CHAPITRE III
DES NOTIONS CONSTITUTIVES DE LA CHIMIE EMPRUNTÉES PAR ELLE A D'AUTRES SQENCES.
65. Une appréciation précise des relations de la chimie avec les autres sciences demande la distinction des notions nécessaires à sa constitution quelle leur emprunte, d'avec des notions fournies par elle-même à des sciences pour les éclairer. Je dis cette distinction portant sur ces deux sortes de notions bien plus exacte que celle qui porterait sur les sciences dont les unes seraient censées dofum' et les autres recevoir, par la raison qu'il existe presque toujours une réciprocité de service entre les sciences du concret. Ainsi la chimie a recours principalement à trois sciences pour répondre à sa définition, aux matliématiques, à la physique et à la physiologie, considérée dans sa plus grande généralité au point de vue de la zoologie et
78 NOTIONS CmMIQUES.
de la botanique d'abord et ensuite au point de vue de l'état de santé ou de maladie des animaux et des plantes. Elle a un besoin incessant du calcul; elle demande à la physique une détermination exacte àe% propriétés physiques qu'elle a intérêt à connaître d'une manière précise, de même qu'elle s'adresse à la physiologie pour avoir des notions exactes|des/impriétés orffamleptiques appartenant à des espèces chimiques qui exercent quelque action remarquable sur les êtres vivants. Mais si la chimie ne donne rien aux mathématiques en retour des services qu'elle en reçoit, la physique lui doit la connaissance de la nature des corps qu'elle soumet à ses recherches et, à cette condition seulement, celles-ci acquièrent toute la précision dont elles sont susceptibles. 11 en est de même de la physiologie qui lui est redevable de la connaissance précise de la nature des corps qu'elle introduit dans l'économie vivante pour en étudier l'action»
64» Il est des sciences dont les relations avec la chimie sont bien différentes de celles des mathématiques et de la physique, en ce sens qu'elles reçoivent plus de la chimie qu'elles ne lui rendent : telles sont la botanique et la zoologie;
Rapport des mathématiques avec la chimie.
65. Les relations de la chimie avec les mathématiques^ Hctiit faciles a saisir, lorsqu'on envisagée ceUea^^Hi^yant égard aux combinaisons définies d'abord/èl ensuite aux combinaisons indéfinies.
Une fois l'existence des combinaisons définies démontrée / une fois les lois de ces combinaisons connues, enfin une fois les actions chimiques rapportées dans les corps qui y prennent part à des quantités pondérables parfaitement définies qu'on appelle des équivalents chimiques ^ on voit l'intime liaison existante entre la chimie et la science des nombres ordonnés en proportions, en progressions et en séries, et que c'est grâce au concours des deux sciences que les équivalents et les poids atomiques ont pu être établis d'une manière précise et générale*
Qu*on veuille bien se rappeler la forme régulière qu'affecte toute espèce chimique , lorsque ses tnolé^ cules passent de Tétàt liquide ou de vapeur à Tétai solide datis dés cii*constatices définies et avec une lenteur suffisante pour obéir à la juxtaposition inhérente à leur nature, et l'on apercevra clairement les relations de là chimie avec les solides dé la géométrie, puisque la forme régulière dés cris-
»r .wiiûSfr aiUllgCE>.
laax. produite dans ces cÎTCoostaiiees. se rapporte en définitive à ces mêokes solides; enfin rappelons encore que toutes les formes ima^rinables de cristaux sont ramenées par la branche de la géométrie, appelée cristallo;?raphie, àsix formes distinctes appelées ^fy^tème* cmiallii^ .48-31).
L^s relations de la chimie avec les mathématiques ne sont pas moins sensibles, à l'égard des combinaisons indéfinies, quand il s'agit d'examiner c«^ tains rapports d'une manière claire et précise, par exemple ceux qui existent entre les dilatations 4^ espèces chimiques et les températures, ceux qui existent entre la force dissolvante d'un liquide sur un solide à des températures croissantes ou décroissantes.
Rapports (le la physique avec la chimie.
W>. l>\s relations de la chimie avec la physique sont incontestables, si Ton veut bien se rappeler que riiistoire de toute espèce chimique comprend un groupe de propriétés appelées physiques, par la raison que Tétude spéciale de ces propriétés appartient à la physique, puisque le but de cette science est de les définir rig'oureusement en les soumet- Uint à (les mesures de précision.
11 sulïit de rappeler que la dilatation des corps,
la ûxaitîon de la température où Us chang^ent respectï^fifint (ffetat, les quantités de chaleur dég^ag^es ou €Lbsorbées alors , la densité , les propriétés que les êtres manifestent lorsqu'ils sottt soumis à la |]umière, àréleetrieité et au mag^nétisme, font partie ^u domaine de la physique, et que parmi les phénomènes qui se manifestent alors, il en est beaucoup qu'il importe iMI^ chimiste de connaître, notamment la faculté de certains êtres aagîr sur le plan de la lumière polarisée, les propriétés électriques positivçjMtnég^ative, et les propriétés mag^nétiques que les êtres présentent dans des circonstances définies. L'étudefle la chimie et de la physique se rencontrent aa^ l'étude des phénomènes passag^ers aussi bien que dans Mlle des phénomènes permanents.
Rappm'ts de V étude des êtres vwants avec la chimie.
67. L'histoire de chaque espèce chimique comprenant le g'rdupe des propriétés organolqjtiques, et parmi celles-ci beaucoup se manifestant dans l'intérieur des êtres vivants, il s'ensuit que pour être appréciées exactement des chimistes, elles exig^ent des connaissances que le physiolog'iste , le médecin , l'anatomiste et même le naturaliste peuvent seuls donner.
L'étude des propriétés organpleptiqites d'une espèce
82 NOTIONS CIJIMIQUES.
(.liiuiique n'étant pas bornée aux animaux ^\é^ tond aux vég*étaux. Ainsi les^fu^tions moléculaires qui s'accom{)lissent danÉ. les plantes quand elles s'assimilent Téaù, le carbone de Facide carbonique, la matière plus ou moins modifiée ou altérée des engfrais, établissent entre la chimie, la physiologie végétale et Tag^riculture le même rapport ^e Ijétude des actions moléculaires qui s'accompUœBj^dfps les animaux pendant la digestion, la respircâion, les sécrétions, etc., établit entre la chimie, la physiolofçie animale et la médecine.
Caractère de la cmmiie pure. "»
68. Les rapports de la chimie âVec les mathé^ matiques, la physique, la physiolog'îe, la médecine et Tag-riculture, une fois fixés, tout en accordant la qualification de science à la chimie, lui refusera-t-on* un caractère propre, essentiel, absolument spécial? Non certainement, car si elle recourt à la physique (»l à la g'éométrie lorsqu'elle étudie les propriété^ /)/ii/b'iqucs des corps, à la physiologie et à la thérapeutique, lors(ju'elle veut connaître les projmètés or- (janolepiiqtœs , elle seule apprend à connaître leum propriétés chimiqiœs, (»n ramenant chaque matière simple, chaque matière complexe à une définition précise reposant sur Tensenible des propriétés phy-
NOTIONS GULMIQUE8. 83
g^chimiques 'et org'anoleptiques inhérentes à biQAtière, aian d'en faire ce que je nomme une ? cmnique, et c'est même de là qu'elle tire le mre officiai qui la distingoie de toute autre ice (58).
\ définitive, la chimie réduit donc la matière nies, distincts nettement définis par l'ensemble propriétés physiques, chimiques et org*anolepes inhérentes à chaque type, c'est-à-dire à chaespèce chijïiique, en conséquence.
! espèce, dans les corps simples, présente nne collection m on déchanâllons identiques par l'ervsemble des proies ]^ysifjm, chimiques et organolepHques, desquels mtivms on n'a pu séparer plusieurs sortes de matière.
!^pèce, dans les corps composés, présente une collection ^es ou d échantillons identiques par F ensemble des pro- ' tés physiques, chimiques et organoleptiques, lesquels mâllons sont formés des mêmes élémetits unis en même wrtion et soumis à un même arrangement molécuu
oilà les définitions auxquelles la méthode a postei nous a conduit (54, 55, 56); mais pour comndre clairemelit les relations de l'espèce chiiniî avec l'espèce botanique et l'espèce zoolog^ique, lois expliquer l'expression de collection dt êtres ou JiarUillons idetttiques, dont je viens de me servir*
8i NOTIONS aiIMIQUES.
69. a) Lospècp chimique, simple o\x composée, é(A!A\i^ k nos sens ; ollo est tellement petite que notre œil armé des instruments d'optique les plus g^rossissaijjkne,
peut en saisir Timag^e. Qu'est-ce donc qu'ui ceau de cuivre, qu'un barreau de fer, qtl'un criftal de soufre qu'il m'est donné de voir? Ce sont ^ijl^V lections de petites parties pondérables nommées tmfécules, atomes (22, 28), qui deviennent sensibles par suite de leur ag*rég*ation.
Dans l'état actuel de nos connaissaapes, on admet assez g^énéralementque plusieurs atomes d'un corps simple placés à distance forme un système régulier appelé 77îolécule, et que des molécules "de^ifférents corps simples en s' unissant constituent un même système pareillement rég*ulier formant une tnaléailé voynposée.
. J'ai cru devoir il y a long'temps (1) considérer ces molécules comme les individus de F espèce chimique; dès lors le morceau de cuivre, le barreau de fer et le cristal de soufi»e dont je viens de parler ne sont pas {'espèce chimique individu, mais chaque masse sensible à la vue, au loucher, est une collection d'individus de l'espèce cuivre, de l'espèce fer, de l'espèce soufre.
(i) Considérations générales sur P Analyse organique, 1824, page 17.
NOTIONS aiIMIQUES. 85
Il en est de même d'un morceau de marbre résultant de ragrégation d'individus dont chacun est une composée d'ojifgène^ de carbone et de ou plus probablemqjgkd'acide carbonique et de chaux.
^tf b) U espèce chimique représentée par la molécule est donc IfNisible à cause de sa petitesse, et nous ne la voyons qu'à l'état d'ag^récjat. Sous ce rapport, la différence ej^^grande entre Y espèce chimique et \ espèce dam les corps vivants ;ce\\e-ci diffère de la première en ce qu'elle est un g^roupe comprenant un nombre indéfini dl'individus dans lesquels les sexes sont unis ou séparés, et qui sortent tous d'un même ascendant ou de deuj^scendants de sexes différents. Or les individus dein même espècp différant plus ou moins les uns d^ autres, Tespèce est une abstraction comprenant seulement, les attributs communs à tous ces individus. Sous ce rapport, donc, la différence est l^nde^entre les indiWdus d'une même espèce botanique ou zoologique et les individus d'une même espèce chimique, puisque ceux-ci sont identiques, et j'ajouterai que la botanique et la zoologie se composent chacune d'une partie concrète, comprenant les individus, et d'une partie abstraite, comprenant les espèces, et les groupes (F espèces depuis le genre jusqu'au règne (91, 92). Lorsque tous les êtres compris dans un même groupe ont
8G NOTIONS GUniIQUES.
plus de rapports de ressemblance ensemble qu^avec les êtres de tous autres g^upes, la clasgifloHtion est Texpression de la méthode naturelle (8^illffl)-r
70. Je consacrerai )0»)ivre suivant aux Velations (le la chimie avec lai|j^&nique et la zoolog^e-au point de vue des individus et des espèces, réparti» i en «groupes d'après l^Jliéthode naturelle.
Distinction de la chimie davec la physique.
71. La chimie^ après avoir réduif là matière en espèces distinctes privées de toute mvtfaiSi^'étraAgère à leur nature respective, expose Thistcwe de chaque espèce en particulier, et cette histoire se compose de Texposé de toutes les propriétés physiques, chimiques et org'anoleptiques qu'on lui connaît. Si la chimie étudie une propriété en particulier, elle ne suppose jamais cette propriété séparée des autres propriétés appartenant à Tespèce, c'est donc bien un ^tre, un corps, une chose, un objet; en un moto est le coiicret Aoni elle s'occupe (34).
La physique a pour objet, dit-on, l'étude des propriétés générales de la matière; mais la précision exigée que toute propriété qui sera étudiée dans une série de corps, indépendamment des autres propriétés que ces corps possèdent, pourra par là même être considérée comme une propi'iélé , sinon tou-
NOTIONS CfflMIQUES. 87
jours physique , du moins comme une propriété envisagée au point de vue où le physiçi^en étudie en général J&yteppriétés de la matière.^|fi^physicien, en exan^ppit une propriété existante dans une série de corps;, fait donc abstraction de toute autre propriété que cè^le-la, et c'est sous ce rapport qu'on a raison de dire*qu'il ^ûfe^ V abstrait, quand le chimiste étudie le concret (34).
Le physicien étu(%ra dona.une série de corps :
1* Au point de vue d'unf^|ftême propriété comme la densité, l'élasticité, la ductibilité;
2* Au point de vue d'une propriété qui se manifeste sous rinfluençe des forces physiques que nous avons rapportées à la chaleur, à la lumière, à l'électricité, au magnétisme.
Telles sonfies propriétés appelées :
Dilatabilitl/
Ré^lpgibilité;
Cionâuctibilité ^ la chaleur;
Gonduetibilité de l'électricité ;
Polarité magnétique.
Si nous rajg^jlons la définitionfki/!:;;/^ nous voyons que si le physicien étpdie les corps sous le rapport de propriétés abstra|É6j^ces77ro/>nV/^^, soumises généralement à des ni^Sres de précision, doivent être considérées comme des faits •parfaitement déterminés, parfaitement définis.
Le tableau suivant montre à Tœil la'différen la ressemblance de la chimie et de la physique, trouble, sans confusion et conformément à ce j'ai dit de la faS^pj^se de T esprit humain qui, bien connaître, est obligé de diviser, d'analyseï objet complexe sur lequel il fixe son attention (
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concret. Alurtrait.
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