BAber, texte, p. 173 e» sniv. Trad. I, I p. 308 ol suiv
« Altaï », les flancs des vallées sont couverts de pins, de saules, de peupliers, de bouleaux. Les hommes des steppes vantent les montagnes ombreuses qui bordent leurs prés et leurs landes :
Baourou Alataouding talménej ierck,
€ Au flanc de TAla-taou saules et peupliers * . >
Dans les fonds c*est la steppe aride, ou le taillis de saksaoul, ou la prairie à perle de vue, bosselée de « pelades », striée de « marcheuses », zébrée de grèves et de pierrailles; sur la lande, aux endroits où Teau donne la vie au <( Ihoprak », et le long des fleuves, la terre morne, d*un jaune grisâtre, 8*anime et verdoie en herbages et en bocages. Le Turc Taranlchif « laboureur », de llli, chante Tintimité de son hameau. c< En ces riches six mois — prunes et pommes miennes mûrissantes — miennes mûrissantes prunes et pommes — arbres et pierres, vous portez-vous bien? Joyeusement le vin nous y buvions — gaiement la lampe y brûlait — ma maison, vous portez-vous bien '? »
A Test de rAltaï, séparé de lui par tout le fond aride du bassin oriental, le rebord des montagnes de Khingan est également couvert d'une riche végétation ; peupliers, pins, bouleaux noirs et blancs, saules, aulnes, grands sorbiers, chênes nains, tilleuls, genévriers, séparent les steppes, les landes, les prairies, les grèves et les sables de Mongolie, et la terre cultivée de Chine.
Au nord-ouest du Gobi, entre le lac Baïkal et les monts Kenteî, la ceinture du Grand « Vide » verdoie, vivante de forêts y au bord des grandes rivières, de la Selenga, de
1. Radioiï, t. ni, cliap. viii, • Chanson de Kenè Sary •, p. 12.
2. Radioiï, (iialecle tarantchi, 6* volume des Proben tler VolkêlUleratur der Tnrkîtchtn Stâmme, p. 203, texte, — 263, traduction. — C'est une chanson de brigand, rois hors la loi par les Chinois.
rOrkhon, de la Tola. C'est le pays sacré des anciens Turcs et des Mongols; à merveille, rarchimandrite Palladius le décrit, tel qu'il Ta vu, allant de Chine en Sibérie :
« La route, qui se dirige au Nord-Est, se trouve bientôt barrée [venant de Chine] par le prolongement occidental du mont Bogdo Ola; elle tourne alors au Nord-Ouest, et atteint un endroit où la chaîne s'abaisse en forme de selle. Ce passage franchi, nous descendons dans la plaine... L'horizon est bordé de montagnes éloignées; à TEst, une colline basse nous sépare de la vallée d'Ourga. Au Nord, à la base de montagnes énormes, nous apercevons un épais bosquet d'ormeaux qui s'allonge de l'Est à l'Ouest, sur la rive de la Tola, et se perd avec elle, au Nord-Ouest, dans un étroit défilé aux bords escarpés.
«... Nous atteignons le sommet de la colline basse qui nous masquait la vallée d'Ourga. Cette vallée se déroule alors devant nous, et tout au fond, à l'Est-Nord-Est, nous entrevoyons une bande jaune allongée; c'est Kouren, Nous poursuivons notre route vers le Sud-Est, longeant une chaîne de hautes montagnes couronnant une épaisse forêt
de pins à notre droite s'étend un contrefort du Bogdo Ola;
la Tola s'en approche de très près; ses bords et le bas de la montagne sont couverts d'un bois verdoyant. Les hau leurs se dressent à pic, et le sommet, garni, ainsi que toute la chaîne, d'une sombre forêt de pins, se réfléchit dans l'eau \ »
Séparant ces verdoyantes montagnes du Kobi, « Vide », au sud du Kenteï, coule la Kéroulène sainte, entre le farouche Tarkhan, le Kenteï, et le Khan Ola, le Kouldagh *, au-dessus d'Ourga.
« Les eaux de la Kéroulène sont regardées par les Mongols
i. Palladius, p. 76.
% Khan Ola^ • la montagne du Roi •, en mongol; Koui Dagh^ • la montagne du Pouvoir •, en turc.
comme sacrées; ils leur attribuent en même temps une vertu curalive, et Ton vient de fort loin s'y baigner '.
Là, sur la rive droite de la haute Kéroulène, s'élëve vers le ciel la sainte montagne du Tarkhan. « Sur le sommet de la chaîne antérieure se dressent des amoncellements de pierres qui, noires par endroits ou couvertes d'une mousse jaune pareille à de la rouille, prennent dans Tensemble une teinte rougcfttre. Ces amoncellements, isolés et à pic, encadrent un plateau uni, verdoyant et incliné d'un seul côté; un passage s'ouvre entre deux de ces tours naturelles, sorte de crevasse où le vent s'engouffre avec un bruit de tonnerre lointain. Sur le plateau, on aperçoit un assez grand nombre de blocs rocheux en forme d'enclumes; c'est de là sans doute que celte montagne a reçu son nom de Forge de Djenghiz khan\ mais rien ne s'opposo non plus à ce qu'il y ait eu ici, autrefois, des exploilc(io:is de minerai de fer... [Sur le Tarkhan] les Mongols redoutent la colère des esprits de la montagne... ils nous montrent YObo où l'on apporte les victimes offertes à ces esprits...; sur la cime du dernier rocher, deux Tsa-Tsa [petits cônes d'argile regardés comme des images symboliques] entourés do pierres'. »
Plus au nord encore, sur le revers exposé aux pluies et aux vents du Pacifique et de l'océan Glacial, la prairie, les immenses forêts, puis les fondrières neigeuses, descendent le long de la Lena, du Yénisseï, de l'Ob, vers les mornes solitudes et les mers mortes du pôle. Au printemps, landes, prairies, herbages, se bariolent et chatoient dans la steppe, à perte de vue. ('/est la saison des liliacées et des bulbeuses, de la fleur nationale chère aux Turcs et aux Mongols, de la tulipe aux couleurs changeantes :