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DE PRIAPE A AMIENS ; MONUMENT DÉCOUVERT PRÈS CETTE VILLE

Voici un dieu d'un laraire amiénois. On sait que chacun s'en faisait à sa guise. Il était libre d'en faire le choix parmi les grands ou les petits dieux. L'empereur Alexandre avait une si grande vénération pour ces sortes de divinités, qu'il en avait toujours un grand nombre avec lui. Il les regardait comme ses dieux tutélaires. Celui-ci est un Priape que les Gaulois, selon Martial, représentaient de la manière la plus lascive:

Gallo turpius est oîbil Priapo (t).

(I) AaUq. cxpU l. i , p. Il , pl. eu , cm. (t) Epigr.. 1. 1 , M.

Il a été découvert en 1771 dans le* environs de la Tille d'Amiens, sur le chemin du faubourg Saint -Pierre au village de Rivery, enfermé dans un tombeau de pierres scellées en fer. La figure (n.°...) de bronze, do sept pouces de haut, est composée de deux parties que le hasard a fait découvrir. Elle est d'un fort bon goût et très bien conservée. La face en est mâle, sa barbe est épaisse et frisée. La tète et les épaules sont couvertes du sagum gaulois, espèce de mantelet qui descend jusqu'aux hanches. Le capuchon terminé en pointe ne laisse que la face à découvert; pardessus et autour du cou parait une bandelette nouée sous le menton; voilà ce qui forme la première partie de cette idole. La deuxième comprend le reste du corps , depuis le cou jusqu'à la plante des pieds. L'attribut du dieu lascif en forme le tronc. Il est recouvert par le manlelet qui est tant soit peu ouvert par le bas. L'habit de dessous descend un peu d'avantage ; il est serré autour des Teins par une ceinture dont on voit sortir un bout de dessous le mantelet. Les cuisses et les jambes sont nues. Il est chaussé de sandales , qui consistent en une semelle, fixée par un cordon, noue sur le coude-pied. On avait placé à côté du pied droit et sur la même base une sonnette de huit lignes de hauteur et de six lignes de diamètre dans le bas. M. de Caylus (I) avoue modestement qu'il ne peut donner la raison de cet attribut de Priape. L'espèce de bilboquet de brome (n.*...) de deux pouces une ligne de haut, sur un pouce huit lignes ou environ de diamètre, est-il plus aise à deviner? Il était placé à côté du monument. La figure a cinq pouces sept lignes et demie de hauteur, son piédestal est long de deux pouces une ligne, large de sept ligneset haut de onze lignes. Elle a été coulée en bronze. La seconde partie est massive ainsi que la tète. Nous ne connaissons point de Priape semblable à celui d'Amiens (2). M. Voltaire observe à l'occasion des Bramins des Indes qui portent encore en procession le Phallum des Egyptiens, le Priape des Romains, qu'il est probable que cette coutume fut d'abord introduit* dans des temps de simplicité, et qu'on ne pensa d'abord qu'à honorer la Divinité dans le symbole de la vie quelle nous a donnée. Il n'y a guère de peuples t ajoute -t-il , qui n'ait conservé quelque cérémonie qu'on ne peut ni approuver ni abolir (3).

Cette découverte nous donne occasion de parler d'une autre qui avait été faite jotrk monvhest l'année précédente , dans la capitale de la deuxième Belgique Romaine. Il est s os mumsti na vrai que Reims est hors des limites de la Picardie; mais toutes les pièces en u v,ut DE "ms

(l) Bec. d'art*., 1. 1» , p. 410. aDtiqaa* , t. n, p. 87 et pl. «. Oo a toi du Priape d'A-

(S) Ce precieui brome, content' an muée d'Amient mien» quelques copie* en brome que de* amateur* con-

•oa* le n.* SS do catalogue, a M décrit H publié par serrent à tort comme antique*. — Note de l'Editeur.

Uriraud de la Yincelle. Voirton recueil de monument» (S) Essalsor lbbil.géiiér.*le.,t.fT> p. su, «dit de 1717.

quoi consiste cette découverte, nous ayant été envoyées obligeamment par M. Dinet, marchand épicier sur la place de la Halle de Saint-Remy, chez qui elles avaient été trouvées , nous croyons ne pouvoir mieux lui marquer notre reconnaissance qu'en les plaçant ici. Des ouvriers creusant une cave déterrèrent trois cadavres (n.* 1) couchés à coté l'un de l'autre, ayant trois grands clous de fer fichés dans la tète et un dans chaqué coude. C'était un genre de supplice en usage dans les Gaules, du temps du préfet Rictiovare, pour punir les malfaiteurs , comme pour mettre les chrétiens à la torture. On peut consulter là dessus D. Marlot (1), bénédictin de l'abbaye de Saint-Nicaise de Reims. On a trouvé à côté de ces cadavres une petite figure de bronze, moulée assez grossièrement (n* 2), de deux pouces neuf lignes de hauteur; elle est habillée à la bclgique, c'està-dire d'une tunique à manches fort larges , à laquelle est attaché un capuchon rabattu sur les épaules. Son geste, à la vue de nous ne savons quoi qu'elle tenait dans la main gauche , annonce la joie. La droite est ouverte de façon à faire juger qu'elle y portait quelque chose de mobile. Il nous semble, par une des pièces qui accompagnaient la figure, que c'était un Priape ou du moins un de ses dévots: la petite sonnette de brome (n.'...) de forme carrée, arrondie sur les côtés; une des faces est mangée par la rouille. Le menu bout du battant est encore passé dans l'anneau où il était mobile; hauteur cinq lignes, longueur treize lignes et demie, largeur nenf lignes et demie. Nous ignorons ce que signifie le petit godet (n.* 4) de môme métal, fort mince, et troué au milieu dn fond; il n'en reste que ce qu'on voit ; son diamètre est d'un pouce trois lignes.

Les autres morceaux qui faisaient partie de cette découverte, sont : 1* une lampe sépulcrale de bronze (n.# 8), en forme de boite longue, dont l'intérieur est encore tapissé d'un noir de fumée. Nous la faisons voir ouverte. Le corps de la boîte a deux pouces trois lignes de hauteur et un pouce neuf lignes de diamètre. Le fond extérieur est orné de cinq ronds gravés. Son couvercle, fait pour être emboîté, a neuf lignes de hauteur, y compris la plaque qui fait le couronnement-, elle a deux pouces trois lignes et demie de diamètre. Au milieu de cette plaque est un trou rond, de six lignes de diamètre, oh était placée la mèche. Le fil de laiton qui reste au rebord servait à l'attacher à un mur. 2." Une pierre noirâtre, propre à aiguiser (n.* 6), hauteur quatre pouces moins une ligne , largeur deux pouces , épaisseur quatre lignes ; le trou qu'on voit à la partie supérieure était fait pour passer un cordon. 3.° Cinq anneaux de différentes grandeurs (n.« 7); le plus grand, en fer, a trois lignes d'épaisseur et un

(l) Mclrop. Ben., 1. 1 , p. 75 et Mqq.

pouce neuf lignes de diamètre; les quatre autres sont de bronze. Les deux petits ont tout l'air d'anneaux à mettre au doigt, d'un pouce et une ligne de diamètre. 4.» (n.» 8) Cinq boutons d'os; ils étaient recouverts de quclqu étoffe. S.* (n.* 9) Une pierre bleuâtre, ovale et factice, comme les pierres à ôter les taches, de neuf lignes de long sur sept de large ; elle est empreinte d'une petite figure. 6." (n.* 10) Espèce de creuset de terre blanchâtre, qu'on prendrait pour un vase de pipe à cause de son talon : vingt-cinq lignes de hauteur , deux pouces moins deux lignes de profondeur, un pouce trois lignes de diamètre.

CULTE D'ANGERONE ET DE LUCINE À BOULOGNE; DE DIOMÊDE A BEAUVAIS ; DE PALES EN QUELQUES LIEUX DE PICARDIE.

H. d'Halinghen a découvert, chez un orfèvre, à Boulogne, une amulette fondue en or massif, du poids de cent vingt et un grains et d'un pouce de hauteur. Elle avait la bélière au dos : c'était une figure d'Angerone, déesse du Silence. Elle avait été trouvée incrustée dans une brique de la tour d'Ordre. On prendrait cette figure pour l'image d'un enfant, coiffé en cheveux, portant un doigt sur la bouche et la main droite sur le derrière. M. d'Halinghen l'a fait passer à M. de Haurepas. Ce ministre lui en a accusé la réception par une lettre trèsgracieuse, du 28 de décembre 1745, qui est l'année de sa découverte. Nous ne savons comment cette petite idole a appartenu depuis à M. Pellerin, qui l'a prêtée à M. le comte de Caylus, pour la faire graver dans son recueil d'antiquités (1). H. Luto, curé d'Alquines, qui a travaillé à l'histoire du Boulonois après le célèbre P. Lequien, dominicain, dit avoir vu une inscription en l'honneur de Luoinia Rononientù. Louvet (2) parle d'une grosse pierre tirée en 1633 des fondements de l'ancienne cité de Beauvais, sur laquelle était gravé en lettres romaines: Diomedis monument um. 11 est à remarquer que cette pierre était posée dans l'eau , comme le monument de Diomède , dont parle saint Augustin (8). Nous pensons que la déesse Paiès, qui avait sous sa tutelle les bergers et les troupeaux, était révérée dans l'Araiénois, à Paliart, en latin, Pali- Ortus, et dans le Soissonnois, au village de Pasly; que ces deux lieux ont tiré leur nom de Paliliei, fête qu'on célébrait en l'honneur de Pales, le 19 d'avril; du moins c'est une vieille tradition dans le Soissonnois, qu'il y avait une idole

(l) Eée. d'totiq.. l, h. p. tSI, pl. nui, n." t cl t. (S) Aollq. do Betut ., I. a, p. SS7, MU. de 1635.

(S) S. Auguilio, de civil De»., I. «nu, c. in.

à Pasly. Enfin saint Eloi nous apprend, par ses sermons, que nos pères avaient un grand nombre de divinités du second ordre, auxquelles ils érigeaient, à la campagne, de petites chapelles qu'il nomme Cancelli. Ils s'y transportaient arec des bougies et y pratiquaient mille superstitions.

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