‹ Introduction à l'histoire des connaissances chimiques. Connexious des sciences du domaine de laChapitre 107 sur 115 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

EN QUOI CONSISTE L'ABSTRAGTIOiN DANS LES OEUVRES DES BELLES-LETTRES PROPREMENT DITES.

59. Toutes les compositions que je comprends dans le domaine des belles-lettres proprement dites présentent au plus haut degré le caractère de l'abstraction, soitque Fauteur y énonce directement sa pensée, comme le fait le poëte épique, soit qu'elles s'y trouvent exprimées indirectement par la bouche de pei^ sonnag^es parlant en leur propre nom, à la manière de ceux qui concourent à une action dramatique.

Mais je serais justement accusé de manquer de clarté, si je nedisting^uais pas les formes différentes sous lesquelles l'abstraction apparaît dans la com-

tm DE L*ABSTRACT10.N.

poï^ilîon lUti^mire; car snns cottf* distinction, |w vrais rappfirls cJ^^s <iMivrf^s ncrhes du lîtlnnii^urmif les œuvres d«^ l'artiîiiln d'une part, et d'uno ûuïnpari avec l<^s œuvj*es des savants, disparattrai^ft tout a fait.

60. IjOS ^^h'nionts d*^ la oomjKisition lilt^^rait^sool do deux ordrfls : les uns, du domaine de la nalure physique, afTectent les org'anes de nos sens; ilsappartienneîd ù des objelst aiiinH'sou inanini^*s ; les autres^ fiM[)en<hints<l<^ lanalnrr inoraU\ îîonl le pnMluil de la pensée humaine repli<*e sur elUvménie nu réfléehissantàdesaotesqui peuvent nous paraître lou' il fait indt''^pendants du monde matériel placé how de nous. De lA ntJtisflistiiif^uons des pmsée» ^éN^ah^ àe^ drsrr/pfions et des rr/mmmné^tls ; mnis les pensées g*6nérales, coinuie les descj iplioiis, comme les i^aisonnemenls, peuvent se rapporter à des choses de la nature physique aussi bien qu'à des choses de la nature morale.

a) Pensées générales.

61. Toute pilHW%énérale relative au monde physique ou au^ro^ride moral est une abstraction. Elle peut être un axiome, un principe, une loi de la nature, un précepte, une moralité. Elle

DE L'ARSTRACTION. l\U\

peut faire partie des œuvres littéraires de tous les genres.

Ainsi Yépigramme^ dont le principal mérite est l'expression d'une g^énéralité lors même qu'elle se compose de plusieurs pensées, présente essentiellement le g^enre d'abstraction dont je parle. Il en est de même de la fable dans laquelle l'auteur, après avoir parlé en son nom ou prêté la parole à des animaux, à des plantes et même à des objets inorg^aniques, finit g'énéralement par une moralité qui, déduite d'antécédents ou de prémisses, est une conclusion applicable à un nombre infini de cas analogpues au sujet de la composition.

62. Je citerai encore d'une manière particulière la poésie didactique exposant des lois de la nature, des principes, des règ'les, recommandant des préceptes. Enfin les pensées g'énérales ne sont point incompatibles avec la poésie lyrique, la jwésie épique, les eo/wpositions dramatiques et épistolaires, et le roman.

b) Descriptions.

63. Toutes les compositions littéraires admettent la description dont l'objet peut appartenir au monde physique ou au monde de l'imag^ination, et dans Iqp deux cas cet objet est décrit à l'instar de ceux qui

m t>E L'AJiSTHAC'l10%. ^^^M

' tombf^nt souâ nos sens. La description s'appliqua

aussi aux qualiU's morales d'un êtro cor|>oi*el om

■ d'un être purement spinlueL M

I (H, On peul encorooonsid^rercommedescriptioiH I ]e n^cit do Total physique ou moral d'une ou de pIuJ Ffiieurs personnes qui se trouvent dans des circonaJ

tannes dtHorminées, en tant que ce récit ne se com^ ► pose pas de raisonnements et de dialogues^ où lel

penchants, les intérêt», les passions sont aux prisesJ I Toutes les compositions eomportent la descripj [lion,

65. La description d'un objet inanimij ou animé faisant partie du monde extérieur se compose d'abstractions dont chacune représente une propriété, une qualité de Tobjet, une de ses manières d'être par rapport à nous ou à l'écrivain ; en un mot cette description, sauf la forme qui doit être pittoresque ou élég^ante, est au fond la même que celle d'un corps brut, d'une plante, d'un animal, faite par le savant. Toute description est successive, puisque les propriétés ne sont exposées que l'une après l'autre ; mais l'écrivain tendra toujours à ce que l'objet décrit se présente à l'esprit avec l'ensemble des propriétés, des qualités qu'il lui a attribuées, en un mot

comme une imagée douée des propriétés et des qualités qu'il a choisies.

66. Si la description porte sur un ensemble d'objets, il s'efforcera de représenter cet ensemble par les rapports qu'il établira entre eux ; de manière que l'esprit auquel il parle puisse se représenter l'existence de cet ensemble comme le peintre pourrait le faire dans un tableau qui en reproduirait l'imagée. Cette description est successive ainsi que celle d'un seul objet; mais elle doit présenter tous les rapports mutuels des différents objets comme des effets de simultanéité dans un même instant. Si l'ensemble des objets dont on parle éprouve avec le temps des changements dans les rapports de simultanéité, la description les exposera suivant l'ordre de succession, mais l'auteur s'efforcera toujours de disting^uer la coexistence des rapports de simultanéité pour chaque instant, et toujours pour se conformer au précepte ut pktura poesis erit.

67. Si les propriétés, les qualités d'un objet inanimé décrit par le littérateur sont considérées comme des abstractions, à plus forte raison les attributs d'un être vivant, et surtout les attributs de la nature morale qu'on pourra lui reconnaître, devront-ils l'être.

68. EotinJt'sitUdODueineDtsqui^eli'ouv^nldAas le |>ltis ^raiid nombre des compositions HlleraîinÉ^ sont de piires alie^tnictions, f{nrl!esf{ue soient d*ail- ItHii^s It^ forant ^'arîtVs «{u'iU aflVrtont; ruais nn mentionnanl ici les rwwtwwi/w*/.< comm(> rlrmt'iilii

Ides iFUvres liUéraîiY^s, je ne poi^e pas du rahontie* flwrttr qui a pn*sidc au cboix du sujet traité par Vautour, À la forme qu'il a préférée à (mite autre, enfin à la coordination des diverses parties do ï'cPuvTe |Ki un tout unique. Je nVnteïMÎs parler ijue des Itnisonnenients espliciies par lesquels rauteui* veut [pnnn^er quelque pmpoo^itiun nu veut taire partager une opinion, un sentiment nii^me; eonsi^{|UPîTmient coâ raiivOnUtiiuents s'adivssanl au lecteur pinaissent dans rœu\n*e, et sous ee rapport ils se disting*uent absolument du raisonnement qui a présidé à la composition et qui rw parait pas auti^ement qùè par Itifluence qu'il a eue dans le choix des éléments de la composition et dans leur coordination.

69. En définitive les éléments en lesquels je viens de réduire les œuvres de pure littérature sont des abstractions que Fécrivain présente successivement à Tesprit au moyen du lang*ag*e ; mais, g^râce à la mémoire, les abstractions arrivées successivement

DE L'ARSTRACTÏON. û/l5

présentent un ensemble de choses simultanées : de sorte que l'écrivain peut décrire une statue en en énonçant les qualités, un tableau, un monument, un jardin ; et il y a plus, c'est qu'il peut faire entrer dans la description, des objets que le statuaire, le peintre, l'architecte, le jardiniste, ne pourraient placer dans leurs œuvres. Enfin, l'écrivain peut prêter la parole aux personnag^es qu'il met en scène.

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