I. Palladius, p. 7(i
i. ifi„ p. 72.
23 liNTRODUCTION A L'QISTOIRE DE L'ASIE
Gueldi Norouz; djemlè alem Gulistan dour chou gun *. Il est venu, le Norouz; TUnivers est un jardin de roses en ce jour.
L'homme des sleppes n a pas de mois plus amoureux pour exprimer sa joie expansive que celui d'Eulnek^ « le pré fleuri » ; comme réphëbc et la vierge grecs rythmaient, aux noces, leur « hymen, ô hy menée », les gars turcs et leurs compagnes chantent autour de la mariée :
Hdi, Hui, Eulnekhail Gai, gai, Prés fleuris, gai * !
L*art national, celui des tapis lissés par les femmes, n'a point d'autre motif que les aspects, sans cesse changeants, de la prairie en fleur.
Vient Tété, aride, impitoyable, dans les plaines infinies; autour, les crêtes des remparts montagneux arrêtent et déchirent les nuages chargés de pluie. Les prés se dessèchent et se flétrissent; un brouillard jaune flotte lourdement dans Tair; le vent brûlant chasse devant lui les tourbillons de thoprak poussiéreux, et pousse en tous sens les étoulTantes Marcheuses. A portée des montagnes, le nomade remonte aux vallées, vers ses quartiers d*été ', ou rôde, dans la plaine, autour des puits, entre les dunes sourdes, guettant quelque coup à faire :
£/ ougri siz bolmas — Taou buriaiz bolmas. De peuple sans brigand il nVsl pas — De montagne sans loup il n'est pas.
Le sarte^ « vilain », rivé au soK ahanc dans ses masures pélrics d'argile. A travers la poussière, de même couleur que
1. Vambéry, Tsvhagalaiache Sprachsiudien. Chanson de Cheidai^ txiniiù du chansonnier turcoman, p. 139.
â. Pantoussov, Chansons taranlchi, p. 57. 3. Yàilak est le mot indigène; Kichlaky • quartier d'hiver ».
le fauve thopraky galopent par bandes les antilopes et les koulaneSj demi-chevaux, demi-onagres; dans les roseliëres et les fourrés de saksaoul rôde le tigre à robe jaune slriée de brun; au bord des lacs et dans les vallées, le grand cerf niaral piétine la terre dure; le chameau sauvage, le yak remontent vers les froidures du plateau tibétain, et le mouton argali^ aux massives cornes en volute, grimpe depuis les moraines jusqu*aux maigres pâturages des Causses pamiriennes.
Au milieu de cette fournaise, la vie végétale persiste jusque dans les sables aflreux d'Alachan; en août et en septembre, mûrit le zoulkhir, « Cette plante atteint une hauteur de soixante centimètres, parfois d*un mètre; elle végète sur les sables mouvants, sur la lisière des plaques sableuses entièrement dénudées... Ses petites graines sont nourrissantes et do bon goût... Les Mongols amassent le zoulkhir et le battent sur les pelades argileuses qui bossellent les sables. On fait griller les graines à feu doux, on les foule pour les décorti- (iqucr, et l'on en tire une farine qui se mélange au thé^ » C^est la dernière ressource de la saison brûlante. Par places, dans cette aridité, les chercheurs d*eau trouvent les nappes souterraines.
« Dans les endroits appelés Chanda, là où le sol est bas et humide, et dans les cavités montagneuses appelées «Sair, Teau apparaît à la profondeur de doux pieds ; dans les liouridou dont l'herbe, extraordinairement épaisse, entretient rhumidité, Peau est généralement mauvaise; dans les Kouïbour enfin, Teau est recouverte d'une couche de terre si mince, que les mulets sauvages la font jaillir à coups de sabots pour s*en abreuver '. »
s. PrjewaUki, d'après 1 édition allemande, p. 199. t, ExtniU chinois dans Falladius, p. 28-29.
24 INTRODUCTION A L^IIISTOIRE DE L*ASIB
Tout autour, le sol aride scintille au soleil, et la vie n'y est pas éteinte.
(( De petites fleurs blanches et jaunes à cinq pétales se montrent au milieu des pierres; autour, le sol est sablonneux et entremêlé de tout petits cailloux. Dans le sable scintillent d'innombrables parcelles d'or et de mica à cinq ou six facettes, si légères que le vent les emporte comme de la balle; on rencontre aussi des conglomérats de granit et de quartz dans lesquels elles sont comme enchâssées '. »
Plus loin encore, la terre dure s'anime, la végétation lutte et s'accroche :
(( La Khargana est une plante ligneuse, peu élevée, et qui croit de travers; ses rejetons tapissent presque le sol; on pourrait l'appeler Arbre nain; plus le sol est dur et aride, plus elle est large, verte et forte; sur les flancs rocailleux des montagnes, elle forme des bosquets entiers de bienfaisante verdure; dans les lieux bas et unis, elle est rabougrie et décolorée... La Boudargana croit en loufles qui prennent la forme de bouquets; ses liges flétries portent de menus rameaux chargés de graines; ses fleurs sont jaunes; on la rencontre dans les lieux bas et les dépôts de sel. Quant aux tiges flexibles mais incassables du Deressou^ elles couvrent les las de sable. Les Mongols disent qu'ici les vents soufflent continuellement et ne se calment que la nuit; aussi, au printemps, les nuages de pluie sont-ils emportés au-dessus de la steppe sans laisser tomber une goutte d'eau... Mais dès que la pluie tombe, le sol se couvre de verdure; la végétation, sur cette steppe d'apparence si infertile, est très active. En revanche, c'est le vent qui anime ces déserts; la nuit, éclairés par la lune, ils sont sans couleur, sans vie, et paraissent voués à l'élernel repos *. »