‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 27 sur 294 · LA BELGIQUE TOUTE COUVERTE DE BOIS AVANT LA POPULATION · texte numérisé non relu

LA BELGIQUE TOUTE COUVERTE DE BOIS AVANT LA POPULATION

Figurons-nous, d'après le récit des voyageurs, ces pays demeures déserts jusqu'à nos jours. La nature abandonnée a elle-même n'y a produit que des forêts : tel lut l'état de la Belgique pendant les premiers siècles du monde , après la confusion des langues et la dispersion des familles, cent cinquante ans après le déluge universel. Quelques colonies gagnèrent de proche en proche les extrémités de

notre continent , à mesure que la nécessité ou leur bien-être l'exigèrent ; parvenues dans nos cantons après avoir peuplé les parties orientales et méridionales de la Gaule , elles trouvèrent un pajs couvert de bois. Nous ne croyons pas exagérer en disant que toute la Belgique était couverte d'une seule et même forêt dont la continuité n'était interrompue que par les rivières ou les marais. César qui avait vu la Belgique aussi peuplée, peut-être, qu'elle l'a été de nos jours, nous apprend qu'il existait encore de son temps des portions immenses de cette forêt dont l'origine remonte à la plus profonde antiquité.

i.» iobêi u'aiwesne La plus considérable était l'Ardennc, nom appcllatif dérivé, suivant tous les •.' ktf.'nd.ut »eau- ét?mologistes , du mot arden, qui sipnifie une forêt. Elle avait plus de cinq cents

noir iia>s la m- mj||e pas je longUcur : £Kt tolius Galliœ mturima millibusque ampliut

quingentis in lomjitudinem patet (I), à la prendre, sans doute, depuis Coblentz sur le Rhin, qui était précisément l'extrémité du pays des Trévirois : Atque ab ripis Bheni finibusque Trevirorum , jusqu'à la Manche où le pays des Morins se terminait : extremique hmninum Morini. Car comme l'ont observé fort bien Cluvier et M. d'Anville , si la forêt d'Ardcnnc n'eût été étendue que depuis le Rhin jusqu'aux sources de la Sambre et la haie d'Avesnes, César n'aurait dû compter que cent soixante mille pas. Strabon (2), qui prétend qu'elle n'avait pas même quatre mille stades , c'est-à-dire cinq mille pas environ , convient cependant qu'elle s'allongeait dans le pajs des Atrebates , des Eburons et des Morins : Menapiorum regioni similis est Morinorum , Atrebatum et Eburonum: est enim syha arborum non excelsarum magna quidem, sed non tanta, quanta scriptores prodiderunt iv. M. stadiorum et tribuentes ; eam vero Arduennam vocant.

Cluvier (3) en lui donnant deux cent quarante mille pas , dit que les forêts des Ménapiens et des Morins n'étaient que des portions continues de l'Ardenne, comme .Strabon l'avait pensé : Haud inepte Strabo unam esse perpetuam sylvam judicavit Arduennam in plureis parteis , atque nationes distractam. La Martinière (4) paraît n'avoir pas été éloigné de ce sentiment, en plaçant dans l'Ardenne tous les pajs situés entre la Meuse, l'Escaut et l'Océan. D'Anville (5) veut qu'on lise cent cinquante mille pas , ce qui peut revenir à la distance du Rhin à la Sambre. M. de Valois (6) va plus au rabais; il ne lui en donne que cinquante mille; il la fait avancer cependant jusqu'aux confins des Ncrviens et des Vermandois. Quoiqu'en dise le P. Watclain , de ces différents sentiments, celui de Cluvier nous

(I) Ca*»r,l.6,c.M. (*) (i) Lit. « , p. n» , édid. 1707. (5) Notice de* Gaules au mot

(3) Oerman. antiq., lib. n. p. m . (6) Notitia Galtiar.

paraît s'éloigner moins du texte de César, qui, en conduisant la forêt d'Ardennc jusqu'aux confins des Rémois et des Nerriens, n'a voulu parler sans doute que de la partie non interrompue de cette forêt depuis le Rhin , sans en exclure les portions' qui s'étendaient dans les pays des Rémois , des Vcrmandois , des Nerriens , des Ménapiens, des Morins, etc. ; portions qui paraissaient détachées et qui ne l'étaient pas plus que ces parties de bois epars aujourd'hui dans le Laonfiois, qui sont de Trais démembrements de la forêt de Tiérache. Cluvier est d'accord parfaitement avec Tacite (6) qui, en parlant de l'Ardenne, ne dit point la forêt, mais les forêts : Petebantque saltus quibus nomen Arduenna; ce qui suppose que du temps de l'écrivain romain , cette forêt était composée de parties distinctes et séparées.

Qu'elles étaient donc ces branches séparées? Les plus connues sont : la Charbonnière et la Tiérache ; celle-ci était séparée de la première par les bras de la rivière d'Helpes ou Hèpres, et par la Sambrc; par la rivière de Vesle de la forêt de Rets , qui couvrait le Tardcnois et la plus grande partie du Valois. La Rets a été divisée ensuite en forêts de Dole, de Fère, de Ris et en la portion qui a conservé l'ancien nom. Celle-ci tenait à celle de Cuise , qui touchait à celle de Halate, qui joignait aux forêts de Chantilly et d'Ermenonville, qui joignaient à celle du Lys, qui joignait à celles de Carncllc et de l'Isle Adam. La forêt de Tiérache avait sa jonction d'un autre côté avec la forêt de Vosges ou Vouais, dont les forêts de la Père, de Saint-Gobain, de Folembray, de Coucy ne sont que des portions. La forêt de Folembray était contiguë à la forêt de Laîgue, que la rivière d'Aisne séparait de la forêt de Cuise ou de Compiègne.

La Tiérache avait sa jonction avec la forêt de Baines en Noyonnois , qui touchait à celles de Bouvressc et de Chiry , qui touchaient à celle de Roye-sur- Mas , qui s'étendait dans le pays des Beauvoisins. Dans ce canton était une autre grande forêt, qui allait joindre celle de Hez, et celle-ci, la forêt de Telle. D'un côté et de l'autre celles de Grasse, de Selve, de Noirvaux et autres dont les noms nous sont inconnus et qui s'étendaient à l'occident et au septentrion. Ce détail est conforme à l'article du dictionnaire géographique de H. l'abbé d'Expilly, qui porte : Du oôlè de la Tiérache, cette forêt (l'Ardennc) forme une espèce de branche , qui communiquerait avec la forêt de Compiègne, avec celle de Villers- Cotterets et plusieurs autre*, si l'onn avait point défriché certains intervalles, qui forment aujourd'hui des vuides ; mais ces intervalles sont peu considérables , et le gibier passe facilement d'une forêt à l'autre surtout pendant la nuit.

LA FORÊT DE TIKB*- CBK. — DB1IEMIRI- MF.ST DE CEI.IJ îl'AtDEMNfc.

Mb. Ann. S. c. *i.

Depuis Ribemont, sur la rivière d'Oise, dans une partie du Vcrmandois et dans tout le Santerre , jusqu'aux rivières d'Avre et du Don, il reste fort peu de vestiges de forêts. De là jusqu'à la mer sont beaucoup de portions de bois, restes d'une grande forêt qui était située dans les environs de Fontaine-sur-Selle, dont il est mention dans une charte de 851 , en faveur de l'Eglise d'Amiens; nous serions portés à croire que l'ancienne forêt d'Arguel près Aumale n'est qu'une branche de la forêt dont nous venons de parler.

Enfin la forêt de Tiérache avait sa jonction par celle de Nouvion à la forêt d Aridagamanoe ou d'Arouaise , qui tenait à celle de Belen telve ou Bai si eu , qui tenait à celle de Vicogne , qui n'était séparée de celle de Lucheux que par T Authie et qui tenait à celle de Crécy en Ponthieu , qui s'étendait entre la Somme et l1 Authie jusqu'à la mer.

la foret charbon- La seconde branche détachée de l'Ardenne est la forêt Charbonnière : elle avait

mbre. — aitre son commencement au-delà de la Sambre , la forêt de Morinal en est un reste.

nÉMCHBSKiiENT de Ainsi la Charbonnière dont parlent les annale* de D. Mabillon (1), à l'occasion

arpège. d,une défaite dejj Normands prc8 ce lieu en 879 . j^to Carbonariam , in loco qui

dicitur Thimum , ne peut être la forêt de ce nom , mais un hameau sur la gauche du grand chemin de Mezières à Rosoy : ce hameau est en effet à une lieue environ (ouest) de Thin-le-Moutier. La forêt Charbonnière était renfermée, suivant M. de Valois, entre la Meuse, au-dessous de Givet, sans doute, et l'Escaut, et touchait de bien près l'Oise et la Somme : apparet Carbonnariam silvam utque ad Isaram et Suminam fere pertinuisse. Elle s'étendait bien d'avantage entre l'occident et le septentrion. Dans la grande contestation survenue entre la France et l'Espagne touchant les limites de la Picardie et de l'Artois, le procureurgénéral de l'archiduc d'Autriche produisit des titres qui certifiaient que la forêt Charbonnière couvrait tout le pays qui fut donné par- le roi Charles-lc-Chauve à Beaudouin Bras-de-Fcr , en faveur de son mariage avec la princesse Judith , fille de ce prince. C'est de là que lui est venu le nom de Forestier de Flandre que plusieurs de ses successeurs ont conservé; d'un autre côté M. de La Guesle, procureur-général du roi Henri IV, dans son traité en forme de contredit des prétentions de l'archiduc sur le comté de St.-Pol (2), avoue que la forêt Charbonnière est l'ancien nom de la Flandre ; quoiqu'il refuse de reconnaître que le don de Charlesle-Chauve eût compris toute l'étendue du pays situé entre la mer, les rivières de Somme et d'Escaut , il dit plus : Qu'il y a de l'apparence qu'elle s étendait jusqu'à la mer , non seulement pour le regard de ce qui ett appelé Flandre , mais

(I) Annal. Bened.. tout, ui . p. *H , n.- il. (i) P«g. 4 , 5.

pouvait être qu'elle s'allongeait le long du rivage du côté de la France jusqu'à Biruloyne. Il ajoute : Ce qui t'appelait forêt Charbonnière contenoit la plut grande part det territoires , non le tout, que les anciens Marins habit oient. Ses principales preuves sont prises et des commentaires de César et de la situation des lieux.

L'historien des Morins (1) regarde comme une portion de l'Ardenne , une ancienne forêt qui s'étendait au-delà de la Lys, du côté de larille d'Aire, connue sous le nom de Triste ; Tristiacensis Sylva , nom que lui a donné Alcuin dans les actes de Saint-Riquier : la forêt du Roi appelée Neppe en faisait partie. En deçà de la Lys, cette forêt était connue sous le nom de Vastut Saltus, vaste Selve, comme on lit dans la vie de saint Isberge, et s'étendait du coté d'Arras. Ces deux forêts, par conséquent, devaient toucher d'un côté à celles de Trefay, de Hcsdin, etc., au comté de Saint-Pol; et d'un autre aux forêts de Dcsuresne , de Boulogne , de Guines , de Tournehen , etc. , qui couvraient tout le Roulonois ; c'est pourquoi Lambert d'Ardres l'appelle Nemorosus terrarum saltus. Ainsi le P. Labbe (2) s'est trompé en disant que la forêt Charbonnière s'étendait fort au loin au delà et en deçà de la Somme dans le Santerrc, et que le bourg d'IIarbonnicres en avait retenu le nom : in Carbonaria sylva quœ eis et trans Somonam latissime patebat , cujusque vestigia hœrent in vico populoso Harbonnieres dicto.

xxvm.

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