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I. Biber, t. I, p. 220, texte

culées les tables astronomiques dites d'Oloug, ou tables Gourganiennes V Lorsque Chah-Roukh mourut en 1416» Oloug lui succéda; mais ce prince savant n*avait pas la vigueur nécessaire pour mener la rude arislocratie Iransoxianaise et s'imposer au tout-puissant clergé. Son propre fils, Abdul-Latif, se révolta contre lui, et le fit assassiner (1449). Le dernier bon prince lurc, OIoug-Beg, était un savant; avec lui périt tout espoir de vie intellectuelle et de renaissance libre dans TAsie centrale. L'histoire des rovaumes nationaux et bigots deTransoxiane, deKharezm,dcTurkestan et de Khorassan commence par un parricide.

En rompant avec la tradition chinoise telle que les Turcs, puis les Mongols, l'avaient interprétée, en se livrant, sans restriction, à TEglise transoxianaise orthodoxe, les Turcs d'Asie centrale commençaient une vie nouvelle. Pendant près d'un siècle, la philosophie, la littérature et Fart de Tlslam les imprégnèrent si profondément qu'ils devinrent étrangers au sol natal, cessèrent de se comprendre entre eux. Les Turcs transoxianais du xin^ siècle, et jusqu'aux Kiptchak du Caucase et de Russie, bien que musulmans, reconnaissaient les leurs parmi les braves qui venaient du Cathay lointain, sous la bannière mongole; à la fin du xvi° siècle, s'ils entendent encore leur langage, s'ils ne peuvent renier leur parenté par le sang, ils repoussent avec horreur le contact moral avec ces infidèles; ceux de TËsl ne sont plus, pour eux, que des Chinois, ceux du Nord-Ouest et de l'Ouest, que des Kalmak (c'est de ce mot que nous avons fait Kalmouk) et des Nogaï; malgré leur aversion pour les Tadjik et leur haine contre les hérétiques iraniens, ils se sentent plus près d'eux que de ces mécréants. J'ai fait remarquer combien le génie turc est réfractaire à la controverse et à la théologie, naturellement

i. Du nom de famille Keuréguène, Kourikan, Gourgan, que portaient les Timourides.

discipliné. En acceptant Tlslam comme religion d'État, les Turcs de Turkestan, de Transoxiane et de Kharezm Tadoptèrent en bloc, sans réflexion, sans discussion, militairement, comme une consigne. Pendant cent ans, les moines et les théologiens de Bokhara purent leur pétrir le cerveau à loisir, sans trouver personne pour les embarrasser d'une contradiction, d*une subtilité, ou d*une simple glose. Ainsi, la Renaissance, dans TAsie centrale, ne fut pas autre chose qu*un recommencement du moyen âge; pendant que les Européens, sous le coup de fouet de Thellénisme et dans Téblouissement de l'antiquité retrouvée, se lançaient audacieusement vers rinconnu, vers la libre recherche, vers la révolte, les Asiatiques, jusqu*au xv* siècle leurs égaux, se laissaient docilement reconduire à Técole, telle que Tavaient conçue les docteurs et les savants du khalifal orthodoxe. Ils découvrirent, comme une nouveauté, Taristolélismc déformé par les Arabes, revinrent à TAlmageste, se plongèrent dans Aviccnne, leur compatriote, recommencèrent, en turc, Tépoque des Samanides, piétinèrent sur place. Toute leur activité intellectuelle, et ils en avaient autant que d*autres, se dépensa en scolastique, en jurisprudence, en rhétorique; à grands efforts, ils reconstituèrent Euclide, Ptolémée, Galien, Hippocrate; à peine osèrent-ils toucher à Platon; aller plus loin, c'eût été se perdre; peu à peu, les moines aidant, ils en vinrent à ne plus penser qu'à leur salut, et se contentèrent du Koran, et des Sommes qu*il avait inspirées :

A IVi^e de vingt ans changea ma plact*

Par la gloire de Dieu, à la grâce du ptV je restai entièrement...

.\u xvt* siècle, le sacrifice était consommé; le Turc avait abdiqué au spirituel, entre les mains de son pir, au temporel, entre celles de son sultan. Les indépendants, les mau* vaises têtes, s'en allèrent dans Tlnde chercher fortune avec

Bàber; Dieu lui-même extermina ces impies : f< Un jour, on entendit une voix qui venait du ciel, et qui disait : Khau Babour^ any ouvy ou7\ — Le khan Babour, qu*on Tassomme» assomme, — sur quoi le peuple se jeta sur Babour et Tassomma sur place ^ » Voilà ce que les Turcs de Fergana se rappellent de leur souverain, du Grand Mogol, descendant de Tchinghiz et de Timour, aïeul d'Akbar et d'Aureng-Zeb. Ce xvi° siècle, si funeste aux Turcs d*Asie, ne fut pas sans gloire. La transformation s*accomplit au milieu de tout Téclat que peuvent donner aux lettres et aux arts la scolaslique et la rhétorique enseignées par une Eglise d'Etal, et surveillées par l'inquisition. L*Eglise, inQexible au fond, fut assez souple sur la forme, confiante en Dieu et laissant le temps faire son œuvre. Elle ne choqua point directement le goût des arts plastiques et de la vie facile qu'une longue éducation chinoise avait fait pénétrer dans le sang turc; mais elle insinua doucement qu'à ce grossier matérialisme on s'abaissait, et offrit un idéal plus élevé aux âmes vraiment nobles :

En ce inonde, châteaux et palais de construire, il n*est point besoin; A la fin, ruines ils deviennent; de villes bâtir, il n*est point besoin *.

Au XV" siècle, l'Église transoxianaise laissa les turcs bâtir, peindre, sculpter et se griser jusqu'à ce que tout le monde vit clairement « qu'il n'était pas besoin », cessât de boire et laissât toute cette architecture, à la grâce de Dieu, s*en aller en ruines. Du reste, les riches dotations des Timourides, les splendides mosquées, les abbayes superbes, les chapelles, les œuvres pies, excusaient assez leurs débauches artistiques. Timour aimait le luxe, les arts, la grande vie; Clavijo raconte qu'il avait ramené de ses guerres tant d'artisans qu'à Samarkande, faute de place pour les loger, on les faisait camper

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