VILLE
de la tombe dont nous avons parlé. Elle laisse Lié, Lata Fia, un peu sur la gauche pour traverser le terroir de Rumigny. On voit par une charte de l'année 956 (3), qu'il, y avait a Rumigny un aleu situé sur cette chaussée. De Rumigny elle va passer à Essigny-le-Grand. Hémerc nous apprend (4) que la bataille de Saint-Laurent fut donnée l'an 1557, entre Essigny et Liserollcs, près de la chaussée qu'on appcllait en cet endroit la B langue face.
En passant sur le terroir d'Essigny, un titre de l'an 1304 (5) lui donne le nom de Cauchie. « Quatre septiers quarante-deux vergues tenant à la terre de Jehan » Clastres à le cauchie de Bourch.... à le cauchie du Bourch trois mencaudées et
n dix-neuf vergues à la cauchie du Rourgch et chiunc sestrelées cinquante
» verges tenant à la terre de Cappelains desseure le cauchie du Bourch
» trois sestrelées soixante trese vergues, tenant à la terre de le grant Ho- » tellerie. »
Elle laisse sur la gauche Grugies , dont le terroir aboutissait à la chaussée ,
suivant un titre du 14 mai 1419 (6) : « Item à la Royc ou Pasture
» (de Grugies) que on dit la grant chauchie d'Essigny.... primes à ladite grant » chauchie, quinze septiers environ. »
Elle parait encore sur le haut de la montagne . en face de la ville de Saint- Quentin. Mais à la descente, pour gagner le pont Tcresccnde, il ne reste que les deux rideaux entre lesquels elle passait. On laboure aujourd'hui au milieu. H. l'abbé Peitavy nous a fait passer l'extrait d'une lettre que l'abbé Lcbœuf avait écrite à un particulier de Saint-Quentin le 31 octobre 1745 qui confirme l'existence de cette chaussée :
« Au sortir de notre ville , dit-il , je suivis la route romaine militaire , telle » à peu près que je me l'étais figurée entre Saint-Quentin et Condren. C'est vé-
(I) NotiL Gall., p. ISS, col. S.
(1) Lib. «ni. top., fol. m, 118, i*.
» Pmv.,ptH.li.B*.
(4) Augutt. Viran.
(J) Cari. S. Quint, noC 0, p. ».
(6) Cart. S. Project, fol. Î68, r.
» ritablcmcnt celle donl il est parlé dans l'Itinéraire d'Antonin. Elle passe à » travers le village d'Essigny où elle est cause que la rue de ce village est très » large et comme tirée au cordeau. Elle passe aux approches de Liés où elle est » interrompue à cause d'une petite rivière qui se trouve là , puis on la retrouve » quand on a passé cette petite rivière où est le canal et qu'on a remonté jusque » dans un bois , car de là elle va droit à Condrcn où il y a une lieue et demie. »
L'Itinéraire d'Antonin pose XIII mille pas (13 lieues gauloises), de la station de l'Auguste de Vcrmandois à Condrcn. M. d'Anvillc (1) n'en trouve que XI, ce qui ne suffit pas, dit-il, pour admettre les treize que répète l'Itinéraire. La Table Théodosienne , au contraire, est exacte, à peu de chose près, en marquant XXV lieues gauloises pour le total de la distance à'Augiuta Viromanduorum à Au- (jusia Suessonum: car, par le calcul le plus scrupuleux , cette distance est en effet de vingt-quatre à vingt-cinq lieues gauloises, c'est à-dire entre vingt-sept et vingthuit mille toises.
nt samt-qsejuiî» a Du pont Terrescende où la chaussée joignait celle qui venait 'de Laon pour camibat. sixième entrer dans l'Auguste , elle passait tout le long de l'étang (2) , où elle n'est conblancbx de cette mjg^ dit-il, que de peu de personnes. Elle n'était inconnue ni au seigneur de Montigny nia Dandelot. Le premier s'en est servi avantageusement en 1486, pour surprendre la ville de Saint-Quentin , et Dandelot l'a suivie en 1 557 , pour y faire entrer du secours. Au sortir du marais , elle montait vers la collégiale de Saint-Quentin et descendait en un endroit dit la descente de Rolland. Cet alignement est marqué ainsi dans une charte d'Othon, comte de Vcrmandois, de l'année 1045 13), en faveur de l'abbaye de Saint-Prix : a ponte supra dicto veterem tiatn CalceiaUtm utque ad Rollandi descensum et utque ad temitam quœ partilur terrant de Bericurte. La maison d'Epargncmail avait un peu plus loin une pièce de terre qui, selon une charte de l'oflicial de Saint-Quentin du mois d'octobre 1247, Sita ett super Calceiam que tendit versus Cameracum (4). De là, passant sur la droite de Tronquoy et Magny-la-Fosse , où elle reparait, elle coupe la voie de Vermand au-dessus d'Etricourt (Strati curtis), passe sur la droite de Nauroic (Niqra-Via) , qui est le dernier village du diocèse; sur la gauche du Mont-St. -Martin et de Gouy. Il est mention d'une chaussée passant sur le terroir de Gouy-cn-Arrouaise, dans un arpentage du mois de décembre 1300 (5), des terres que l'abbaye du Mont-St. -Martin avait à Gouy -. entre le cauchie tenant
(I) Not. de li Gaul., p. SU. <i) Arcfi. de N.-D. d« SoUmdi.
(X) Lifont. UiM. MS. de Saint-QoeflUn, I. n, p. 131. (S) Cariai. MS. S. Martini, ta. 33, r», in Bifcl. reg.
(3) Ben. Aug. Virom., réf., p. 3«.
à le cauchie au monement de le cauchie: de là jusqu'à Saint-Quentin, c'est
un large chemin vert. Elle arrive à Cambrer par Crève-cœur. Cette station est marquée dans l'Itinéraire à XVIII mille pas (dix- huit licucs gauloises) d'Auguste de Yermandois. Cependant l'espace n'étant que de dix-neuf mille toises (1), on n'en peut conclure qu'environ dix-sept lieues gauloises. Cette route est tracée aussi sur la carte Thcodosicnnc , mais le nombre de la distance a été oublié.
De Cambray, la chaussée va traverser l'Artois en passant par Arras et la ri- de cammat a aeeas vière de Clarence, entre Calonnc et Camblain; après quoi, elle entre dans le " * teiouahsie. pays des Morins, passe sur la gauche de Ferfay, sur la droite d'Auchy, entre le »»*nche hameau et la chapelle de Tiremandc , passe la petite rivière de Laqucttc au village D* TÏMC*"!,Ed'Etrée-Blanche , Strata-Alba , et entre dans la ville de Térouannc , après avoir traversé la Lys. La Carte et l'Itinéraire marquent d'Auguste en Vermandoit à Arras^ XIIII mille pas (quatorze lieues gauloises) et de cette ville à Tcrouanne , XXII (2). Or le calcul de vingt-deux lieues gauloises ne fournit que vingt-quatre mille neuf cent quarante-huit toises: cependant l'espace entre Térouanne et Arras est de vingt-sept à vingt-huit mille toises; de même le calcul de quatorze donne seulement quinte mille huit cent soixante-seize toises , au lieu de dixhuit mille qu'il faudrait pour remplir la somme de ces lieues gauloises d' Arras à Cambray, d'où M. d'An ville a conclu qu'il y avait erreur dans les chiffres et qu'il fallait substituer XXV à XXII pour avoir la distance plus exacte de Tarvenna à Nemetaoum et XVI à XIIII pour avoir celle de Nemetacum à Camaracum.
Dans la suite , cette chaussée fut prolongée jusqu'à la Manche. Elle sortait de oi tbeobawe a san- Tcrouanne du côté de Saint-Jean-au Mont , abbaye de Bénédictins qui a été "ttb. - seconde ruinée. Elle passe encore à Ilcrbcllc, la rivière d'Aa au-dessus d'Esquerdcs. Sur ■**I,CB£ DE T*~ la droite de Lculinghen, à Etrehen, Stratum, cité dans une charte de l'an 723, ,I0CA,",8• à Leulcnnc , à Cormette, à Disques. Au nord, Leulinghen, à W elles, Via lata, laissant à gauche un lieu dit encore Lculenne, d'où elle traverse la rivière de Hames au-dessous de Tournehem (3). On voit par la chronique d'Andrcs que l'abbé Pierre s'apercevant que la rivière de Tournehem débordait fréquemment et causait de grandes inondations, fit construire, en 1178, au-dessous du village d'Elceka que Malbrancq dit être Eleau où passait la chaussée , un beau pont de pierres : Sub villa de Elceka in strata publica fluvium de Tornehem sœpiut inundantem et naturalem alveum fréquenter egredientem prospioieru.... eleganti
(0 D'AnTillc, Not. de la G»al., p. ISS. (3) SpkU. d'Acb.. t. u. p. 475.
W !Sotic« de U Giule, ptr D AnTilte, p. 480.
opère pontem incepit lapidibus durit et quadratis. Il paraît, par la suite,
qu'elle n'a pas existé longtemps. On voyait encore du temsde Lambert d'Ardres, des indices de cette chaussée, depuis le marais jusque dans la forêt: Ubi nunc sulcante aratro reperitur pila site via dura et lapidea, a marisco in syltam calcata (1) ; elle Ta de là à Haute-Berne, village nommé ainsi à cause de la colonne milliaire qui y était plantée, passe au camp du Drap d'Or, vis-à-vis l'emplacement de l'abbaye d'Andres. Elle y est indiquée on ne peut mieux dans une charte d'Henry de Campagne de l'année 1161 environ (2), sous le nom d'Etrée publique, allant de France en Angleterre: Versus plagam meridianam a porlâ monasterii utque ad stratam publicam a Francia tendeniem in Angliâ.
On voit dans un autre endroit qu'elle tirait de là à l'Occident pour gagner Guiucs. C'est le chemin que prit Saint-Thomas de Cantorbery pour se rendre dans cette petite ville (3) : dum a parte occidentali hujut loci per tlratam publicam iter faceret.
Elle est nommée Foie de la Mer en passant entre la forêt de Guiucs et Ficnncs dans un don fait en 1107 à l'abbaye d'Andres parW arcn de Ficnncs (4): Plana omnia quœ jacent in orientait parte vice mari*, inter Ma» et mare fluens , videlicet inter vitzand et Donza.
Elle passe à Saint-Biaise, de là à Leulingue, à Peuplingue, monte à Saint- Martin , descend à Sangatte et de là à la mer. Si l'on en croyait même Malbrancq (5), la chaussée s'apercevait encore de son teins, verdoyante, sous les eaux, jusqu'à une lieue au-delà : Sub aqui» marini* ab eddem Sangatd ad tolidam leu-
cam pertpicitur , ac perdurât... Ut si in monte Sangalemi... pedem fixeris
viridem longe in Oceano viam nolabis. Quant à ce qu'il ajoute , que les gens de mer lui donnaient le nom de la Voie des Saints, Viœ sanctorum, parce que les prédicateurs évangéliques prenaient cette chaussée pour passer de France en Angleterre ou d'Angleterre en France, cela peut être vrai, mais nous n'en avons point de preuves. Nous en croirions plutôt le P. Lequicn (6) , qui, dans sa dissertation sur le port Iciut , nous assure qu'elle est nommée chaussée Brunehaut dans d'anciens titres. M. Garnier, subdélégué d'Ardres, nous a dit avoir lu dans quelques-uns, Foie de VElene. La grande carte de France lui donne le nom de chemin de Leulingue, à cause des villages de ce nom qu'elle parcourt depuis Térouannc jusqu'à Sangatte. Il est certain que c'était une ancienue route des
(I) Prea». de I Hi»U de Guiine, par Ducbctne, p. 141. (S) Splc. dAeh., I. a, p. 4S8.
(») IWd., p. 458.
(4) lbid. p. 359.
(5) De Morinii , 1. 1, p. 17.
(C) Demollet , Méta. de Ultintore, t. ™, p. 348.
Romains; cependant, ni la Notice d'Antonin, ni la Table Thcodosicnnc n'en font mention.