‹ Introduction à l'histoire des connaissances chimiques. Connexious des sciences du domaine de laChapitre 8 sur 115 · WÊFINITION DE LA MÉTHODE A POSTERIORI EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

WÊFINITION DE LA MÉTHODE A POSTERIORI EXPÉRIMENTALE

15. Dans l'état actuel de nos connaissances on admet trois catégories de sciences :

1* Des sciences de raisonnement, telles que les mathématiques pures ;

2* Des sciences d'observation et de raisonnement, telle que Thistoire naturelle, comprenant la botanique et la zoologie ;

3* Des sciences d'observation, de raisonnement et d'expérience, telles que la physique et la chimie.

16. Ce n'est pas ici le lieu de se livrer à un examen critique et approfondi de cette distinction des sciences en trois catég*ories ; cependant je partagée lopinion d'Ampère qui a placé les mathématiques

dans la classe des sciences cosmologiques , parce qu'il reconnaît que le point de départ des mathématiques se trouve dans Tobservation de certains faits du monde extérieur, et qu'en conséquence elles sont réellement sciences d'observation et de raisonnement. Mais cette observation de certains faits du monde extérieur n'étant plus nécessaire à celui qui veut étudier les mathématiques, on ne la prend point en considération, comme on le fait dans les sciences de la seconde catég^orie, l'histoire naturelle, qui n'existerait pas sans l'observation incessante des plantes et des animaux. Mais je vais plus loin : l'histoire naturelle doit devenir quelque jour une science d'observation, de raisonnement et d'expérience ; car plusieurs des questions qu'elle élève ne peuvent être traitées qu'avec le concours de l'expérience.

En définitive, la géologie, la botanique, la zoologie, l'anatomie et la physiologie, que je range avec la chimie et la physique dans le groupe des sciences naturelles pures, comme celles-ci deviendront expérimentales à mesure de leurs progrés. Enfin , je qualifierai le groupe des mathématiques pures de sciences d'observation et de raisonnement, conformément à l'opinion d'Ampère, et à celle surtout du célèbre M. Hermite.

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17. Au reste, pour dire toute ma pensée, les classifications sont en général plutôt le résultat de la faiblesse de l'esprit humain que la preuve de son élévation. G est à cause de cette faiblesse qu'elles sont nécessaires, indispensables ; mais en reconnaissant cette nécessité, il faut éviter deux abus contraires dont elles peuvent être l'objet; le premier est la volonté de maintenir telle classification après qu'on a eu démontré qu'elle a cessé d'être l'expression de la vérité; le second est la fréquente modification qu'on y apporte par des motifs qu'une critique éclairée ne peut justifier.

18. En faisant de Yexpfnence une condition du progrès des sciences, qualifiée aujourd'hui à' observation et de raisonnement, on en verra le motif dans la manière dont je vais définir la méthode expérimentale.

•Cette définition repose sur trois choses :

1* L'observation d'un phénomène;

2* Le raisonnement, dont le but est de découvrir la cause immédiate du phénomène ;

3* L'expérience, pour contrôler la conclusion du raisonnement.

19. Un phénomène frappe vos sens ; vous l'observez avec l'intention d'en découvrir la cause; et pour

cela, vous en supposez une dont vous cherchez la vérification en instituant une expérience. Si Thypothèse n'est pas fondée, vous en faites une nouvelle que vous soumettez à une nouvelle expérience et cela jusqu'à ce que le but soit atteint, si toutefois l'état de la science le permet.

Je réduis ici la chose à la plus simple expression en ne parlant que d'un seul phénomène, et je passe sous silence la science d'instituer les expériences et l'art de les exécuter avec précision; car une expérience, ou plutôt des expériences , ne vérifient une hypothèse qu'autant qu'on les a soumises ellesmêmes à une série de contre-épreuves expérimentales propres à en montrer l'exactitude.

Le raisonnement sug^g^éré par l'observation des phénomènes conduit donc à instituer des expériences d'après lesquelles on reconnaît les causes d'où ils dépendent, et ce raisonnement constitue la méthode que j'appelle expérimentale, parce qu'en définitive V expérience est le contrôle, le critérium de l'exactitude du raisonnement dans la recherche des causes ou de la vérité.

20. J'ai toujours cité, à l'appui de cette manière d'envisag^er la méthode expérimentale, les recherches relatives à la découverte de la pesanteur de l'air, par Galilée , Toricelli et Pascal, parce qu'elles

démontrent clairement la différence existant entre la méthode a posteriori, définie rig^ourevsement , comme je Tai fait , et la méthode a priori , qui a dominé l'antiquité et le moyen âg^e dans toutes les questions du domaine de la physique et de la chimie.

a) La méthode a priori explique les phénomènes par des principes, sans s'inquiéter de savoir si l'exadiftude en est démontrée.

Par exemple, une pompe, une seringue, est-elle plongée dans l'eau, et le piston soulevé, Tespace compris entre le liquide et lui s'accroît, et l'eau le remplit!

Gomment les anciens expliquaient-ils , ce phénomène, ce fait?

Par ce principe que la nature a horreur du vide.

Quelle preuve en donnaient-ils ? Aucune.

Eh bien ! voilà comment procédait la méthode a priori dans l'explication des phénomènes du monde extérieur.

b) Voici comment a procédé la méthode a posteriori^ que je qualifie d'^xpÂ7;ww/a/^.

L'histoire raconte que des fontainiers de Florence ayant voulu élever l'eau au moyen d'une pompe aspirante à plus de 32 pieds de hauteur, ils furent trompés dans leur attente.

Galilée, consulté sur ce fait, répondit, probable-

ment ironiquement, que sans doute la nature n'avait hoiTeur du vide que jusqu'à 32 pieds.

Toricelli, disciple de Galilée, étudia la questigp proposée à son maître ; et cette étude le conduisît, en 1643, à la découverte du baromètre.

Après avoir rempli de mercure un tube de verre fermé à un bout, de plus de 28 pouces de hauteur, il le renversa dans un réservoir de ce métal, sans que rien ne s'en échappât. Si le mercure remplissait complètement le tube convenablement incliné, lorsqu'il était redressé verticalement, le mercure, après avoir oscillé, s'arrêtait de manière à présenter une colonne élevée de 28 pouces au-dessus du niveau du mercure du réservoir, et à partir du sommet de la colonne métallique jusqu'au sommet intérieur du tube, l'espace était vide.

Toricelli en conclut que lair est pesant, et qu'en pressant sur la surface du bain, il tenaitdans le tube une colonne de 28 pouces en équilibre, colonne qui était la mesure de la pression atmosphérique.

Si cette explication était vraie, un baromètre d'une colonne d'eau de 32 pieds, ou de 384 pouces, devait, toutes choses égales d'ailleurs, peser autant qu'une colonne de mercure de 28 pouces.

En effet, la proportion suivante :

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montrant que la hauteur de la colonne d'eau est 13,7 plus ^£W^e que la colonne de mercure, Teau doit pesei^j^olume ég*al, 13,7 fois moins que le mercure ;^test aussi ce qui a lieu, la densité do l'eau étant prise comme unité, celle du mercure est 13,7.

c) Quoique Pascal connût les résultats précédents, il voulut avoir une certitude de plus pour rejeter absolument le principe de t horreur du vide qu'on attribuait à la nature, en conséquence il écrivit, le 15 de novembre 1647, à son beau-frère Perrier de s'assurer si un baromètre placé au pied du Puy-de-Dôme ne présenterait pas une colonne de mercure plus haute qu'un baromètre placé au sommet de la montagne.

L'expérience faite le 19 de septembre 1648 donna le résultat suivant :

Le baromètre inférieur indiquait

une colonne de a6 pouces 3 lignes^

Le baromètre supérieur. ... 23 a

Différence. ... 3 pouces i ligne \

La conjecture de Pascal que si l'élévation de la colonne de mercure du baromètre était réellement due à la pression de l'air, et non à t horreur du vide attribuée à la nature, cette élévation devait varier

J« NOTIONS DE PHILaSOPIIIE GÉNÉRALE.

avec la hauteur de la colonne d'air atmosphérique, se trouva donc parfaitement exacte.

Je ne connais pas d'exemple plus remarquable à citer que celui-là, pour montrer la différence de la méthode a priori d'avec la méthode a posteriori définie comme je le fais par l'épithète 6! expérimentale [i).

(i) Voir Journal des Savfinfs^ années | i849yp* 395-722.

De la Baguette dMnatoire , du Pendule explorateur et des Tables tournantes.

Lettres de M. Chevreul à M. Villeniaiu, p. 25.

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