SI
haine contre l'idolâtrie et la superstition, particulièrement Pépin, que pour en effacer jusqu'aux moindres vestiges, il changea le champ de Mars en champ de Mai : anno 755, venit Thasilo (ou Fassilo) ad Mnrlit campe , et mutaverunt Marti» oampum in mente Maio (1). Car, suivant Hincmar, dans la vie de saint Remi (2), les Francs, encore païens, avaient donne le nom de champ de Mars à l'assemblée des troupes qui se Taisait au commencement de l'année à cause de Mars, dieu de la guerre. Le mois de mars et la troisième férié de la semaine ont pris leur nom de la même dirinité : sic enim conventum illutn vocabant à Marte, quem pagani Dcumbelli credebant , à quo et Martium mentem, et tertiam feriam, diem Marti» appellaverunt. Quem conventum posteriores Franci Maii oampum , quand o rené» ad bella soient procedere, vocari institueront. Les deux princes avaient renouvelé , en 742 , l'ordonnance de Charles Martel , leur père , qui défendait, sous peine de quinze sols d'amende, de faire aucun acte qui tînt du paganisme (8). Us chargèrent, en 744, les comtes , chacun dans leur département , de veiller conjointement avec l'évéque, à l'exécution de cet édit (4). On y trouve le détail des superstitions proscrites, que la populace devait éviter, ou comme idolâtriques , tel que le culte rendu à Jupiter, à Mercure, aux pierres, aux arbres , aux fontaines , ou comme superstitieuses , c'est-à-dire de vouloir honorer comme saints ceux d'entre les morts qu'on avait affectionnés, d'avoir recours aux démons, aux sorciers, etc. La même ordonnance fut confirmée en 769 : deerivimu* ut tecundum canene» unusquisque episcopu» in sua parrochia tollicitudinem adhibeat , adjurante graphione (comité) , qui defensor écoles iœ est y ut populus Dei paganias non faciat ; »ed ut omnes spurcitias gentilitatis abjiciat et retpuat, tive profana sacrificia mortuorum , site sortilego» tel divines y tive phylacteria et auguria, tive incantationes , site hottias immolatitias, quas stulti homines juxta ecclesias ritu pagano faciunt sub nomine sanctorum martyrum tel oonfessorum Domini; qui potiut quant ad mùericordiam sanctos suos ad iracundiam provocant (5) Statuimus ut singulit annit unusquitque episcopu» parrochiam suam sollicité circumeat , et popuium confirmare et plèbes docere et investigare , et prohibere paganat obtervationes , divinosque vel sortilegosy aut auguria, phylacteria, incantationes; vel omness purcitias gentilium studeat (6). Et en 805 : de incantationibus , auguriis, vel divinationibus , et de his qui tempestates vel alia maleficia faciunt... oonstringanturp). Une autre
(I) Dochetn., Rer. fane, tctipL. l.n. p. T. (%) Soriai. Vit» Hoct.. L i. p. t».
(3) Itelw. apitol.. 1. 1. p. 146. cap. *.
(4) IM., p. 148.
(*) IbM., p. 191, liL «1.
(•) Ihid., liUll. vu.
(7) INd., p. 417, UluL il».
ordonnance de Charlemagnc, dont l'année est incertaine, dit que le» vœux portés par les idiots aux arbres, aux pierres, aux fontaines, soient ôtés et anéantis partout où il s'en trouvera : ut observations quat ttulti faciunt ad arbore* vel pelras, vel fontes, ubicumque inveniuntur, tollantur et destruantur (1).
CLxxir
PEPIN, CHARLEMÀGNE ET QUELQUES PRÉLATS CONSERVENT SUR LEURS SCEAUX DES RESTES DU PAGANISME.
Une chose bien étonnante, c'est que Pépin, avec tant d'éloignement pour l'idolâtrie, se soit servi (2) pour sceller une charte de l'an 767, en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, en France, d'un sceau sur lequel est gravée , non la tète de ce prince , mais celle de Bacchus couronnée de pampres. Il est plus étonnant encore que Charlemagne, en 782, ait fait usage d'un cachet (3) sur lequel est gravée une autre divinité païenne, portant le boisseau sur la tète, symbole du dieu Sérapis. Ce sceau est attache à une charte conservée aussi dans les archives de l'abbaye de Saint-Denis. Mais ce qui doit surprendre bien d'avantage, c'est qu'à la fin du xn.' siècle, un prélat, Philippe de Dreux, évéque de Beau vais, contre l'usage ordinaire, prenne pour contrc-scel, une pierre antique gravée, qui représente l'histoire fabuleuse de l'enlèvement d'Europe par Jupiter. La gravure en est belle et le dessin élégant. Ce sceau est pendant à une charte de l'année 1181 , par laquelle Philippe confirme les aumônes faites à l'Hôtel -Dieu de Beauvais. Cette
charte est dans la layette des privilèges (pl , n." 111). Un autre contre-scel
représente Minerve, autant qu'il est possible d'en juger par ce qui reste de l'empreinte, l'on croit y apercevoir une quenouille et un fuseau dans la main droite de la figure , et dans la gauche quelque chose qu'on aura de la peine pourtant à prendre pour une pique. La figure est casquée. Nous ne savons à qui attribuer ce contre-scel : c'était certainement un homme d'église titré, à cause de la houlette qu'il tient d'une main et un livre de l'autre. Le sceau très-fruste s'est trouvé détaché dans les archives de Saint-Lucien de Beauvais.