‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 85 sur 294 · MONUMENTS DE CYBÈLE · texte numérisé non relu

MONUMENTS DE CYBÈLE

La Picardie nous offre aussi plusieurs monuments des grandes déesses. Le plus beau , sans contredit , est celui de Cybèle , la mère des dieut , la déesse de la terre. C'est un petit buste en bronze, (n.* ...) , de six pouces de haut, posé sur un tympanum , dont on se servait dans les fêtes de la déesse. H a un pouce six lignes de diamètre, son piédestal n'a qu'un pouce neuf lignes de hauteur et deux pouces trois lignes de diamètre. Le tout est recouvert également du vernis antique: monument s dit M. de Caylus(2), de* plut complète pour la conservation, et des plue

(I) Annal. de Nojoo , 1. 1, p. S13. (») CjjIu». »«. dtniiq., t. », p. 31».

parfait» pour la beauté du travail;... le mieux destiné que j'aie vu de fabrique romaine. M. Dargnies de Fresne qui l'avait vu aussi , mais avant qu'il fût arrangé, donne lieu de penser qu'il n'était pas aussi complet que l'annonce le savant académicien. Voici les propres termes de M. Dargnies : Cette découverte fit faire de plu» ample» recherche» dan» le» environ» ; mai» on n'y trouva plu», dont le même endroit , qu'une boule de même métal portant environ 5/4 de pouce de diamètre, percée en haut et en bas , et qui semble avoir servi de sujrport au butte, à la naissance du piédestal sur lequel il était posé. Cette boule n'est autre que le globe de la terre , qui était un des symboles de Cjbèle. La personne qui a envoyé ce monument à M. de Caylus lui a laissé , sans doute , ignorer celte circonstance. H. Dargnies a soin d'observer aussi que le tympanum était d'un même jet avec la figure. Revenons-y : la tête est très-agréable, ses cheveux bouclés et très-bien traités lui tombent sur le devant des épaules en forme de cadenettes. Elle est coiffée à la manière des deux bustes de la même déesse (I) découverts, l'un près Saint-Eustache, à Paris, l'autre au bas de Mont- Martre , c'est-à-dire de murailles de ville flanquées de six tours. Il est certain que si le monument trouvé dans le Vimeux eût été la représentation d'une ville, c'eut été plutôt Tours, comme nous le dirons bientôt, qu' Abbe ville ; mais les cornes d'abotidanec placées aux deux côtés du buste, appuyées contre le tympanum et terminées par deux pommes de pin , symboles du jeune berger Atys, sont les véritables attribuft de Cybèle. Nous le donnons ici tel que M. de Caylus (2) l'a fait graver , mais avec un attribut de plus qui rend l'ensemble encore plus parfait.

Cette belle antiquité a été découverte depuis quelques années à Tours, village ancien et considérable du Vimeux, où se croisent deux grands chemins qui traversent tout ce canton de la Picardie, et où vient aboutir un autre qui part d'Oisemont. Ce lieu est au nord-ouest de Vismes, que nous croyons avoir été l'ancienne capitale du Vimeux. Le monument était enseveli sous des décombres. M. de Tuyson nous a appris , par une lettre postérieure de quelques années à cette découverte, qu'il y avait donué lieu. Sa lettre, écrite d'Abbcville, le 25 d'octobre 1770, s'exprime ainsi: « Après avoir dùté chez M. le marquis de Langeac, seigneur du lieu par madame veuve de M. le marquis d'Epinoy, son épouse, nous fûmes nous promener dans un petit bois de chesne qui est au bout du jardin du château. A droite de la grande allée , je vis une petite voie où j'entrai, et à cent pas je trouvai une élévation assez considérable qui ne pouvait

(I) Bel. des G.ul., L u , p. 39 et M . pl. nui. (i) Bec-, topri., pl. est.

protenir que de déoombret d'un édifice qui t'était éboulé en cet endroit. Je dit mon sentiment à ce seigneur qui y fit attention, et nous conclûmes que ce pouvait être un temple des anciens Druydes. Le dimanche suivant je retournai à Tours. En arrivant , madame la marquise de Langeac me fit voir une lsis très-bien contervèe qu'on avait trouvée dans les décombres de l'élévation de la petite allée. Je ne vis point celte idole sans un grand plaisir, ce qui engagea cette dame .à me la promettre quand elle aurait contenté la curiosité et l'envie qu'elle avait

de la faire voir à ses amis et voisins Je ne sçai par quel hazard cette

idole est tombée entre les mains de M. Douville, conseiller au Présidial d'Abbeville, qui l'a cédée à M. le comte de Caylus. »> M. Dargnies ajoute à ce récit que M. Douville l'a fait monter sur un piédestal proportionné à la figure , sans dire s'il avait été trouvé au même endroit.

Voici deux autres figures d'un aussi bon goût que la précédente, qui ont été trouvées de même dans la Picardie. Elle» sont fort bien moulées et drapées. La première (n.* ...) semble appartenir à Cjbèle, quoiqu'elle n'ait de ses attributs que la corne d'abondance. Elle la porte sur le bras gauche , l'épaule et le sein étant découverts ainsi que le bras droit. Sa coiffure est remarquable. Elle est chaussée à l'antique, c'est-à-dire qu'elle porte une semelle assujettie sous le pied par le moyen de bandelettes ou rubans qui, après s'être croisés sur le pied et. au-dessus du talon, se nouaient entre la cheville du pied et le mollet de la jambe. Cette figure peut avoir trois pouces de h'aut. Nous prendrions la seconde (n.*....) pour un archigalle, grand-prêtre de la déesse, s'il avait le bonnet phrygien ; mais nous pensons que c'est un simple galle supportant ^u bras gauche deux cornes d'abondance accolées, et ayant la main droite fermée comme pour tenir un tympanum ou une pomme de pin. Les trois sortes d'habillements dont il est revêtu sont très-aisés à distinguer. 11 porte une ceinture par dessus. Cette petite figure de bronze, de quatre pouces moins une ligne de haut, vient du Mont-Ganelon près Compiègne. Elle a été donnée par M. Panelier à M. Fayolles, commis de la marine, qui la conserve dans son cabinet à Versailles.

HtsTES ut som teh- Nous ne c0""3»880"9 en Picardie d'autres vestiges de temples consacrés à Cy- ?le ai village i>c bêle que ce que noua a dit feu M. de Tuyson des débris de celui de Tours en Vimcux, dans sa lettre déjà citée : L'après-midi nous fûmes sur les lieux et nous découvrîmes le paré de ce temple qui était d'une espèce de faïence blanche. Je voulus engager M. le marquis de Langeac de continuer la fouille qu'il avait commencée , il me dit que cela lui paraissait fort inutile. Cependant la fête de cette divinité, qui, au rapport de l'auteur des actes de saint Symphorien, martyr, et de Grégoire de Tours, se célébrait avec beaucoup de pompe

dans toutes les Gaules, et par conséquent dans la Belgique , d'après ce que nous venons de dire , suppose qu'il y ayait plusieurs temples.

D'ailleurs, nous croyons apercevoir le nom du jeune berger Atys, si fameux tBSTÏ „t CCITE Dr dans rhistoire des poètes par l'amour que Cybèle avait conçu pour lui , dans mon atis, dans ceux des villages à' Atys en Laoanois et d'/tthie* en Vermandois, à moins qu'on LESOBDEmisy-tii!' aime mieux le faire venir d'Atit , surnom que l'on donnait à Mars dans l'Asie- imx DE p,c*»nls Mineure, où les Gaulois avaient été faire des conquêtes, comme nous l'apprend leur histoire. La féte de Cybèle était 6xéc dans les anciens calendriers romains au 27 de mars. On promenait sa statue par les rues, autour des champs et des vignes, et le peuple la précédait en chantant et en dansant.

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