‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 81 sur 294 · MONUMENTS CONSACRÉS A MERCURE · texte numérisé non relu

MONUMENTS CONSACRÉS A MERCURE

Quoique Mercure eût déjà beaucoup de statues dans les Gaules, dès le tems même de César (4), hujut sunl plurima simulaora , elles s'y multiplièrent encore dans la suite, relativement à ses différents attributs, jeune, vieux, mort, père de l'éloquence, messager des dieux, protecteur des marchands, guide des voyageurs, etc., de sorte qu'il n'y a point de contrée, après l'Italie, où il se trouve plus qu'en France des statues de ce dieu, grandes, moyennes et petites , en bronze , en marbre , en pierre , habillées à la gauloise , à la grecque, à la romaine.

Nous avons parlé des Mercures gaulois , c'est-à-dire , des petits monts placés sur le bord des grands chemins , sur lesquels on posait une grosse pierre arrondie pour représenter la tête de Mercure (5). C'était le simulacre de Mercure mort, ou plutôt de ses surnoms de Teutatès : in tumulum quem Mercurium Teutatem appetlant (6); de Pluton, que les sermons de saint Eloy, dont nous parlerons ailleurs, nomment Orcum. Le Mercure grec ou le vieux était une statue sans poitrine, sans bras et sans jambes: tenioret Mercurios , dit PIutarque, tine pedibut et manibut fingunt; ou une figure quadrangulaire en forme de gaine, qu'on appelait Hermès. On voyait, au rapport de Cornélius Népos (7), de ces pierres carrées que les Grecs appelaient Hermas , à l'entrée des temples et des maisons particulières. Cependant chez les anciens Saxons les monuments appelés Hermès et Hermin étaient érigés en l'honneur de Mars (8). Quoiqu'il

(I) Hirt. doVtioi», t.i. p. »8.

(3) De llnguft UUni, it. 10.

(S) Hirt. it» CeHei , I. ai, cm, S I.

(*) Caur. d«Be)!.gal.,llb. S.

(S) Bergier, gr. cbem . de 1 Etnp. I. r», p. 3SS et «utr.

(S) Ta. Ut.. déc*d. 3, l.ft-44.

(1) Conxl. Nep., Aldk., c S.

(8) WWkiod. imrt. C«t^ 1. 1, p. ««9.

AFTIL ET STATUES Dt; HESC01E DÉCOD- V SIT8 PRÈS PB

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en soit, le culte du dieu Hermè* était fort répandu dans la Belgique ; plusieurs lieux en ont conserve le nom , savoir » Mont-Hermarum en BeauTOisis , où Tut fondée l'abbaye de N. D. de Trie, aujourd'hui Froimont; Herme*, Tillagc, Herme» ou Hermenc, à présent Saint -Christophe, dans la forêt d'Halate; ces deux lieux sont situés dans le Senlisien; Herme* dans le Vimeux, c'était le nom d'un bois pour lequel le comte de Ponthieu et le seigneur de Saint-Valery étaient en contestation en 1219. Nous savons ^Herma terra (1) désigne une terre en friche , mais nous doutons si cette dénomination ne venait pas de ce que les friches étaient consacrées au dieu Hermès.

De ce simulacre ont été faits les Lare* viole* de Plaote, les Fiaco* de Varron , les Dii Termini dont il est parlé dans plusieurs conciles, c'est-à-dire ces espèces de pilastres ou colonnes placées à la rencontre de plusieurs chemins, comme au lieu dit le* Sept Voie* , en Boulonois et du coté de Compiègne. 11 y avait de même, chez les Edoniens, peuple voisin de la Macédoine, un lieu nommé le* Neuf Chemins. Peloutier (2) conjecture qu'il fut appelé ainsi parce qu'il y avait en ce lieu un célèbre sanctuaire , où les habitants de neuf cantons différents venaient célébrer la fête de Cotyt. Il est vaisemblable que des Viaci , sont venus Vi- sur -Aine en Soissonnois, Vy -sur- Autie, Vis -Marais, Mont-à-Vis-le-Haut , Mont-à-Vis-le-Bas en Ponthieu, etc.

Le Mercure romain, Mercuriu* , eut non seulement des simulacres dans la province, mais aussi des temples. Quant à ses statues, sans répéter les actes de saint Firmin, martyr, de saint Lucien, de saint Quentin, des saints Crepin etCrépinien, de saint Ricul, de sainte Macre, qui supposent son culte établi dans les principales villes de la Belgique, au mois d'avril 1695, dans une vigne située au terroir de Marissel, à deux cents pas environ, d'autres disent quatre à cinq cents de la porte de Beau vais, appelée de Bréle, au-dessus de la voie romaine qui passait au pied de Clermont. M. du Caurroy, médecin de Beauvais, fit la découverte d'une figure de Mercure, taillée en relief, sur une pierre blanche de l'espèce de celles qu'on nomme dans le pays pierres de Saint-Lcu (pl.... n.* 1). Cette pierre pouvait avoir dans son entier sept à huit pieds de haut. 11 n'en restait que trois pieds et un peu plus de neuf pouces, suivant les uns (3) , ou cinq à six pieds , suivant les autres (4). Selon des mémoires manuscrits , cette pierre tronquée avait près de cinq pieds de longueur, y compris le fronton, et deux pieds sept pouces de largeur, sur quinze pouces d'épaisseur. Le fronton, qui a onze

, i. s, ch. n, S".

3) Herc. GiU de jnio 1«W . p. SS.

(«) llrid.>d'ao4l, p. Ml.

pouces dans la perpendiculaire et fait partie de la même pierre, porte aut ettrétnité* sur deux consoles.

Le dieu est représenté debout. Son air et son port sont majestueux. Il a les cheveux courts et crépus , le menton barbu, la téte coiffée du pétasc, chapeau ailé. Son corps n'est couvert que d'une espèce de manteau qui approche du paludamentum , il est retenu sur l'épaule droite par un bouton. Mercure tient de cette main une bourse dont le fond est resté sur la partie de la pierre qu'on n'a pu retrouver ; de l'autre un caducée de plus de deux pieds et demi de long. Il est surmonté de deux serpens entortillés, suivant la description qu'en a donnée M. duCaurroy lui-même (1); et suivant Dom Jacques Martin (2), ce caducée n'a pas de serpent, mats je ne sais quoi, dit-il, qu'on ne peut définir bien, ni décrire. L'épaisseur de la pierre est ornée de chaque côté , au-dessous du fronton, d'un bas-relief qui représente un serpent, dont la tête, saillante de la volute de la console, le corps replié en spirale et la queue terminée en lozange allongé lui servent d'ornements. Au-dessous du serpent, du côté droit, sont an globe et une patère. Le reste est absolument fruste. On voyait au-dessous de l'autre serpent deux poissons adossés , assez gros et de la forme d'un dauphin, la téte en bas, et au-dessous une grande patère de vingt à vingt-deux pouces de circonférence. Plus bas était un autre poisson plus gros encore, mais il n'en restait que la queue et les nageoires étendues. On lit sur le fronton l'inscription suivante :

SACRUM MERCURIO At'GCsTo C ICL1US HEALISSUS. V. S. L. H.

Ce» quatre dernières lettres signifient votum soltit lubens merito, c'est-à-dire, que Caïus Julius Héalissus , en consacrant ce monument à Mercure Auguste, a accompli de son plein gré le vœu auquel il s'était obligé. Le P. de la Porte, minime, qui a fait imprimer dans le Mercure Galant du mois de septembre 1695, une dissertation sur la statue de Mercure, découverte près la Tille de Beau vais, en explique l'inscription ainsi: Caiuê. Julius. Heali. instaurant, suis, sumptibus. usus. licentia. magistratum.

On ne peut douter que ce ne soit le reste d'un autel érigé à Mercure yoyageur, après un grand voyage que Héalissus avait entrepris sur mer et dont il était revenu en santé. C'est ce qu'indiquent le globe, les poissons et les serpens; ceux-ci sont l'emblème de la santé. Mais les savants ont été partagés

(1) Merc. Gsl., topri. (t) Rdi«. des GmI., C i. p. su.

non seulement sur le titre d'Auguste que l'inscription donne à ce Mercure, mai» aussi sur sa physionomie. Les uns ont pensé qu'on avait voulu figurer l'Empereur Hadrien. Une médaille de Tite, Caesar Vespasianus Augustus Pontifes Maximut tribunitia potestate Consul vttj , un peu fruste « trouvée au même lieu, l'année d'après la découverte de ce monument, a porté d'autres à le donner à cet Empereur (1); mais le travail n'est pas d'une assez bonne main pour être ni d'Hadrien ni de Tite. D'autres ont cru (2) que la flatterie pouvait avoir engagé les Romains , pour honorer Posthume que les Gaulois proclamèrent Empereur du temps de Gallien, à lui donner le nom de Mercure, comme plusieurs de ses médailles lui donnent celui de Hercules Deusonensis , Hercules Magusanus (3). Leur conjecture est fondée sur ce que cet Empereur est un des premiers qui ait allie la barbe avec la pourpre, sur ce qu'il faisait les délices des Gaulois, sur ce que plusieurs de ses médailles le comparent à Mercure, en lui donnant ses attributs. M. Moreau de Mautour (4) assure même que c'était l'usage des anciens de peindre les grands hommes sous des figures de divinité or Posthume méritait certainement cet honneur par sa sagesse, sa valeur et les grands services qu'il avait rendus à la République : Posthumus in Galliis invasit tyrannidem , multo quidem Republicœ commodo; nom per décent art no» ingenti virtute ac moderatione usus est (5). Au reste, le titre d'Auguste donné à ce Mercure ne répugnerait ni à l'un ni à l'autre sentiment, soit qu'il fût donné aux dieux par un excès de flatterie (6) à l'égard des empereurs romains, soit que le terme d'Auguste signifiât la même chose que saint ou très respectable , très vénérable, très adorable, comme il parait par un très grand nombre d'exemples tirés des inscriptions et des médailles (7) ; soit enfin qu'il désignât que cet autel avait été dédié solennellement, comme nous l'apprennent ces deux vers d'Ovide :

Sacra vocaot Augusla patres Aogasla vocanlur Templa sacerdolum ritè dicata manu.

Il est vrai que la base d'une des colonnes trouvée à peu de distance de l'autel en question donnerait lieu de croire qu'il était accompagné d'une de ces petites chapelles nommées Cancelli. Sa base pouvait avoir vingt pieds et plus en carré. Elle avait une doucine au lieu du grand tore qui porte ordinairement sur la plinthe , conformément à l'ancien ordre ionique. La colonne qu'elle supportait

(1) Mém. MS.

(t) Bel. de* Ganl., 1. 1 . p. 345.

(S) HUt.de.Cell.. I.S.cn.fi*.

(4) Mém. de TrOmu, Juillet 170», p. 1447.

(&) Otmiu, lit. 8, e. Si.

(6) Rcc. d'anliq., 1 1», p. 374.

(7) Salenere, non» Ifaei. aoliq., 1 1, c. 1041 et teqq.

devait avoir doute pouces de diamètre, à en juger par la place de l'enclavement. Ouelquc chose de plus, les paysans des environs ont certifié que cinquante ans auparavant, le propriétaire de la vigne avait vendu quantité de pierres taillées et figurées qui provenait du même lieu.

Les Mercure» Galants de juin, d'août et de septembre 1095 (1), ont donné des relations de cette découverte. On trouve dans les Journaux des savons (2) , l'extrait de la lettre de H. du Caurroy et d'une autre de Dom Hyacinthe Alliot, bénédictin de Saint- Vanne (3). Le monument est gravé dans le Mercure Galant du mois d'août et deui fois dans Y Antiquité expliquée de Dom de Montfaucon(4). Dom Jacques Martin (5) l'a inséré aussi, avec quelques observations, dans la Religion de* Gaulois. Malgré cela, nous n'avons pas cru devoir nous dispenser de le faire graver de nouveau. Nous avons de la peine à croire, après lecture réfléchie de la lettre de M. du Caurroy, insérée dans le Mercure d'août 1605, que le caducée ait été rendu exactement dans les différents dessins que nous en avons.

D. Robert Wiart, bénédictin de l'abbaye de Breteuil, écrivait en 1670(6), rtrim riecat;» i>e qu'on avait découvert depuis peu, dans l'ancien emplacement de Vendcuil, une heicirk. divinité qu'il ne nomme pas; mais il la désigne suffisamment en disant qu'elle avait des ailes à la tète et aux pieds , qu'elle tenait une bourse d'une main et que de l'autre elle montrait la terre avec le doigt. C'était en effet un Mercure. Son attirail indique sa fonction de conduire les âmes après la mort, c'est-à-dire qu'en montrant la terre du doigt il voulait annoncer aux hommes qu'ils passeraient tous la barque à leur tour. Sa bourse était pour leur faire ressouvenir qu'ils eussent à se munir de quoi payer le passage. Cette idole tomba entre les mains du curé de Vendcuil. 11 la présenta à la duchesse de Sully, dame de Breteuil, qui en reconnaissance fit un fort beau présent à son église. Le nom de Sully renouvelle le souvenir affligeant de la dissipation du riche cabinet d'antiques de feu M. le Duc, dont il ne nous reste que le catalogue, rédigé en 1762, par Hcllc et Rem y. Il était formé, pour la meilleure partie, des antiquités qui avaient été découvertes à Vendeuil (7). Combien de sortes de Jupiter, de Mercure etc., sans parler des déesses, des ornements, des vases entiers ou frustes et autres pièces antiques. On a trouvé aussi sur le Mont-Gancton , près

II) M«rc. Gai. 1696 , p. 58 et Mit. (5) Belig. des Gaul., t. ■ . pl. «,

(il Joorn. de» sav. de 1695 , p. 19*. (c) Hbl. MS. monwt. Bnlul.. p. &&.

(3) Ibid.. 1695 , p. 15. (7) Calalog., p. 6 et lui».

(4) Aotiq. eipl.. pari, t.", pl. t»i»i. t. ». part. n.pl. «m».

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