DE L'ISTHME
Il est impossible de donner une époque fixe à la destruction de l'isthme. La mer a quitté notre continént à mesure que la brèche s'est élargie , faisant encore de temps en temps quelques excursions sur le pays qu'elle avait abandonné. Musgrave (1) nous fait connaître celles qu'elle a faites en Angleterre. La chronique des Morins (2) nous instruit que leur pays souffrit de grandes inondations vers 580. Le 5 de novembre 1042, l'Océan rompit ses barrières et inonda une partie de la Flandre; hommes et animaux furent submergés (3). Le Boulonqis était compris alors sous le nom de Flandre. La mer causa un dégât presque semblable en 1135, dans une partie de cette province (4). Le 24 décembre 1531, pendant l'office de la nuit de Noël , une inondation subite submergea les vallées voisines de la mer ; les eaux passèrent par-dessus les toits des maisons qui étaient bâties dans les marais des environs d'Abbcvillc et de Hontrcuil-sur-Mcr (5).
Les espèces de vol que la Manche fait encore tous les jours à nos côtes, donne • raient à penser qu'elle n'a pas oublié son ancien séjour. On assure (6) qu'elle a repris au chemin romain qui aboutissait à Sangate , un quart de lieue environ ; à Boulogne elle a miné la falaise où la tour d'Ordre était construite , au point qu'il ne reste presque plus de vestige de cet ancien monument romain. Romblv en Boulonois, près Etaples; Trépié et Cacque, autres villages entre la Canche et Saint-Josse , sont enterrés presque sous les sables. Ses entreprises furent si considérables au xv.' siècle dans le Marquenterre , que Philippe, duc de Bourgogne, engagistc du comté de Ponthieu, se vit obligé d'accorder aux habitants des bourg et banlieue de Marquenterre , la faculté de construire des digues contre les entre-
(1) Belg.Brlt. prc.p. U.
(i> Malbranc.loni.i.p.Mî.
(3j Mejer. Comp. curon, FUod. ad huoe an.
(*) Robert de monte, ebron. ad hune an.
(5) Bumel. snpr., fol. 199, recl.
(6) Santon, diwert. MS. sur le Porliu facins, e. ».
prises de la mer (1). Les lettres patentes données à Bruxelles sont datées de 1400. Elles furent confirmées le 21 d'octobre 1463 par le roi Louis XI. Il est certain, par des titres de l'abbaye de Corbie, que le Marquenterre n'avait pas essuyé au x.* siècle des invasions aussi considérables; le terroir de Saint-Quentin de Tourmont était très-vaste encore, et aujourd'hui il est couvert de sables. Au Crotoi , dit M. Sanson , l'on m'a fait voir remplacement d'un grand nombre de maùon* que la mer a emportées il y a longtemps et dont le» sables couvrent les ruines ; l'état de ce lieu est bien plus déplorable aujourd'hui. Entre la pointe du Hourdel et Saint-Valeri , la mer y a gagné force terreins de nostre tenu. Elle a empiété si fort du côté de la falaise où est située la ville de Saint- Valéry , qu'elle en a fait disparaître une rue entière qui était adossée contre les fortifications. Cayeux, bourg considérable autrefois , n'est plus qu'un monceau de sables. Mous ne finirions pas si nous voulions entrer dans le détail des entreprises que la mer fait tous les jours sur les côte* de Picardie.