LES BELGES-GAULOIS DE POLYTHÉISTES , DEVIENNENT IDOLATRES
Les premiers pas que nos ancêtres avaient faits vers le polythéisme , c'est-à-dire >oas de luis la pluralité des dieui , ne tardèrent point à les précipiter dans l'idolâtrie. Ils Disr\. as-sociçrent à l'Etre -Suprême d'autres êtres subalternes, et s'accoutumèrent peu à peu à donner à ceux-ci le nom de leurs héros , n'ayant point de moyen plus à leur portée pour exprimer tout ce qu'ils pensaient. Comme ils supposaient que ces divinités avaient chacune un département dans l'univers, le dieu qui présidait à la guerre devint le plus grand de tous, parce que l'élévation du courage était ce qu'ils estimaient de plus. Néanmoins il y a lieu de croire qu'ils ne perdaient pas absolument l'idée d'un dieu suprême, créateur et modérateur de l'univers. Les noms que César a donnés aux dieux des Gaulois, en général, sont fondés sur une ressemblance d'attributs qui ne pouvaient pourtant revenir qu'imparfaitement à ceux des divinités grecques ou romaines , parce que , comme le dit l'abbé de la Bletterie (3) , toutes le* fictions de la gentil itè s ouvrage* de l'imagination, et du fanatisme , étaient relatives aux traditions historiques de chaque peuple, à ses coutumes, à ses préjugés , à son caractère , à la nature du pays qu'il habitait. Ainsi quand les Romains disent qu'un peuple barbare adorait tel ou tel dieu , il faut entendre que ce peuple adorait un dieu dont les fonctions ou la fable avaient une conformité quelconque avec celle du dieu romain. Les noms de ces dieux sont : Teutates ou Mercure romain; Belenus ou Apollon; Minerve, son véritable nom gaulois est inconnu , à moins que ce ne soit Onrana ou Onea , comme le prétend l'auteur d'une dissertation sur la langue gauloise (4) qui cite, pour appuyer son sentiment, Samuel Bochard. Onea est en effet le mot latin d'un
(i: ibid.
(S) Corn. TaaL, de
(S) Decrip. de 11 Germinie. Remirt,., p im. (4; Mère, de France jaa*. 174t. p. 4J.
village du Vermandois du côté de Chaussoy, nommé Ogne; Tarants ou Jupiter; Eswt, la grande divinité des Gaulois, qui répondait à Mars, dieu des Romains, et Dit dont les Gaulois se vantaient de descendre : Galli te omnet a Dite pâtre progenitos prœdicant (1). Les uns croient que c'est Plu ton ; les autres que c'est un des noms de Mars, ce qui est plus vraisemblable.
.;hoit trocveh Si E»u* est le nom de Mars, habillé à la romaine, comme l'a cru l'abbé Le ikns li: \om dk Bœuf (2), si les Gaulois prononçaient As ou Ait> d'où est venu Aetit, on pourrait n.rsiEirss liecx de trouver ces différentes étymologics dans les noms latins de plusieurs lieux de la pirARnit ceux ni- Picardie. As, dans la première syllabe d'Asoiacus, d'Atceium, à' Atrium (Acy , m> t.x dk lamill>. ^.j,^ noms de cinq villages, le premier dans le Senlisien , le deuxième dans le Soissonnois, le troisième dans le Laonnois, le quatrième dans le diocèse de Terouanuc, le cinquième, c'est-à-dire Achy,d&as le Beauvoisis , sans parler d'autres que l'on pourra voir dans la notice des lieux. Ait reparaîtrait sans aucune altération dans les noms des villages d'Aix-cn-Ergnie , d'Aix-en-Issart, de l'ancien pays des Morins , et dans Aix, hameau du Vermandois. Ce même mot pourrait entrer aussi dans la composition des noms d'Aizy et d'Aizellcs en Soissonnois , d'Aizccourt en Vermandois, etc. Aesia est aussi l'ancien nom latin de la rivière d'Oise. C'est une tradition dans le Vimcux que la montagne où est bâti le bourg d'Oisemout , en latin Eti-Mons, était consacrée au dieu Etus; la motte d'Oiscmont près de Chevincourt-sur-le-Mas, peut être regardée de même. Dans le même canton du Vimeux, vers Abbevillc, est un lieu situé au terroir de Lambercourt, dit dans une charte de 1250, Esoa-Faus, comme qui dirait le Fau ou le Hêtre, consacré à Exus, Esiacut est un village près de Bctizy -en- Valois, nommé depuis le • Mesnil, suivant une bulle du Pape Eugène III, de l'an 1 148, en faveur de l'abbaye de Notre-Dame de Soissons : Esiacum villam juxta Bettiti qui Metnil nuncupatur. Esovilcr était un lieu du diocèse de Beauvais, dont la dîme fut confirmée, en 1157, à l'abbaye de Saint-Lucien, par l'évèquc lienry. Enfin, Hes, nom d'une forêt située près Clermont en Beauvoisis, pourrait représenter l'ancien nom de ce dieu, tel que les Belges le prononçaient (3), et auquel les Romains ont donné la terminaison latine Hetwt. Cependant D. Jacques Martin semble avoir démontré que le nom gaulois de Mars était Camulut (4). Mais l'abbé Le Bœuf (5) a prétendu, dans une réplique qu'il publia le 15 d'avril 1736 contre D. Duplessis touchant le mot celtique Dunum, qu'il n'était connu que des Belges et des Bretons. Il avait
(I » Cctar. Mipra. [4} Relig. du Gaulois , 1. 1 , p. 4M.
(s) EcriU*urlhisiolredeFr..tom.n. p. 339. {») Ecribsur l'hitt. de Fr., loin, u, p. m.
(S) Pelloolier. titsl. de* CelUs, I. J.c.7, §3.
pourtant dit ailleurs que le nom de Camulus lui paraissait renfermer celui que les Gaulois, en général , donnaient à Mars, nom, ajoute-t-il, qui sertit quelquefois à composer celui d'un homme... quelquefois à former celui d'une ville. Il ne serait pas impossible que Chambly en Beauvoisis, Cha mouille en Laonnois, Camelin au diocèse de Soissons, un autre lieu de ce nom qui existait en Vcrmandois entre Homblièrcs et Regny, peut-être aussi Canly en Beauvoisis, etc.. eussent tiré leur nom de Camulus.
Le nom de la rivière de Tère ou Terain, en latin Tara, est formé des deux rsxx. »i: umsi*. premières syllabes de celui de Taranit. Tar ou plutôt Torri , racine du même mot, suivant M. de Chiniac (1), entre aussi dans la composition de plusieurs noms de lieux, tels que Torcy en Boulonois: Tory, aujourd'hui Thury en Beauvoisis; Torigny, ferme du Vcrmandois; Tormont (Tori-Mons), Saint-Quentin de Tormoht en Marqucnterre , sur les bords de la mer; Torsin court, au diocèse d'A.miens ; Tortoir , ferme du Laonnois, près Saint-Nicolns-au-Bois et autres. Bcfeu, dont les Romains ont fait Belenus, était le nom d'une forêt qui a laissé ue belenh>. son nom au village de Bezieux , à deux lieues environ au-dessus de Corbic. Il existe encore dans ceux des villages de Beleu-Eglise en Vcrmandois, de Bellencourt en Ponthicu, etc. Tentâtes , l'un des noms de Mercure, que l'on croit avoir été oc tfct*tk*. aussi le Thou ou Theom des Hébreux, le Theos des Grecs (2), le Thot, Thout ou Thoit des Egyptiens (3), le Tuis des Germains (4), le Colis des Thraces, pourrait avoir laissé aussi des traces dans la Picardie, suivant toutes ses différentes acceptions. La première syllabe des mots Telau, forêt de Teles, Teucera (Thievrcs) revient à la première du mot Teutates ; Ton, rivière de la Tiérachc, au Thom des Hébreux. Teoracia , Theoratia , nom que les anciens titres donnent au pays et à la forêt de Tiérache, commence par le Theos des Grecs. Totcndal , Totinghem, Totinctum, en Boulonois, conservent le Tôt des Egyptiens, comme le village de Thoix en Beauvoisis représente leur Thoit. Tuigny, en Vcrmandois, conserve quelque chose du Tuis germain. Tuison près Abbcvillc, dont les Chartreux ont fait oublier le nom , approche beaucoup de Tuiston , que Pellouticr (5) donne pour fils de Tuis. Enfin le lieu de Tau en Soissonnois, que l'on écrivait autrefois Teu, conserve la première syllabe de l'ancien nom de Mercure dans les Gaules. La Motte qui porte le nom de Tau ou Taf, passe encore dans le pays pour avoir servi d'autel aux druides ; nous en parlerons ailleurs. Quanta son nom
(t; DtKour» *ar la nat. et le» dog. de U Bel. giul.. (3) Rdig. du Gaul.. tout. i. p. 17.
P- *• (*) Pelloulier, hisl. dei Celle» . I. 3 . c. S vg *.
{1} Mém. de I «ad. dei inacrip., tout, xv, p. M». (4) Hwl. dea Celt. , ibid.
de Cotù qui se retrouve aussi dans Cotia s nom de la forêt de Cuise', aujourd'hui de Compiègnc, dans Coste-Rcsti, Cole-Rets (Cotlerets) , et dans Cottùtcus, nom de la petite ville de Coucy, scion une charte de Raoul, seigneur de ce t lieu , de l'an 1 1 74 , c'est sans doute un emprunt que les Belges ont fait aux Th races.