qui s'oppose à la réalisation des conséquences de la doctrine de Jésus. > ( Bûchez et Roux y hist. parlem. , 1. 1, p. 115.)
^ CochlœuSy un des plus ardents adversaires de Luther, tout en fulminant contre l'étude des langues, et contre toute culture intellectuelle un peu élevée ,
convient cependant dé Fétat d'ignorance où était le clergé au 16" siècle, Cochlœus s'exprime ainsi :
< Factum est, ut turba Lutheranorum longe plus opéra impeuderit discendis sacris literis ila translatis , quam impendit Gatholicorum , ubi laici eapi curam potissime insacerdotes et monachos rejiciebant, Unde contigit nonnunquam^ a laicis lulheranispluresscripturœ locos ex tempore citari in coUoquiis , quam cilarentur a presbyteris et moiiachis catholicis. At jamdudum persuaserat Lutherus turbis suis nuisis dicti3 habendam.essefidem^ nisi quœ ex sacris literis profereiitur. Idcirco reputabantur Gatholici ab iUis ignari soripturarum , etiamsi eruditissimi essent théologie Qiiinetiam palam aliquando coram multitudine contradicebant eis laici aliqui, tanquammerapro concione dixeriutmendacia aut figmenta hominum* Accedebant et alia incommoda. Nam cum autiqui theologi, multi^ rétro atinis, periliam linguarum et politiores literas ndglexissent, Lutherus mox ab initie per Philippum Melanchteonem et per Quinglium, Ohcolompadiumque et Bucerum (antequam ab eo innonnuUis articulis dis^ sentire eœpissent) totam fere juventutem, eloquentiœ liter^ lioguarumque studio deditam , ac ingei^o e^ acutis et expolitisErasmiRoterodami opusculis pulcherrime exQultam ^ in partem suam traxit* Jurenes vero et ingénie alacres, et laborum patientes, mox in sacris literis (quibus Lutherus unicum tribuebat sensum^ et eum isdummçido literalem), ita profecerunt lileraliter, ut vel XXX annorum tbeologi tam prompti in ci-> tandis scripturse locis non yiderentur , quam crant illi, qui , et de peritia linguarum et de styli elegantia superbientes , mox quoslibet yeteris fiurinœ tbeo-
logos, non solum coiftemnere, veruqi etiam proyocare cœperunt, maxime, quando ad populum verba fecerunt.
» Quod BÏ quia noyitatibus eoruin contradiceret , mox praetendebant lectionein gra&çam yel hebr^ioam , aut aliquem ^x vetustiàsiims auctoribus, et confestim plenis oonvitiorum plaustris invehebantur in grœcarum et hebraicarum lilerarum ignares tbeologos, quos odtose sophistaS) asinos, porcos, a^iipalia yentris 6t inutilia pondéra terra voçilabant super^ddentea etûgn roncho3 et caohinnos iinmode8tissime..M*t«
« Hira itaque erat tum 11.9tberaui6 et gtremiitaa etindustria ad propugnandam «ectam suam*. Huit^y omissare domestica, scribebajnt, bipo in4e amicis, ut eam rem magnopere curarent. Uulti , in speciem vçri erangelii, parentes et aniicos relinquebapt, ut noYun^
proclamarent evangelium anum Quanquam Tero
lutberani concionatorés, postquam radiées egissent, non minus esisent in rem propriam intenti et ay idi quam catholici, attamen, in prima plantatione, mira eis eral
et industria et liberalitas MultumprsetereapromoTit
novum istud eyangelium (Lulheri) cbalcographorum aebibliopolarummens y industria , impensa et opera...^* Quœ Lutheri aut pro Lutbero erant, cbalcographi^uis sumptibus imprimebant^ et inmaximoquidemnumero, ut latissime dispergerentur; qu8Q yero Catholicorum erant , velut indocta et yeteris barbariei triyialia scripta, eontenmebant chalcographi. » (Jo. CocUcbus^ acta et scripta Martini Lutheri, p. 64 — 69, )
De nos jours , le catholicisme a fait un retour sur lui-même. Les catholiques d'Allemagne et la savante école de MM. de La JKennai;, Gerbet, etc. , prouvent
que la foi) la M^ience et la tolérance peuvent trèsbien vivre en sœurs*
^ Je suis heureux de pouvoir citer ici à mon appui M. l'abbé Gerbet: c L'histoire ne nous apprend-elle pas qu'il existe pour chaque peuple un état qui corres* pond à l'état d'enfence dans l'individu ? Vivant alors sous un gouvernement qui remplit à son égard les fonctions de la paternité , et dirige son éducation sociale , sa liberté est soumise aussi à un régime de restrictions. Mais , comme il y a dans le genre humain une loi de progrès, FinteUigence se développant, tout ee développe avec elle y et les peuples arrivent à un état correspondant à Pétat d'homme fait. Ils passent dèslors nécessairement du régime d'éduêation au régime
d'émancipation. Dès-lors aussi l'union du spirituel et du temporel, l'union de la loi divine et de l'activité sociale, ne peut plus exister sous lancienne forme qui impliquait à un certain degré l'intervention de la force; elle doit exister sous un mode nouveau : le mode de liberté , en ce sens que l'intelligence et ta conscience affranchies de toute entrave doivent reconnaître librement dans la loi divine la règle des actions humaines^ On. peut contester que tel ou tel peuple soit arrivé de fait à l'âge d'émancipation; mais cette contestation sur* un fait particulier ne saurait ébranler le principe ^néral. » (Introduction à la philosophie de l'histoire , p. 69-70.)
^ c Negligentiœ mihi videtur , dit Anselme y si postquam confirmati - sumus in fide , non studemus quod credimus, intelligere. > (TVac/. cur Deus homo.) — Abeilard était allé beaucoup plus loin. Voici le programme de sa philosophie : cL Quod pater sit plena,
filius quadam potentia , qûritus sanctus nufla poleii» lia. n. Quod spiritus sanctns non sit de subalantia pa* tria aut filiLIILQuod spiritus sanctus ait amma miuidi. ?I« Quod libenun arbitrium per se aufficiat ad aliquod bonum. YIL Quod ea solammodo poasil Deus fiicere Tel dimittere , Tel eo modo tantum^ vel eo tempore, quo fikât^ et non alio» X. Quod non peccaverunt ^n Christum ignorantes crucifixerunt^, et quod non culpœ adscribendum est quiquid fit per ignorairtiam. XII. Quod potestas ligandi atique solyendi aposlolis tantudi data sit^ non sucœssoribus. XIII. Quod propfer opéra aec melior nec pejor efficiatur homo. XDL Quod née ¥cduntas , neque concupisoentia , neque delectatio^ cum moyet eam, peccatum sit, nec debemus Telle eam exstinguere. — De & Trinitate dooeos et scri* bens^ très personas nimis attenuans , non bonis usus exemplis, inter cielera dixit : sicut eadem oratio est proposition assumptio et conchisio, ita eadem essentia est pater,- et filius, et spiritus sanctus. Ob hoc Suessicmis |NroTinciali contra eum synodo^ sub prii&sentia remanie sedislegatin<x>ngregatan libres quos edi«» derat, propria manu ab episcopisigni dare coaotus est^ nulla sibî respondeudi facultate^ eo quod disputandi in eo peritiasuspecta haberetur, concessa. w{Ottofii$mgntSy de gestis Fred.| lib, 1, a AH.—AImL^ epist.^ decalamitatibud suis, c. 0, p. 20, seq. — Ouplesn^^Argentré^ ooUectio judiciorUm de noyis erroribus, t. 1 , p. 21). Le passage suirant montrera comment on traitait les noTateurs: cQuisquis hoc kgerit nondubitabit quatuor labyripthos Galliie, idest Âbœlardum et Loanbardum, Petrum Patay» et Gilbertum Porret , uno spiritu aristotelico afflatos^ dum ineSahilia Trinitatis et incarna**
tionis scholaatica levitate tractarent, mulUts heereses elim Yomuisse et adhuc errores puUuIare» > {JBulœi, hist uiii¥. Paris., lîb. 2 , p. 4102^ seq., 562^ seq., 629- 660). -* Toutes ces doctrines furent étouffées d'abord, et nous avons dit pourquoi; mais> elles reparurent au 16* ^ècle»
> ^ A la fin:du 16? siècle, Hiéronimo Savonarola, de l'ordre de saint Dominique , prédit, à Florence, la ré* noyation de l'Eglise , et fut condamné au cruel supplice du feu. Au milieu des flammes^ l'érèquelui ayant dit: «Hiéronimo, jeté sépare de l'église triomphante, > le prêtre répondit: c de l'église militante, cela est vrai , mais non de l'égUse triomphante* > — - c Ecdesia Dei in^ diget reformatione et renovatîone, avait ditiSavonarola. Elagellabitur, et post flagella reforraabitur et rénova^ bitur et proapei»bitiir. Infidèles ad fidem convertentar, etc. » ( iViïit/î 44 ) —
La Belgique, eut son Jean de Leyde et son. Calvin dans l'hérésiarque TanàkeUn y qui dogmatisait à la fin du 11* et an commencement du 12* siècle^ Il était né à Anvers. Il infecta les diocèses d'Utrecht et de Cambrai^ çtrépandit sa. doctrine dans la Hollande, le Brabant el une partie de TAUemagne. Il fiit tué par un prêtre catholique ,. qui .lui cassa, la tète dans le cours d'une navigation (1 1 16), jGependant le tatiohélisme n*était pas détruit par la mort de son auteur* Xong^-tomps hprèê , on en trouvait ^les traces en divers lieux , ni)tamment i Avignon , à Noyon , à Yvois et au diocèse de; Jrèves. '. Yoiqi comitient • s'exprime Malanus siir Tanche* lin : ff Hic hœreticus , uimiiB* snbtilitatis , cum tamen esset laicus., sed multis olericis disertis in fiièr» mone aoutior ^ sacri ordinis ministres^ et episcopalem
ac salnerdotAleifi gradum nihil esse dieebàt ? corporis et sanguinis Christi percepitionem sum^itibus ad salu-» tem prodesse negabaU In piretioso apparatu «t vestibuft deauratis incedens, verbis persuasibilibus et cobvîviôrnm apparatibus^ suos, qui euni ciirciter tria millia armati sequebantur, alliciebat^ et per eos in resislentes sibi csedibus sieviebat* In tantum quoque eum rèverebantur, ut aquam, qua corpus lavisset, biberent , et pro reliquiis exportarent, cum tamen filias' in ma^ trum -pTSDsentia) sponsasque maritis intiientibus cbrtumperet , et hoc opus spirituale esse a£ferret , etc. i {MilUia sacra duoum BrabatUÙB^ LV.) — Voyez JKayfe et la Biographie universelle au mot Tanchelin.
^' L'histoire de Galilée prouve que le stationnarisme ne se bornait pas au 16* siècle*
^ Le grand principe du droit romain :
c Cum jure naturali omnes liberinasceremur^quoad jusnaturale, omnes tequales sunt>(Dig.liY.I,tit.l,^4^ liv. 4, tit 17, ^^.)9 ^ trouve en tète d'une foule de chartes d'aflFranchissement.
Déjà saint Thomas, le père de la morale, l'ange de Fécole, avait dit au 13* siècle : < Dicendum quod regi^ » men tyrannicum non est justum,*et ideo pertnrbatio » faujus regiminis non hàbet rationem seditionis. > Et ailleurs : « Cum non est recursus ad su|)eriorem 1 per quem judiciUm de invasore jpossit fieri, tuno » qui ad liberationem patriœ tyrannum occidit, lau- » datur et prœmium accipit, » — Le devoir de l'obéis^ sance au prince est fondé , d'après saint Thomas, sur le principe de la délégation populaire* Le prince n'est qiie le mandataire. La loi du prince ne vaut qu'à ce titré, car la véritable sourcede la loi, c'est le peuple,
(-W4) non cufusHM raiio faàU tegém, sed mUUÙMdiwi$ aut prindpù , vicem . muiliiudinù gerentù* ( Prima pars 8um* tbeolog. . Thom. Aguinat. y qu«^t« 90 ^ 4tt* 3.) . ^
. ♦' Depuis la découverte de rAmérique , Thomme s'est créé par l'industrie un monde qui doit achever de le releyer de la déchéance dpnt il avait été frappé par la tradition orienj^ale, et procurer à tous la paix et le bonheur,
^ ** On ne saurait disconvenir qu'à cette époque , lîl4a-r lÎQ n'ait occupé un rang bien élevé dans Içs arts^ et n^aintenant encore les pensée, ^.leg sentiments lè$ plus sublimes naissent à la contemplation des mer«> veilles du Yatican. Qui a compris et commenté l'atlcien Testament comme ce colpsse de géaie^ appelé Michel* Ange, dans spu ]|oïse, ses Prophètes et ses Sibylles? Où le christianisme a-^t-il mieux fleuri que sous ces voûtes, sacrées qù Raphaël exposet; et. développe toutes les douleurs de l'humanité souffrante , les. mystères de la révélation , l'amour ,du divin médiateur ? — Mais aussi quels frappants con.tra8tes présente cette Italie du IQ** siècle 1 Ck)mbien d'hommes placés dans les plus hautes fonctions sociales avaient abdiqué le christianisme 9 ou ne s'en servaient que dans des vues d'intérêt privé, ou bien se livraiept. à une: idolâtrie plus scandaleuse mille fois que toutes celles de l'antiquité. « At ergO) dit Erasme , Rpmad his c^uribus audivi quasdam abominandis blasphemiis debaochantes in Ghristum et in illiils i^>ostolos, idque multis mecum audientibus , et quidem impunel Ibidem multos novi, qui commemorabant se dicta horrenda audisse a quibusdam sacerdotibus, aulœ pontificis nùmstris,;
Mque in ipsa missa , tant dara ut ea vot ad mullcriim aures pervenerit. ^ Epist. XXYl, 34. — Là où rien ne paraissait manquer, tout manquait ? la vertu , la sainteté , en un mot, le christianisme; et si réellement les athées étaient en petit nombre, il n'en est pas moins vrai que beaucoup vivaient plongés dans le vice et le crime, tellement qu'on aurait dit que Dieu avait oublié soii tonnerre. Mèzerai^ en parlant des princes de ce temps (ly, 20^), dit que l'un n'avait pas plus de religion que l'autre , que, dans leurs discours et leurs actions ils feisaient preuve d'un athéisme inAme et brutal. --* Avis & ces. atrabilaires qui sont toujours à gourmander les générations actuelles :
« Landater temporit actt , Se puero, centor castigatorque minorum. •
^* Léon X, qui coriespondail lui-même avec Érasme, ne s'alarma point des innovations religieuses; il répondit aux accusateurs de Luther que c'était un bonmie de génie, et que toute cette dîspuite n'était qu'une querelle de inoines : « Ghe fra Hartino àveva bellessimo ingegno , e che coteste erano invidie fratesche. > Apud Seokendorff.
*• Chant 88^
^ Je proteste d'avance contre toute induction que la malveillance serait tentée de tirer de cet exposé* J'ai envisagé les faits sous un point de vue humani* taire, sans haine , mais surtout sans crainte. Je ne me suis laissé entraîner ni par les passions catholiques , ni par les passions protestantes ; mais aussi j'ai abordé franchement, sincèrement, tous ces grands mouvements religieux , dont chacun a l'air de vous
dbre : NoU me tangere ! Dans ce vaste naufrage de l'Église uniiTersçIle , j'ai été heureux .de yoir «umager intacte l'arebe-sainte de l'évangile. Haia pour achever de me justifier de tout reproche de partialité qu'on pourrait m'adresserj je citerai encore les paroles de deux éerivains, dont certainement l'orthodoxie ne saurail être révoquée en doute, t II y avait plusieurs siècles qu'on désirait la réformation, de la discipline ecdén siastique; ' qui me donnera ^ disait saint . Bernard y que je voie, avant que de mourir ^l'Eglise de Dieu comme elle était dans les. premiers jours ? Si ce saint a eu quel-^ qiïe chose à regretter en mourant, c'a été de n'avoir pas vu un changement si heureux. Il a gémi toute sa vie sur les maux de l'Église : il n'a cessé d'en avertir les peuples , le ' clergé j les évéques , les papes même.... Les désordres s'étaient encore augmentés depuis que l'Église romaine, la mère des égHses, qui durant neuf siècles entiers , en observant la première , avec une exactitude exemplaire, la discipline ecclésiastique, la maintenait de toute sa force par tout l'univers, n'était pas exempte de mal ; et , dès le temps du coneile de Vienne, un grand évéque, chargé par le pape des matières qui devaient. y être traitées, mit pour fondement de l'ouvrage de cette sainte assemblée, qu'il y fiilhiit réformer l'Église dans le chef et dans les membres On sait ce qui arriva dans le concile de Bàle,
eu la réformation fut malheureusement éludée ^ et l'Église replongée dans de nouvelles décisions. Le cardinal JiiKen représentait à Eugène IV les désordres du. clergé, principalement de celui d'Allemagne, Ces désordres, lui disait-il, excitent la haine du peuple contre tout l'ordre ecclésiastique; et si on ne les cor*
rigfe, on doit craiiKlre qiie les Ia!c8 ne se jettent sur k clergé à la manière des Hussites, comme ils nous en menacent hautement. Si on ne réformait promptement le clergé d'Allemagne , il prédisait qu'après Thérésie de Bohème, et quand elle serait éteinte, il s'en élèverait Meiitôt une autre encore plus dangereuse ; car on dira, poursuivit-il, que le clergé est incorrigible, et ne veu| jpoint porter de remède à ses désordres. On se jetera ëm nous, continuait ce grand cardinal, quand on n'aura plus aucune espérance de notre correction. 'Les esprits des hommes sont en attente de ce qu'on fera, et ils semblent devoir bientôt enfanter quelque chose de tragique...... On rejettera la fiiute de tous ces
désordres su^ la cour de Rome, qu'on regardera comme la cause de tous les maux , parce qu'elle aura négligé dY apporter le remède nécessaire. Il le prenait dans la suite d'un ton plus haut: Je vois, disait-il, que la cognée est à la -racine; l'arbre penche, et , au lieu de le soutenir, pendant qu'on le pourrait encore, nous le précipitons à terre. » {Bossuet, Histoire des Variations^ 1. 1, p. 1-e.) —
c Celui qui remplissait alors le siège de S*-Pierre était Léon X, de la très-illustre maison de Médicis, duquel on peut dire fort véritablement, qu'ayant été élevé par la faction des jeunes cardinaux à cette dignité suprême de l'Église, à l'âge de trente-sept ans, il y fit éclater toutes les perfections d'un grand prince, sans avoir toutes celles d'un grand pape. Or, comme stii-> vaut son inclination naturelle qui le portait à tout ce qu'il y a de grand et de magnifique, il avait entrepris d'achever le superbe édifice de la basilique deS*-Pierre ,' que Jules II, son prédécesseur y avait commencé; tï
que d'àilkurs son épargne était épuisée |iâr les dé* penses excessiTes quil faisait en toutes sortes de magnîficenoes, qui étaient beaucoup plus d'un puissant monarque de la terre y que du yicaire de celui dont le royaume n'est pas de ce monde, il eut recours, à l'exemple du pape Jules, aux indulgences qu'il fit publier partout, aTec la permission de manger des œufs et du fromage en carême, et de se choisir un confesseur , à tous ceux qui contribueraient ce qu'on demandait d'eux pour la fabrique de S*-Pierre* U fiiUt reconnaître de bonne foi que les papes qui sont yenus depuis , ont été bien plus réguliers dans la dispensation de ces trésors spirituels, et que Tonfit alors certaines choses qu'on ne ferait pas aujourd'hui , et qui rendi* rent odieuses, particulièrement en Allemagne, ces indulgences de Léon, quoique très-bonnes en ellesmêmes ;.car on dit que ce pape ne fit point de difficulté de donner d'abord à la princesse Gybo, sa sœur, ce qui reviendrait de ces indulgences qu'on publierait dans la Saxe , et dans les pays circonyoisins jusqu'à la Mer
Baltique De plus, il y a des auteurs qui assurent
que l'on mit, en quelque manière, ces indulgence&en parti, et que, pour avoir promptement de l'argent comptant, on a£Ferma tout ce qu'on en pouvait tirer à ceux qui en donnaient le plus, et qui, ensuite, non seulement pour se rembourser, mais aussi pour s'enrichir par un commerce si honteux, faisaient choisir des prédicateurs d'indulgences et des questeurs qu ils croyaient les plus propres, étant bien payés, à faire en sorte que le peuple , pour gagner ces pardons, contribuât tout ce que ces avares et sacrilèges partisans en prétendaient tirer Mais ce qui pensa plus d'une
tfM excitcfr de grands trouble^ parmi le petit peuple , Ali qu'on yôyàit les commis dé ces partisans qui avaient acheté le prc^t de ces indulgences, feire tous les jours grand'chère dans les cabarets , ^ employer en toutes sortes de débauches une partie de cet argent ^ que les pauyres disaient qui leur ^taît cruellement niyi, puisqu'on faisait, par cette espèce de trafic et 'de vente des indulgences , une grande diversion des au-* mônes qu'on leur eàï feites. » (Histoire du luthéranisme par lé jésuite Maimbourg, %• I, p» 1-16.)
^ Ces vérités ont été proclamées par Boulainvitliers, Turgot, Necker,en un mot, par tous les économistes du 16* siédè; et cependant eHes sont bien loin encore de leur application pratique; et cependant toute la question sociale est aujourd'hui dans l'amélioration réelle du sort des classes inférieures, je veux dire , do plus grand nombre. Tant qu'on ne songera pas à mettre le travail seul (soit matériel , soit intdllectùel) en possession de l'importance politique , de la considération, de l'éclat et de la richesse, oh aura beau dissoudre et rassembler des chambres, on aura beau fkire loi sur loi , discours sur discours, présenter solution sur solution , proposer remède parlementaire sur remède parlementaire, il y aura toujours dans la sodété méfiance et abattement, ruine et désolation ; il y aura toujours, selon les expressions de M. Guizot, une opposition vivante , ardente , passionnée , qiai reprochera au pouvoir toutes les fiiutes, tous les malheurs , et dont les accusations trouveront créance chez les masses aigries*
Assez, assez donc de ces oiseuses discussions sur la responsabilité ministérielle , l'inviolabilité royale , la vérification des pouvoirs, etc» Noua savons oom-
hiës^ tout, cela .vaut, et surtout oombieii tout cela coâie. Pour moi) je préférerais d'écrire- tout utf Tolume 1n-*folio Mr le gérondif eu di Ou sur le supiii en «^.plutôt qud de remjplir quatre pages de constitutionnalisme. Vraiment, il s'agit bien de' tout oela., «quand la' bataille du pauyre contre le r&fao est imniiamie; quand tous les hommes, déclarés égaux en princifïes , veulent l'être en fait. Et qu'inn portent aux prolétaires Toa lois de propriété^ ils ne possèdent rien^ tos lois, de justice, ils n'ont rien à dé* febdre^ tos lois de liberté, s'ils ne font rien , demain ils mourront 'de. faim! Et œ sont eux cependant qui tra^Uent pour tous, qui se battent pour tous, qui soufflrent pour tous I
YouleK-Tous saToir quelle est la meilleure des ganuw ties, écoutez le Tertùeiix ministre de Louis XVT , le sage Turgot, qin Toulait donner au peuple plus que ne lui donna la déclaration des droits de l'faomme, laquelle, en réalité, ne fiit pour lui que de la métaphysique. En effet , on lit dans- le préambule de l'édit de fiévrier 1776 : c Cependant Dieu , en donnant à l'homme des besoins , en lui rendant HicBssAimB lk aessourcb m tkatail ,
A lU^T DU DEOrr I>B TRATAILLBA LA rEOPRI^TB BB TOUT
hohhb: et cette propriété est la première, la plus sacrée, la plus imprescriptible de toutes. Si le souTcrain doit à tous ses siijets de leur assuhbb la jouissance pleine et entière de leurs droits, il ^it surtout cette protection à^ cette classe d'hoïkimes qui , n'ayant de propriété que celle de leur traTail et de leur industrie, ont d'autant plus le bbmt et le BBSom d'employer dans, toute leur étendue lès seules ressources qu'ils aient pour subsister , etCt • ▼- Le traTail et le pain sont
non 8eiricmeiit le droiitltt peuple fils sont le droit divin de l'homme ; car la misère détruit ou ayilit le corps, image de IKeu , et l'esprit est «[itr«lné dans la chute. Il ne feut aux générations nouvelles ni sans-culottes, ni épiciers, ni république à la Robespierre , ni constitution à l'an* glaise : il leur faut une démocratie de dieux terrestres égaux en activité, en probité, en béatitude. Il faut un ordre social qin présente un vaste champ d'exploitation et d'éducation, où toute spécialité trouve sa sphère , toute vocation son développement ;• où chacun , sans distinction d'origine ni de fortune , obtienne sans peine des moyens d'existence pour lui -et sa femille* Ainsi , il faut d'abord att prolétaire du travail, mais un travail abondant, productif, constamment assuré; puis, après lé travail, au lieu de ses guenilles, de sa gène et de sa misère, des mant^ux de pourpre, des réjouissances et des fêtes ; mais des fêtes où , comme ail moyen*4ge, toutes les conditions sment adn&ises, où tous les rangs se confondent. Si , par hasard , il existe encore quelques grandes solennités dans l'an-^ née, quelques-unes de ces fifttes que le sentiment vivifiait jadis, voyez comme la scène est profonde-* ment changée; là se trouve encore une espèce de justemilieu décourageant qui , s'en prenant à tout ce qu'il y a d'extérieur, se repatt de mots vides, de phrases sonores , et vous laisse tout ébahis , hébétés , dégoûtés , après que la comédie est jouée ; or, c*est là un mal qui ne peut durer. Cette comédie au petit pied , étriquée^ aans animation 9- dont tous connaissent le secret, est intolérable. Car l'humanité doit vivre en relations continuelles , larges , profondes ; et il y aurait un grave malheur à ce que long-temps encore, dur
lieurs et dupés tour^A-tour, les hommes continiiasseikl à se moquer d'eux-mêmes.
Ce malaise dans nos mo^rs^ ce vide dans nos affieo lions, se manifestent surtout dans nos fêtes , dites nationales. Là, quand il y a bals et conôerts, le légitir miste s^amuse, le ministériel s^amuse, tout le monde s'amuse qui a de l'argent, pkir conséquent, le peiq>le excepté ; le peuple quû a tout £ût , qui a des pères, des pières, des fils , des' filles , des frères, des sœurs, etise? velis QU chatnp des martyrs, le peuple est là haletant ^ souffreteux, midingfe, ayant faim et soif. De lui, on n'a nul souci; de ses misères, de ses inquiétudes, on ne garde aucun souyenir; cela était bon dans les grandes journées, et lorsqu'il était le grand peuple; et tout cela n'est pas tant par mauvais vouloir, que parce qu'on se rassure en prononçant à chaque instant les mots mystiques de Htberté, de lois y àe charte.
Au reste, la nécessité du perfectionnement social, ç'est«àdiredel'améliorati6ndetousceuxquine possèdent rien, du plus grand nombre, estaujourd'hui un point qui n'offre plus de doute pour les honnêtes gens d'aucim parti. Les moyens qu'ils proposent peuvent différer, mais le but est le même. Nous. nous appuierons encore une fois de l'autorité du vénérable prêtre dont nous avons déjà invoqué le témoignage.
c Dans le pays de l'Europe, dit M. l'abbé .Gerbet, où la destruction des castes parait à un certain nombre d'esprits. complètement réalisée, cette destruction n'est qu'apparente; et ce rég^ime, loin d'être aboli, iia fiiit que subir une transformation. . Pour qui ne s'attache pas aux mots seulement, il est manifeste que les classes qui: ont vaincu la féodalité du moyen-4ge et se sont
emparées du pouvoir qu'elle exerçait, constituent, à leur tour , à regard des. classe» inférieures , une autre fëodalitë de la richesse. Il est dès-lors aussi manifeste que, par suite de l'impulsion imprimée à la société, un nouveau changement, un changement plus fondamental, s!acoompIira dans l'avenir des nations ehrétiemieS) et que cette révolution marchera beaucoup plus vile que ne l'a fait celle qui avait pour but l'abolition de l'aristocratie nobiliaire. Car , sans parler de plusieurs autres raisons, la féodalité nouvelle est infiniment moins puissante , par une raison toute simple, c'est qu'elle est une grande inconséquence. Opposant à l'ancienne aristocratie le principe de liberté, et à l'émancipation des classes inférieures les mêmes principes que la première opposait aiH progrès social, elle dit à l'tine: il n'y a point de droits contre les droits de la nation, et se retournant aussitôt vers le peuple, elle ajoute : !& nation, c'est moi. Les lois par lesquelles' la Providence gouverne le genre humain auraient feilli , si la société pouvait vivre de ce mensonge*
c Si les classes inférieures s'ébranlent avant que le ohrislimisme n'ait été reconstruit dans les esprits ,. TEorope verra des luttes effroyables auxquelles rien ne ressemble peut^tre dans les annales du mondcVoili ce que les hommes religieux doivent aujoufdlitii comprendre avant tout, et ce qu'ils ne peuvent comprendre sans reconnaître aussi qu'un grand devoir les attend et les appelle. S'ils veulent épargner à la religion et à la société des calamités sans exemple, il ne suffit pas qu^ils se détachent de l'ordre politique du passé, il ne fiiut pas qu^ils en sortent pour venir s'accroupir sous l'ignoble tente qu'une féodalité nouvelle essaie
d» pl^nier sur le sépulcre dû moyen-àge ; il feut qu'ils prennent position dans l'ayeitir, et s'établissent à la fois les défienseurs^ 46s modérateurs et les guides d^ intérêts des masses, des intérêts vraiment populaires.... > (Introd. à la philosophie de J- histoire, p. 177 et 178.)
c La Providence, dit un jeune Polonais, M. Z. Mi'^ rosla^skip dans son brillant Aperçu de l'Histoire universelle, Ja Providence a engourdi l'Europe d'un demi«« sommeil qui se nomme système représentatif, conmie si elle, désirait épargner toutes les forces néceâssaires à la Création d'un avenir tout de vigueur et d'enthou-* siasme. Le système ■ représentatif d'aujourd'hui est ce qu'il y a de moins représentatif au monde ; mais il calme beaucoup de passions et donne le change aux exigences trop p#coces* Le système représentatif, fait pour , exclure le privilège, est pourtant lé privilège par excellence^ c est même le moins noble et le moins exinisable, parce que c'est celui.de l'or, mais on doit le tolérer comme pouvoir transitoire, et peui^tre l'estiiper comme un plastron commode contre lequel s'émoussent Jes petites' ambitions et s'épuîsént les grfmdes. Son origine est toute une hiatoire« Il n'y a guèrei qu'en Angleterre où îi ait eu pour principe une yolomtf raiti^mnelle 'et un sentiment d'indépendance^ p^tout ailleurs il n'a été qu'abus ou concession; r