FUNÉRAILLES DES BELGES DANS LES PREMIERS TEMPS
Les devoirs rendus aux morts faisaient un autre point de la religion belge et de la religion romaine. Les Gaulois en général , ainsi que les
(I) Apologet., e»p. mr. (S) Gruter. — aivn.
connaissaient point ces superbes mausolées , dont la masse leur paraissait accablante pour celui qu'on voulait honorer. Après avoir brûlé les corps , ils élevaient un simple tombeau de gazon: sepulcrum oespes erigit: dit Tacite (1), en parlant des Germains , mcmumcnlorum arduum et operotum honorent, ut gravent defunotis , aspemantur. Ainsi ces grosses pierres qu'on voit dans le Valois, près les villages de Rhois, de Borret et de Courmont, ne peuvent avoir servi a honorer les tombeaux des Belges-Romains. Si la simplicité paraissait dans ces monuments, tes cérémonies des funérailles, an contraire, étaient bien pompeuses et bien magnifiques. On plaçait sur le même bûcher (2) qui devait consumer te corps du défunt, hommes, animaux, en un mot tout ce qu'il avait chéri pendant sa vie: funera tunt pro cul tu Gallorum magnifica et tumpluosa ; omnia que, quœ vivis cordi fuit ta arbitrantur, in ignem inferunt, eliam anima lia: ac paulo suprà hanc metnoriatn terii et cliente* 3 quoi ab iis dilecto* esse conttabat, tut m funeribus oonfectis, una cremabantur. Toutes ces choses brûlées ensemble formaient une éminence qu'on nomma Buttum. Les Latins, dit Procope (8) , appellent Butta les restes d'un bûcher gaulois. On lit en effet dans
Virgile : Terreno es aggere buttum (4), et on en voit beaucoup sur le
mont Apennin : Butta enim Latini vacant rogi reliquiat; et plurimi visuntur hic , mortuorum illorum Gallorum tumuli terrd aggestâ editi. Les Romains les rendirent célèbres, dit Tite-Live (5), voici comment: voulant s'épargner la peine d'enterrer chaque mort en particulier, les Romains en firent des tas et les brûlèrent: promitcue aoervatot cumulot hominum urebant: buttorumque indè Gallicorum nomine insignem locum fecere. Pline (6) en donne une autre raison, c'est qu'ils s'aperçurent que dans les pays lointains où ils faisaient la guerre, on y déterrait leurs morts : Ipsum cremare apud Romanot non fuit veteri* institut*; terra condebantur. At postquam longinquis bel lis obrutot erui cognovere, tune institut um.
Quoiqu'il en soit, les Romains brûlaient les morts; ainsi il n'est pas éton- ,LS muuismt lis nant que cet usage se soit maintenu long-temps dans la Belgique -Romaine et cotrs scivaxt ruqu'on y retrouve, soit dans les anciens cimetières, soit dans les caveaux, soit iiumces. dans les sarcophages, des ossements à demi brûlés de personnes et d'animaux, mêles avec des cendres. On en a vu des preuves à Amiens, dans les environs d'Abbeville, sur le Mont-Ganelon , près Compiègne, sur la montagne de Castenoy, du côté de Clermont, en Beauvoisis, à une lieue de Soissons, à Té-
(l) Comf1. Tacii.. de moribiu Germ., etp. mtii. A^lne^.. I.î.
(S) C*»ir, de Bell. Gai.. I. S. cap. 1». ' i ^t. }-Ûy ift . decad. S.
(3) Proeop., I. 4 . de Bell. Goth. - (6) Plin., 1. 1 , cap. St.
rouanne , à Fontaine-Ies-Hermans , au pays des Morins , et surtout à Saint- Quentin , en Vermandois ; car dans toute rétendue du cimetière public , placé au nord-ouest de cette ancienne cité, c'est-à-dire entre deux collines, l'une appelée Flori-Mont du coté de la chapelle d'Epargne- Maille, l'autre, Noir-Mont, qui fait partie du bastion de Longueville, il ne s'est rencontré dans tout cet espace que des urnes remplies de cendres et d'ossements brûlés.
M. Caignart, Maïeur de Saint-Quentin, écrivant à H. Bendier le 15 d'avril 1671 (1), lui mande en général qu'en creusant, aux années 1684 et 1686, les fossés des bastions de Saint-Jean et de Richelieu, et le terrain qui est entre ces deux bastions, on trouva une quantité prodigieuse d'urnes de différentes matières et figures. Les urnes de verre , ajoute Héméré (2) , étaient fort épaisses et de la contenance de trois chopines: elles renfermaient des cendres avec une pièce de monnaie, pour payer, sans doute, le passage de la barque de Caron. Les urnes de terre n'avaient rien de remarquable, sinon qu'elles étaient presque toujours accompagnées de vases de terre rouge, comme assiettes, plats, coupes, etc., d'un travail élégant; les uns unis, les autres chargés d'ornements: Figlina operùt degantit, ditci, pooula, cymbia , vatoulaqu» generis differentis. La plupart de ces vases avaient été rassemblés par M. Christi, chanoine de Saint- Quentin. On ne sait ce qu'est devenu le cabinet de ce curieux. H- Le Nain (8) qui conduisait les travaux des fortifications en 1634, en qualité d'ingénieur du Roi , entre dans un peu plus de détail. 11 nous apprend qu'en faisant travailler au fossé du bastion de Saint-Jean, ou y a découvert un ancien cimetière romain où il se trouva beaucoup d'urnes et de petits vases de verre auxquels il donne le nom de laorimoire , et une urne entr'autres de singulière considération. Elle était renfermée dans une pierre de taille carrée, d'environ doute pouces, percée de plusieurs trous où l'on avait logé des lacrimoiret. L'orifice de l'urne était fermée par une médaille d'or. Elle était si fruste qu'à peine y put-on distinguer la figure d'une femme avec ces deux mots : Germanicu$ et /Ma. Le tout était recouvert d'une pierre de même grandeur. M. Coulaubier, gouverneur de Saint-Quentin, fit présent de cette urne et de la médaille au cardinal de Richelieu. M. Le Nain fit élargir le même fossé eu 1658 ; il y trouva encore plusieurs urnes. 11 dit qu'on en trouvera encore quand on voudra y travailler. On en a découvert aussi plusieurs remplies d osssements réduits presque en cendre, sous les murs de Térouanne, dans un endroit que Mal-
(1) Bendier, deff. dei prérog. de Stinl-QfjnUD, (») Augml. Viromand. rindic. p.*5.
p. 33 et tuiv. (3) Anliq. de l'AugusI. de Vermandol», Noyoa 1671.
C% V£AUX CONSTRUITS POUR LES M jRTS
O fut alors que la coutume de déposer le» corps en
Otte «ourdie manière d'honorer le* mort* t Tint arec le culte de* Mane* et Tapoth<xjae par le canal des Romain*, sans rien changer cependant à la loi des Isouir- Table* qui défendait d'eusevelîr et de brûler les corps, dans la nlle de m rltittm in urbt ne trpelitc, nere *rit* (3). En effet, les ville» et non poor les morts : civitatet mm ntnt katmlaculo
<4) obtisea-t-fl toutes les Tilles de son obéissance de s'y conformer. Les sépulcres étaient placé* en plein champ, sur les montâmes, dans les cimetierr* publies et privé*, et presque toujours à l'Orient de* habitations: tepul^em ipm ad rrientaiem pvriia (5). Nous disons presque toujours, parce que
dit Vairon (6 ), que les pusans se sourinssent qu'ils étaient mortels , et que dont ils tus aient les sépultures Taraient été comme eux: <ju«e (sepalcra i tireur: Ut arlmrv an] te est* et Mot fvittt mortalet. C'est, en effet, en ces différents endroits qu'ont été découverts les eareaui, les coffres, les sarcophage* et
d un caveau dans lequel ou avait déposé une urne de >, remplie d 'ossements à demi brûles. Ce vase ossuaire était fort proprement dans un autre Tase de terre de Poiriers, qui devait le sarantir de l'injure de l'air. Cette espèce d nOrwirfarttrw était couTert de deux pierres taillées en forme de dieux Pénates, an milieu desquels on avait placé une mé-
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