LES TOMBES DOIVENT PASSER DE MÊME POUR DES AUTELS BELG1QUES
i» os le poMiiiEt, le Les tombes ne diflërent , sans doute , des tombelles que par la forme ; car le vrai YiMEtr, l'ahiénois, nom latin des uns et des autres est Tumulus. Les tombes occupent plus de terrain i.k soissonnois, c{ son% p]u-s élevées. Les deux èmiiicnccs qu'on voit en Ponthieu, à une petite riEiACM, lb LftOii- distance de la rive droite de la Somme, entre les villages de Port et de Noyelle, s|f v sont appelées dans la charte de commune de Noyelle , que nous avons citée , les
tombes de Port : Ad tomba* de Portu ; elles ont donné le nom au fief de* Tombe*. Leur forme est allongée, de quinze à seize pieds, sur une largeur de dix à douze. Elles sont élevées d'environ quinze pieds et terminées en pointe. On voit par une charte de l'an 1281 , de l'Hôtel-Dieu d'Abbevillc, un champ situé au terroir de Mautor en Vimeux , dit le camp de le Tombe. Il en existe une dans le Boulonois entre le moulin d'Etaplcs et Fromessent. Il y a dans la sixième garde de la forêt de Crécy un lieu nommé fa Tombe; dans le bois de la Fcrté-lès-Saint-Riquier, au terroir de Bourg-Fontaine, un monticule appelé, dans une charte de l'an 1263, In tombe d'isembart , nom d'un seigneur de la Fcrté , perfide à la patrie. Il y en avait plusieurs dans les bois de Guisonville, au terroir de Vers, près la rivière de Selle; elles sont appelées les Tombe* dans un traité du mois de juillet 1226 , entre Gérard, seigneur de Picquigny, et le chapitre d'Amiens : Apud villam quœ dicitur Ver inter mêlas de* tombe* et de Loxiere*. On en voit une du côté de Pont-Arcy en Soissonnois , dans un endroit qu'on nomme le camp de Commun ; l'autre à deux cents pas de Coucy-le-Château , du côté du nord. Deux chartes de l'abbaye de Foigny en Tiérache, des années 1236 et 1247, font mention de tombeaux Raynonardi , dans les bois de Fcsticux (1). Une autre de l'an 1162(2) parle de la tombe de Landouzi : Ad tomlmm de Landouzie». Il paraît par trois titres de l'abbaye de Saint-Vincent de Laon, des années 1186, 1206 et 1472, qu'il y avait au terroir de Moreines , de la paroisse de Mons-en-Laonnois , une tombe nommée de Brunchaut ; le premier (3) porte : Ad tumulum Brunehaudi*; le second (4) : In terrilorio de Moreines sicut extenditur a tin quœ dicitur ad
tumulum Brunehaudi* ; le troisième (5) : Item un bois au chemin des Vaches
tenant au-de*soubs de la tombe de Brunehaud. On lit dans une autre charte (6) sans date, mais plus ancienne que les précédentes : A Petra Conchie per crepi-
(1) Cariai. Fu»niac. . bibl. reg. . fol. til , v.- 1*6 , r. (*) Carlul. parv. anliq. . fol. 91 . tct».
<i) Ibid., fol. «5. vers. (S) Cartul. papfr.. fui. S», ver*.
(3) Titre «ri«. («) Ibid. . fol. 36 ,
dinem monli» usque ad tombant quœ dicitur Brunehaut , et ab il la tomba per crepidinem numtis usque ad montem falconis. Nous dirons ailleurs ce que nous pensons de cette tombe qui porte dans le pays le nom de la reine Brunehaut , et que l'on aperçoit des remparts de la ville de Laon. Nous connaissons dans la forêt de Chantilly , près la ferme de Comclle, une route appelée la Voie des Tombes.
Repassons dans le Vermandois où les tombes sont uussi communes que les tom- cuv-m: \u»AM.ni> belles. L'abbé Le Bœuf (I) parle d une tombe qui se trouve au village de Ncuflieu près Chauny. Les bois de Saiiit-Eloi-Fontainc en renferment une qui domine sur tous les environs, du sommet de laquelle on découvre parfaitement la ville d<- Saint-Quentin qui en est éloignée de sept lieues. Elle a environ cent trente pieds de circonférence, y compris un marchepied en glacis qui* s'allonge du côté de l'occident de cinquante pas ou environ pour monter au sommet. Les bois de Fcrrières ou Fricrcs en avaient une autre , comme nous l'apprennent deux titres , l'un de l'an 1212 (2) : Super (idem nemoris a vid de Boissy usque ad tombant de Civetmie; l'autre de l'an 1261 (3) : A le tombe au terroir de Ferrières. H est mention dans un ancien état des terres (4) dépendantes de la censé de Caponcs, appartenante à l'abbaye de Saint-Eloi-Fontaine, du chemin de la tombe Loy* menant au bout du chemin de Moy ; c'est vraisemblablement la tombe qui est sur le bord d'un ancien chemin de Vandcuil à Saint-Quentin, qu'on appelle dans le pays la Tombe de Moy ; dans un autre état des biens de l'Hôtcl-Dieu de Péronne (5) , de la Tombe d'Harrille ; dans une charte du mois de décembre 1260, d'un lieu dit la Tombe , au terroir de Forest , in territorio de Forest locus dictus le tumbe ; dans une bulle du pape Eugène 111, de l'an 1145, en faveur de l'abbaye de Nogcntsous-Coucy , et dans une charte du mois de janvier 1215 (1216), de la ferme de
Tombe : Apud Tumbas inter Tomba* et Beauvoir; dans une délibération capi-
tulairc de Saint-Fursy de Péronne , de la Tombe de Faucocourt en Santerrp ; dans des titres du même chapitre : de la Tombe d" Aubregicourt ou d' Aultrcchicourt , du côté de Vermandoviller.
Les tombes les plus célèbres du Vermandois sont celle de Voel, de Pontru et d'Etreillers : celle-ci est située dans un angle formé par la rivière d'Aumignon et la chaussée romaine de Saint-Quentin à Amiens. L'abbé Le Boeuf (6), qui nous en a donné le plan, l'appelle la Motte d'Etrillet. Elle est placée entre le midi et le couchant de Vcrmand. La tombe de Pontru ainsi nommée par Héméré : Tumufus
(t) Uîwert. Mir l'hitU de Par», loto, i. p. M7. (4) Ibid.
(*j Cartel. S. Eli|. font. , p. «55. (5) Carlul. S. Bertb. «upr. , fol. «Il, rcn.
(3) Ibid.. p. MS. (S; Diuert. sur I bist. de Paris, lotn. i, p. i*6.
Pontrudiensis (1) et Motte par l'abbé Le Bœuf, est située à l'orient du bourg, et à peu de distance de la voie romaine de Bavay. EUe a la même forme que la précédente, à en juger par le dessin que l'abbé Le Bœuf a joint au même plan. Une dissertation sur l'ancienne cité de Vermand (2) dit que sa base contient en circonférence un arpent de terre. Selon Claude Héméré (3), le diamètre de sa base pe\it avoit deux mille pas. M. Pietavy (4) ne lui en donne que cent quatre-vingts dans tout son circuit, sur quarante pieds ou environ de hauteur. La tombe de Vocl, située à une demi-licue de Condren, n'est pas inférieure en grosseur et en hauteur aux deux précédentes, quoiqu'en dise l'abbé Le Bœuf (5). Un livre des cens de l'abbaye de Nogent, dressé en 1296, en parle en ces termes : Vers la Tombe éde Vœl ; la voie de la Tombe. Selon les dimensions qui en furent prises en 1767, en conséquence des ordres de M. l'intendant de Soissons, par Claude Capperonier , arpenteur de la maîtrise des eaux et forêts de Chauny, sa figure planimétrique est de 163 verges 7/8 , mesure de Roi ; sa longueur de l'orient à l'occident, de 66 toises ; sa largeur du midi au septentrion, de 40 toises 2 pieds ; sa hauteur depuis A jusqu'à B. de 9 toises 2 pieds ou 56 pieds.
<m*ioxs diverses Ces tumuli , tombes et tombelles qu'il ne faut point confondre, peut-être, rortiMM avec les mottes, sont l'ouvrage des hommes et formées de terres rapportées. Il est aisé de s'en convaincre par les fosses d'où la terre a été tirée et que l'on voit encore dans les environs. Quelques-uns les ont pris pour des buttes de paix, tumulus testis , acervum testimonii, comme celles que Laban et Jacob firent élever pour servir de séparation à leur domaine respectif (6). Buchanan (7) nous apprend que celles que l'on voyait encore en Ecosse de son temps étaient appelées Duni Paris , parce qu'elles avaient servi de limite aux conquêtes des Romains. M. Dreux du Radier (8) soupçonne aussi que la destination de ces monuments fut de marquer les limites des champs ou des différents territoires. Guibert de Nogent (9) nous assure que les éminences dressées au milieu des champs étaient appelées vulgairement Métas : in modum turrium per agroê stabilitas, quat nos meta* vulyariter vocare solemus. L'abbé Le Bœuf (10) dit au contraire que ces sortes de petites montagnes isolées qui restent en France et ailleurs , sont plutôt des lieux de sépulture des anciens payens que des marques pour la séparation des royaumes. M. de Caylus (1 1) dit aussi , en parlant des tombelles : Cest ainsi qu ih
i; Aug. virom , illu«lr..p. ». (7) Hiitoriatcotiea, fol.5. Mil. 1S83.
(«) Ditttrt. US. . c. 8. (8) Jonrn. de Vcrd., Un., 175», p. 13».
(3) A dr. . inp. (9) Opcr. Guib. UUI. Dci per Franc, p. 381 , toi. I .
(»; Nou». rech. surit Fr. . tom. n, p. **5. flO.i Diuert., «upr.. p. S36, *37.
-"S) DiM«rt. aup., p. «6. (Il) Hrc. d'Aotiq., tom. i». p. : (6) Geoè». c. 31, n.» 47 et i«.
i:ks TOHUES.
nomment ces tumulwt que l'on voit fréquemment dan» la Flandre et la Picardie, et que l'on regarde avec raison comme des tombeaux élevés par les soldats aux officiers de distinction. Il est vrai que les Gaulois , les Germains et les Romains étaient dans cet usage. On voit, dit Procope (1), sur le mont Apennin, plusieurs buttes que les Gaulois avaient élevées sur les tombeaux de leurs morts : plurimi visuntur hic mortuorum illorum tumuli, terra aggesta editi. Les Germains apportaient de la terre sur un tombeau et j formaient une motte revêtue de gazons : sepulcrum cespes tegit (2). Les Romains en faisaient de même. C'est ainsi qu'Enée, selon Virgile, dressa un tombeau au malhcureui Polvdore
Ergo instauramus Polydoro funus, c» ingeo» Aggerilur tumulo tcllus (3).
Plus le défunt était distingué par sa place ou par son mérite, plus le monument était vaste et élevé , au rapport de Flavius Vopiscus dans la vie de l'empereur Probus : Postea tatnen ingens ei sepulchrum elatis aggeribus, omnes pariter milites fecerunt (4). Et en parlant d'un certain Aradion que l'Empereur avait défait dans l'Afrique, Vopiscus ajoute qu'il l'honora d'un tombeau de 200 pieds d'élévation parce que c'était un homme très-courageux ; et quia fortissimum ac perlinacissimum virum videratt sepulcro ingenti honoravit, quod adhuc extat tumulo usque ad ducentos pedes terras lato per milites quos otiosos esse nunquam est passus. Dans l'extrémité du Madagascar, à trois ou quatre journées du fort Dauphin, les gens du pays montrent aussi avec beaucoup de complaisance, au récit de M. de Lalandc (5), comme autant de trophées de guerre , une suite de petits mandrins ou terbes de terre élevés en forme de tombeaux, qu'ils assurent devoir leur origine à un grand massacre de Quimos défaits en plein champ par leurs ancêtres.
Quelque respectables que soient ces autorités, nous ne pouvons cependant nous empêcher de croire que la plupart de ces monticules aient servi d'autels aux druides, car ils avaient suivi la prévarication du peuple choisi à qui Dieu fait cette menace par l'organe de son prophète : vous sçaurez que je suis le Seigneur lorsque vos corps morts et tout sanglons seront étendus au milieu de vos idoles autour de vos autels, autour de vos collines les plus élevées et sur toutes vos plus hautes montagnes. Les leurs sentaient aussi l'odeur de l'encens que les prévaricateurs brûlaient à leurs idoles : locum ubi accenderunt thura redolentia universis idolis suis (6). En effet, avant les défrichements des vastes forêts
(i) Proeop.,p. 6M.
(8) DiMeri. iur i w,t. de rr. Piri» 17*», 101. (3) Encid., I. J, t. 63.
(*) Hisl. Auguil. tcriplor., p.UI.Mil.Salmesij. (5) Jwirn. d« mv., iWcenib. 1TÏI , p. 85». («) Eiecbiel.chap. ti, Ter». 13.
qui couvraient la meilleure partie de notre sol , les Tombes , les Tombelles et les Mont-Joie dont nous parlerons ailleurs s'y trouvaient renfermées ; quelques-unes même sont encore dans des bois ou dans les environs. En outre, quantité de monticules semblables ont conservé le nom des divinités auxquelles ils étaient consacrés. Ce livre des proverbe» de Salomon appelle Monceau de Mercure, acervum Mercurii (1), certains petits monts qui étaient dédiés à ce Dieu. Une tombelle voisine de la nouvelle Carthagène, en Espagne, portait le nom de Mercure-Teutatès , in tumulum quetn Mercurium Teutatem vocant (2), c'est-à-dire, que le nom de la divinité à laquelle on rendait des honneurs sur cette montagne avait passé à la tom belle même. 11 en fut de même des1 Martis-Mons, c'est-à dire des monts consacrés à Mars. En effet , Mart,i-Mont dont il est mention dans la charte d'érection de la commune de Noycllcs-sur-Mcr y est désigné par le nom de Tumbufam. Les Gaulois, au rapport de PoUhistor (3), cité par Solin, entretenaient sur leurs autels un feu éternel. Or quels étaient ces autels ? Les Hauts-Lieux. (v)uclqucs-uns ont conserve le nom de Fées, c'est-à-dire de sacrifices, comme nous l'avons déjà dit ; tel que le mont de Fées dans la forêt de Retz (4). Pclloutier parlant des sacrifices qui étaient offerts dans le champ-de-mars au Dieu qui présidait à la guerre , dit que le lieu oà l'on offroit ces sacrifices, était une espèce de colline artificielle que l'on formait avec de la terre et des fascines. Cet usage était un reste de Vancienne superstition, qui voulait que les sanctuaires fussent dans les lieux élevé* (5). 11 avait déjà avancé (6) que les Celtes ou Gaulois, en consacrant à la divinité des collines montant jusqu'au sommet des plus hautes montagnes pour y offrir leurs sacrifices, croyaient comme les Pelages et les Perses s'approcher de Dieu en s'approchant du Ciel. C'est ainsi, au rapport de Maxime de Tyr, que les anciens habitants de la Grèce offraient leurs sacrifices sur les montagnes et qu'au lieu d'avoir des idoles et des statues , ils consacraient à la divinité des pierres brutes (7). On voit encore près des villages nommes Zoteui, des élévations de terre couvertes de gazons qui passent pour avoir servi d'autel , entr'autres près du hameau des Zotcux en Vimeux, à peu de distance du village de Tours. Zoteux est une corruption du mot latin Altaria, mieux conservé dans ceux d'Auteux, portion du fief de Romcscams dont il est parlé dans une charte de l'an 1206 et des autels, lieu situé au terroir de Broyé. Raoul de Clermont fait mention de celuici dans ses lettres du mois de mai 1281 en faveur de l'abbaye de Brcteuil.
(I; Provfrb. Salom., c. 96, n.» s. (i) Bill, de* Oit., I. 4. c. 8, g 13.
(i) Til. Ut. hiil.. I. 30. c. 44. (•) Ibid. , g i.
(S) Banior, mylhol., loin. h. p. 018. fi) Maiim. Tyr., diuert. m. p. 4SI . 460. (4} HUI. du Val., tom. i, p. 5.
Enfin pour dernière preuve, H. l'abbé Capperonnier, étant au château de Moy en Vermandois , fit ouvrir la tombe dont nous avons parlé. Il n'y trouva aucun vestige de sépulture. Nous avons fait fouiller en 1768 dans la tombelle de Noyon, située sur le bord de la chaussée de Saint-Quentin, nous n'avons pas été plus heureux malgré toutes les mesures que nous avons prises. D'autres ont été visitées de même , et nous n'avons pas appris que la curiosité ou la cupidité aient été satisfaites. Nous finirons par une observation que voici : personne ne se persuadera jamais que le monticule des environs de Laon, qui porte le nom de Tumulus Brunekaudis dans les aneiennes chartes, fût en effet le tombeau de la reine Brunchaud. C'était un de ces anciens autels sur lequel la reine d' Austrasie , dont le Laonnois faisait alors partie , avait fait bâtir un château. Voilà d'où lui est venu le nom de Mont-de-Brunehaud qu'il conserve, ainsi qu'une ferme et une fontaine du voisinage.
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