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Le nom signifie « étalon de chameau

3. La légende raconte que Haroun, père du jeune Salik Boghra, soupçonna sa conversion; pour l'éprouver, il lui commande d'assister à la construction d'un temple consacré aux idoles, et d*y apporter sa brique; le petit prince, bien conseillé par le saint marchand qui Ta converti, apporte la brique " en formant l'intention mentale de construire une mosquée •, La môme nuit, il se présente devant Uaroun Iç sabre à la main, et le somme de se convertir à la vraie foi. Le tyran païen refuse; le jeune Boghra hésite; il prie Dieu. • C) Dieu très haut! lu vois lo'iles les créatures; tu as vu comme j'ai brandi mon sabre pour couper cette tète, et j*ai respecté ce (pie je dois à mon père! - Aussitôt, la terre tremble; Uaroun s'y enfonce jusqu'aux genoux. Le saint sullau dit: « 0 iolidèle, professe la Foi; je prierai pour toi. Délivreloi du mai! • et il l'exhortait, mais ce méchant répondit : « J*aime mieux entrer sous terre que dans ta religion. • Alors, il s'enfonce juscprau cou, Bcighra Texhorte encore en vain; la terre tremble et Tengloutil. • A ce moment, un rayon de lumi^re annonça l'aube Le saint Sultan s'écria: « Balle?, le tambour de rislam en mon nom! (Courez, et proclamez que maintenant règne le huUan Satik Boghra Khan, vainqueur pour la Foi! Appelé/ bien haut le peuple h la prière. ») extraits du Tezk^rel id Uoughfa, à la suite de Shaw, .4 Sektch of tfie Turki /art</<i<i</e, etc., p. xvi, xvu.

174 INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE L'aSIK

Sa fille, Ala-Nour Khanem, « Dame vermeille Lumière », était une sainte, elle .aussi. L'hagiographe assure que « son histoire est pareille à celle de la Bénie Marie... Une nuit qu'elle était en oraison, saint Gabriel la visita... elle conçut un fils, qui s'appelait saint Saïd Khan le Lion. » Saint Saïd n'était Tuluérable qu'à l'heure où il faisait sa prière; à toute autre heure, « ni hache d'armes, ni glaive ne pouvaient le percer ». Un traître feignit de se convertir, apprit le secret, le dit aux païens de la Chine, qui firent goûter le « sorbet du martyre » au pieux Saïd, pendant qu'il faisait ses dévotions. Avec lui, sur le champ de bataille, mourut pour la foi sa sainte fille qui s'appelait « Marie ». Dieu la fit disparaître sous terre» pour la soustraire aux outrages des païens, après qu'en vraie sainte turque elle eut sabré vingt-cinq infidèles.

En réalité, au commencement du xi° siècle, les princes oïgours du Nan-Lou, convertis à l'islamisme (ils résidaient à Kachgar), bataillaient contre leurs vassaux chrétiens et bouddhistes, mais quand il s'agissait de se défendre contre le Chinois, ou de gagner de la terre et du butin sur les musulmans de Fergana et de Transoxiane, s'alliaient avec eux sans aucune espèce de scrupule. Toute sa vie, saint Boghra Khan fut en bataille avec les Seldjoukides, « le Pourfendeur » et « l'Éclair », qui étaient pourtant, eux aussi, des défenseurs de la foi. Son successeur, qui s'était très bien entendu avec Mahmoud pour déloger de Samarkande un capitaine dllik, nommé Alp Tékinc, installé au nom de son maître, ne s'entendit pas moins bien avec lui pour faire déguerpir de Transoxiane les très dangereux néophytes, les Seldjoukides de Turkostan, qui avaient si bien aidé le Gaznévide dans ses croisades. Alors, ces pieux condottieri négocièrent avec le païen Ilik, lui firent le chemin libre pour rétablir T Alp Tékine à Samarkande. Finalement, ayant trompé tout le monde, s'étanl battu avec tout le monde, repoussés

par loul le monde» affolés, le <« Pourfendeur )> el V « Éclair » revinrent à leurs instincts de Cosaques, se jetèrent dans la steppe, dans le désert, au nord de TOxus, pour tenter un coup de noain sur le Kharezm '. Ils s'offrirent au sultan d'Oui^uendj, Altun-Tach, qui s'était révolté contre Masoud, le successeur du grand Mahmoud; une fois là-bas, dans les steppes, ils savaient ce qu'ils feraient. Après tout, ce Kharezmien tenait son pouvoir de ses reitres, Kiptchak el Kankli; quand les soudards les verraient, eux et les leurs, ils déserteraient le parti; on couperait la tète à ce sultan de rencontre, on empoignerait le rebelle Kharezm, bon pays et de rapport, admirablement situé, entre tous les Kiptchak, Ogouz, Kazak, Kirghiz, et de communication facile, par les steppes, avec le Turkestan, le Pé-Lou, les Oïgour; on s'entendrait entre Turcs, et on tomberait ensemble sur ce maudit Masoud. Le Kharezmien en vieux routier se délia, donna la haute paye à ses reitres, Turcomans et Kankli, cl regut les deux frères Seldjoukides et leur bande à coups de flèches et à coups de sabre. Le » Pourfendeur » et T « Ëclair » furent battus à plate couture, coupés des steppes, au nord, comme ils l'étaient des Marches, à Test. Le désastre rendit le sang-froid à ces hommes de fer. Avec une merveilleuse audace, ils se coulèrent le long de TOxus, s'installèrent au milieu des Turcomans ripuaires, leur proposèrent un grand coup en Iran. Ensemble, ils passèrent le fleuve, se jetèrent sur le Khorassan, mirent la main sur Merv. Du coup, les Turcomans enthousiasmés s'attachèrent à eux, les reconnurent pour rois (1031).

i. Le Kharezm relevait de Samarkandc sous les Samanides; quand liik Rhan s'empara de Bokliara el de la Transoxianc en 9'JK (389 de rHéKîrc , aussi longtemps que ralliance tint bon entre Mahmoud et les Oigour, le Rhare/m fut partage entre (iaznévtdes el Kachgariens; puis Mahmoud y installa son chambellan, un routier turc nommé Aitun-Uich Ulnrh), « le Compagnon d'or •.

176 hNTRODUGTION A L'UISTOIRE DE L'ASIB

Maîtres de la Transcaspienne, les heureux condottieri envoyèrent poliment un message à Masoud pour lui offrir leurs services. Lui fallait-il des gens d*armcs? Us étaient prêts à lui en louer; s'il était à court de finances, il n'avait qu'à leur donner Tinvestiture du Khorassan, dont ils étaient maîtres. Masoud répondit par des messages indignés à leurs ironiques insolences. Us ne demandaient pas autre chose, et mirent en coupe réglée le Khorassan, jusqu'aux Ëtals héréditaires des Gaznévides. Us avaient Tétoile; ils payaient bien; tous les aventuriers turcs accoururent sous leurs enseignes. Masoud envoya une armée contre eux; le général était Turc \ mais les soldats étaient Iraniens, et se firenl battre. En 1037, Masoud revint à la charge en personne; il avait cent mille hommes, dit Mirkhond '. Les vieux routiers reculèrent, lui abandonnèrent Merv et Nichapour, manœuvrèrent, pour éreinter ces Iraniens mous et mal commandés, puis regagnèrent le terrain perdu. La bataille décisive se donna près de Damgan (1039). Masoud la perdit et s'enfuit en Afghanistan, à Gazna, au pays de son père. Les condottieri seldjoukides restaient maîtres de l'Iran; mais la Transoxiane était ouverte aux Oïgour, aux Kankli, aux vrais Turcs de Turkestan.

Un instant, les deux capitaines d'aventure hésitèrent; cet empire des Ghosroès et des Darius sur lequel eux, pauvres Cosaques, osaient mettre la main, les effrayait; ils avaient peur, comme d'un sacrilège. L'aventureux bon sens turc les décida. Que pouvaient-ils faire? Revenir sur leurs pas, disputer, dans le Nord-Est, les Marches du Turkestan, les passages du Pé-Lou, à leurs rudes compatriotes, à leurs cousins et frères de là-bas, les Bougou Saldjik^ pour risquer ensuite, en Chine, ce qu'ils étaient près d'achever, avec tant do

1. Il s*appelail Deg Togdi^ un nuni de guerre, • lils de geolîihommc ».

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