‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 50 sur 294 · USTENSILES MILITAIRES · texte numérisé non relu

USTENSILES MILITAIRES

Les machines des Belges les plus redoutables étaient des chariots . dont les chariot» aimé» de essieux armés de faulx portaient l'effroi dans une armée. César les nomme Essedœ facia. et leurs conducteurs Essedirii (3). On croirait peut-être que ces chars n'étaient pas leur invention quoiqu'en dise Virgile :

BeJgica vel molli roelius feret esseda collo (4)

David ayant pris la ville de Rabbath, fit passer sur les habitants des chariots ferrés, armés de couteaux qui les mirent en pièces, circumegit super eos ferrata

(I) Btceh» de Theraiii , c. 31 , p. 16». (S) Ibid., I. 4 . c. 6.

(i) Cwar, de Bd. Gall.. I. s. c. t. (4) Georg.. I. a, v. Ï04.

carpenta, divisitque cultris (1). Les Cananéens s'en serraient à la guerre. Le livre des Juges nous apprend que leur roi Jabin avait neuf cents chariots armés de fauU : nongentos enim habekat falcatos currus (2). Il fit assembler ces neuf cents chariots et les fit marcher contre les enfants d'Israël : et congregavit nongentos falcatos currus et omnem exercitum de Ha rose th gentium ad torrentem Cison (8). Mais les Belges en portèrent l'usage dans la Bretagne, suivant Jean Scheffer, dans son traité de Re vekiculari (4). Les Bretons s'en servirent avantageusement contre les Romains, ce qui les a fait nommer Britanna ;

Esseda cbUus siste Britanna jugis (3).

Lorsque ces chars étaient en mouvement, les roues faisaient un si grand bruit qu'elle mettaient souvent le désordre dans les rangs de l'armée : strepitu rotarum , dit César, ordines phrumque perturbant.

Esseda concordes multisonora trahunt {€).

Ces chars, en outre, étaient couverts de soldats qui manœuvraient avec une dextérité étonnante. Voici , d'après le général romain (7) , l'usage que les Belges faisaient de leurs chars dans une bataille ; à la faveur de l'adresse des cochers à tourner ces chars en tous sens, de l'impétuosité des chevaux, du bruit des roues, des dards et des flèches qui étaient lancés de toute part , le soldat tâchait de se faire jour à travers la cavalerie. Y avait-il pénétré, il sautait à terre et combattait à pied. Alors le cocher s'éloignait peu à peu de la mêlée, et se mettait à l'écart avec son char, de manière à être à portée de rejoindre les siens. Ces conducteurs en général, dit César, sont tellement maîtres de leurs chevaux, que quelque emportés qu'ils soient, dans une descente, sur les bords d'un précipice, ils savent les arrêter, les mettre au pas, courir sur le timon, se tenir même sur les jougs , et regagner le char avec une célérité surprenante. C'est de ces chars ou des suivants que voulaient parler Hirtius et Dion Cassius. Le premier dit que les Gaulois de la Belgique étaient dans l'usage de se faire suivre à l'armée par un grand nombre de chariots: magna enim multitude carrorum etiam erpeditos sequi Galles consuevit (8). Le second s'exprime ainsi en parlant de la défaite des Bellovaces près Froimont : carrisque solis relictist speraverunt se, dum hostibus ignis carrique moram injioerent , in tuta loca poste evadere (9).

(I) Liber n Regum, cap. xn, ven. 3t. (<} Claodian., épigram. t.

(J) Lib. Jadic . cap. it. Ter». J. (7) De Bel. Gai., I. 4 , c. S.

(3) Ibid., vert. ta. (8) D* Bel. Gai., I. 8, c. 3.

(4) Polen.. The*, anliq. rom., iuP., tom. », col. 1445. (») Lib. 40 , p. 140.

(5) Propert.,1. i.Eleg. t.

donne aux Belges une autre sorte de char pour la guerre : coviks.

Et docilis rector rosirait Belga covini (1).

Ce qui a donné lieu à ce vers de GuiLlaume-le-Breton :

Belga covinorum, Lunaco leste, repertor [l).

Servius, commentateur de Lucain, dit que le covin est un char dont le devant est fait en forme de proue de vaisseau et armé de pointes : covin wi currus cujus frons erat tanguant rastratas navet cutpidibut armata. Selon d'autres, les anciens manuscrits portent construit au lieu de rottrati; c'est le sentiment de Bochard : sunt véhicula constrata quee supeme tuta sicut constratœ quœ alibi tutos. Quoiqu'il en soit, le moyeu des roues était arme de fauli : quorum [alcalis axibut utuntur, dit Mêla (3).

Agmina falcifero circumveoil arta covino (I).

Ce sont les termes de Silius Italicus. Saint Jérôme en parla aussi dans son commentaire sur haïe, en disant que son char était un covin sans faulx : sine fa Ici bus itaque currut notter connut est (5). Cependant , à s'en rapporter à Martial (6), le principal usage de cette espèce de char était en temps de paix, et il paraîtrait, par un passage du même saint Jérôme, que c'était une voiture particulière aux principaux de la nation : Qui autem sénatorial fuerint dignitatitj et locum principum obtinuerint,de Britannit, Hirpanit ,Gallisque extremis hominum Morinit... in carrucis reniant, ocourrentibus sibi cunctit gentibut, qua> eorum servituti fuerint prœparatai (7). Ils étaient tramés non par des chevaux, mais par des mulets.

Pompeius Festus (8) donne aux Belges une troisième sorte de char que l'on «sues. appelait benne: Benna, linguâ Gallicâ genus vehiculi; unde conbennones votant ur qui in eadem bennâ tedent, c'est-à-dire, que ce char était pour contenir plusieurs personnes. Jean Schefier (9) pense que c'était encore un char militaire, et que ce pourrait bien être le cor»n dont on a fait depuis cophin. Au reste, le benne que Ton prononce aujourd'hui benneau, était en usage chez les Belges, suivant Ménage (10) qui cite plusieurs autorités, eomme il l'est encore dans la Picardie. Nous ajouterons aux autorités de Ménage qu'il était connu

(I) Phartal.,lib. I.

(t) Phllipp. I. ii, ren. M*.

(3) Mêla, I. 3, c. 6.

(*) SililH.I. 17.

(i) Cornowat. in haiam.cap. «M.

(6) L. IS.êpfgT- **•

(T) Ibtd., cap. uti , coi. SU , «dit.

i S) De Terb*. MgD.

(») Poleo., iupr., p. 1418.

dans la Tiérache du temps de Flodoart : hœo otnnia vehiculo, quod vu! go benna dicitur, imposait (]). Ce mot est employé encore pour désigner une Toiture de guerre dans un traité de l'an 1000 entre l'abbaye de Saint-Sauve de Hontreuil et le comte de Hesdin , au sujet de la terre de Caveron. 11 en est parlé aussi dans une ordonnance du prévôt de Paris, de Tan 1320 (2), touchant les harengs que les Picards amenaient à Paris, sur quoi l'auteur du recueil des ordonnances ajoute que c'était une sorte de chariots des anciens Gaulois. Mais tout cet attirail leur était plus nuisible qu'avantageux, comme le dit César, cum multi* carris magnisque impedimentis, ut fert Gallica cmtuetudo (3) , et Hirtius (4), en parlant des chariots des Beauvoisins : Quorum perturbatum et confusum dum

explicant agmen, magna enim multitude carrorum quam longiut agmen

impedimentorum tuorum procestittet.

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