SAINT VAST COOPÉRATEUR DE SAINT REM Y
Saint Vast, catéchiste de Clovis (1), ami particulier de saint Hem y à cause de sa sainteté et de son zèle pour la conversion des païens, fut jugé très propre à gagner les Français qui étaient encore attachés à la fausse religion. Voici un trait entr'autres qui justifie la bonne opinion qu'on eut de lui (2). Le roi avait été invité à manger chez un seigneur français idolâtre des environs de Soissons. On servit au repas des cruches remplies de cervoises. 11 y en avait de particulières pour les chrétiens, d'autres pour les païens. Celles-ci avaient été consacrées par des cérémonies païennes, gentili ritu sacrificata. Saint Vast qui accompagnait Clovis brisa ces cruches d'un signe de croix et convertit le seigneur avec un grand nombre de convives. Saint Vast fut sacré évêque. Nous n'oserions assurer qu'il eût été destiné d'abord pour le pays des Attrebates; car on le voit exercer son zèle dans toute l'étendue de la province ecclésiastique de Reims. Aussi M. Baillet (8) le nomme-t-il l'apôtre du royaume de Clovis avec saint Remy. D'ailleurs le grand nombre d'églises dédiées à saint Vast dans la Picardie doit faire présumer qu'il y a exercé plusieurs années de suite le ministère apostolique , en qualité sans doute de coadjutcur de saint Remy. Au reste saint Vast a rétabli la foi dans l'Artois et le Cambrésis. Il avait son siège à Arras ; mais il est vraisemblable qu'il n'en prit possession qu'après que Clovis eut mis à mort eu 500 Raguacaire et Rcinier (4) et peut-être même qu'après l'année 511, car le nom de saint Vast ne se trouve point avec ceux des évéques de la province de Reims qui ont souscrit la même année au concile d'Orléans.
AUTRES OBSTACLES DE LA PART DE CARARIC. D'un autre côté Cararic , chef des Francs qui habitaient le pays des Horins (5),
(l) Coint. anul. franc, 1. 1, p. SOT-Î78. (*) Gn%- Toron » «pr.. Ftod- !• 1. «• »»•
(S) Boll., «eL 88.. I." fin., p. 7M, n.« 6. (5) Mâlbranq. de Morin., 1. 1, p. 1M.
C») Vi«d«*88.,SféTr.,col.W.
était aussi entêté du paganisme que Ragnacaire son voisin ; et les naturels du pays étaient tellement retombes dans l'idolâtrie qua peine voyait-on chez eux quelques faibles rayons de la lumière évangélique que saint Victorice et saint Finnin, confesseur, y avaient portée. Ainsi durant les trois années qui suivirent le baptême de Clovis, il ne fut pas possible à saint Antimond que saint Kemv avait ordonné évêque de Térouanne, d'obtenir la permission d'entrer dans le pays pour y exercer les fonctions cpiscopales. Néanmoins, Cararic et son fils, dit-on, embrassèrent te christianisme, mais cela n'empêcha pas que l'un et l'autre n'eussent le même sort que le roi de Cambrai. Clovis le prit par adresse (1) , il força le père de prendre la prêtrise et le fils le diaconat; sur une parole de menace de la part de celui-ci, le roi les fit mettre à mort, n'empara de leurs trésors et de leur Etat. Ces usurpations firent donc , dans les desseins de Dieu , le même euet proportionnellement que les conquêtes injustes des Romains. Dieu avait soumis à la domination romaine une très-grande étendue de pays pour y faire pénétrer les lumières de la foi . il usa de la même voie pour faciliter la propagation de l'Evangile parmi toutes les tribus françaises.
SAINT REMY ÉTABLIT UN ÊVÊQUE A LAON POUR TRAVAILLER A LA CONVERSION DES HABITANTS DE LA TIÉRACHE.
Un grand nombre de Francs étaient répandus dans les forêts de la Tiérache et du Laonnois. Saint Remy (2), dans la vue de procurer plus aisément leur conversion, établit à Laon un siège épiscopal qu'il dota des biens de son église etdes libéralités de Clovis. Il y avait pour premier évêque Génebaud, qui avait épousé sa nièce, mais qui s'était séparé de sa femme pour vivTe en contiuence. Comme il joignait à un grand îèle beaucoup de lumières, il fit de grands fruits durant les premières années de son épiscopat. Une circonstance aussi humiliante pour Génebaud qu'affligeante pour saint Remy, obligea le saint évêque de Reims de se charger lui-même pendant sept ans du soin de cette église naissante. Il s'y rendait tous les quinte jours, donnant un dimanche à l'église de Reims et l'autre à celle de Laon. Celle-ci honore un saint prêtre nommé Béat , qui , suivant ses actes MS. (3) et le bréviaire de Laon, passa dans la seconde Belgique en qualité de missionnaire, alla à Laon où il se cacha dans une crypte, pour y être plus en sûreté pendant la persécution : Laudanum divertit, porro venerabilts
(1) Gref. Toron., I.l.c. 41. (3) M«rlot, Mélrop. Rem.» t.i. p. 60.
(i)Flod., I.l.c. H.
Pater secretiûs ut dclitetceret, superrw duclu cryplam ingrestus «t. En supposant la vérité de ce récit, saint Beat est un des premiers apôtres du Laonnois. Une chose surprenante , c'est que saint Remy , saint Génebaut et autres saints prélats qui ont gouverné l'église de Laon , tous pleins de zèle pour l'extinction du paganisme , n'aient pu venir à bout de détruire dans cette ville un acte d'idolàtrie , qui , selon la vie de sainte Salabcrge , y exista jusqu'au commencement du vu.' siècle. Il n'est pas aisé de spécifier ce que c'était, parce que l'auteur de cette vie ne s'exprime pas clairement ; mais o% peut conjecturer qu'il consistait à baptiser une figure représentent l'idolâtrie, et que cette cérémonie qui n'était qu'en manière de jeu , se terminait presque toujours par effusion de
sang : nam tub tpeoie baptitmatit idolatriœ idolum vodtabant , velut a ludo
incipiente* plerumque homicidia perpetrabantur (1).