LIEUX CONSACRÉS A BACCHUS. PLUSIEURS DE SES FIGURES
Si l'on jugeait de celui qui y était rendu à Bacchus d'après la qualité de ses vins, surtout de ceux de la partie septentrionale de la Picardie, on serait décidé à croire qu'il n'y était pas fort répandu. Cependant depuis la sixième année du règne de Probus, c'est-à-dire depuis que cet Empereur eut révoqué l'édit de Domitien contre les vignes cl eut permis à tous les peuples de l'Occident d'en planter tant qu'il leur plairait , Bacchus devint un des grands dieux de ces contrées. M. Fayolle, premier commis de la marine, a, dans son cabinet, un Bacchus qui était le dieu Lare ou domestique de quelque particulier. Il a été
trouvé sur le mont Ganclon Sur la fin du siècle dernier, un laboureur
découvrit au terroir d'Amblainselve, village à l'ouest de Bapaume, une petite statue de cette divinité de treize à quatorze pouces de hauteur ; Bacchus était représenté nu, barbu, avec deux cornes au front et les yeux d'argent. Elle tomba heureusement, quoique mutilée, entre les mains de M. Moreau de Mautour, qui a fait, sur cette découverte, une dissertation imprimée à Paris, en 1679. Elle était renfermée dans un tombeau. C'est aussi dans un tombeau déterré depuis peu d'années sur le bord de la chaussée romaine de Bapaume à Amiens, qu'on a trouvé une autre petite figure de bronze, qui a tout l'air de Bacchus ou du moins d'un de ses suppôts (n.* ...); sa hauteur est de deux pouces cinq lignes, non compris le piédestal. Il tient de la main droite une boulle et de de la gauche quelque chose qu'on prendrait également et pour une grappe do raisin et pour une tète de bélier, tant le travail en est grossier. Mais, comparaison faite avec la figure d'un sacrificateur de Bacchus donnée par M. de Caylus (1) , nous pensons que c'est une tète de bélier, animal qu'on sacrifiait à Bacchus. Sa chevelure est épaisse et frisée. Le toupet forme une touffe de cheveux qui est nouée avec un cordon. Le piédestal est creux et ouvert par derrière; il a neuf lignes de hauteur, un pouce
(1} Rec. d'utiq., 1. 1, pl. lut, p. 17».
quatre lignes de longueur, sur un pouce deux lignes de largeur. Le travail de ce monument est assez mauvais ; l'attitude néanmoins lui donne une sorte de recommandation, parce que les figures assises sont rares et par là plus estimées (1).
On donne à Bacchus le temple qui était bâti au nord-est de la Tille de Beauvais TEMpts „e BACCHl> sur le Mont-Capron, colline à cent pas de cette ville- On fit la découverte de ses nis beacvais. m ruines en 1686, lorsqu'on construisait en ce lieu un fort qu'on nomme Tenaille, wescmptio*. En août 1636, on commença à travailler à un fort sur le Mont-Capron cù M. Augustin Potier donna le premier coup de pic. On a remarqué qu'il y avait eu autrefois un temple considérable, dont quelques pierres où il s'est trouvé des figures, ont servi à la construction des murs de la cité et de quelques anciennes églises; il s'est trouvé au même endroit des tombeaux, urnes, anciennes armes et antres vestiges d'antiquités. Les débris consistaient en fragments de colonnes, grandes et petites, les uns tout unis, les autres ornés de feuilles de chêne, de laurier, d'olivier et de pampre; en fragments de chapiteau, de base, de corniche, d'imposte; en fragments de statues etc., très délicatement travaillés. Toutes ces pierres furent transportées dans la ville de Beauvais. Longtemps auparavant la plus saine partie était entrée dans la construction des murs de la cité. En effet, en coupant celui sur lequel était bâti l'ancien séminaire, du côté de l'évèché, on a trouvé le chapiteau d'une colonne dont la base avait été déterrée en 1636, au Mont-Capron. On voit encore dans une cave pratiquée sous ces anciens murs romains, un reste de bas-relief travaillé dans le même goût. Il représente un sacrificateur brûlant de l'encens sur un autel. La tète qui manque se retrouve sur l'autre partie de la pierre , enchâssée dans le mur d une maison voisine.
Voici le plan de ce temple (pl. ... n." 10) tel qu'il nous a été communiqué par M. l'abbé Danse. Il fut tiré sur un ancien qui avait été fait au temps de la découverte de 1636. C'était un carré long, forme des temples antiques. L'entrée était à l'Orient, précédée d'une cour parfaitement carrée, autour de laquelle régnait un portique qui allait aboutir à une terrasse. On voit en dehors de cette cour un corridor qui conduisait à deux escaliers dont les noyaux étaient chargés de pampres rampants. Ils formaient comme deux tourelles à l'extérieur de la première enceinte. Le temple était placé, partie sur la cour, partie sur la terrasse. Celle-ci est terminée en rond-point. L'intérieur du temple avait un rang de colonnes qui imitait la forme extérieure. On montait au vestibule par un escalier. La terrasse séparait le temple et sa cour d'un autre bâtiment presque carré, qui occupait plus d'espace encore que les deux ensemble. Il était en glacis. On y montait par un perron. L'intérieur était divisé en deux parties égales et
(0 Réc.d ânlUi.t.ia, p. 14».
uniformes formées par an rang de colonnes. Le plan donne à cette partie le nom de jardin : c'était peut-être le lieu de la sépulture de ceux qui étaient employés au service du temple. En effet , on 7 a trouvé quelques urnes et un tombeau élevé de terre de trois pieds ou environ. Nous en parlerons ailleurs. Le temple était d'ordre dorique; le portique, d'ordre corinthien. On a jugé qu'il avait été dédié à Bacchus par les différents attributs de ce dieu représentés sur ses débris.
Le Vasseur (1) donnerait lieu de conjecturer que Bacchus avait un temple aussi, près la ville de Noyon, sur le Mont-de-Saint-Simém. C'est une côte assez élevée , longue et large , et où croit le meilleur vin du pars. Nos conjectures sont fondées sur ce qu'il rapporte que, le mardi du carnaval, la jeunesse de la ville va prendre encore ses ébats sur cette montagne. On y fait des feux , comme nous l'avons appris clans le pays, ce qui oblige les propriétaires des vignes de les faire garder, de peur qu'on en enlève les échalats.
or sermon de ut» Bacchus avait le surnom de Liber, d'où est venu le nom de Libérales donné ntsTÉ a «moras aux fêtes infâmes qu'on célébrait, en faveur de ce dieu, dans le mois de mars. lieux de ricASDiE. Ce surnom a passé à quelques lieux de Picardie nommés en latin Liberi-Mone et Liberi-Curtis , c'est-à-dire Levre-Mont, qui n'est plus aujourd'hui qu'une ferme appartenant à l'abbaye de Saint-Just; Liber-Mont, village du Verraandois, et Limercourt dans l'Amiénois. Mais les libérales n'étaient pas les seules fêtes de Bacchus. 11 y avait aussi les Orgies, dont un plus grand nombre de lieux de la province ont retenu le nom, tels que Hourges, autrefois Orges et Horgcs-surla-Luce; Orgis-Scella , nom d'un ancien moulin situé du côté de Brctcuil; Orgi- Valy lieu près de Clermont ; Orgi- Val^ maintenant Orgeval , village du Laonnois; Orgi-Campus, Orcamp, abbaye célèbre de bernardins, au diocèse de Noyon.