‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 111 sur 294 · SAINTS CRÉPIN ET CRÉPINIEN A S0ISS0NS · texte numérisé non relu

SAINTS CRÉPIN ET CRÉPINIEN A S0ISS0NS

Si l'on en croit les actes des saints Crépin et Crépinien, Rictius-Varus finit ses cruelles exécutions par le martyre de ces premiers apôtres du Soissonnois. Ils étaient compagnons de saint Denis, comme le disent tous les actes que nous avons cités, et comme le Concile de Soissons de l'an 806 semble les qualifier (5). Crépin et Crépinien étaient frères. Ils exercèrent le métier de cordonnier à Soissons (0). Un saint Amauce d'Angoulème voulut imiter leur exemple sous nos rois de la première race (7) : ad hoc opu* incitata e*t ment ejus exemplo S.S. martyrum Crispini et Critpiniani qui pro chritti nomine pauperum calceatnentorum reformatore» eristebant. Cette occupation tranquille et humble convenait parfaitement à des ministres de l'Evangile. Ils travaillaient comme saint Paul et les apôtres pour n'être à charge à personne et pour mieux couvrir leur mission. Ils vivaient ainsi depuis quelques années , se servant de toutes les occasions que Dieu leur donnait pour attirer le peuple à la connaissance de la vérité , lorsque l'Empereur Maxi mien-Hercule étant venu à Soissons, fit arrêter les saints et mit tout en œuvre pour leur faire perdre la foi. Ne pouvant gagner rien sur eux , il

(I) Ibid., p. 816, n.* 1.

(») Ibid., p. 819, n." i-S.

(3) Ibid.. p.8îl. n.*6. - P. 833. n." 10-11-13.

(i) Ibid., p, 894, n.' I».

(S) Lab.. CodcïI., t. rut. p. 8*1.

{8) Preuve, pari, i, p. ...

(T) Le Bcrar. établi», de la relie, cbrtl. du» le Sois*., p. 13.

les mit entre les mains de Rictius-Varus. Le tyran leur fit souffrir des tourments qui font frémir d'horreur. II les fit battre, leur fit enfoncer des clous aux extrémités des doigts , les fit jeter dans la rivière d'Aisne toute glacée avec une meule au cou, verser du plomb fondu, de la poix, de l'huile et de la graisse, sans qu'il leur en restât la moindre incommodité, ce qui jeta le Préfet dans un tel désespoir, disent les actes de nos saints, qu'il se précipita dans le feu. Saints Crépin et Crépinicn curent la tète tranchée par ordre de Maximien , le 25 d'octobre 288, selon M. de Tillcmont (1).

SAINT F1RMIN A BEAUVAIS.

Les ruisseaux de sang que Rictius Varus venait de faire couler n'empêchèrent pas saint Firmin, qui avait travaillé déjà à répandre le nom du Tout-Puissant en plusieurs provinces , de passer dans la seconde Belgique pour y porter de nouveaux coups au paganisme. Il était évèque pour lors; arrivé à Beauvais (2), son rèle pour accroître le troupeau de Jésus-Christ que saint Lucien avait rassemblé lui attira quelques mauvais traitements de la part du préfet Valèrc, qui avait succédé vraisemblablement à Rictius-Varus , ou plutôt de la part du gouverneur Sergius , qui , suivant les actes de saint Firmin , fut tué dans une émeute que firent les fidèles pour ravoir le saint qu'il avait fait mettre en prison. Rendu eu liberté, il recommença à prêcher. Il eut la joie de faire beaucoup de fruit. Un grand nombre de Beaavoisins reçut le baptême. Ayant procuré à l'église de Beauvais un état florissant, primut illum populum in fîdei loliditate con/irmarit , Firmin alla à Amiens en établir une autre sur des fondements que les temps ne purent ébranler. Il y fut reçu par le sénateur Faustinien (3). Il le baptisa avec toute sa famille ainsi que plusieurs familles entières de la ville et un grand nombre d'autres des environs, jusqu'à près de trois mille personnes de l'un et de l'autre sexe, et cela en trois jours: conversaque tunt illi» tribus continuis diebus per bcatum Firminum epiteopum fere tria mil lin virorum utriusque texus. Les prêtres des idoles en portèrent des plaintes très vires au préfet Vnlcrc Sébastien et lui dénoncèrent Firmin comme un ennemi implacable des dieux de l'Empire. Le Préfet, connaissant la considération dont jouissait Firmin parmi les Amiénots à cause des miracles qu'il opérait tous les jours (4), lui fit couper la

(I) Tillcm.. faist. etttf*., t. it, p. tsi. (3) Ibid., p. 151.

(i) Bosquet, hi.l. ecclé*. G«ll., part. n. p. 151. (4) Ibid., p. 154-155.

tète en secret , en exécution des édits de Dècc et de Valérien qui furent toujours en rigueur jusqu'en 303. Il reçut la couronne du martyre le 25 de septembre 290 ou 292. Son corps fut inhumé par Faustinien dans un canton du cimetière public qui lui appartenait. Ce canton était nommé Abladana. On croit que ce sont les coutures de Saint- Acheul (I), dites depuis le Val d'Or ou Orrai, à cause de leur fertilité. Les actes de saint Sauve nous apprennent (2) que ce saint évêque d'Amiens au vu.* siècle avait fait transférer de là avec les corps de saint Firmin , martyr , et de saint Firmin, confesseur , les corps de deux autres martyrs Ache et Acheul , dans la nouvelle église qu'il venait de faire construire dans l'enceinte de sa ville épiscopale : in oryptA orientait in honore ejutdem Martyrit miro opère insignitâ collocavit.... Sed et tanctot Dei Firtninum Epùoopum et Confusorem Aceum quoqm et Aoeolum Martyre* Chritti in cryptâ orientali perenter condtdit. Mais nous ignorons absolument tes services que ces deux saints ont rendus à l'église d'Amiens naissante; peut-être ont-ils t^té les coopérateurs de saint Firmin. Quoiqu'il en soit, on vit sur la fin du m.' siècle le paganisme diminuer, les ténèbres se dissiper, le flambeau de la foi éclipser l'ancienne erreur, la religion jeter des racines profondes et fleurir parmi les Belges. Ainsi Tertulien (3) a eu bien raison de dire que le sang des martyrs avait été la semence du christianisme: xanguit martyrum terrien est christianorum.

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