ARMES OFFENSIVES ET DEFENSIVES
Le soldat , en général , avait pour arme l'épée , elle était longue , pesante , obtuse et d'une mauvaise trempe; le bouclier (6), il était fort long, peu large et
11) HUt.. I. t , c ». (4) De Bel. Gai. , I. S, c. 3.
(t) Bec. de» ordonn.. Un, p. ili. iS) lb.. lit. S.
(») De Bel. civil. , I. I , c SI. (6) Poljb., lib. 3.
plat ; le javelot, la pique (1) , nous avons vu que les Soissonnois étaient distingués par la longueur et la légèreté de leurs piques; l'arc et la fronde. La pointe des flèches, des javelots, des piques, était quelquefois d'os. Outre les exemples qu'en rapporte dom Montfaucon (2) , nous avons trouvé sur la montagne de Ganelon près Compiègne (planche n'... ), un morceau d'os travaillé en pointe, qui parait avoir servi à cet usage. Il a deux pouces et demi de longueur et est rompu aux deux extrémités.
Les Belges étaient armés aussi de haches de cailloux, de pierres dures et d'une haches dk caillot*. espèce de métal jaune beaucoup plus dur que le cuivre. On en a découvert et l'on en découvre encore tous les jours de ces trois espèces dans notre province. L'auteur de l'Antiquité expliquée (8) juge que la I et la 2."' espaces y étaient fort communes. Il a fait graver (4) deux de ces haches trouvées vraisemblablement dans les environs de Corbie, puisque ce fut le P. Procureur de l'abbaye qui les lui avait envoyées : elles sont frustes l'une et l'autre. La première , plus entière , est d'une espèce de pierre à fusil qu'on appelle en latin pyrite* , fort cassante, mais difficile à travailler à cause de sa grande dureté qui passe celle du porphyre. Cette hache est bien polie. Il lut reste quatre pouces et demi de long et deux et demi de large au gros bout. La seconde est d'une matière moins dure. Elle est plus épaisse que l'autre. Elle va en diminuant de la tète, qui a trois pouces de de large, à la pointe qui est cassée. Les numéros i , u , m , iv , v , vi , vu , vin de notre planche en offrent plusieurs de même forme , mais de cailloux de nature différente. Le n." ix est une hache de caillou dont certains sauvages font encore usage. Nous la donnons pour servir de pièce de comparaison aux huit qui nous viennent des marais de la Somme. Nous avons rapporté des environs de Breteuil , les débris de deux autres haches de la même nature de caillou et de la même forme que la première; mais l'un de ces restes a, du côté de la pointe, trois ligues de plus de largeur sur un pouce et une ligne d'épaisseur. Il ne reste que la partie du milieu, de l'autre elle est fort arrondie.
M. Petist, Procureur du Roi de la police à Soissons, conserve dans son cabinet une hache faite d'un caillou noirâtre. Elle est percée dans le milieu pour y placer un manche. Elle a la forme de celle qu'on voit à la planche cxxxviu de l'Antiquité expliquée (5), et a été trouvée sur le mont Macret, du côté de Vauxbuin en Soissonnois. Nous avom vu, dans l'abbaye du Gard, une autre hache de
{1} T. Ut.. I. M. (*) Ibid., I. t. part, n, p. 196, pl. cïxito.
(S) Antiq. «pliq. , toro. it, pirl. i, p. «h. (S) 1M.
(i) Ibid., iopplém., ton. r», p. ».
caillou doiit le large bout a la forme d'un croissant, et deux autres pareilles à Compiègne, dans le cabinet de M. de Beaural. Celles-ci sont de différente grandeur ; la plus grande a été découverte dans les environs de Verberie, l'autre près la forêt de Compiègne. Dom Devis, notre confrère, grand amateur d'antiquités, a trouve prés du moulin de Vron, village de Pontbieu, entre Abbeville et Montreuil, une petite hache de caillou de la même forme à peu près (n.° 1). La pointe en est rompue. Le tranchant, qui est la partie la plus large, a deux pouces une ligne d'une extrémité à l'autre ; de là elle va en se rétrécissant sur une longueur d'un pouce neuf lignes. Elle a huit lignes d'épaisseur. Un religieux du prieure de Machcmont, au diocèse de Noyon, nous a assuré qu'il avait trouvé dans son voisinage un caillou de la forme de ceux dont nous venons de parler, dont il n'avait fait aucun cas. M. le baron de Tournon , seigneur de Ville-sous- Flischccourt , en a possédé une qui avait été découverte dans sa terre.
M. l'abbé Carlicr (I) dit que l'on a trouvé sur une montagne du Soissonnois où passe le chemin de Cou réelles à Dhuiscl, à une demi-lieue de B rai ne, trois haches d'une matière différente : elles étaient dures et légères, d'un beau poli et d'un tranchant bien affilé. Il assure que ces trois pièces étaient d'un grain différent, qu'une entr'autres paraissait être d'albâtre. H. Panelier fils a eu la complaisance de nous en communiquer une que nous crojons être de même nature. (N.* 11). L'intérieur est en effet d'un blanc d'albâtre; mais la matière n'est pas de marbre , quoiqu'aussi dure pour le moins. Si l'on en juge par une autre hache très-fruste qui a été trouvée sur le mont de Ganelon près Compiègne , c'est un caillou d'un blanc éclatant à l'extérieur , mais dont le noyau est noir. La première est fort bien conservée. Son tranchant du côté du gros bout est encore trèsaffilé. Sa longueur est de onze pouces; sa plus grande largeur, de deux pouces trois lignes ; sa plus forte épaisseur, d'un pouce deux lignes. Elle pèse une livre neuf onces et deux gros. Elle a été trouvée dans des broussailles au pied du mont de Ganelon , du côté d'Anel, château de M. Panelier.
Il nous reste à parler de plusieurs autres instruments d'un métal très-dur qu'on croit avec fondement être un alliage de cuivre et de fer (2). L'espèce de hache qu'on voit (Pl. n°...) a été trouvée dans les environs de Compiègne, ainsi que deux autres semblables que nous avons vues dans le cabinet de H. de Beauval, à Compiègne: ils ont la bélière , c'est-à-dire un anneau fixé et fondu avec la pièce. Le comte de Caylus a fait graver dans son Recueil d'antiquités (3) trois pièces de cuivre qui en
(1) Bbu du Vatoli, tom. i, p. 113. Tarn, u, pt. xcii. n.« I , s, *.
{«) Bec dsnliq., tom. i. p. «38 el wiv.
approchent beaucoup quant à la forme , surtout le n.° 4. On y voit deui coulisses pratiquées de chaque côté de la pièce qui finissent en mourant aux deux extrémités. Elles ne peuvent avoir été faites que pour emboîter cet instrument. Dom de Montfaucon (1) regarde quelques instruments de ce genre comme des outils de menuisier ou d'autres ouvriers. Le comte de Caylus (2) se contente de dire : Ces espèces d'instruments sont communs en France; on en découvre partout , et l'on dit ordinairement y sans autre examen , que ce sont des haches Gauloises. La grossièreté du travail paraissait confirmer cette idée; mais les coulisses disposées de la même façon que les Instruments trouvés à Herculanum, prouvent que cet usage a été plus étendu et qu'on peut le regarder comme une pratique des Romains. M. Panelier, de la forêt de Compiègnc, faisant replanter cette forêt dans le lieu dit la Muette, y a découvert une autre espèce d'arme de même métal que les précédentes, qui n'est différente du coin que par la belière qui en fait partie ; elle pèse une livre douze onces. On en voit une toute semblable dans le Recueil d'antiquités du comte de Caylus (3). Il y a lieu de croire qu'il y avait au même lieu une manufacture de ces mêmes armes , puisqu'il s'y en est trouvé non-seulement plusieurs entières et des manches de quelques autres, mais aussi des restes de la matière qui avait été fondue pour cela.
Nous placerons à la suite de ces instruments six armes de même matière et autres rm DE lance de même trempe. Nous les appellerons fers de lance , faute d'expression propre en métal. notre langue. Elles ont été trouvées dans les vallées de la Somme et de Corbie. Dom Devis a en sa possession la première et la seconde. Nous tenons la troisième de sa générosité. Ces trois fers de lance viennent des marais de Bonnay. Le n." 1 a sept pouces une ligne de long, deux pouces sept lignes de large à la partie qui était attachée à un manche de bois par quatre clous de cuivre rivés. Le n." 2 est de huit pouces moins deux lignes de longueur et trois pouces moins une ligne de largeur. Le n.* 3 est plus court. Il a une ligne moins de cinq pouces, sa largeur n'a qu'un pouce neuf lignes. Le n.* 4 porte trois pouces trois lignes de longueur sur un pouce cinq lignes dans sa plus grande largeur. Ce fer de lance a été découvert en 1 770 dans les fondations du Moulin-Bleu , placé au pied de la montagne du village de l'Etoile, ainsi que le suivant. Le n." 5 a dix pouces neuf lignes de long et un pouce sept lignes de large. Il est chargé de quelques ornements dans la partie qui recevait la haste. Aux dimensions près, ces quatre fers de lance sont tous semblables à celui que le comte de Caylus a fait graver (4). Le n." 0 est d'une forme différente. Il ressemble à une lame d'épée , de vingt pouces de long et d'un pouce
(I) Sopr., lom. m, part, u, pl. cuxitiu. (3) Ibid., loin, n, pL îcn, n.* S.
(S) Sqpr. , ton. n , p. S19. (4) Rec. wpr. . lom. i, pl. icti , n.' S.
trois lignes dans sa pins grande largeur. Cette lance a été trouvée la même année 1770, dans le marais de Bourdon , village sur la rive droite de la Somme entre Picquigny et l'Etoile. Elle était enterrée dans la tourbe à dix pieds de profondeur et posée sur le sable marin, à côté de quelques ossements humains. Le métal avait si bien conservé son éclat qu'on le prit d'abord pour de l'or. Le dessin de celle-ci nous a été donne par M. le baron de Tournon. Ces deux fers de lance de l'Etoile nous ont été envoyés à Paris par M. Jourdain, seigneur de l'Etoile. Une pièce de même métal, peut-être unique, c'est une épée fort bien conservée pour sa grande antiquité. 11 n'j manque que ce qui formait l'arrondissement du fer de la poignée. Dom Devis, prieur de Saint-Eloy de Noyon, nous en a (ait présent, telle qu'elle avait été tirée du fond des marais tic la Somme aux environs de Corbie. Elle porte un pied onze pouces de long, non compris la poignée de deux pouces six lignes, et deux pouces deux lignes dans sa plus grande largeur. Le tranchant est distingué de la lame par un filet arrondi depuis la poignée jusqu'à la pointe. Elle pèse une livre dix onces. Voilà ce qui nous reste de ces anciens peuples , des cailloux, de l'airain, qui ne parlent qu'à l'imagination et à la conjecture, interprètes peu fidèles des mœurs et des usages qui ne sont plus.
TROMPETTE DES BELGES-GAULOIS. LEUR MANIÈRE DE FAIRE PASSER TRÈS-RAPIDEMENT UNE NOUVELLE.
Les Belges-Gaulois se servaient de trompettes pour rallier les troupes et pour faire des assemblées. Hirtius (1) nous apprend que les Bellovaces ayant été défaits par les Romains , aussitôt les états de la cite furent assemblés au son de la trompette , pour aviser aux moyens d'envoyer des ôtages à César : Bellovaci, concilia repente tubarum cantu convocato. Avaient-ils gagné ou perdu une bataille, les Gaulois avaient un moyen sûr pour en faire parvenir la nouvelle en très-peu de temps à une grande distance ; c'était par des cris portés de proche en proche : Clamore per agros regionetque tignificant; hune alii deincep* exoipiunt, et profitais tradunt (2). C'est ainsi que César étant accouru au secours de Cicéron , qui avait fort à faire avec les Nerviens, et n'ayant pu rejoindre l'armée qu'à neuf heures du soir, la nouvelle de la défaite des Nerviens était arrivée avant minuit au camp de Labienus qui était éloigné de celui de Cicéron de soixante mille pas environ , c'est-à-dire de vingt lieues françaises : les Rémois avaient poussé un cri
(1) ht B.I. Gsl., I. 8. c. 30. (•) Ibid., 1. 7, e. 1.
pour annoncer cette victoire et féliciter Labienus : aniè mediam nocUsm ad portât cattrorum clamor oriretur ; quo clamore tignifioatio Victoria* gratulatioque ab Remit Labieno fieret. C'est ainsi que César, battu à Genabum , que l'on croit être Orléans, au lever du soleil, la nouvelle de la victoire remportée par les Gaulois était arrivée avant la fin de la première veille, neuf heures du soir, aux confins des Arvernes, éloignés de là d'environ cent soixante mille pas : Nam quœ Genabi oriente -tôle getta estent, ante primant confectam vigiliam in finibut Arvernorum audita tunt: quod tpatium ett millium patsuum circiter clx (l).