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I. Journal asiatufut^ V série, t. XVI, p

maîtres; ils se trompaient; il n*y avait qu'un maitre, le Yassak; Abaka le maintint si ferme qu'en 1289, au grand scandale de tous, son deuxième successeur \ Ârgoun, prit un juif pour vizir, et que personne n*osa bouger. Ce même Ârgoun, sultan de la Perse musulmane, qui commettait TElat au gouvernement d*un juif, reprenait les vieux projets d'alliance française et chrétienne; il envoyait au pape (en réponse à sa lettre du 15 juillet 1289) le Génois Buscarel de Gisolf, porteur de missives pour le saint-siège, pour Edouard 1^^ d'Angleterre et pour Philippe de France •- La lettre adressée à Philippe le Bel a été conservée dans nos archives; Rémusat en a publié le texte mongol et une traduction suffisante, à laquelle je renvoie. Dans cette missive, datée à la chinoise et à la mongole du 6 du premier mois d'été, année du Bœuf, Argoun propose au roi de France un plan de campagne contre les musulmans d'Egypte. II compte marcher, de sa personne, le premier mois d'hiver, année de la Panthère (janvier 1291).

Il rappelle au roi de France des promesses antérieures faites par lui, roi de France, et dont nous n'avons pas la trace. Il compte concentrer ses troupes à Damas vers le

1. Une nouvelle tenlativc islamique avorta, en 1282, après la mort d' Abaka. Son successeur Nigoudar, le plus jeune fils de Houla^ou, avait été baptisé, dans son enfance, et avait reçu le nom de Nicolas. Le )>arti musulman mil la main sur lui, et réussit à le convertir; il régna un instant, sous le nom islamique d'Ahmed; Argoun, en le déposant, donne pour le motif de la révolution, dans sa demande d'investiture adressée à Khoubilal, qu'Ahmed • avait renié la loi de ses ancêtres (c'est-à-dire le Yast^ak) et adopté celle des Arabes •. (Abou'l Faradje, reproduit par Assemani, p. 14G, et Yule, .Marco Polo, II, p. 413.)

2. La première ambassade d'Argoun en Occident fut envoyée en 1283; sa lettre, datée de mai, a été insérée dans le registre des lettres du pape Honorius IV. La deuxième est celle de l'Oïgour pékinois Rabban Çauma, que M. Chabot a traduite du syriaque; la troisième (1289) est celle de Buscarel, qui revint en 1302, envoyé par Ghazan. Puis vient, en 1290-1291. la mission d'un certain Tchaf/an (le nom, en mongol, signifie Le Blanc). On trouvera le récit de toutes ces ambassades, très soigneusement documenté, par M. ChaUit, dans sa traduction de VHisloire du Patriarche Mar Jatalaha III, Appendice I, p. 187 à 248.

20 février. Une traduction française annexée à la lettre fixe des détails précis; Argoun prévient les Français qu*il est inutile d*embarquer des chevaux, qu'il en tient vingt mille à leur disposition pour leur remonte, soit à titre de présent, soit moyennant prix raisonnable; que, sitôt qu'il aura reçu avis, il fera faire en Roum (c'est-à-dire en Asie Mineure) les achats nécessaires en bétail, bêtes de somme, grains et farines.

Les négociations avec la France n'eurent pas de suite que nous connaissions actuellement; avec le saint-siège et l'Angleterre, elles durèrent jusqu'à la fin de Tannée 1291. A cette date, il était trop tard pour qu'elles aboutissent; la partie était perdue pour les Francs en Syrie, et la réaction musulmane commençait en Perse.

Après la mort d'Argoun, son successeur Kaïkhalou (1291-1295) maintint le système de tolérantismc : « Ce roi béni ne s*écarta pas de la voie de ses pères. Il maintint chacun dans son emploi et honora tous les chefs de religion, soit Chrétiens, soit Arabes, soit Juifs, soit même païens '. » L*Islam semblait définitivement avoir perdu la partie en Perse , quand d'un coup Tempereur Gazan la lui livra gagnée.

Le dernier des princes sur lesquels llslam pouvait fonder une espérance était sûrement Gazan, fils d'Argoun, et sucscur de Kaïkhatou (1295); il avait re(;u Téducation la moins niusulmam» qui se puisse concevoir. On avait fait venir sa nourrice de Chine, pour lui apprendre u les vieux chants et les légendes » qui avaient bercé Tenfance des ancêtres païens sur la prairie mongole. Une princesse turque fut sa première gouvernante, et un lama bouddhiste dirigea ses études en mongol et en oïgour. Ses premiers actes furent d'un zélé

I. Dans Cthibol, Hutotrt du Valriarche Mar Jabalaha 111, \k 07.

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434 INTRODUCTION A L'DISTOIRB DE L'ASIB

bouddhiste. Ce fut, quoi que disent ses panégyristes musulmans, la réalité politique et non un éclair de foi qui le convertit. Le grand feudataire Norouz lui marchanda son appui et celui de la noblesse musulmane, au plus fort de sa lutte contre son oncle Baïdou Khan; le marché fut conclu; Gazan récita publiquement la profession de foi (16 juin 1295). Le 3 octobre suivant, Baïdou, trahi et livré, était mis à mort, et Gazan reconnu pour sultan; la Grâce divine vint après, avec rinvestiture du bouddhiste Khoubilaï. Le très dévoué ministre de Gazan, Rachid-Ed-Dine, sent si bien ce que la conversion de son maître a de suspect, qu'il se croit obligé d'en attester la sincérité ; il lui prête de longs discours philosophiques sur l'anthropomorphisme et le culte de la matière, qui sont d'un pédant plutôt que d'un prince; les souverains mongols, même quand ils se mêlaient de philosopher, n'étaient point si prolixes. D'autre part, si Gazan donna des gages sérieux à Téglise musulmane, il eut moins le goût de la persécution que ne prétendent ses panégyristes; les bénédictions que lui accorde l'église chrétienne nationale prouvent, tout au moins, que s*il ne les sollicitait pas, il en acceptait l'hommage. Son zèle de néophyte s'est manifesté surtout aux dépens des bouddhistes, qu'il pouvait tranquillement expulser, puisqu'il les avait amenés lui-même, et des juifs, dont l'accoutumance à la persécution faisait des victimes expiatoires en quelque sorte officielles et classiques. Au vieux roi d'Arménie Ilelhoum, qui était venu le voir, après avoir pris le parti de Baïdou contre lui, il fit presque des excuses, accueillant ses plaintes et mettant au compte du fanatique Norouz les vexations que son gouvernement avait fait subir aux chrétiens (1296). Surveillé, espionné, poussé à bout, acculé à la rébellion, Norouz se cramponnait au pouvoir; finalement, on inventa contre lui une accusation de parjure, et il fut mis à mort (1299). Gazan rassurait du coup les chrétiens, dont il

avait besoin, cl flattait les Transoxianais et les Turcs de la vieille roche, exaspérés par la toute-puissance de cet Iranien bigot. Lorsque Gazan put enfin revenir à la charge contre les Egyptiens, leur arracher la Syrie et venger TaiTront fait aux armes de Houlagou, un tiers de l'armée mongole qui prit une dure revanche sur les musulmans d'Egypte était composé de chrétiens géorgiens et arméniens. Lorsque les Égyptiens reconquirent la Syrie, ce furent les Arméniens de Cilicie qui luttèrent les derniers et se firent tuer pour le musulman Gazan.

Gazan mourut le 17 mai 1304; il n avait que trente-trois ans. C'est encore un chrétien qui nous transmet son plus brillant panégyrique : c< Et hoc precipuc erat admirandum qualiter in tantillo corpusculo tanta virtulum copia invenire poleral. Nam inler XX mille milites vix poluisset statura? minoris aliquis reperiri, neque turpioris aspectus; omnes tamen alios in probilate et virtutibus (en prouesse et vertu) cxcedebat'. »

Avec Gazan, c'est fini du Yassak en Perse; le gouvernement des Ilkhans est désormais modelé sur celui des Seldjoukides, qui est lui-même une copie de celui des Sassanides, adaptée à Tlslam. « Avant Gazan, dit Rachid, c'étaient les émirs et les vizirs qui régnaient;... Gazan régna lui-même, n'écoulant personne et donnant ses ordres en autocrate. » La caisse noire de 1 église commence à se remplir. Des biens de mainmorte sont constitués pour les pèlerins de La Mekke, treize cents Seïds, (cheikhs, Imams, sont entretenus aux frais de la couronne rien qu*en Terre sainte musulmane (Ilébron, La Mekke et Médine). Déjà, son successeur Euldjaïtou, baptisé chrétien dans son enfance, se jette à plein corps dans les controverses religieuses et embrasse Thérésie chiite.

t. Hailhon, p. 6r>.

Sous Abou Saïd, la Perse est entièrement islamisée; les derniers lamas bouddhistes ont quitté le pays; la littérature mystique a étouffé toutes les autres, et le régime des douanes intérieures, si chères à Tlslam, commence à barrer le chemin au commerce occidental; on le voit sans peine aux tarifs que donne PegoloUi vers 1330 : De Layas jusqu*à Tauris, le négociant italien ne rencontre pas moins de quarante-quatre stations auxquelles il faut acquitter des droits, dont Tensemble, pour sa caravane, s'élève à 203 aspres(60 francs) par charge'.

Une carte contemporaine des plus curieuses sert à faire comprendre l'extension de Tempire mongol et les divisions territoriales de l'Asie au commencement du xiv° siècle. Cette carte, compilée en 133i, faisait partie d'un ouvrage sur les I institutions de la dynastie mongole, publié à la même date '; elle peut être considérée comme ofFicielle. Les dépendances occidentales de Tempire mongol forment sur ce document enregistré dans les bureaux de Pékin, trois royaumes, qui sont désignés par les noms de leurs souverains : Dou-lai- Tie-mour (Duré-Timour fils de Doua-Timour, 1321-1331), Bu-Sa-Yin (Abou Saïd, 1317-1335), et Yue-dzu-Bu (Euzbeg, 1312-1342).

Le royaume de Duré-Timour, prince de la maison de Djagatai, comprend ofKcicUemcnt la Pentapole des Marches du Nord, THexapole des Marches du Sud, dite, sur la carte, pays des Oïgour, comprenant Kouldja, Kachgar et laissant à

\, PegoloUi, dans le Délia r/echna, t. Il, el dans Yule, Catay and Ihe way Ihithcr, t. II, p. 299 301. Pegolotti donne la roule du Nord, par Tana, Saraï, Âlmalik, comme la meilleure • sans dangers cl san^t cxaclions • (dans Yule, p. 292).

2. L'oripinal a été trouvé à la Bibliothèque impériale de Pékin par Parcbimandrite Palladiu8;M.Brclschncider en a publié une copie. (Brctsch ne ider, Notices of ihe medi.rvnl yeography of Cenfal and Western Asia, Cartes, en léte du volume et p. 96-9T.)La reproduction chinoise, publiée par Tchou-sse-Pcun, en 4575, d'une carte mongole du Tonkin, dressée à la même époque, a été publiée par M. Devéria. (Uisloire des relations de la Chine avec PAnnam — Vielnamy d'après des documents chinois, Paris, 4880.)

Test et au sud-est, c est-à-dire dans les limites de Tempire suzerain, Tach-Balik, Komoul (le Hami actuel), le Tibet et Kachmir, avec une portion des Pamir. Il englobe, au nord, Almalik et Ui-Balik, avec les steppes, les landes et les vallées nommées, sur la carte, pays des Ko-lo-lo (Karluk) ; il englobe, à Touest, la vallée du Syr-Darya, avec Chach (Tachkend), Otrar, Kat (près du Ilezaresp actuel); au centre, il englobe toute la Transoxiane, les grandes cités de Samarkande et de Bokhara, franchit TOxus, possède Termiz, el comprend le Khorassan oriental, avec Nakhcheb, Nichapour et Thouz, TAfghanislan avec Kaboul, le Badahkchan et les Pamir occidentaux jusqu*à Textrème sud, jusqu'à Kodzi- Ning (Gazna).

Au Khorassan proprement dit, à Talekhan, Balkh el Merv, commence le royaume d*Abou Saïd, ou des Mongols de Perse, dont le souverain est apanage par son cousin l'empereur de Pékin. Cet État comprend toute la Perse actuelle, . avec le Seïstanet le Beloutchistan, Merv, Balkh, Bost à Test, avec Herat, si terriblement exécuté lors des grandes guerres ^ Ispahan, Kachan, le mont Alamout, l'ancienne capitale des Assassins, y sont marqués; Néhavend où triompha llslam, lia-gi'da (Bagdad) et Mao-si-li (Mossoul) y figurent; le royaume s'étend de Merv, « Ame du Roi », jusqu'à Tantique Ninive, entre TOxus et TEuphrate. Au sud, il tient la mer, le golfe Persique, les routes de Focéan Indien, par Kie-Shi (Kich en face de Siraf), par liahalagin (Bahrein) et Hormouz, le grand port arabe. Au nord, il rejoint le Caucase, qui est sa limile à Derbend et à Bardaa (sur le Terter-tchaî, affluent du Kour), où le khalife Ilaroun-AI-Rachid combattit les Khazars. A Touest, hors des limiles de Tempire, la carte

I. • Il y a qtiotre grandf^ villes dann rette province : deux fluri^sanlcs, UérAl et NeH'obotir; deux en ruines, Balkh et Merve. • (Ilm llaloutaii, t. 111, p. iK:i.)

438 INTHODUCTION A L'HISTOIRB DE L'aSIB

marque Conslantinople, Damas, Damietle et Misr (Le Caire).

Un grand vide, qui est la sleppe actuelle des Kirghiz, partage en deux le royaume du sultan Euzbeg, héritier de Djoudji et de Batou ; à Test du vide, on voit Djend, Barghalikend, Saïram (en Turkestan occidental), avec Hua-ha-Tze- Mu (Kharczm), c*cst-àdire le pays entre le bas Oxus, la Caspienne et la mer d'Aral; à Touest, c'est d'abord Bou-Li-Ar (Bolgar, dans la grande Bulgarie du Volga), puis A-lo-Sze (Rossia, la Russie), Sa-gi-la (Solgat, le grand port de Soudak en Crimée), et plus au sud, Kin-ha (Kiplchak, les steppes du Kouban), A-lan-A-Sze (le pays des Alains ou A- Sou) et Sar-Ko-Sze (la Circassie, le Caucase).

A Fouest de Soudak, la carte ne marque pas de limites; les Chinois ne savent plus rien. On voit clairement leurs voies de communication en 1330 : 1"* la roule du Nord par les steppes, aboutissant à Soudak, à la mer Noire, aux comptoirs génois et vénitiens \ et une frontière à franchir entre le royaume du sultan de Transoxiane et celui du khan du Kiptchak; 2^ la roule du centre, par la Transoxiane, le Khorassan, se bifurquant à Mossoùl pour rejoindre par Alep, la Méditerranée d'un côlé, les sullanies de Roum (Asie Mineure) de l'autre, ou pour rejoindre l'océan indien, la route maritime de l'Inde et de la Chine, par les grands ports du golfe Persique, Bahreïn, Kich-Siraf et tlormouz; une troisième frontière à franchir pour aller en Occident, quand on sort du royaume mongol de Perse, et qu'on enlre en Roum ou en Syrie, puis le transit par l'Egypte, à Damiette; 3"* la route de mer directe, par les échelles de Tlndo-Chine et de rinde, de Canton à Ilormouz, de pays mongol en pays mongol.

i. Voir Mas-Lalrie, Privilogc^ oommerciaux accordés à la République de Venise par les princes de Crimée el les empereurs mongols du Kiptchak. — Bibliothèque de l'École des Charles, série Yl, t. IV, p. 580.

A celle époque, l'unité féodale de l'empire, si visible sur la carte, est encore prouvée par les apanages de ses vassaux d'Occident, fieflës en Chine. En 1336, Euzbeg, khan de Kiptcliak, envoie une ambassade au Kaan, chargée de ton* cher les arrérages de ses fiefs de Ping-Yang en Chan-Si, de Tsin-Chou en Tchi-Li, et de Yang-Tchou en Ho-Nan. En 1313, Euidjaîtou, sultan de Perse, avait envoyé des ambassadeurs en Chine, pour vérifier la comptabilité des terres qu*il possédait et en percevoir les « rentes arriérées » \ En 1313, Duré-Timour de Djagalaï recevait les subsides du Kaan de Pékin, à l'occasion d'une famine en Transoxiane. Les annales chinoises à la date 1320 (règne de l'empereur Ouen- Tsong, de son nom mongol Dobo-Timour) enregistrent la concession de vingt king de lerrain, au nord de Pékin, octroyée à la « constamment fidèle garde russe », à charge, pour elle, de fournir la table impériale de u tout gibior, poisson, etc., pris dans les forèls, rivières et lacs dudit domaine ». En 133i, pour la dernière fois, les Russes recrutés par les sultans de Kiptchak sont menlionnés dans les annales chinoises; un général Baïane est nommé au commandement des gardes du corps « mongols, kiptchak et russes » *.

En 1338 encore, le dernier empereur mongol de Pékin, le Fils du Ciel Chun-Ti (Togon Timour\ envoyait ses ambassadeurs au pape par la roule de Saraî en Kiptchak, et le sultan de Kiptchak, le musulman Euzbeg, marquait bien son respect envers son suzerain, par la déférence qu'il témoignait envers ces ambassadeurs, des chrétiens, comme on le reconnaît à leurs noms, André el (iuillaume de Nassio, et l'Alain Thogaï de Catliay (Khilaï). Le pape remercie à son tour le sultan Euzbeg de la courtoisie qu'il a faite à ses propres envoyés

1. Vassaf, dan^ d*Ohoson, II, p. t35. — EutUJaUou était en correspondance avec Philippe le UeU

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