LES FRANCS FAVORABLES AU CHRISTIANISME. MÉRITE DES PRÉLATS D'ALORS
Les Francs, depuis plus d'un siècle, avaient fait plusieurs tentatives pour prendre des établissements dans les Gaules; mais, suivant toutes les apparences, leurs succès , à la mort de Childéric , n'avaient point été poussés beaucoup audelà de la Somme. Clovis, soit qu'il fût plus grand capitaine que ses prédécesseurs, soit qu'il fût plus habile politique, parvint en peu d'années à s'emparer de la plus grande partie des Gaules. Plus instruit , après la conquête des Etats de Siagrius qui résidait à Soissons, des dispositions favorables des Gaulois à son égard , il se persuada que la nation presque toute chrétienne , ne pourrait se soumettre qu'à regret à un prince idolâtre , si les évèques ne commençaient par en donner l'exemple ; car l'autorité des prélats (3) s'était accrue , sur le déclin de l'Empire , au point qu'ils tenaient le premier rang dans le sénat des villes et y présidaient , sinon en qualité de premiers citoyens , du moins comme chefs de la religion. D'ailleurs, la plupart d'entr'eux ajoutaient à la dignité le crédit qui s'acquiert par un mérite personnel éminent et universellement reconnu. En effet, l'église gallicane en particulier a fourni à la religion dans les v.' et vi.* siècles plus de saints prélats qu'elle ne lui en a donne durant tous les
(I) Oro».. I. T., ch. *l . (S) Du Bo»., biil. de la Montrth. franc.. 1. 1. p. ni.
(1) Gr«g. Toron., p. 197.
autres siècles mis ensemble; on n'en doit pas être surpris. Les premiers pasteurs étaient choisis par leurs ouailles. Plus les temps étaient difficiles, plus les diocésains étaient attentifs à n'élire pour leur évéque qu'une personne du premier mérite. Clovis crut donc qu'il était important pour lui de mettre dans ses intérêts des hommes qui avaient un tel crédit dans l'esprit des peuples. Il commença par montrer du respect pour la religion chrétienne. On en voit la preuve par l'exemple de sévérité qu'il donna à l'occasion du vase qui avait été enlevé dans l'église de Reims. Ensuite il témoigna aux évèques toutes sortes de déférence (I): Vous devez, lui disait le plus illustre des prélats de son temps, rendre honneur aux évèques et avoir toujours recours à leurs conseils. Si vous êtes en bonne intelligence avec eux, votre Gouvernement en retirera un plus grand avantage : sacerdotibut tuit honorem debebit déferre, et ad eorum comilxa temper recurrere. Quàd « tibi bene cum illit convenant , provincia tua meliut potext conttore. Voilà comment saint Remy, doué de toutes les qualités qui font le grand homme et de cette sainteté qui sait captiver les esprits les plus barbares , s'insinuait insensiblement dans la confiance de Clovis et des Francs , tandis que la reine Clotilde, élevée dans la religion chrétienne, ne cessait d'exhorter* son mari à reconnaître la vanité de ses idoles.