Mirkhond, Uuloire des Seld joukides
LBS TURCS ET LMsLAM 177
bonheur et de gloire, en Iran? Après tant de peines et d^angoisses! Faire une croisade à la Mahmoud contre les Turcs? Non. Il fallait terminer la besogne commencée, refaire l'empire des Sassanides et ensuite mettre un épilogue à Tépopée hardie; ils virent à Touest le khalifat, et plus loin le Ta Thsin^ « la grande Chine », Roum et ses merveilles.
Ils n*liésilèrent plus, étant musulmans; en Ta Thsin ils virent les aventures, à Roum ils virent la croisade. Bravement, ils se lancèrent, soumirent le Kharezm au nord, pour se couvrir contre leurs redoutés compatriotes, les Kiptchak et les Kankli, le donnèrent à fief à son souverain légitime, sous le contrôle de ses bandes turques. Pour la première fois, riranienne Kharezmie, avec THyrcanie, devenait franchement touranienne; elle ne cessera plus de Tètre. Dans le Sud, en vrai Iran, dans le Fars, le Kerman, la vieille Perse, ils brisèrent tout comme verre, soumirent, jusqu'à la platitude, celte démocratie persane qui avait essayé de vivre sous les SafTarides et les Bouïdcs. En 105i, ils envahirent Tancienno Médie Atropatène, TAzerhaïdjano, comme elle s'appelait maintenant, et entamèrent l'Irak, menaçant TArménie et le Caucase au nord, Bagdad, le khalifat, au sud. Ils étaient à Roum. Un instant, ils s'arrêtèrent, pour reprendre haleine apn»s ces courses furieuses. Le Khalife so lit petit, offrit tous les litres, toutes les investitures, toutes les bénédictions, avant même que ces terribles pèlerins, venus de si loin, les lui demandassent. Alors, bien sûrs de leur destinée, n'ayant plus d'hésitation, les deux condottieri des Marches de Chine, pour s'affermir dans ITslam, se donnèrent la gloire de faire un pape-roi. « L'Eclair » était mort, et son fils AI/i-Arshu, « Grand Lion », lui avait succédé, sous la direction de son oncle « le Pourfendeur ». Ensemble, ils rétablirent pour khalife El Kaïm Bi Amr Oullah, solltci-
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tërcnt humblement sa bénédiction, lui baisèrent la main; on vit revenir le temps où régnait à Bagdad
Un Khalife en cage Entre Ouésif et Boga (Rouka).
Répétant ce quMls lui disent Ainsi qu'un perroquet *.
Pour terminer la comédie, le vieux reltre Thogroul demanda au Khalife sa fille en mariage, et Temmena dans sa bonne ville de Reï, en Perse, où il mourut pendant les noces (1063). Il élail âgé de soixante-dix ans.
Cette famille des Bougon Saldjik était singulièrement vigoureuse, attachée à son origine. Elle osait, prenait sa fortune de haut. Alp-Arslan ne daigna pas changer son nom de guerre, prendre un nom à Tarabe et un titre à la persane; jusqu'à sa mort, ce potentat voulut s'appeler « Grand Lion >> tout court, comme le premier capitaine de reîtres venu. C^était autour de lui, maintenant, que toutes les maisons féodales fondées (en Occident et dans les Marches de Tlslam) par des aventuriers des Marches de Chine et de Fergana, depuis les hauts barons alabeks 'jusqu'aux petits hobereaux tenant fief ou ferme, venaient se grouper; c'était à lui qu'ils rendaient foi et hommage, demandaient emplois militaires et chevauchées. Ils commençaient à se reconnaître, ne voulaient plus être Arabes, mais parlaient turc, l'écrivaient. Le dialecte seldjoukide s'est formé, à cette époque, en Asie Mineure. Bientôt, on allait l'écrire; le plus ancien poème turc d'Occident ' est écrit dans ce dialecte, qui appartient au même groupe que l'altaïen et le téléoute de Sibérie. Toutefois, en vrais condottieri, ces Seidjoukides aimaient le faste.
i. Ibn Khaldoun, Prolégomènes ^ p. 49.
2. Le mot signine littéralement • gentilshommes- pères •. ?. Publié dans la Zeiischrift der Deuischen Morgenltindischen (resetischaft^ t. XX. IV, p. 5*4
les grandes manières, protégeaient les arts et les lettres, et à leur cour, les poètes gagés écrivaient en langue classique, c'est-à-dire en persan/ Mais le turc commençait à gagner du terrain; en Azerbaïdjane, il étouffait l'iranien; en Roum (Asie Mineure), dans les Marches de Tlslam, les gens de guerre l'implantaient, et il tendait à remplacer le grec comme langue vulgaire.
Si attachés à leurs origines que fussent les Seldjoukides, ils n'ont pas résisté longtemps à l'action dissolvante de la civilisation islamique, telle que l'avaient faite les khalifes Abbassides sur le modèle des potentats iraniens; ils accommodaient bien un peu à la turque les idées, les manières et le bon ton de leurs sujets arabes et persans, mais peu à peu, le nouveau vêtement leur collait au corps, les imprégnait, et de ces demi-Chinois, l'Islam faiaiiit des Iraniens plus rudes que les autres, mais des Iraniens, a Les hommes ressemblent plus à leur temps qu'à leur père », disent les Arabes. En lisant le « Traité de gouvernement » écrit, par le vieux ministre d'Alp-Arslan, sous le règne de son successeur Melik-Chah, on voit la diflerence entre ces Turcs occidentaux du xi* siècle et leurs ancêtres orientaux du vni*, ceux du Bilgué khan et de Keul Tékine. Quand l'audacieux Mahmoud fut souverain maître, il voulut un nom pour sa fortune; Khagan il n'osait, Tékine il ne daignait; il prit le titre arabe de Sultan : « Avant lui, le titre de Sultan n'existait pas; il est le premier prince qui l'ait porté dans Tislamisme, et après lui, cela devint une règle générale '. » Les petits-fils du rettre turc, déserteur de Pé-Lou, le « Grand Lion », et son siïccosseur Melik-Chah étaient des Sultans^ des » despotes », à la façon du Grand Roi perse, ou du César romain. Leurs modèles, ceux que vante sans cesse, en son livre, « l'ordonnateur de
f. Siaêset Namehy p. 68. SiilUn, ou, pour donner Torthographe exnctc, Soulifum^ signifie en arabe • Maître du pouvoir, Despote •.
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Tcmpirc », c'est Darius rÂcliéménide, c*esl le Sassanide Khosrau Anouchirvan, le justicier. Si près de leur origine» déjà ils raillent la lourdeur rustique des rudes cousins restés au pays, leur grossièreté provinciale; le Sinsset Nameh montre au naturel ces hobereaux turcs, légèrement déformés par la caricature : « Lorsque nous allâmes à Samarkande et à Ouzkend, nous apprîmes que les sols, qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, disaient que les Djeulhj ' et les habitants de la Transoxîane ne cessèrent de répéter, pendant tout le temps qui s'écoula entre Tarrivée et le départ du Sultan : 11 ne nous a point été donné de manger une seule bouchée provenant de sa table M » Les vrais Turcs ne se reconnaissent plus dans ces princes à Tutiquette, chez lesquels on ne dine pas. Chez les Seldjoukides, le caporalisme national et Tobéissance militaire sont remplacés par le respect monarchique et la raison d*Etal. La vieille législation empirique, la coutume transmise disciplinairement, est oubliée; on imagine un droit théorique, découlant de spéculations philosophiques et religieuses. Pour faire fonctionner cette machine juridique, on emprunte aux Khalifes et aux Sassanides tout l'appareil de leurs magistratures, le prévôt, « plus redouté du peuple que le souverain lui-même », cinquante sergents à verge « toujours présents à la cour' » et pour le menu peuple « les cadis, les khalibs, le lieutenant de police^ ». Le grand ressort de ce gouvernement policier et ombrageux est l'espionnage, comme au temps des Achéménides et des Sassanides : « On observera avec soin, dans chaque ville, quelle est la personne qui manifeste le plus de sollicitude pour ce qui a trait à la religion, qui a la plus grande crainte de Diou
1. Djeufkyf 7cAet< /A s gens du Tcheul^ • de la lande, de la campagne ». Voir le sens du mot Tcheul plus haut, p. i6.