LES RERIS DE PICARDIE
(I) Vilains, notit. Gai., p. «SI.
(S) Taiuepied , anliq. de Rouen , p. t
AnUq. d'Amiens, p. 87 , in- fol.
Ainsi la confrérie du Puy, à Amiens, telle qu'elle existait au xvi.' siècle, pourrait être comparée en quelque sorte au collège des Soixante que les Athéniens établirent dans la capitale de la Grèce , pour faire les railleries fines et les mots plaisants.
Nous ayons sous les yeux un manuscrit de la bibliothèque du Roi (1), de cent cinquante feuillets, qui , en confirmant la définition de Ménage, offre un grand nombre de ces Rébus. Le recueil est intitulé : Rébus de Picardie enluminés ; ils sont représentés au nombre de 166 dans autant d'ecussons. Le premier offre un A majuscule gothique, chargé de vingt nez, d'une coquille et de deux arcs bandés au-dessous ; au-dessus est cette inscription grotesque : Sralliu quo cum zenime datq. L'explication de ce rébus est : adevinmz coquillars, c'est-à-dire, devinez coquillars. Le quatrième, une main, les doigts étendus chargés chacun d'un guy et une fleur de souci posée sur la paume de la main ; ce qui veut dire : Qui à chacun doit a maints soucys. L'inscription est aussi baroque que la première. Au folio 27 verso , pour exprimer ce proverbe : Fol est qui se soucie , c'est la mère folle , habillée mi partie de rouge et de bleu , tenant la marote , une seringue que les Picards nomment esquisse, et une fleur de souci. Pour exprimer cet autre qui se trouve au folio 41 : Peu d'argent main d'amy, c'est un pouce (peu en picard) d'argent, une main étendue , une dame et deux y. Cette phrase picarde : Teste mal langue (taistoi mauvaise langue), est rendue par un sein , une malle et une langue au folio 44 recto. Enfin, pour exprimer ce dicton, cinq coqs châtrés font cinq chapons, qu'on prononce en picard : Cinq cos quatrés font cinq capons, on voit ooooo, e e e e , le verbe font ,kkkkk et le mot pons.
Ce recueil cependant ne paraît pas être le même que celui dont parle La Morlière (2), au sujet de l'entrée de François 1." dans la ville d'Amiens en 1517. Madame d'Angoulème, mère du Roi, qui accompagnait ce prince, prenant plaisir, dit-il, à la gentillesse et diversité de* histoires , de tant de Tableaux , comme aux refreins encor et ballades y apposées , pria Messieurs de ville de luy en donner un extraict; ce qui n'allant pas assez viste selon son désir, le 12 d'octobre au mesme an elle rescrivit au Bévérendissime Kvesque Monseigneur François de Halleuuin, le priant d'accélérer l'affaire. Messieurs donc lui envoyèrent enfin par gens députez un livre en parchemin, escrit à la main , où tout ce que dessus estait contenu , et se voit encore aujourd'huy en la Bibliothèque du Boy, duquel mesmement elle les remercia beaucoup. Ce recueil, ajoute un autre écrivain (3) , fut exécuté en miniature sur vélin , en grand volume : le tableau d'un côté et les vers
(I) MS.c4t*76W. (3) Mém., b*t. MS. de U Tille d Amien* ptr d«
(s) Antiq. i'Am., p. 89. Court, ion. « . p. m.
de l'autre , le tout relié ensemble et couvert d'un velours brun. Or , le manuscrit qui nous a été communiqué par M. Bejot , garde de la bibliothèque royale, est écrit sur papier.