SAINT ELOY ACHÈVE LA CONVERSION DES NOYONNOIS ET DES FLAMANDS
Saint Eloy (5) succédant, en 640, à saint Achair dans les sièges de Vermand ou plutôt de Noyon et de Tournay, avait hérité tout son zèle contre les pratiques superstitieuses que le mélange des peuples barbares avec les Belges Français
(1) Aei. SB. IfcnraL, fup., p. S«S. a.' 7. (4) Mariée, The*, anecd., I. m, col. *44.
(S) Ibid., sec. m, part. 1, p. 108. c. 3. (5) Spkil. Acber., u », p. l»3.
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entretenait malheureusement. Il eut besoin, en effet, de toute la vigueur d'un apôtre (1) pour opérer la conversion entière de peuples aussi obstinés dans l'îdolàtrie qu'étaient les Flamands, les Antuerpiens, les Suèves, les Frisons. Il parvint cependant avec beaucoup de patience, de douceur, de prudence et par ses instructions journalières, à planter la foi de Jésus-Christ dans ces pays barbares. Mais il ne lui fut pas aussi facile d'arracher la superstition des esprits et des cœurs. Elle régnait encore avec trop d'empire même à la porte de sa ville de Noyon : car prêchant un jour de saint Pierre (2), apparemment la fête de la chaire de l'Arbrcye ou à Ville, dont cet apôtre est patron , contre les danses et contre certains divertissements qui étaient des restes du paganisme , il fut insulté par les habitants du lieu et surtout par les domestiques d'Erchinoald ou Archambaud, maire du Palais. Romain que tu es, disaient-ils, crie tant que tu voudras contre nos coutumes, tu ne pourras jamais venir à bout de les détruire: nunquam tu , Romane, quamvis kœo fréquenter taxes , consuetudine* nostras éveil ère poteri», »ed tolemnia nottra tioui hac tenus fecimus, perpétué semperque frequentobimus , neo ullus hominum erit, qui prùoos atque gratùsimm posnt nobis unquam prohibere ludo». 11 revint à la charge (3) quelque temps après. Nouvelles injures, nouveaux outrages. Enfin, voyant qu'il n'y gagnait rien, qu'il était menacé même d'être massacré, il livra les plus mutins au démon. Ils n'en furent délivrés qu'à la fête de l'année suivante, après qu'ils curent reconnu leur faute. Saint Eloy reçut avec bien de la joie leur soumission et celle de tous les habitants.
mi esstitions tu- On peut juger des différentes espèces de superstitions qui avaient régné et qui cosk existantes régnaient encore dans le Vermandois, par les avis que saint Eloy donnait à son m son temps. peuple. Avant toute chose je vous avertis, leur disait-il (À), et vous conjure de ne pas garder les coutumes sacrilèges du paganisme. N'ayez nulle confiance aux graveurs de préservatifs, aux devins, aux magiciens, aux chanteurs, ne les consultez jamais pour quelque sujet ou quelque maladie que ce soit. N'observez point les augures ni les éternuements , ni dans vos voyages le chant de certains oiseaux. N'ayez nul égard au jour que vous vous mettez en voyage ou que vous en revenez. N'ayez attention ni au jour ni à la lune, lorsque vous voulez commencer un ouvrage. Ne pratiquez point les cérémonies sacrilèges et ridicules que les païens font aux Calendes de janvier , soit en contrefaisant la génisse et le faon , soit eu faisant des joutes ou des jeux , jotticas , soit en dressant pendant la nuit des tables couvertes de mets, soit en buvant avec excès, soit en donnant des
(l) Spicil. Achw.. t. ». p. 194-19»-»». (3) Ibid., p. SiS.
(ï) Ibid., p. Ïi8. (*) IMd.. p. tii, c. t».
étrcnnes. Ne croyez ni aux bûchers, ni aux pronostics du chant , parce que toutes ces pratiques sont des œuvres du démon. Qu'aucun de tous ne fasse des sauts, des ballets, des danses et autres faits de jongleurs, ni ne chante des chansons diaboliques le jour de la fête de saint Jean , ni de quelqu'autre saint. Que personne n'ait la témérité de croire ou d'invoquer les démons, ni Neptune, ni Pluton, Orcum; ni Diane, ni Hercule, ni Minerve, ni son Génie, Geniscum; ni ne mette sa confiance dans des objets aussi absurdes. Que personne ne chôme le jeudi, comme jour de Jupiter, à moins qu'il n'arrive ce jour là quelque fête; ni certain jour au mois de mai ou en d'autres temps. Ne célébrez point les jours de dédicace des donjons, linearum ou pinearum, des tours, turmarum, des murs de ville, murorum ; mais seulement le dimanche. Ne portez point de flambeaux aux temples, aux pierres, aux fontaines, aux arbres, aux bois sacres, suivant H. Du Cangc, au mot Ccllo» ou Ocellot ; ni dans les carrefours ; et ne faites des vœux à aucune de ces choses. N'attachez au col de personne , ni même des animaux, des ligatures, quand même des ecclésiastiques en useraient ainsi, et que l'on vous dirait que ce fût une chose sainte et qu'elle renfermât des paroles de l'Ecriture. Ce remède ne vient point de Jésus-Christ; c'est un poison du démon. Ne faites point de lustration ni d'enchantements sur les herbes. Ne faites point passer les bestiaux par des arbres creux, ou par des trous percés dans la terre , parce qu'il semble que ce soit les consacrer au démon. Qu'aucune femme ne se pende au col de l'ambre, et n'invoque Minerve, ni autre objet d'aussi mauvais augure, soit pour filer, soit pour teindre, soit pour laire quelqu 'ouvrage que ce soit. Que personne ne pousse des cris aux éclipses de lune, ni ne fasse difficulté d'entreprendre des ouvrages à la nouvelle lune. Dieu a créé la lune pour marquer les temps et éclairer pendant la nuit, et non pour porter malheur aux entreprises des hommes, ni pour déranger leur cerveau, comme certains insensés le croient, s'imaginant que les possédés du démon sont tourmentés par la lune. Que personne ne donne au soleil ou à la lune le nom de Seigneur , ni ne jure par ces deux astres. Que personne ne croie au destin , ni à la fortune, ni à l'astrologie judiciaire, de façon qu'on juge de toute la vie de l'homme par l'instant de la naissance. Si l'on est malade, qu'on n'ait point recours aux charmeurs, aux devins , aux magiciens, aux graveurs de préservatifs. Ne tous arrêtez ni aux fontaines, ni aux arbres, ni aux carrefours pour faire des phylactères diaboliques. Empêchez les jeux sacrilèges, les bals et les chansons païennes. Détruisez les fontaines et les arbres sacrés. Opposez-vous à ce qu'on place dans les chemins fourchus des ex voto qui ont la figure de pieds, de plantes et d'ongles de pieds. Brûlez-les quand vous les trouverez. Nous avons en outre
plusieurs instructions que saint Eloy a laites (1) pour les peuples de deux diocèses dont il avait le gouvernement.
condamnées rit les Voilà la plus grande partie des erreurs de nos pères. On ue peut douter qu'elles conciles et les n'existassent encore, du moins en partie, vers le milieu du vu.* siècle, puisque écrivains ecclb- |es çQugjiej ci ie8 écrivains ecclésiastiques (2) ne cessaient de leur reprocher qu'ils détruisaient le plus beau des ouvrages du Créateur, en se transformant le premier jour de janvier, soit en bètes sauvages, soit en monstres de leur façon, en se déguisant en femmes , en allant par les rues masqués en génisse et en faon , en s'babillant en jongleur, en baladin, en pantomimes, amusant les passants par des sauts et des tours de mains ; ce sont les Jotticoa de saint Eloj ; qu'ils faisaient une chose abominable en passant ce jour dans les danses , dans les excès de vin et dans l'impureté. Les évèques, pour arrêter cette licence sacrilège, avaient ordonné, non-seulement un jeûne de trois jours et des litanies dans toutes les églises , comme il paraît par le second concile de Tours de Tan 567 (3) , ad calcandam gentilium comueludinem, pâtre* nostri ttatuerunt privata* inKalendit Januarii fieri litania»; mais aussi une messe particulière (4) pour détourner le peuple du culte idolàtrique , ad prohibendum ab idoli*. Cette messe se trouve dans les anciens sacramentaircs , particulièrement dans celui de saint Eloy, non de Novon, mais de Corbie, auquel Dom Martenne a donné 900 ans d'antiquité. Ces pasteurs ne cessaient de reprocher aussi à nos [père* les sacrifices qu'ils faisaient aux ronces et aux épines, divinités que les anciens nommaient Termini (5), c'est-à-dire des pierres qui servaient de bornes aux champs, ensevelies pour la plupart sous des ronces et des épines. La grande pierre que l'on voit plantée entre l'abbaye de Saint -Médard et la maison des Célestins-lès- Soissons , passe pour avoir été une de ces divinités (6), ainsi que la grosse pierre debout qui se trouve dans la paroisse de Courmont, en Soissonnois, à la source de la rivière d'Ourc. Le peuple , dit M. l'abbé Carlier , conservait encore , il y a quelques années , une sorte de vénération pour cette pierre. Enfin , le concile de Reims de l'an 627 (7) met en pénitence ceux qui seront trouvés avoir pratiqué les augures et les rites du paganisme , ou qui auront participé aux repas superstitieux des idolâtres et des sacrificateurs, à moins qu'ils ne reviennent de leurs égarements : item de ht* qui auguria, vel paganorum ritut inteniuntur imitari y tel oum pagani* tuperttitioto* comedunt ei&w, que* benigna placuit
(t) Spiell. Aeher., p. WI-M4.
(8) Marleo., de tnliq. ectl. rit.. L m, col. lU-tiS.
(9) Coacil. Labb., t. t. e. 8M, CM. 17. (i) Mtrtcn., raprà, col. II*.
(S) CoinUu» , Anntt. ectl., «a. m, n.« il.
(«) HUU doV*l., p. 8.
(7) Prod., Diii. «dé*. Ben., 1. 3, c. 5, can. 16.
admonition* suaderi, ut ab erroribus pristinis revocentur. Quod ri necjlexerint , et idolatris tel immolantibut se miscuerint, pamitentiœ dignum tempu* exsolvant.
CLXYI.