DES ROGATIONS
Il n'j a pas encore longtemps que nos églises ont renoncé à une superstition dont les suites pouvaient être de conséquence pour l'espèce humaine. On en a vu un exemple à Nojon. L'usage superstitieux était de faire porter aux processions de Saint-Marc , des Rogations, de l'Ascension, un dragon ou un autre animal monstrueux, la gueule béante; on leur donnait le nom dePapoire. Beleth, chanoine d'Amiens, dit (4) qu'on ne portait le dragon que les trois jours avant l'Ascension, que les deux premiers jours il marchait à la tête de la procession pour
(I) HiiL d'Ami»!, L il, |>. M. (S) Pranv., ptrt. I, n." ...
(S) Concil. Ubb.. I. xt, col. 8S>. cap. detortil., tri. 3. {*) Ditin. oOc. expl., «opri, c. 113, M. U9,
sanctuaire, était faite en forme de lanterne à jour, ornce de Terdure et de feuillages, autour de laquelle étaient pinces douze cierges. Sur la fin du premier nocturne de matines, le sacristain, en chape, apportait au cœur en cérémonie, la figure d'un petit enfant emmaillote et couché sur un peu de foin. Au moment que le chantre commençait la première leçon du second nocturne , Salrator natter, dilectissimù, kodie natus est , gaudeamus , le peuple se mettait à crier Noël pour finir la farce spirituelle de la nuit. Après la communion de la messe de minuit, on allait en procession à la crèche. Des chapelains en aube et en chape contrefaisaient les pasteurs. Un enfant de chœur en aube . faisant le personnage de l'ange, disait aux pasteurs : Gloria in exceltis. Ceux-ci adoraient l'enfant. Le célébrant qui était à l'autel se tournant vers les bergers leur chantait : quem ridùtis pastores? (licite, annuntiate in terris, tptid apparuit tobis. Ils répondaient : Natum ridetnut; c'est ce qu'on appelait chanter la Pastourelle. M. Willcman dit qu'il j avait un reste de cette cérémonie de son temps, c'est-à-dire en 1750. Pendant laudes, deux chanoines-diacres, debout au lutrin, chantaient aux enfants de chœur, en aube, placés en ligne sur le marchepied de l'autel, avant derrière eux leur maître de musique en chape , jouant de la basse : pastores dicitef quid nom ridistis , et annuntiate CkriHi natiritatem. Les enfants répondaient sur le même ton : infantem videmut pannis involutum, et choros angelorum laudantes dotninum.
Il est d'usage encore dans plusieurs églises de la campagne du diocèse d'Amiens de chanter aux matines de Noël le sermon de saint Léon : Salvator noster dilectissimi hodie natus est, gaudeamus , avec une sorte de cérémonie. On fait cet honneur ordinairement à un des principaux de la paroisse, qui répète trois fois les mêmes paroles; et à la fin de chaque répétition, le peuple se met à crier à plein gosier Aoe", Noi , Noé , en signe d'allégresse. Pendant le premier cri, celui qui chante la leçon présente au chantre une espèce de gâteau qu'on nomme Cuignol ou Cuignet. En quelques endroits, il donne au bas-chœur le réveillon, qui , à cause du premier mot de la leçon , s'appelle le Salvator. Le cri de Noël était le plus grand signe d'allégresse que nos Picards pussent donner. Aussi , lorsque Louis XI rentra en possession , le 2 novembre U63 , des villes situées le long de la Somme, toute la ville d'Amiens retentit du cri de AW. La reine Charlotte, son éjvouse, avant fait son entrée à Amiens le 16 de janvier suivant, le peuple, dit La Morlière (1) , criait par les rues : Noël , Noël , Noël. Le jour de la féte de Noël , il était de l'ancien rit de l'église d'Amiens d'y chanter à la grande messe le kyrie
(I) ta M«rUt«, AmUq. fAmitm, p.Sn - P^icr, ftcrhtrr. * la Vr^ct. I. n. r. m.
Dame- Jeanne, étant accouchée d'an monstre semblable» le chapitre délibéra le 0 ami 1739 , de supprimer cette figure (1). Elle fui brûlée. On conserve dans le trésor des chartes de l'église de Senlis les deux tètes de serpents qu'on y portait aux processions des Rogations.