‹ Introduction a l'histoire littéraireChapitre 2 sur 50 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

nécessaire de tourner et retourner dans sa tête les données du document. Il faut laisser faire au temps, et à cette digestion sourde qui s'opère dans notre esprit. Lire ainsi réduirait infiniment ces lectures immenses, dont l'indication est si fastueusement donnée au bas des pages. Faut-il le dire? Je connais des ouvrages, stupéfiants par la quantité des livres ainsi mentionnés, étonnants aussi par la modicité du résultat. Sur l'antiquité tel a tout lu, qui à ne tenir compte que du savoir intelligent, ne sait presque rien de son sujet.

Ce livre-ci, bon ou mauvais, a été fait, je le déclare tout de suite, au moyen de lectures réitérées, qui ont porté principalement sur notre littérature française des derniers siècles, secondairement sur l'antiquité et sur la littérature moderne de quelques nations voisines; rien de plus. Mais tel livre relu, annoté, commenté, m'a retenu des semaines ou même des mois.

Pour la partie de mon livre relative au style, c'est pis encore : mes idées se sont formées uniquement, ou peu s'en faut, par l'étude des littérateurs français. A tort ou à raison, je suis persuadé qu'on n'entend rien ou peu de chose au style d'un auteur, si on ne possède pas la langue de cet auteur, aussi précisément que sa langue maternelle. Or, on en conviendra, c'est une obligation difficile à remplir pour un seul idiome étranger, impossible pour plusieurs.

lA présent, dans les conditions que j'ai acceptées, a-t-on le droit de hasarder des idées générales, valables pour toute littérature? Je le crois sans doute, puisque je me le permets.

Je me fonde pour cela sur l'exemple des sciences physiques, autrement avancées que nos sciences morales. Croit-on que les anatomistes aient disséqué beaucoup d'hommes, et des hommes de toutes races, avant d'affirmer comme constantes et communes les dispositions essentielles de nos organes? La solidité de leurs inductions ne dépend pas uniquement, ni

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