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Introduction a l'histoire de la philosophie

ment applaudies par les autres , durant cette courte et brillante époque de la Restauration à laquelle est attaché le nom de M. de Martignac. il nous semble qu’aujourd’hui , à la distance de plus de trente années, nous en pouvons parler nous-même avec une vraie impartialité.

Pour être équitable, il faut un peu se mettre à notre place et se rappeler oe temps, si différent du nôtre.

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Mes amis et moi nous sortions de la longue disgrâce qui, de 1820 à 1827, avait successivement atteint tout ce qui était libéral en France \ M. Royer-Collard avait quitté la présidence du Conseil de l’Instruction publique, et on l’avait chassé du Conseil d’État. On avait suspendu mon cours et celui de M. Guizot. Mes liaisons avec M. de San ta-ltosa *, le noble chef delà révolution piémontaise de 1 821 , m’avaient rendu suspect à la triste police de M. Franchet, et elle m’avait dénoncé à celle de l’Allemagne pendant un voyage que je fis alors au delà du Rhin. Accusé de je ne sais plus quelles extravagances, arrêté à Dresde, jeté en prison à Berlin, tenu au secret le plus rigoureux pendant plus de six mois, ma conduite en cette circonstance, les premières rudesses, puis la loyauté du gouvernement prussien qui s’était piu à reconnaître qu’on l’avait trompé, ses offres généreuses, celles du roi des Pays-Bas, mon refus de me séparer de mon pays dans la doulou-

* Vojei nos leçons de 1820 , Philosophie dk Haut , A vnui-propoi, p, n.

* Koagments et Souvenirs, 3 e Millon, p. 189 , Snntn-Rosa.

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reuse épreuve qu’il traversait, tout cela m’avait composé une renommée bien au-dessus de mon mérite; en sorte qu’après les élections de 1827, qui renversèrent le ministère de M. de Villèle et portèrent M. Royer-Collard, l’élu de sept collèges, à la présidence de la Chambre des députés, la nouvelle administration s’empressa de me rappeler avec M . Guizot à la Faculté de» lettres, et nous reprîmes nos cours presque en triomphateurs.

11 n’est pas aisé, dans nos jours d’abaissement et d’alTaissement intellectuel, de se faire une idée de la noble ardeur qui enflammait alors le génie français dans les lettres et dans les arts aussi bien qu’en politique. L’esprit public faisait des chaires de M. Guizot, de M. Villemain et delà mienne, de véritables tribunes. Depuis les grands jours de la scolastique au douzième et au treizième siècle, il n’y avait pas eu d’exemples de pareils auditoires dans le quartier Latin. Deuxàtrois mille personnes de tout âge et de tout rang se pressaient dans la grande salle de la Sorbonne. Cette foule immense agissait inévitablement sur

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le professeur, animait, élevait, précipitait sa parole. Ajoutez qu’aussitôt prononcée, chaque leçon , sténographiée et à peine revue, paraissait bien vite, se répandait d’un bout de la France à l’autre, et devenait dans la presse le sujet d’une ardente polémique. Faut-il donc juger de tels cours comme des livres composés à loisir dans le si-

lence du cabinet, et doit-on s’étonner d’y rencontrer bien des répétitions, bien des disparates, un style inégal, des mouvements abruptes, enfin l’improvisation prise en quelque sorte sur le fait, et jetée au vent de la publicité avec ses innombrables défauts ?

Mes premières leçons, celles de l’été de 1828, se ressentent fort, j’en conviens, de la promptitude avec laquelle M. Guizot et moi nous crûmes devoir faire usage de la parole qui nous était rendue.

Faute du temps nécessaire à une juste prépara* *

tion, je dus prendre un sujet très-général, qui ne demandât aucune recherche, aucun travail préliminaire, une Introduction à F histoire de la philo-

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tophie, où les plus hautes questions furent abordées avec bonne foi et courage, et les solutions, qu’en donnait la philosophie nouvelle, exposées à grands traits, bien plus quevéritablementétablies. Sans venir ici témoigner contre moi-même , je n’ai pas besoin d’une grande modestie pour reconnaître que dans ce cours, tout à fait improvisé, il y a plus d’une proposition hasardée, et des excès de langage que j’aurais fait bien volontiers disparaître, si la calomnie, en les envenimant, ne me lesavaitrendusirrévocables. L’honneur ne m’a pas permis de me corriger, et j’ai dû tout conserver pour n’avoir pas l’air de rien dérober à une critique ennemie. Je n’ai changé que des détails sans importance ; les passages incriminés subsistent , avec quelques notes explicatives et des éclaircissements tirés de mes propres écrits, antérieurs et postérieurs à ces leçons.

Oui, j’ai défendu, avec un peu de vivacité peutêtre ', l’indépendance de la philosophie, les droits

•Et je l’ai fait encore, quand de tristes circonstances m’en ont imposé le devoir, par exemple en 1 84 1 à la Chambre des pairs ; voyex DÉ-

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de la lumière naturelle qui a découvert aux hommes assez de vérités,- ce semble, et fait d’assez grandes choses dans le monde. Mais n’oubliez pas que c’était alors le temps de la guerre violente que faisait à la raison humaine l’abbé de Lamennais, et à sa suite tout ce qu’il y avait de jeunes talents dans le clergé. N’oubliez pas aussi que la philosophie n’avait pas été combattue seulement en paroles, et que j’attestai s moi-même la proscription qu’elle avait soufferte. Mais à Dieu ne plaise que jamais il soit entré dans mon esprit et dans mon .cœur la pensée vulgaire et coupable de rendre au christianisme le mal qu’on m’avait fait en son nom! Ici, comme partout ailleurs, je montre pour la religion chrétienne unrespect que nulle épreuve n’a troublé ni diminué, parce qu’il est emprunté à mes convictions les plus intimes et à la philosophie elle-même.

Encore un aveu, et qui ne me coûte point. J’avais autrefois rencontré à Heidelberg, encore obs-

ffnsf. de l’UniversitF. ft de la Piiilosophie, et aussi la et la J* préface do mes Etudes sdh Pascal.

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curmais déjà rempli de vastes desseins, celui qui

devait être M. Hegel 1 . Sans le bien comprendre, dès 1 817 je l’avais en quelque sorte deviné et annoncé. Je le retrouvai en 1824, à Berlin, à la tête d’une école florissante, et en 1 826 il était venu me faire visite à Paris. J’aimais M. Hegel ; j’admirais la vigueur de son esprit, et cette fermeté imperturbable avec laquelle il appliquait l’ancien système de M. Schelling, méthodiquement développé, à toutes les parties des connaissances humaines, même à celles qui s’y prêtaient le moins; par exemple, à l’histoire de la philosophie, où M. Hegel, comme M. Schelling, n’avaitquedes vues fort générales, sans nulle étude approfondie. En 1828 j’étais encore trop près de mes souvenirs d’Allemagne pour que les grandes généralisations et les formules un peu altières auxquelles j’étais accoutumé ne déteignissent pas un peu, si on me passe cette expression, sur ma pensée et sur mon

1 Sur M. Hegel, voyes Fragments de Philosophie contemporaine, 5° Milion, p. 63-66, et p. 19(1-1!)!), surtout le» Fragments et Soü- Venihs, p. 77, etc., et p. 165 : Dernière Nuit en Allemagne.

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langage ; et il se peut que mes paroles aient quelquefois présenté à des esprits prévenus, ou peu familiers avec ces matières délicates, l’apparence d’une doctrine assez favorable au panthéisme. Mais certes jamais apparence ne fut plus loin de la réalité; car bieft avant 1828, l’amitié dont m’honorait M. Schelling* m’avait fait connaître le changement, ou si l’on veut le développement nouveau qui s’était fait dans ce grand esprit, et j’y avais fort applaudi. J’avais l’habitude, même avecM. Hegel et ses plus dévots disciples, de me licencier un peu sur le compte de ce fameux Être en soi, das reine Seyn, pur de toute détermination, et qui par une suite de métamorphoses merveilleuses devient le principe de toute détermination, de la qualité comme de la grandeur. Partout, dans notre enseignement de 1828 et de 1829, comme dans celui de 1815 à 1821, règne la doctrine la plus opposée au panthéisme , celle de l’in-

1 II m’en a donné une bien grande preuve en me serran l d’Inlrodurtn'.ir auprès du publie allemand : « Victor Coutin übrr frrmzôsiichr und deuhehe Philosophie, Vorrede von Schelling, 1834. Il y a deui traductions françaises de la préface de M. Schelling.

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telligence, comme enfermant la conscience et la personnalité; en sorte qu’il faut choisir entre un Être premier, dépourvu d’intelligence, s’il est sans personnalité et sans conscience, ce qui est l’athéisme ordinaire, et un Être premier, véritablement intelligent, qui se connaît lui-même ainsi que l’univers et l'homme, et préside à la destinée de son ouvrage. C’est là le théisme à proprement parler : quelques inexactitudes de détail, loyalement expliquées, ne l’altèrent point; il est le fond permanent de tous nos écrits, l’âme de notre philosophie. Qui le professe est avec nous; qui s’en écarte est contre nous, eût-il été jadis dans notre auditoire et nous fût-il cher à d’autres titres. Le spiritualisme n’est qu’un mot s’il n’aboutit à un théisme nettement déclaré et solidement établi. Voilà pourquoi la philosophie française de M. Royer-Collard et de M. de Biran, celle qui veut bien nous reconnaître pour interprète et nous per mettre de la guider à travers les écueils semés sur sa route, n’a rien à voir avec la philosophie d’au delàdu Rhin. Comme nousle disions, il yaprèsde

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vingt années *, c à mesure que la philosophie allemande s’est plus développée et que nous l’avons mieux connue, nous nous en sommes séparé plus ouvertement, et on peut dire que l’école qui se prétend aujourd’hui l'héritière de M. Hegel n’apas d’adversaires plus décidés que mes amis et moi pour le fond et pour la forme, pour les principes comme pour la méthode \

‘Fragments de Piiii.osopbie contemporaine, p. T8.

1 L'examen le plus éclairé, non le plus indulgent, qui ait été fait de l 'Introduction à l'histoire de la Philosophie, est l’article de sir William Ha* millondansla lieiue d' Edimbourg , octobre 1829, n" 99, Ü.Cousin’sCourse of philosophy, que sir William a reproduit, arec une noie Tort amicale, h la tête de ses Discussions on philosophy and literature, éducation and university reform, etc., London, 18S2.11 a paru en 1832 une version américaine de cette Introduction à Boston, par M. Llnberg, Introduction to the history of philosophy, translnted from the French, in-8°, avec une préface et des notes intéressantes. H. Linberg a bien voulu rendre justice au caractère moral et religieux de l’ouvrage qu'il traduisait. « Quelque jugement, dit-il, que le public américain puisse porter des doctriues philosophiques de M. Cousin, nous avons la confiance que tout le monde sympathisera avec l’esprit noble, généreux et indépendant qui anime ces leçons, avec l'amour éclairé de l'humanité, avec *a profonde vénération qu’elles tendent à inspirer pour le souverain auteur de l’univers. La reconnaissance d'un Dieu qui est une personne distincte du monde , d’un Dieu infiniment sage et infiniment bon, et dont la providence s’étend à toutes choses, tient une grande place

dans la philosophie de M. Cousin M. Cousin professe hautement,

sans réserve ni hypocrisie, une sincère vénération pour la religion chrétienne, même sous les formes mystérieuses dans lesquelles le catholicisme l’a enveloppée... Quand M. Cousin dit que le gouvernement de ce monde est parfaitement juste, que la prospérité et l’infortune sont distribuées comme elle doivent l’être, il faut en'endrc cette maxime daus un sens très-général. Il y a des exeeptions, et e'cst dans

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Les leçons de 1829 présentent, on a bien vonlu le reconnaître , un tout autre caractère que celles de la précédente année. La préparation nécessaire, qui nous avait manqué jusqu’alors, nous ayant été permise, nous pûmes choisir des sujets précis et bien déterminés sur lesquels s’établit un sérieux et régulier enseignement , qui, en rappelantet continuant nos cours de 1815 à 1821, en étendit la portée, en agrandit l’influence. L’analyse et la dialectique reprirent le rang qui leur appartenait à côté de l’histoire. Les trop éclatants succès de 1828 servirent du moins à retenir la foule et à lui faire supporter des expositions plus solides que brillantes et des discussions sévères. C’était un assez curieux spectacle de voir un si nombreux auditoire assister avec un in-

ees exceptions que parait la grandeur de la vertu. M. Cousin a luimême énuméré ces exceptions dans différents passages. > Nous avons sous les yeux les premiers cahiers d'une version espagnole publiée à Buenos- Ay res en 1834. Un jeune philosophe brésilien, M. de Figueiredo, à entrepris de traduire le cours entier en portugais : Curao da historia da philosophia, venido en portugtiez, por A. P. de Figueiredo, vol. I, /«- Irod çao a historia da philosophia, Fernauibueo, 1X42 ; vol. U, Historia du philosopliia, 1845, in-8°. Nous ignorons si la Philosophie de Locke a depuis été traduite. Enfin, en 1852; M. Wight a publié h New-York été Edimbourg une nouvelle traduction complète de nos trois volumes, qui parait avoir obtenu un assez grand sucrés en Ecosse et en Amériquo.

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térôt soutenu à l’examen critique des diverses écoles de l’Inde, de la Gièce, du moyen-âge et des temps modernes, et à l’analyse méthodique et détaillée des idées de l’espace et du temps, de l’infini, de la personnalité, de la cause, du bien et du mal. Ces nouvelles leçons, fort différentes de leurs aînées, ont fait autrefois quelque bien, et nous avons l’espoir que les deux volumes qui les représentent en feront encore.

Le premier de ces volumes offre une esquisse de l'Histoire générale de la philosophie, depuis scs plus faibles commencements jusqu’au xvm' siècle, qui devait être le sujet spécial du cours. Oseronsnous dire que cette esquisse, si imparfaite qu’elle soit, a jeté en France les fondements de l’étude vraiment philosophique de l’histoire de la philosophie? Tous les systèmes y sont ramenés à quatre systèmes élémentaires, qui ont de si fortes racines dans la nature humaine qu’elles les reproduit sans cesse. Leur lutte constante est le fond même de l’histoire. Discerner en eux le vrai et le faux, le faux qui passe et le vrai qui dure; mettre à profit les

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erreurs en en montrant les causes, à savoir l’exagération môme du vrai, l’ambition des principes absolus, l’imprévoyance et la précipitation de l’esprit humain; surtout recueillir les vérités qui sont nécessairement dans tout système un peu célèbre, qui l’ont fait naître et qui l’ont soutenu, et porter ces vérités dégagées, épurées, réunies, à la lumière de notre siècle, comme l’enfantement légitime du temps, ainsi que parle Bacon, le legs du passé et la dot de l’avenir, telle est, selon nous, la tâche de l’historien philosophe, telle est l’œuvre ou du moins tel est l’objet de l’éclectisme. L’éclectisnje n’est point un système, c’est une méthode, une certaine manière de considérer les choses, trop élevée sans doute pour être populaire et courir le monde, mais aussi trop raisonnable pour être entièrement nouvelle. L’éclectisme est déjà, en effet, dans Platon, et dans Aristote, autant et mieux que dans Plotin luimême*. Au faîte du plus grand siècle qui fut

1 Nous l’avons souvent signalé dans Platon. Pour Aristote, nous nous bornons h renvoyer au premier livre de la Métaphysique, dont nous avons donné la traduction.

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jamais, Leibnitz croit se proposer un assez haut dessein de chercher et de rassembler les membres épars de la philosophie immortelle disséminée à travers tous les systèmes : son école est ouvertement éclectique. L’éclectisme, c’est l’intelligence en histoire, c’est le discernement assuré du vrai et du faux, fondé sur l’expérience des siècles. 11 n’étouffe pas sous l’érudition, comme on l’a prétendu, la vraie, la grande originalité, qui vient de Dieu, mais il confond la petite et la fausse, née d’une vanité impuissante. Il neooupe pas les ailes au génie, mais il le protège contre » les attraits des principes extrêmes dont l’histoire montre la fragilité. Il recommande la modération, si nécessaire à la force. Il enseigne la prudence et la sagesse, auxquelles seules la durée a été promise dans la philosophie comme dans tout le reste. Où est aujourd’hui, je vous prie, cet insolent système qui un moment éblouit et pensa subjuguer l’Église, qui se vantait d’avoir mis à jamais la religion au dessus de toute controverse en foulant aux pieds la raison, en lui refusant le pouvoir

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d’arriver par elle-même à aucune vérité, en proscrivant à tort et à travers toute philosophie, la bonne comme la mauvaise, et la bonne plus encore que la mauvaise, comme plus capable de séduire l’humanité? Son auteur même l’a répudié, pour se jeter dans un autre excès : esprit puissant et extravagant, qui ne pouvait habiter que des abîmes. Et qu’est aussi devenue cette métaphysique hégélienne qu’on nous donnait, pendant les jours néfastes de 1848, comme le dernier mot, non-seulement de la philosophie allemande, mais de toute spéculation philosophique, et qui n’était qu’un renouvellement passager d’un mal, hélas! trop ancien, le vieil athéisme, rajeuni sous le nom de panthéisme, et décoré des livrées de la démagogie? L’éclectisme n’a connu ni ces triomphes éphémères, ni ces chutes profondes. En dépit des attaques qui lui ont été prodiguées par tous les partis extrêmes, il a résisté comme le sens commun, et il est encore la lumière du petit nombre d’hommes qui ont consacré leurs veilles àl’histoirede la philosophie. On a remarqué avant

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nous que s’il périssait avec nos ouvrages, on le retrouverait dans beaucoup d’historiens qui s’en inspirent en le combattant.

N’étant point ici retenu par des scrupules d’honneur, comme pour nos leçons de 1828, nous avons

pu corriger plus d’une erreur qui nous était échappée, réparer quelques lacunes, et soit dans les notes, soit dans le texte même, étendre et fortifier diverses parties de cette esquisse, particulièrement tout ce qui se rapporte à la grande philosophie du dix-septième siècle, à Descartes, à Spinosa, à Malebranche, à Leibnitz.

Nous avertissons aussi le lecteur studieux qu’il peut se fier à la scrupuleuse exactitude de nos citations. Il n’y en a pas une qui soit de seconde main. Nous les avons tirées, non des historiens qui nous ont précédés, mais des auteurs euxmêmès, dans les éditions les meilleures et quelquefois les plus rares, que des recherches assidues nous ont permis de rassembler.

Le second volume de l’année 1829 (le troisième de cette collection) est consacré à l’examen cri-

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tique de la Philosophie de Locke. L’état de la philosophie en France, où les restes de l’école dé Condillac et des Encyclopédistes du dix-huitième siècle s’agitaient contre la philosophie nouvelle, nous imposait cet examen qui, à travers Locke, atteignait ses modernes disciples, et couvrait l’école spiritualiste en livrant un sérieux combat à ses adversaires. Sans doute, avantnous, Leibnitz, dans ses N ouveaux Essais sur l’ Entendement humain, avait donné une admirable réfutation de Locke; mais cette réfutation, très-solide en elle-même, avait perdu son autorité par le mélange des hypothèses leibnitziennes, depuis longtemps abandonnées ej décriées, la monadologie et l’harmonie préétablie. Il fallait une critique nouvelle pour des temps nouveaux : celle-ci a été jugée capable d’arrêter un esprit sincère à l’entrée ou sur la pente du sensualisme. On n’ose rappeler l'éloge qu’en a fait le plus grand critique de notre temps, sir William Hamilton*. Un philosophe américain, M. Henry,

1 Dans un arliele de la Revue d’Edimbourg sur Reld, numéro 103, octobre 1830, reproduit dans les Discuesions, etc.

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en a tiré un traité complet de psychologie qui sert aujourd’hui de manuel de philosophie dans la plupart des universités américaines'. En Angleterre, ce volume a été le sujet d’une vive et utile controverse qui dure encore*. Notre illustre maître, le juge austère et vénéré de nos intentions et de nos travaux, M. Royer- Collard, considérait comme les moins imparfaits de nos ouvrages, les moins indignes de le rappeler, la Philosophie Écossaise et la Philosophie de Ivant, dans nos premiers cours, et cette Philosophie de Locke qui couronne les seconds.

La révolution de Juillet a mis fin à nos leçons publiques, mais non pas à notre carrière de professeur. Nous l’avons poursuivie, de 1830 à 1840,

1 Eléments of Psycholoçiy, included in a critical ernmination of Locke's, Essay on the hutnan understanding, avec des noies et une introduction étendue: première édition, New-York, 1834 ; deuxième édition, 1838 ; troisième édition. 1842, reproduite à Londres an 1 851 ; enfin en 1856 une quatrième édition très-augmcnlée, avec une défense forte et judicieuse de notre ouvrage en réponse à un article d’une Revue américaine ultra-calviniste, Princeton Review.

•Parmi les nombreux écrits qu'elle a produits, nous nous bornerons à mentionner celui de M. Webb, du collège de la Trinité de Dublin, eisai aussi paradoxal qu’ingénieux où l'on fait de Locke un philosophe idéaliste, The intelleclualism of Locke, an Essay by Thomas E. Webb, U. A. Dublin, 1857.

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dans lesconférences que nous faisions à 1 ’ École normale, quand nous avions l’honneur de diriger cette grande école. Nous étions ramené pour ainsi dire à notre berceau; c’est là que nous avions commencé, c’est là que nous avons terminé notre enseignement. Ces sérieuses et intimes conférences comprennent et représentent l’âge mûr de notre vie et de notre pensée. On en peut voir des traces de plus en plus marquées dans les écrits que nous avons publiés depuis 1830. Mais leurs meilleurs fruits ont été ces excellents élèves devenus à leur tour des maîtres dignes de continuer leurs devanciers. C’est à eux, comme à leurs rivaux dans les luttes de l’agrégation et dans les concours académiques, qu’il appartient de défendre et d’honorer la philosophie sortie du sein de l’Université. Quand on est arrivé à l’âge du repos, on peut remettre avec confiance ses armes à une pareille milice. Cœstus artemque repono.

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