Nalivkine, p
2. Cité par Vambéry, dans les TchagataUchc Spracbstudien, p. 136.
TIMOUR BT LB TRIOMPHE DE L*ISUN 505
dans les jardins et dans les groltes qui sont autour de la ville. A Kech, on fil visiter & ce gentilhomme espagnol la chapelle que le Seigneur (c*est toujours ainsi que Clavijo appelle Timour) édifia sur le tombeau de son père, « où ledit Seigneur faisait distribuer chaque jour cent moutons cuits aux pauvres, pour Tàme de sondit père », et le palais, et les jardins, et les appartements des dames, et autres bâtisses auxquelles on travaillait depuis vingt ans; devant tous. ces portiques et ces cloîtres, et ces mosaïques de pavement, et ces azulejos, ces marbres, ces faïences d'or et d*azur, le bon hidalgo s*émerveille, et s'écrie que <c d*ici à Paris, où sont les artistes les plus subtils, tout le monde serait dans ladmiration ». Et & Samarkande, c*esl bien autre chose! Cette mosquée \ dont Bàber, fin connaisseur, fait Téloge, et ces jardins, et ces ménageries où Ton voit des daims, des faisans, et des éléphants, et cet arsenal, où mille ouvriers travaillent (|uolidicnnement à faire cuirasses garnies et bassinets, et ces salles peintes a fresque, et ces bfiins, et ces hôpitaux, et cette grande rue marchande que le Seigneur fit percer, abattant les maisons à droite et à gauche! Il est vrai que les corporations réclamèrent; les moines firent des remontrances, & quoi le Seigneur répondit « que ce quartier était à lui, qu'il Tavait acheté de ses deniers, et qu'il leur ferait voir les chartes, mais que pour Tamour de son peuple et d*eux, il rachèterait à beaux deniers le terrain pris » '. A côté des ouvrages d*art et de luxe, Timour ne négligea point les travaux d'utilité générale; sous son règne, la sériculture prit une grande extension ; en Transoxiane, les canaux d'irrigation couvrirent les campagnes d'un réseau bien surveillé, la culture du colon fut développée, le chanvre et le lin furent introduits dans le
I. Mi*H<lji(J i chah ou musquée ro>ale, dont les ruines sont encore visible^ à Samarkande; grande mosquée sur la place royale à Ispahao, mausolées de Khoum et de Ueohhed, etc.
S. aa%ijo, p. 185.
pays, des papeteries fondées près de Samarkande, un pont de bateaux établi sur TOxus; de toutes manières, on cherchait à s'affranchir de la Chine et de son hégémonie industrielle. Le goût des bâtisses et de la peinture continua sous les successeurs de Timour. Pour Samarkande et pour lierai, Bâber donne la liste et la descriplion des principaux monuments qu'y Krcnt élever ces princes, Tavenue de la porte des Turquoises, le kiosque où sont peintes à fresque les batailles de Timour dans Tlnde, les bains du Mirza, construits par Oloug Beg, la Chapelle découpée ornée de peintures à la chinoise, Tobservaloire d'Oloug Beg : « Il a trois étages; c'est là qu'Oloug Beg a dressé les tables Gourganiennes dont Tusage à peu près exclusif est répandu dans le monde entier » ; le Bag i Meïdane (Jardin de l'esplanade), avec le bâtiment des quarante colonnes, et le cabinet en porcelaine de Chine, la Chapelle de l'Écho, etc., et à Hérat, le jardin d'Âli Chir, la Papeterie, le Palais du Trône, Belle Vue, la Blanchisserie, le Bassin aux poissons, le Palais de Cristal, le jardin do Zobéide, les douze tours, le Marché royal, le Grand Marché, rhôlel d'Ali Chir, connu sous le nom d' « Intimité », son mausolée et la grande mosquée attenante dite « la Sainteté >i, son collège dit « la Pureté », son couvent appelé « la Purification », ses bains et son hôpital surnommés « la Propreté » et la « Santé ». Quand on considère qu'Ali Chir était simplement un homme de lettres, on se figure la considération que les Timourides témoignaient aux écrivains et aux artistes. Ilérat était d'ailleurs la ville artistique par excellence. B&ber raconte qu'à un souper au Palais de la joie, dans le salon où Sultan Abou Saïd a fait peindre ses combats et ses faits d'armes, on donna un concert devant lui : c< Parmi les musiciens étaient Ilafiz Hadji, Djelal Ed-Djne Mahmoud, le joueur de flûte, et Chadi Betcheh, le harpiste. Hafiz Hadji chanta fort bien. Les artistes de Hérat chantent sans forcer
la voix, avec grâce et en mesure. Le prince Djihanguir avait fait venir un musicien samarkandais qui cliantail à pleine voix, durement et inégalement... les Khorassanais se bouchaient les oreilles, faisaient la grimace; s*ils ne chutèrent pas, ce fut par respect pour le prince '. » De tous les ar(s, la musique, moins persécutée par l'Église, s*est le mieux maintenue en Transoxianc et en Khorassan; les airs turcs modernes d*Asie centrale sont agréables pour une oreille européenne.
La miniature, et en particulier celle de portraits, tint bon, malgré Tlslam, pendant tout le xv® siècle; les beaux manuscrits de Mir Âli Cliir, que possède notre Bibliothèque Nationale, sont ornés de miniatures qui ne le cèdent pas aux ouvrages occidentaux de la même époque. Bâber cite, parmi les peintres, Bih-Zad, « artiste d*un talent très délicat, mais qui donnait un mauvais développement aux visages imberbes >», CJiah MouzaiTer, qui écrivit aussi c< une œuvre littéraire relative à la vie mystique »; parmi les musiciens, Mervarid, Koul Mohammed, » qui tenait le premier rang pour Tart avec lequel il composait le prélude, et son habileté incom* parable dans le développement du thème », Cheïkhi, qui, entendant n'importe quelle mélodie, disait de suite : « C'est d*un tel », Chah Kouli, Hussein, que le brutal Cheïbani fit souffleter par un de ses gens d*armes, parce qu*il faisait des façons pour jouer devant lui, Coulam Chadi, fils d'un chanteur, Bou-Seïd, qui se piquait, lui poète et compositeur, d'être surtout le premier lutteur de son temps, etc. ^
Avec Timour, la langue turque avait triomphé de Tiranienne; les hommes de la renaissance transoxianaise écrivent en djagataï, et non plus en persan. Avant eux, le Turkestanais Khodja Ahmed Yesevi avait déjà écrit en langue vul-