A INTRODUCTION A L'HISTOIRE
titre d'assistant à celui de dévot il n'y a qu'un pas; car sans doute ces Lomines et ces femmes qui étaient assis en foule auprès des disciples reconnus de Çâkya , n'étaient pas en général animés de sentiments de malveillance contre le nouvel ascète. Je suis donc bien éloigné de croire que Çâkyamuni ait, dès les commencements de sa prédication, constitué une Assemblée de Religieux , divisée en Bhikchus et en Upâsakas de l'un et de l'autre sexe. Loin delà, l'organisation extérieure duBuddhisme a, comme sa métaphysique, passé par des degrés nombreux, avant d'atteindre à l'état où nous la montrent arrivée les peuples que le Buddhisme a depuis longtemps convertis. Les livres du Népal nous font même assister aux progrès de cette organisation, qui débute par les plus faibles commencements, puisqu'on y voit Çâkya suivi d'abord de cinq disciples, qui l'abandonnent bien vite, parce que leur maître, épuisé par de longs jeûnes, a rompu le vœu d'abstinence auquel il s'était enchaîné devant eux. Peu à peu le nombre de ses adeptes augmente; des rois, des Brahmanes, des marchands se joignent à eux pour entendre la parole du Maître. Ce sont là les Upâsakas, les assistants, et plus tard les véritables dévots, s'ils enaportent de la prédication de Çâkya les germes des vertus que son enseignement a pour but de propager. Cette explication si naturelle a d'ailleurs pour elle des faits d'une grande valeur; nous verrons bientôt que les vues de Çâkya, ou peut-être de ses premiers successeurs, se portèrent au delà du cercle de ses disciples, et qu'en promettant pour l'avenir des récompenses de divers ordres à ceux qui, sans être ses adeptes, se pénétraient plus ou moins intimement de sa parole , il se créa parmi ceux de ses auditeurs qui ne pouvaient ou ne voulaient pas devenir Religieux, des partisans et des dévots véritables.
Les Religieux seuls n'en formaient pas moins, ainsi que je l'ai déjà indiqué, l'Assemblée des auditeurs de Çâkya; voilà pourquoi on trouve dans les textes cette Assemblée nommée Bhikchn samgha ^ , « la réunion des
^ Il ne peut maintenant subsister aucun doute quant à l'orthographe de ce terme; des inscriplions , comme celle d'Amarâvatî et de Sanlcliî (Journ.As. Soo. of Bengale t. VI, p. 222 et 45 5 ) , el nos manuscrits le représentent toujours comme je le fais : Samgha (ou H^) > mot qui a le sens de multitude, foule de peuple. Cette signification convient parfaitement à la nature
de l'Assemblée des Religieux de Çâkya , laquelle était composée d'hommes sortis de toutes les castes. Je ne crois pas que l'orthographe de sarhga soit très-fréquente , si même elle est jamais usitée dans nos manuscrits. M. G. de Humboldt a préféré celle de Sanga (H^) qu'avaient adoptée Hodgson et Rémusat, à celle de Sangha (^^) que donnent Schmidt et Wilson