Muser, p
:\. Tchihalcher, p. il9.
tait au-dessus de Tétrier; souvent, les pieds des chevaux ne touchaient pas le sol, ot il neigeait toujours... pendant une semaine nous battîmes la neige... à chaque pas, on enfonçait jusqu'à la ceinture, et parfois jusqu'à la poitrine... lorsque quinze ou vingt hommes avaient foulé la neige de leurs pieds, on faisait passer sur la piste un cheval sans cavalier, qui enfonçait jusqu'aux étriers, ou même jusqu'au troussequin; il s'avançait ainsi de dix à quinze pas, après quoi il était à bout de forces '. » Une glace compacte fige lacs, fleuves et rivières, sauf, dans un profond repli, au nord de la montagne du Ciel, le merveilleux « lac aux Eaux Chaudes », Isig Koul des Turcs, que les Mongols appellent Timourlou NouVy c< le Lac ferré ». Sur la plaine et les plateaux, la fine poussière de neige ne tient pas; les vents déchaînés la balaient, Tamoncellent et la font monter à Tassant de tout obstacle, homme, bètc, colline, tronc d'arbre écroulé, qu'ils cinglent de milliards d'aiguilles glacées, et qu'ils ensevelissent en un instant.
C'est le chasse-neige : 'c il faut avoir vu un coup de vent dans la steppe pour se faire une idée de ce que peut être un chasse-neige. La neige, celle qui tombe et celle qui recouvrait la terre, est lancée avec une telle force qu'il est impossible de regarder du côté du vent ; elle s'amoncelle si rapidement contre ce qui lui fait obstacle qu'elle recouvre en peu de temps tout ce qui dépasse le niveau de la plaine; l'air est obscurci de telle sorte qu'on ne voit pas à quelques pas devant soi... Le danger du chasse-neige est (ellement connu que dans la ville d*Omsk, on tend, le long des édifices où sont placées des sentinelles, une corde que le soldat tient dans sa main pour pouvoir marcher pendant le chasse-neige sans s'écarter de la maison, et sans s'exposer à partir au
f. Bnber, p. 43tt et 441, l. I, Irad. p. 244. el 245, texte..
38 INTRODUCTION A L'UISTOIRE DE L*ASIB
hasard dans les rues. Il est arrivé qu'à Omsk, des animaux el des hommes onl péri dans les rues sans rencontrer une maison pour s'y réfugier; du reste, le fait est arrivé en ma présence, il y a quelques années, dans un des faubourgs de Kazan, pendant un chasse-neige qui dura cinq jours, à la suite duquel une centaine de personnes périrent aux portes de la ville *. »
En Fergana, souffle le vent glacial de « ha, moine! » — ha, derviche! « On raconte que certains derviches sur cette lande furent assaillis du vent, cheminant; Tun l'autre ne se retrouvant plus, ils s'écriaient : ha, derviche! lia, derviche! jusqu'à ce qu'ils périrent. Depuis quoi, la lande est dite : ha, derviche '. » C'est le vent noir et glacial de Bourane *, « tourbillon », Kara Bourane^ « tourbillon Noir », comme rappellent les Turcs, le Bourane qui rend les chevaux fous *. Les Mongols et les Toungouzes, enveloppés par la sombre trombe de neige, ont donné son nom à l'obscurité même; Bouraganey en mongol, signifie <f le sombre », et en toungouze, Bourou Karane, « les ténèbres * »,
Quand la tourmente s'arrête, par temps clair, la bise glaciale souffle sans trêve, sèche, implacable, comme l'aride vent d'été où tremblote le ialguine^ « mirage » des steppes.
« Froid de 30'' et vent ininterrompu de nord-ouest, qui
1. Jaunez Spon ville, Bulletins de la Société de géographie, année 1865, p. 470-71.