MONT-JOIES, LIEUX CONSACRÉS A JUPITER
Voici quelques autres lieux de la Picardie dont les noms semblent indiquer
X HEALVAIS,
(I) Boll., (S) Augwl. Virooi
» , sep»., p. Si , n.* U.
(i) Ibid., I. m , nart. p. 8» . n.- 10.
(S) Ib4d«, ton
une consécration particulière à Jupiter. Quelques uns ont cru , entr'autres Dreux du Radier, que les Mont-Joies, dits aussi Mont-Saint-Denis, n'étaient que des monceaux de pierres consacrés en l'honneur de Mercure. Nous pensons, au contraire, que le mot Joie est une corruption de celui de Jove, en latin Jovit. En effet , nous avons lu dans un ancien obituaire de l'abbaye de Saint-Martin-au-Bois, autrement Ruricourt, au diocèse de Beauvais, que Jean de Tricot, dit Monsière , dont l'obit y est marqué au 16 de mai, donna à cette église, pour le repos de son àme, une terre située: juxta Montent- Jove, près le Mont-Joie, ou Mont-Jou. Jou, suivant l'auteur de la religion des Gaulois (I), était le nom véritable et légitime que Jupiter avait dans les Gaules et qui s'est conservé dans toute la France , comme à cette montagne des Alpes appelée Mont-Jou ou le Grand-Saint-Bernard; au ri liage de Mont-Jaoust, au diocèse de Rouen, etc. Le Montem-Jove de l'obituairc de Saint Marti n-au- Bois est aujourd'hui Mont-Gerain, village situé entre cette abbaye et Tricot. On prononce Gerin, on devrait dire Gevin; c'est ainsi qu'était nommé, en 1231 , un lieu du Soissonnois, situé près Vertefeuille , hameau sur la chaussée de Soissons à Villcrs-Cotterets : petia terrœ quœ dicitur de Monl-Gcvin (2).
Nous voyons deux Mont-Joies dans les environs d'Amiens, l'un au Sud-Est, sur le chemin de cette ville à Saint-Fuscieh. H en est mention dans un papierterrier de cette abbaye, de l'an 1526, en ces termes: 84 journaux de terre néant à Mont-Joie» , nommé le Camp de» Moines, tenant d'un bout au terroir de le Boutillerie du terroir de Cagny , d'autre bout à la cauchie de Paris. Il est nommé le Mont-Saint-Denis dans un compte de l'H6tel-de- Ville d'Amiens, du 23 d'août 1535: pour le» mite» faite» pour la maiton à Kourd, prêt le Mont- Saint-Denit , pour veoir par le Roy la montre de 6,000 légionnaire* de Picardie. L'autre était situé à l'Ouest, entre les villages d'Allonville et de Poulainville. Celui-là servait de borne à la banlieue d'Amiens de ce côté, comme il paraît d'une vérification des 23 et 24 de mai 1412. Item du grant quemin de
Naourt à une Mont-Joie de terre sans bourne qui fait banlieue et est
nommée le Motte de le Mont- Joie. Une charte de saint Louis, du mois de septembre 1236, en faveur de la ville de Roye, parle d'un lieu dit la Mont-Joye, situé au terroir de cette ville. On lit dans un ancien état des terres que le curé de Saint-Gilles tenait, en 1847, de l'église de Soissons: troit journaux et demi de terre à le Mont- Joie. 11 y avait une Mont-Joie au terroir de Morcourt, près Saint-Quentin; il est dit dans un titre de l'abbaye d'Homblières (3) quel'Eglite
<t) 0. Jae. Msitta.. I. i . p. *M. (3) C«rUil. Humai., p. 7».
<*; Muldw., chfon. Loniiponl, p. M, cl Ml. p. 3.
fut ressaisie d'un homme qui fust mourdrit à la Mon tj oie dessus Mouroourt , le vendredi après saint* Hunégonde. Une autre au terroir de Condren , diocèse de Laon; on y avait bâti une chapelle nommée la chapelle de Monjoie dont l'abbaye de Nogent-sous-Coucy avait le patronage. Le prêtre qui la desserrait est dit chapelain de la Mont- Joie dans un livre de cens de Tan 1290 (1).
Nous a tous vu que la Mont- Joie du côté de Saint-Fuscien est nommée aussi le Mont-Saint- Denis. Les cartes du diocèse d'Amiens et du cours de la Somme placent un Mont-Saint-Denis entre le village de Hailles et le Paraclet, dans l'angle formé par la jonction des rivières d'Avre et de Noye, sur lequel mont est situé une ferme. Nous avons remarqué dans une carte et dans celle du diocèse de Beauvais un Mont -Saint- Denis près Breteuil, c'est-à-dire, sur l'cminence, en forme de pain de sucre, où l'on prétend qu'était placé autrefois un fort qui défendait l'ancienne ville de Vcndeuil. L'église de Beauvais qui en est voisine est dédiée à Saint-Denis.
D'anciens titres nous indiquent aussi quelques autres lieux dont les noms paraissent avoir été formés du nom latin de Jupiter, comme Mons-Joet, du côté de la rivière de Marne, qui fut donné, en 1140, à cultiver à l'abbaye du Val-Secret (2); Mont-Juvien ou la montagne de Crécy-au-Mont , près Nogcnt-sous-Coucy , dans un bail à cens, de l'an 1628; Jovit-Villaris , nom d'un village du Soissonnois, dont l'autel fut confirmé en 1193 à l'abbaye de Coincy, par Névelon, évèque de Soissons. Nous trouvons dans une charte de l'an 1186 (3; un lieu dit Juvi-Lets, qui était situé du côté de Marseille en Beauvoisis; Jovia- Pralella, dans le testament de saint Bemy, c'étaient des petits prés situés au pied de la montagne de Laon; Joviam, lieu qui nous est inconnu, où le roi Louis VI donna, en 1117, à l'abbaye d'Arouaise deux muids de vin; Javagias, autre lieu situé près Viviers en Valois, que le comte Baoul donna, en 1148, aux Prcmontrés, pour y bâtir un monastère de filles. Les villages du nom de Joui et de Goui , de Juvigny et de Juvignies , celui-ci en Beauvoisis , le précédent en Soissonnois, viennent sans doute de la même source. Tous ces lieux sont sur des montagnes. Baoul de Preslc (4) nous dit en effet, d'après Isidore, que les poètes attribuaient à Jupiter la puissance de getter fouldres et tempestes; et pour ce les payent afin de vaincre leurs ennemis, quand ils esperoimt à avoir une grosse bataille, ils mettaient es plus hautes montagnes l'idolle de Jupiter et ses fouldres de comté lui. C'est pourquoi , suivant la re-
(1) Fol. 1*7 , recto. - (S) Ibid . col. «M.
(S) G*1L, ekr.. 1. 1 , lotira*., cal. US. (i) U dU d« Dira . MS. I. i, c ».
marque de Maxime de Tyr (1) , les premiers hommes ont consacré pour simulacre à Jupiter le sommet des plus hautes montagnes.
TEMPLES DE MARS CONNUS SOUS DIFFÉRENTS NOMS. - LIEUX DE LA PICARDIE QUI LES ONT RETENUS.
Il est à présumer par la vénération que les Belges avaient pour le dieu de la guerre, que le culte rendu à Mars Romain n'était pas moins étendu à Amiens, à Beau rais, à Senlis, à Soissons, dans l'Auguste du Vermandois, que celui de Jupiter, quoique les actes de nos premiers martyrs n'en disent rien, ni par conséquent des temples qui lui étaient consacrés dans ces différentes cités. Mais Malbranc (2) nous assure que ce dieu avait un temple à Boulogne. Des mémoires qui nous ont été communiques par M. Lateux, ancien maire de cette ville, disent que ce temple était placé au septentrion de la ville; que l'église de Saint-Martin qui se trouve hors de l'enceinte, depuis 1231 , que Philippe , comte de Boulogne , la resserra , comme elle est aujourd'hui , a pris la place de ce temple. Suivant le même historien des Morins (3), Mars avait un temple à Tcrouannc. 11 était situé à l'occident de la ville, à en juger par les restes des murailles qui y ont été découverts. Il conjecture que saint Victrice en avait fait la dédicace au v.« siècle, ainsi que de celui de Boulogne en l'honneur de saint Martin , parce que l'église de saint Martin de Térouannc existait dès le temps de saint Maxime. Si le récit de Malbranc était appuyé sur un autre fondement que des conjectures, on pourrait juger de même que les anciennes églises dédiées à saint Martin , qui sont en très grand nombre dans la province , étaient des temples du paganisme dans leur origine.
Il paraît plus probable que Mars avait un temple à Talèmars, village de l'Amiénois, en latin Templum-Marti* , suivant la charte de fondation de l'abbaye de Corbie, de l'an 662; à Talma, fief dépendant du comté de Beau vais, qui est réuni à la seigneurie de Saint -Léger; dans la vallée de Tnlmtui , au • terroir d'Essuile; à Marte-Ville, Martit-Villa, village du Vermandois; à Mari- Villa, lieu du Vimeux, au-dessus de Limeu; à Marti-Mont, Marlù-Mon*: c'est une tradition, dit M. Carlier (4), perpétuée de siècle en siècle, et confirmée par les titres , qu'à la place de l'église et du donjon de Marti-Mont , il y avait un
(1) Dfctcrt. SS . p. 4SI-M9. (J) IbM.. p. 39.
(t) De Morinl»., t. i,p. 161. (4) HiH. do Vâl., 1. 1, p. II.
temple de paganisme. Il est vraisemblable qu'il y en avait un à Mère -Mont, village du même canton (1); sur la tombelle de Marti-Mont qui serrait de borne à la banlieue de Noyelles-sur-Mer, comme nous l'avons dit; dans un lieu de même nom situé au terroir de Sailly - Lorette , qui est aujourd'hui un fief dépendant de l'abbaye de Corbie; enfin à M amer s, aujourd'hui Ma mets, près Encre. Mer» est le nom que les anciens habitons d'Italie donnaient à Mars, suivant Varron (2). Peloutier ajoute que son simulacre était une hallebarde (3). La rivière du Mas, en latin Mario, qui coule dans te Beauvoisis, était peut-être aussi un nom de consécration à Mars.