SAINT LUCIEN DANS LE BEAUVOISIS
Cependant Saint Lucien, son collègue, travaillait avec un zèle infatigable à la conversion des Bellovaces. Il est fâcheux que la connaissance des circonstances de sa vie soit presquentièrement perdue ou au moins fort obscurcie par un assemblage d'anachronisme» dont ses actes sont farcis : ce qui fait qu'on ne peut guère s'arrêter qu'au point de sa mort dont chacun convient quoique par diverses circonstances. Notre saint avait coutume de se retirer sur une montagne appelée Mont-Mille, à une lieue (nord-ouest) de la ville de Beauvais(l). Julien qui était peut-être vicaire du préfet Rictius-Varus, envoya des soldats pour l'y chercher. Ils le trouvèrent au milieu d'une foule de peuple qu'il instruisait. Il était accompagné de Maximien, Maxicn ou Messien, et de Julien; on prétend que l'un était prêtre comme saint Lucien et l'autre, diacre. Les satellites tranchèrent d'abord la téte à ses deux compagnons et ensuite à Lucien. Si l'on en croit leurs actes (2), ce fut un samedi 6 de janvier 288 vraisemblablement. Le peuple qui était accouru de tous les environs à ce spectacle fut tellement touché de la constance des martyrs, que plus de cinq cents personnes se convertirent le jour même. On attribue à saint Lucien plus de trente mille conversions opérées par ses prédications dans les différentes parties des Gaules: eodem die, ut ettitnatum est, corde eompuncti crediderunt in Dominum Jesum Chrittum filium Dei vici fermé quingenti hommes ex diverse sexu. Jam enim converti fuerant per prœdicationem Seatissimi Luciani in Galliit non minût quèm triginta mil lia hominum , aut multà ampliùs. Saint Lucien fut enterré à un quart de lieue de la ville de Beauvais (3), au lieu même où l'on voit aujourd'hui l'abbaye qui porte son nom. On veut qu'il ait marché jusque là, après sa mort, portant sa tête dans les mains (4).
SAINTS FUSCIEN ET V1CT0RIC CHEZ LES MORINS ET CHEZ LES AMIÉNOIS. Un mois auparavant Rictius-Varus avait sacrifié à sa fureur deux autres grands
(I) Bollund., 8 ]«niur., p. 467, n.H 7, 8, ». (3) IbkJ., n.« il.
'«) Ibîd., p. iW, a." so-33. (4) Ibid., a.* SI.
ennemis de la religion de» Romains. Saint Foscien et saint Victoric avaient été chargés par saint Denis d'aller travailler à la conversion des Morins: igitursancti Dei cul tores Fuecianut et Vietoricus urbem Tarecentem (Tarvanensem) prœdioandi gratta céleri grenu pervenerunt (1)... Sancti igitur Dei Futoianus et Victorien ubi ad Tareconentium prœdia pervenerunt (2). Le désir de revoir saint Quentin, leur collègue, les porta à venir à Amiens où ils lavaient laissé. Il parait que le succès des travaux de ces deux missionnaires faisait du bruit dans cette ville: cum per beatùsimos virot Futcianum et Victoricum immenta fieri Dei cognovitiet miraeula. Ne l'y trouvant pas , ils prirent le chemin de Paris , qui passait alors au village de Sains, à deux lieues d'Amiens. Un vieillard nommé Gentien, encore païen, les engagea d'entrer chex lui. Il leur apprit que saint Quentin avait été décapité, il y avait quarante-deux jours, dans la ville d'Auguste en Vermaudois: quater decem et duodierum (quadraginta duorum) (3) defl useront curricula quod in municipio Augusta Virvmandorum xuper amnem Suminam a Reciofaro camifice truncatione oapitis amputatu», terminum vitos finivit. Ils convertirent leur hôte et plusieurs personnes des environs; il est dit, en effet, dans leurs actes que Rictiovarus étant revenu à Amiens, et ayant appris les merveilles que Dieu opérait par Fuscien et Victoric , arriva à l'improviste chez Gentien, fit arrêter les deux saints et trancher la tète à leur hôte, qui avait osé tirer l'épéc pour les défendre. Fuscien et Victoric ayant été interrogés, le Préfet ordonna qu'ils fussent conduits en prison à Amiens. Mais à un mille environ de là, c'est-à-dire au village de Saint-Fuscien , il leur fit percer les narines et les oreilles, enfoncer dans la tète des clous tout rouges et arracher les yeux. Voyant qu'il ne pouvait abattre leur constance, il les condamna à perdre la tète. Ils furent exécutés le 1 1 de décembre 287. On dit qu'ils allèrent rejoindre le saint vieillard Gentien, portant leur tête entre les mains , et que les chrétiens du canton placèrent pendant la nuit les trois corps dans un même tombeau, où l'on voit aujourd'hui le village de Sains, qui a pris son nom des trois saints martyrs.