LIVRE
Quand, après avoir lu, dans Strabon, les chapitres qui traitent de TAsie, on cherche, sur une carte moderne, les noms des peuples, des Etats, des montagnes, des rivières, des villes que le géographe du P** siècle a nommés et décrits, la surprise est grande ; à peine si Ton peut reconnaître quelques noms d'origine iranienne ou sémitique; tous les autres sont nouveaux et sonnent en langues barbares : rionie est en Turquie d'Asie; le Taurus s'appelle Guiaour Dagh, rilalys est devenu le Kyzyl Irmak, et il faut deviner ilbérie et FEuphrate sous leurs noms de Karabagh et de Hourad Sou. Sans doute, les noms de lieux et de peuples ont changé, dans l'Europe occidentale et centrale, depuis Tépoque de Strabon, mais non pas à ce point. Les langues romanes ont succédé, régulièrement, au gallo-, à Thispano-, à Titaloromain; les dialectes germains se sont développés en dialectes allemands; le parler gaélique s'est conservé dans notre Bretagne, en Irlande, eu Ecosse; le vieux slave est devenu le nouveau slave; sauf en Pannonie, où la poussée asiatique a enraciné le magyar, et dans les pays entre rilellade et
rila*mns, où elle a implanté le turc, TEuropc, aujourd'hui, parle comme au temps de Strabon. D'autre part, le christianisme, fils adoplif du génie gréco-romain, Ta formée, transformée, conquise tout entière. En Asie, de Touest à Test, la langue arabe, de Test à Touest, les langues Finno-ongriennes, turques, mongoles, et plus loin encore, le chinois, le mandchou, le toungouze, ont tout pénétré, tout désorganisé, vivent, autonomes, ou survivent, mixtes, ayant imprégné, profondément modiRé, des langues aussi vivaces que les idiomes aryas. L'islamisme, le bouddhisme, ont étouffé les anciennes religions indigènes ou importées, et quand les Russes ont conquis TAsie centrale, ils n'y ont plus trouvé d'autre trace du christianisme que les cimetières nestoriens perdus au fond de la Sibérie.
Du i" siècle de TÈre chrétienne jusqu'à nos jours, l'Asie a été plus profondément modifiée que TEurope. C'est l'histoire de CCS modiGcations que nous allons raconter ici; les plus considérables et les plus décisives ont tout changé entre le v*' et le xni° siècle; les autres sont les conséquences naturelles, inévitables, de ces changements essentiels, dont le principal et le plus énergique agent a été l'ancien peuple turc; c'est en exposant les origines des peuples turcs et leur action jusqu'aux préliminaires de l'invasion mongole, vers la fin du xu'' siècle, que nous pourrons montrer le plus clairement la vie de l'Asie, ou, du moins, des parties de l'Asie qui n'ont jamais fait corps avec l'empire romain, qui n'ont subi rinfluence gréco-romaine qu'au passage, en quelque sorte, par accident. Il est bien entendu que les peuples turcs sont des agents, des éléments d'action, dont le rôle matériel est prédominant, décisif, et dont le rôle moral est limité; c'est la pensée arabe, c'est la pensée chinoise, c'est la pensée iranienne qu'ils ont mises en œuvre; mais, sans eux, dans l'immense Asie, ni la pensée iranienne, ni la chinoise, ni
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Tarabc» n*auraicnt jamais franchi les frontières politiques au delà desquelles les a enlevées et confondues le brutal génie d*aclion, Temporlenient militaire des Turcs.
Aux Turcs ne te frotte pas, Émir de Biana! Action et bravoure [le nom] Turc signifie * !
S*il n'est pas possible d*expliquer Tliisloire de TAsie au moyen âge sans exposer celle des Turcs, il est facile de le faire en la racontant. b*autre part, les notions insuffisantes ou fausses qu'on avait sur le passé de ces peuples, ont été modifiées du tout au tout, pendant ces trente dernières années, par des découvertes remarquables et par des travaux de premier ordre. Nous rapporterons donc Tliistoire de PAsîe du moyen âge k celle des Turcs, qui nous servira de cadre cl de base.
Les langues autres que les aryanes et les sémitiques, parlées et écrites depuis le v* siècle dans une partie de l'Europe orientale et dans TAsie continentale (la Chine, Tlndo et rindo-Chine non comptées) , appartiennent à une famille dont les types les plus éloignés et les plus divergents sont : à l'ouest, le finnois et le magyar; à Test, le mongol et le mandchou. Bien qu'on n'ait pas, jusqu'à présent, découvert entre ces langues les marques d'une parenté aussi étroite et d'une filiation aussi régulière que celles dont on s'est servi pour démontrer l'unité des idiomes indo-européens, leur communauté d'origine et leur air de famille sont visibles. Elles forment groupe; elles font, comparées les unes aux autres, partie d'un tout nettement défini et bien caractérisé. Dans toutes, il est possible de reconnaître les restes et les empreintes d'un ancien état monosyllabique; toutes sont