‹ Introduction à l'histoire des connaissances chimiques. Connexious des sciences du domaine de laChapitre 2 sur 115 · E. CHEVREUL · texte numérisé non relu

E. CHEVREUL

1 . L'utilité de l'histoire d'une science n'est pas restreinte aux savants qui la cultivent particulièrement; car, sans doute, elle s'étend à tous ceux qui veulent étudier l'esprit humain d'une manière positive. En effet, la source oii l'on peut puiser pour cette étude les faits les plus précis comme les plus variés ne se trouve-t-elle pas dans la connaissance même des procédés spéciaux à l'aide desquels on a établi un nombre suffisant de principes propres à constituer les divers corps de doctrines auxquels bn donne le

nom de sciences? N'est-il pas évident que des histoires bien faites de chaque branche des connaissances humaines composeraient le recueil le plus exact de ce dont l'entendement de l'homme est capable, lorsqu'il s'agit d'abord de décdhvrir des vérités, puis de les démontrer, avec l'intention de pouvoir par leur intermédiaire en trouver de nouvelles ?

2, L'importance de l'histoire d'une science n'est pas toujours démontrée par la manière dont on a conçu et exécuté ce genre d'écrits : généralement c'est par une forme agréable, plutôt que par un fond sérieux de vérités coordonnées et fécondes en conséquences précises, que l'on s'est efforcé de captiver l'attention des lecteurs. Au lieu d'insister sur le caractère spécial de la science dont on écrivait l'histoire ou sur ses analogies avec les autres branches des connaissances humaines, au lieu de montrer la liaison mutuelle des faits dans leur simultanéité et leur succession en signalant*les idées que cette science avait pro-

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pagées aux diverses époques de son développement, on a préféré attirer l'attention des lecteurs par le relief donné à certains faits isolés à dessein d'autres faits qui, cependant, par leur connexité avec les premiers, ne pouvaient en être séparés qu'au détriment de la vérité ; et quant aux détails, au lieu de choisir ceux qui, en se rattachant à des propositions générales, les éclaircissent et en font sentir toute l'importance, on en a pré* sente d'un intérêt secondaire parce qu'on les a jugés susceptibles de piquer la curiosité, et par là même d'être faciles à saisir, tandis que l'écrivain aurait dû ne les présenter que sur le second plan ou comme des accessoires propres à montrer l'importance des propositions générales, fond essentiel de l'histoire qu'il s'agit de développer.

3. La chimie, sous le rapport historique, est une science à part, soit que l'on considère l'ancienneté des matériaux et l'origine moderne de ses théories, soit surtout que Ton considère le grand tiombre de connaissances auxquelles il

4 PllÉFACE.

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faut avoir égard pour la bien connaître ; et notons qu'il en est parmi elles dont les rapports avec son histoire ne deviennent évidents qu'après de longues et mûres réflexions sur l'étendue de cette science ; car le domaine de la chimie comprend ce que nous appelons la matière en général, et les corps en particulier, lesquels sont bruts comme les pierres, le sable, la terre, ou ont fait partie d'un être organisé, comme le bois, l'amidon, le sucre, la farine, la corne, ou enfin constituent la matière même des êtres organisés vivants, plantes et animaux.

4. La chimie, telle qu'elle est en réalité, ne peut donc être appréciée dans toute son étendue qu'à la condition de considérer la spécialité qui la distingue de toute autre science, eu égard à ses principes et à leurs conséquences, et en outre de suivre l'application qu'on en fait à la connaissance de la matière qui constitue les êtres de la nature minérale d'une part et d'une autre part les végétaux et les animaux, ou en d'autres

termes tout le monde inorganique et tout le monde vivant !

5. Que résulte-t-il de cet état de choses? C'est la nécessité de faire précéder l'histoire de la chimie, telle que j'ai dit l'avoir conçue, d'une intro-^ duction présentant les idées fondamentales de cette science coordonnées de manière que tout lecteur de l'histoire retrouvera, dès qu'il en sentira le besoin, la définition de ces idées avec toutes leurs relations. Il lui sera donc facile, au moyen d'un renvoi à l'introduction, lorsque le récit historique des découvertes lui signalera des faits importants , de voir la place où la science actuelle vient les ranger. C'est dans l'espoir d'atteindre ce but trop négligé des historiens, en général, que je vais présenter dans un ordre méthodique la manière dont j'envisage et la chimie comme science spéciale, et les rapports qui l'unissent avec les autres branches des connaissances humaines. Mais envisageant les sciences qui ne sontpasles mathématiques pures autrement qu'on

ne les envisage généralemeitt, dans leurs rapports mutuels et dans la méthode d'après laquelle on parvient à imprimer le caractère scientifique à la réunion de leurs matériaux, et ces matériaux étant des Jiiits, je donne une définition plus précise et plus approfondie du mot /ait que celle qu'on en avait donnée auparavant ; conséquemment, je crois devoir, avant toute chose, définir les expressions Jiùt et méthode expérimentale j puis parler de l'étendue du domaine de la chimie, de ses relations avec les sciences et les arts, donner une distribution des connaissances humaines du ressort de la philosophie naturelle, enfin passer en revue quelques connaissances qu'au premier abord on pourrait croire étrangères à la chimie, mais qui se rattachent cependant à son histoire, quand la réflexion a montré la liaison d'une hypothèse avec des choses du monde matériel.

6. C'est cette réflexion qui me conduit à examiner les hommes comme individus et comme individus associés dans leur disposition à con-

naître le monde en général et les sciences. De cet examen je déduis des conséquences propres à montrer entre les sciences occultes et la chimie des rapports qui, pour reposer sur des hypothèses, n'en sont pas moins inséparables de son histoire ; car il est de toute impossibilité d'apprécier exactement les relations de l'alchimie avec les sciences occultes sans bien connaître l'esprit sous l'influence duquel celles-ci sont nées, se sont développées, et ont envahi , pour ainsi dire, toutes les branches des connaissances humaines.

7. Le tableau suivant présente l'ordre auquel sont subordonnés les différents sujets d'étude que je viens d'énumérer.

PREMIER LIVRE

Notions de philosophie générale.

Définition des mots matière, corps ^ propriétés^ fait. Définition de la méthode a posteriori expérimentale. Aucune science expérimentale n'est exempte d'hypothèse.

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