‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 142 sur 212 · Rubraquis, p. 3i · texte numérisé non relu

Rubraquis, p. 3i

2. « Hune ictum suiïeras pro Kutheno! • Rogerii Carmen iÊiserabUe^

3. Il est vrai qu'ils avaient, avanl tout, un motif stratégique.

mands et Magyars; au surplus, les Vénitiens n'étaient pas fâchés de voir ruiner, après Kiev et le bas Dniepr, un emporium danubien comme Pest. Ce qui est efTrayant, dans cette terrible irruption des Mongols en Europe, c*est l'ignorance des Européens; Polonais, Allemands, Hongrois, s'enquiërent des Tartares, de ce qu'ils sont, d'où ils viennent, avec une niaiserie, une puérilité effarée, quand ils ont, chez eux, par douzaines, des gens qui les espionnent pour le compte des Mongols, et qui connaissent ces mystérieux Tartares aussi bien que n'importe quel adjudant turc ou quel employé chinois. En 1252, le moine Rubruquis a Tair de les découvrir quand, depuis 1245, des supérieurs de son ordre traitaient régulièrement avec eux. Les Mongols, eux, sont informés du moindre détail. Dans cette curieuse invasion de barbares, les vrais barbares ne sont pas les envahisseurs orientaux, mais les occidentaux envahis.

Pourtant, le péril mongol était visible, et les sûres informations ne manquaient pas. Dès 1236, le frère prêcheur Julianus, en mission dans les pays du Volga et de TOural, annonçait que les Mongols déclareraient la guerre à TAllemagne; eux-mêmes le proclamaient bien haut; leurs agents le répétaient à qui voulait l'entendre : < Ledit frère Julianus rencontra les Tartares, et un messager de leur chef... et disait que leur armée, qui pour lors était proche de cinq journées, contre l'Allemagne voulait aller; mais qu'ils avaient une autre armée, laquelle ils avaient envoyée détruire les Perses, qu'ils attendaient*. > De retour à la fin de 1236 (en décembre), frère lulianus repartait en mission en 1237, et d'autres encore avec lui. En Uongrie, en Russie, un peu par-

I. • Dictus frater (Julianus) inveiiilTartaroa et nunciumiluciaTarlaroruin... et ilixil, quod eiercitus Tarlarorum, qui tune ibidem ad quinque diebus vicinu». ronlra Alamanniam vellel ire; sed alium, quem ad destructionem Persarum miserant. expectabant. « — Kndiiclier, Herum Hungaricarum monU'^ menta Arpadûina^ p. 253.

tout, (lès cette même aimée, on arrêtait des espions et des agents mongols, en flagrant délil; jusqu'en France, Tévêque de Paris, Guillaume d'Auvergne, était tenu au courant des nouvelles ' qu'on lirait de gré ou de force à ces dangereux voyageurs. De sa seconde mission, Julianus écrivait à l'évêque Salvius de Pérouse, que les Mongols ne menacent pas seulement TEmpire, mais la Papauté, « et qu*ils projettent de conquérir Rome, et de pousser encore plus outre ^ ».

L'empereur en personne reconnaît très bien qu'il n'y a pas eu surprise; le 20 juin 1241, après la défaite, il écrit : « De ces choses nous étions informés depuis longtemps, et nous ne considérions aucunement ces nouvelles comme indignes de foi... mais nous tenions compte de la distance et de la raide défense que feraient (ant de vaillants princes et peuples contre ces Tartares '. »

Le populaire n'y entendit pas malice; quand les Mongols mirent rAIIemagnc à leurs pieds, il cria bien haut à la trahison; les Guelfes racontèrent que l'empereur avait fait venir les Tartares, et les Gibelins répondirent que le pape était d'accord avec eux : « En maints lieux d'Allemagne, on assure qu'on a vu dans cette armée des Tartares les envoyés de Frédéric; c'est lui qui les a appelés S), écrit Albertus Bohemus à l'évêque de Ferrare. La même accusation se trouve dans Mathieu Paris, et la chronique rimée de Philippe Mousket dit, tout net :

Et fu par le monde retrait

Que l'empereres par son trait

Flederis (Frédéric) les (les Mongols) ot fait venir

Pour creslienlé ahounir *.

1. Epislola cujusdam episcopi Ungariensisad episcopum Parisiensem, dans Mathieu Paris, t. VI, Additamenta, p. 75, pièce 46.

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