‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 144 sur 294 · DES MORINS · texte numérisé non relu

DES MORINS

Jusqu'ici le pays des Morins avait eu quelques prédicateurs. Saint Fuscien et saint Victoric y avaient annoncé l'Evangile. Saint Victrice de Rouen y avait exercé le même ministère ; mais il n'avait pas eu d'évéque en titre , sinon saint Firmin confesseur, évèque d'Amiens, qui, comme nous l'avons fait voir, paraît avoir eu en même temps le gouvernement des églises de Térouanne et de Boulogne. Nous n'en connaissons point d'autres; car l'existence du saint Athalbert qu'on voudrait (2) nous donner pour un évèque des Morins vers le milieu du vi." siècle, est plus qu'incertaine, quoique Malbrancq produise une épitaphe qui le dise ; mais il y a lieu de douter de son authenticité . du moins ne la trouvet-on point parmi les œuvres de Fortunat où elle devrait être, suivant lui. Nous avons vu qu'Antimond , supposé qu'il y eût jamais eu d'évéque de ce nom ordonné pour Térouanne, n'avait pu pénétrer dans le pays. La semence évangélique, étant tombée sur une terre peu préparée à la recevoir, n'avait produit presque point de fruits. Dieu avait réservé l'ample moisson de saint Orner. Il avait été disciple de saint Eustache à Luxeu (3). Saint Aichard, son ancien confrère, touché de l'état pitoyable dans lequel se trouvaient les Morins, proposa au roi Dagobert d'y envoyer Orner. Il fut sacré en 636 évèque de Térouanne et de Boulogne qui formaient alors deux cités distinctes, comme il paraît par les anciennes notices des provinces romaines. Le nouveau prélat se mit à attaquer les absurdités du paganisme. Il éclaira les espiits en reformant les cœurs. Les idoles furent brûlées, les temples renversés, le culte sacrilège détruit, en un mot son

(I) Act. 88. Beacd.. »p , p. m a.' 33. (J) Art. SS. Bmed., «p., p. Mo, n.- 3-4-S.

(J) Malbranc, de Morio., t. i, p. SU).

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peuple édifié de ses vertus, animé par ses exemples devint tout chrétien : sdîuti fera divin* verbi prceoepta stolidis paganorum oordibus tradidit , fera» que eorum mentes tetris ignorantiœ caliginibu* cœcatas largo Evangeîii lumine inluminavit, vanaque simulacra destruenda igni tradidit , sacrilegamque idolorum culturam in prœdiota urbe funditus avertit, omnemque in ed hobitontem populum ad /idem convertit oatkolioam. Peu de temps après, il eut pour coopérateurs dans le saint ministère , trois autres religieux de Luxcu qui étaient , comme lui, du territoire de Constance sur le Haut-Rhin. Us se nommaient Mommolin , Ebertrand et Bertin : immensasque omnipotenti domino gratias agent qui taies sibi ad prœdicandum Evangelium adjutores deduxit (1). Les actes particuliers de saint Bertin (2) nous apprennent qu'ils allèrent prêcher ensuite par toute la Gaule : cœperunt longé latèque verbum vital instanter per totam Galliam disseminare. Saint Omcr leur fit bâtir un monostère nommé le vieux Houtier, près Sithiu. Saint Mommolin le gouverna jusqu'en 659 (3) qu'il succéda à saint Eloy, érèque de Noyon ; alors saint Bertin fut mis en sa place à Sithiu. Saint Mommolin ajant besoin d'un second lui-même à Saint-Quentin, en Vermandois, pour faire fructifier dans les environs les travaux de saint Eloj , y établit pour abbé saint Ebertrand. Tous ces saints personnages, dit la chronique de Saint-Bertin (4), composée par Jean d'Ypres , ayant été envoyés dans les cantons de Térouanne , des Boulonois et des Ménapiens pour convertir , par leurs prédications et leurs miracles, les peuples qui étaient encore ensevelis dans l'erreur, et pour les affermir à jamais dans la doctrine évangélique, ont doue bien mérité les titres d'apôtres et d'évangélistes des Morins: ad has partes Tarvamcas , Mempiscum et Boloniensium destinati... residuumque populum multis prœdicaiionum laboribus et miraculis ab erroribus revocantes, in Evangelicâ soiiditate firmaterunt , sic ut numquam postea sit relapsus; quare Tarvanensium spirituales Apostoli et Evangelistœ dioi merentur.

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