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Introduction à l'histoire universelle: Discours d'ouverture prononcé à la

Ce petit livre pourrait aussi bien être intitulé : Introduction a l'histoire de France ; c'est à la France qu'il aboutit. Et lé patriotisme n'est pour rien en cela. Dans sa profonde solitude, loin de toute influence d'école, de secte ou de parti, l'auteur arri-

vait , et par la logique et par l'histoire, à une même conclusion : c'est que sa glorieuse patrie est désormais le pilote du vaisseau de l'humanité.

Mais ce vaisseau vole aujourd'hui dans l'ouragan; il va si vite, si vite, que le vertige prend aux plus fermes, et que toute poitrine en est oppressée. Que puis-je dans ce beau et terrible mouvement ? Une seule chose: le comprendre; je l'essaierai du moins. Mais il part de haut et de loin ; ce ne serait pas trop de l'histoire du monde pour expliquer la France. Peut-être aurai-je le temps d'exposer ailleurs ce que je ne puis qu'indiquer aujourd'hui. Je voudrais dans ce rapide passage, obtenir quel-

vit

ques momens du tourbillon qui nous entraîne, seulement ce qu'il en faut pour l'observer et le décrire ; qu'il m'emporte après, et me brise s'il veut !

Avril 4831.

Avec le monde a commencé une guerre qui doit finir avec le monde, et pas avant; celle de l'homme contre la nature , de Pesprit contre 4a matière , de la liberté contre la fatalité. L'histoire n'est pas autre chose. que le récit de éette interminable lutte.

Dans les dernières années , la fatalité semblait prendre possession dé la science comme du monde. Elle s'établissait paisiblement dans k philosophie et dans l'histoire. La liberté a réclamé dans la société; il est temps qu'elle

IO INTEODUCTION

réclame aussi dans la science. Si cette introduction atteignait son but , l'histoire apparaîtrait comme l'éternelle protestation , comme le triomphe progressif de la liberté.

Sans doute la liberté a ses limites ; je ne songe pas à les contester : je ne les sens que trop dans l'action absorbante de la nature physique sur l'homme, mieux encore au trouble que ce monde ennemi jette en moi. Eh !

qui n'a pas cent fois , au milieu des menaces et des séductions dont il nous obsède, maudit, nié la liberté ?. . . Elle se meut pourtant, comme disait Galilée ; en moi, quoi que je fasse, je trouve quelque chose qui ne veut pas céder, qui a'accepte le joug ni de l'homme, ni de la nature, qui ne se soumet qu'à la raison , à la loi, qui ne connaît point de paix entre soi et la fatalité. Dure àjatpais le combat! il constitue la dignité de Yhqmme et l'harmonie même du monde.

Et il durera, n'en doutons pas, tant que la volonté humaine se roidira contreles influences de race et de climat j tant qu'un. Byron pourra

a l'histoire UNIVERSELLE. II

sortir de l'industrielle Angleterre pour vivre en Italie, et mourir en Grèce ; tant que lès soldats de la France iront > au nom de la liberté du monde , camper indifféremment vers la Vistule ou vers le Tibre *.

Ce qui doit nous encourager dans cette lutte sans fin , c'est qu'au total la partie nous est favorable. Des deux adversaires , l'un ne change pas, l'autre change et devient plus fort. La nature Veste la même, tandis que chaque jour l'homme prend quelque avantage sur elle. Les Alpes n'ont pas grandi, et nous avons frayé le Simplon. La vague et le vent ne sont pas moins capricieux, mais 1* vaisseau à vapeur fend la vague sans s'informer du Caprice des vents et des mars.

Suivez d'orient en occident, 'sur.la route da soleil et des courans magnétiques du globe, les migrations du genre humain ; observez-le dans ce long voyage de l'Asie à l'Europe , de l'Inde

1 Ceci était écrit en janvier 1830. Je n'ai pas eu* le courage de l'effacer.

à la France, vous voyez à chaque station diminuer la puissance fatale de la nature, et Finfiuence de race et de climat devenir moins tyrannique . Au point de départ , dans l'Inde , au berceau des races çt des religions , the ivomb of the worldj l'homme est courbé, prosterné sous la toute-puissance de la nature. C'est un pauvre enfant sur le sein de sa mère, faible et dépendante créature, gâté et battu tour-a-tour y moins nourri qu'enivré d'un lait trop fort pour lui. Elle le tient languissant et baigné d'un air humide et brûlant, parfumé de puissans aromates. Sa force, sa vie, sa pensée , y succombent. Pour êtr*e multiplié à l'excès et comme dédaigneusement prodigué, l'homme n'en est pas plus fort ; la puissance de vie et de mort est égale dans ces climats. A Bénarès, la terre donne trois moissons par an. Une pluie d'orage fait d'une lande une prairie. Le roseau du pays, c'est le bambou de soixante pieds de haut ; l'arbre; c'est le figuier indien qui, d'une seule racine, donne une forêt. Soûs ces végétaux monstrueux vivent des monstres. -Le tigre y

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veille au bord du fleuve, épiant l'hippopotame qu'il atteint d'un bond de dix toises ; ou bien un troupeau d'éléphans sauvages vient en fureur à travers la forêt , pliant, rompant les arbres à droite et à gauche. Cependant des orages épouvantables déplacent des montagnes, et le choléra-morbus moissonne les hommes par millions.

Ainsi, rencontrant partout des forces dispro portionnées, l'homme accablé par la nature n'essaie pas de lutter, il se livre à elle sans condition. 11 prend et reprend encore cette coupe enivrante où Siva verse à pleins bords la mort et la vie ; il y boit à longs traits ; il s'y plonge, il s'y perd 5 il y laisse aller son être, et il avoue, avec une volupté sombre et désespérée, que Dieu est tout, que tout est Dieu , qu'il n'est rien lui-même qu'un accident, un phénomène de cette unique substance. Ou bien, dans une patiente et fière immobilité, il conteste l'existence à cette nature ennemie , et se venge par la logique de la réalité qui l'écrase.

Ou bien encore, il fuit vers l'Occident , et

l4 INTRODUCTION

commence verô la Perse le long Tôyage et l'affranchissement progressif de la liberté humaine.

« Eu Perse, dit le jeune CynrasdahsXéaophon; l'hiver et Tété existent en même temps. * Un air sec et léger dégage la tète des pesantes vapeurs qui l'alourdissaient dans FIndç. La terre, aride à la surface , cache dans «on sein mille sources vives qui semblent appeler l'industrie agricole. Ici y la liberté s'éveille et se déclare par la haine de l'état précédent : les dieux de l'Inde deviennent des dives , des démons ; les sacrées images sont désormais des idoles; plus de statues, plus d'art. Ainsi se présente dès son origine le génie iconoclaste des peuples héroïques. A cette divinité multiple qui , dans la confusion de ses formes infinies, prostituait l'esprit à la matière ; à cette sainteté impie d'un mondedieu, succède le dualisme de la lumière pure et intelligente, de la lumière immorode et oorporelle. La première doit vaincre, et sa victoire est le but marqué a l'homme et m monde.

a l'histoire u m ver selle. fS

La religion s'adrcssant à l'homme intérieur, Je sacerdoce n'apparaît que pour montrer son impuissance. Les sectateurs du magtsme fêtent annuellement le massacre des mages. Nous ne trouvons plus ici la patience de L'Indien 9 qui ne sait se venger de son oppresseur qu'en se tuant sous ses yeux.

La Perse est le commencement de la liberté dans la fatalité. La religion choisit ses dieux dans une nature moins matérielle, mais encore dans la nature : c'est lia lumière, le feu, le feu céleste, le soleil. L'Azertridjanesi laterredefeu. La chaleur féconde et homicide des bords de la Caspienne rappelle l'Inde, à laquelle nous croyionsavoir échappé. Leeentiment de l'instabilité universelle donne au Persan une indifférence qui enchaîne son activité naturelle. La Perse est la grande route du genre humain ; les Tartare6 d'un côté, les Arabes de l'autre, tous les peuples de l'Asie ont logé , chacun à son tour, dans ce caravansérail. Aussi les hommes de ce pays n'ont guère pris la peine d'élever des constructions solides. Dans la moderne Ispahan ,

l6 INTRODUCTION

comme dans l'antique Babylone, on bâtit en brique; les maisons sont de légers kiosques > des pavillons élégans, espèces de tentes dressées pour le passage; on n'habite point celle de son père; chacun s'en bâtit une, qui meurt avec le propriétaire. Ils ne gardent pas même d'alimens pour le lendemain; ce qui reste le soir, on le donne aux pauvres. Ainsi, à son premier élan, l'activité humaine retombe dé-< couragée et expire dans l'indifférence. L'homme cherche l'oubli de soi dans l'ivresse. Ici, l'eni-* vrement n'est point, comme dans l'Inde, celui de la nature; l'ivres&e est volontaire. Le Persan trouve dans le froid opium les rêves d'une vie fantastique, et, à la longue, le 'repos de là mort.

La liberté humaine , qui ne meurt pas, pour-r suit son affranchissement de l'Egypte à la Judée , comme de l'Inde à la Per$e. VÉg/pte est le don du NU; c'est le fleuve qui a apporté de l'Ethiopie, non-seulement les hommes et la civilisation, mais la terre elle-même. Le grand

Albuquerque conçut, au seizième siècle , le projet d'anéantir l'Egypte. Il suffisait pour cela de détourner le Nil dans la mer Rouge; le sable du désert eût bientôt enseveli la contrée. Tous les étés, le fleuve, descendant des monts inconnus, vient donner la subsistance annuelle. L'homme qui assistait à cette merveille précaire, à laquelle tenait sa vie même , était d'avance vaincu par la nature. La génération, la fécondité, la toute-puissante Isis domina sa pensée ,, et le retint -courbé sur son sillon. Cependant , la liberté trouva déjà moyen de se faire jour; l'Egypte, comme l'Inde, la rattacha au dogme de nmmortalité de l'ame.

La personnalité humaine, repoussée de ce monde, s'empara de l'autre. Quelquefois, dans cette vie même, elle se souleva contre la tyrannie des dieux. Les deux frères Chéops et Chéphrem , qui défendirent les sacrifices , et furent maudits des prêtres, passent pour les fondateurs des Pyramides, ces tombeaux qui devaient éclipser tous les temples. Ainsi, Je plus grand monument de ce monde fatal

l8 WTRODUCTIOft

de l'Egypte est la protestation de l'humanité.

Mais la liberté humaine ne s'est point reposée avant d'avoir atteint dans sa fuite les montagnes de la Judée. Elle a sacrifié les viandes et les oignons de l'Egypte, et quitté sa riche vaHée pour les roches du Cédron et les sables de la mer Morte. Elle a maudit le veau d'or égyptien , comme la Perse avait brisé les idoles de l'Inde. Un seul dieu, un seul temple. Les juges y puis les rois , dominent le sacerdoce. Héli et Samuel veulent faire régner le prêtre , et n'y parviennent pas. Les chefs du peuple sont les forts qui l'affranchissent de l'étranger ; un Gédéon et ses trois cents ; un Aod, qui combat des deux mains ; un Samson, qui enlève sur ses épaules les portes des villes ennemies; un David , qui n'hésite point à manger les pains de proposition. Et à cote du génie héroïque , le sacerdoce voit la liberté humaine hii susciter un plus formidable ennemi dans l'ordre même des choses religieuses. Les voyant les prophètes s'élèvent du peuple , et

a l'histoire tram* selle. tg

, communiquent avec Dieu sans passer par le j temple. La nature, chez les Perses, prolongeait, non sans combat, son règne dans la religion ; elle est détrônée dhez les juifs. La lumière ellemême devient ténèbres à l'avènement de l'esprit ; k dualité cède à l'unité. Pour ce petit monde de l'unité et de l'esprit, un point suffit dans l'espace , entre les montagnes et les déserts. 11 n'est placé dans l'Orient que pour le maudire. Il entend avec une égale horreur retentir par-dessus Tâprc Liban les chants voluptueux d'Astarté, et les rugîssemens de Molocb. Qu'au Midi vienne la borde errante de l'Arabe, sans demeure et sans loi, Israël reconnaît lamaêl pour son frère, mais ne lui tend pas la nain. Périsse l'étranger; la ville sainte ne s'ouvrira pas. Il lui suffit de garder dans son tabernacle ce dépôt sans prix de l'unité, que le fronde reviendra lui demander à genoux , quand il aura oomrneroé son œuvre dam l'Oo»

odent par Ja Grèce et par Borne.

Si ; .fdaas J'hiâffcHbre naturelle, les animaust

d'ordre supérieur /l'homme, le quadrupède , sont les mieux articulés, les plus capables des mouvemens divers que leur activité leur imprime; si, parmi les langues r celles-là l'emportent qui répondent par la variété de leurs inflexions, par. la richesse de leurs tours, par la souplesse de leurs formes, aux besoins infinis de l'intelligence, ne jugerons-nous pas aussi qu'en géographie, certaines contrées ont été dessinées sur un plan plus heureux, mieux découpées en golfes et ports, mieux limitées de mers et de montagnes, mieux percées de vallées et de fleuves, mieuxam'cuZee^sijePose dire, c'est-à-dire plus capables d'accomplir tout ce qu'en voudra tirer la liberté. Notre petite Europe , si vous la comparez à l'informe et massive Asie , combien n'annonce-t-elle pas à l'œil plus d'aptitude au mouvement? Dans les traits même qui leur sont communs, l'Europe a l'avantage. Toutes deux ont trois péninsules au midi, l'épais carré de l'Espagne et de l'Arabie, la longue arête de l'Italie et de llndostan, avec leur grand fleuve au nord, et leui;île au

a l'histoire universelle. ai

midi; enfin, ce tourbillon d'îles et de presqu'îles qu'on appelle ici la Grèce, là-bas la secondé , Inde. Mais la triste Asie regarde l'Océan, l'in- / fini; elle semble attendre du pôle austral un continent qui n'est pas encore. Les péninsules que l'Europe projette au midi, sont des bras tendus vers l'Afrique; tandis qu'au nord elle ceint ses reins, comme un athlète vigoureux, de la Scandinavie et de l'Angleterre. Sa tête est 'à la France, ses pieds plongent dans la féconde barbarie de l'Asie. Remarquez sur ce corps admirable les puissantes nervures qui se prolongent des Alpes aux Pyrénées, aux Crapaks, à l'Hémus; et cettç imperceptible merveille de la Grèce dans la variété heurtée de ses monts et dje ses torrens, de ses caps et ses golfes, dans la multiplicité de ses courbes et de ses angles, *si Vivement et si spirituellement accentués* Regardez-la en face de la ligne immobile . et directe de l'uniforme Egypte; elle s'agite et scintille sur la carte, vrai symbole de la mobilité dans notre mobile Occident.

L'Europe est une terre libre : Pesclave qui la touche est affranchi; ce fut le caspojir l'humanité, fugitive de l'Asie. Dans ce monde sévère de l'Occident, la nature ne donne rien d'elle-' même ; elle impose comme loi nécessaire l'exercice de la liberté. Il fallut bien se serrer contre l'ennemi, et former cette étroite association qu'on appelle la cité*

Ce petit monde, enfermé de murailles, absorba dans son unité artificielle la famille et l'humanité» Il se constitua en une éternelle guerre contre tout ce qui resta dans la vie naturelle de la tribu orientale. Cette forme sous laquelle les Pélasges avaient continué l'Asie en Europe, fut effacée par Athènes et par Rome.

Dans cette lutte se caractérisent les trois momens de la Grèce ; elle attaque l'Asie dans la guerre de Troie , la repolisse à Salamine , la dompte avec Alexandre. Mais elle la dompte bien mieux en elle-même, et dans les murs mêmes de la cité. Elle dompte l'Asie, lorsqu'elle repousse, avec la polygamie, la nature sensuelle qui s'était maintenue en Judée même, et dé-

a l'histoire universelle. *3

clare la femme compfcgne de l'homme. Elle dompte l'Asie, lorsque, réduisant ses idoles gigantesque» aux proportions de l'humanité, elle les rend à la fois susceptibles de beauté et de perfectionnement. Les dieux se laissent à regret tirer du ténébreux sanctuaire de l'Inde et de l'Egypte , pour vivre au jour et sur la place publique. Ils descendent de leur majestueux symbolisme et revêtent la pensée vulgaire. Jusque-là ils contenaient l'état dans leur immensité. En Grèce, il leur faut devenir citoyens, quitter l'infini pour adopter un lieu, une patrie, se faire petits pour tenir dans la cité. Ici sont les dieux doriens, là ceux de l'Ionie; ils se classent d'après leurs adorateurs. Mais voyez, en récompense, combien ils profitent dans la société du peuple , comme ils suivent le progrès rapide de l'humanité. La Pallas de l'Iliade est une déesse sanguinaire et farouche, qui se bat aveoMars, et le blesse d'une •pierre. Dans l'Odyssée, elle est la voix même de l'ordre et de la sagesse, réclamant pour l'homme auprès du père des dieux.

a4 INTRODUCTION

Et voilà ce qui fit la f Grèce belle entre les choses belles. Placée au point intermédiaire où le divin est divin encore et déjà humain, où se dégageant de la nature fatale la fleur de la liberté vient à s'épanouir, la Grèce est restée pour le monde le type du moment de la beauté, de la beauté physique, et encore immobile; Fart grec n'a guère passé la statuaire. Ce moment dans la littérature, c'est Hérodote, Platon et Sophocle; moment court, irréparable, que la sagesse virile' du genre humain ne peut regretter, mais qui lui revient toujours en mémoire avec le charme du premier amour.

Ce petit monde porte dans sa beauté même sa condamnation. Il faut que la beauté passe , que la grâce du jeune âge fasse place à la maturité, que l'enfant devienne homme. Quand Aristote a précisé, prosaïsé, codifié la science grecque; quand Alexandre a dispersé la Grèce de PHellespont à l'Indus, tout est fini. Le fils* de Philippe rêvait que le monde était une cité dont sa phalange était la citadelle. La cité

À t'mSTOIfiE UNIVERSELLE. ft5

grecque est trop étroite pour que le rêve s'accomplisse; il faut un monde plus large, qui réunisse les caractères de la tribu et de la cité; il faut que les dieux mobiles de la Grèce prennent un caractère plus grave, il faut qu'ils sortent de Fart qui les retient dans la matière, qu'ils s'affranchissent du Destin homérique dans lequel pèse encore sur eux la main de l'Asie; il faut que la femme quitte le gynécée pour être en effet délivrée de la servitude. Sur les ruines du monde grec, dispersé, dévasté, reste son élément indestructible, son atome, d'après lequel nous le jugerons, comme on classe le cristal brisé par son dernier noyau ; ce noyau, c'est l'individu sous la forme du stoïcisme, ramassé en soi, appuyé sur soi, ne demandant rien aux dieux, ne les accusant point, ne daignant pas même les nier.

Le monde de la Grèce était un pur combat; combat contre l'Asie, combat dans la Grèce elle-même, lutte des Ioniens et des Dorfens, de Sparte et d'Athènes. La Grèce a deux cités ;

INTftOmJGTÏON.

c'est-à-dire que là cité y est incomplète. Lé grande, Rome enferme dans ses murs tes deux cités , les deu* races , étrusque et latine, sâcer* dotale et héroïque, orientale et occidentale, patricienne et plébéienne ; la propriété foncière et la propriété mobilière, la stabilité et le progrès, la nature et la liberté.

La famille reparaît ici dans la cité ; te foyer domestique des Pélasges est rallumé sur l'autel dé Vestâ. Le dualisme de ia Perse est reproduit; mais il a passé des dieux aux hommes, de F abstraction à la réalité, de la métaphysique religieuse au droit civil. La présence de deux races dans les mêmes murs, l'opposition de leurs intérêts, ïe besoin d'équilibre, commence cette guerre légale par-devant le juge, dont la forme fait l'objet de la jurisprudence,. L'hé*roïsme guerrier de îa Perse et de la Grèce, cette jeune ardeur de combat devient ici plus sage, et consent à n'employer dans la cité d'autre arme que la parole- Dans ce duel verbal , comme dans la guerre des Conquêtes, les ad* versaires sont éternellement le possesseur et le

k t'HlSTOlM OmVER5fiLLÏ. ±J

d&MUïémr. Le premier a pour lui l'autorité, l'ancienneté, la loi écrite; ses pieds posent fortement sur la terre dans laquelle il est enra~ tritié, L'autre > athlète mobile, a pour arm0 l'interprétation; le temps est de son parti. Et le juge, emporté par le temps ^ n'aura d'autre travail que de sauver la lettre immobile, en y introduisant l'esprit toujours nouveau. Ainsi la liberté rase avec la fatalité; ainsi ie droit va s'hiimanisant par l'équivoque.

Rome n'est point un inonde exclusif A l'intérieur, la Cité d'ouvré peu à peu aux plé~ bëiens; à l'extérieur, au Latium/ à l'Italie, à toutes les provinces* De même que la famille romaine se recrute par l'adoption, s'étend et 6e divise par l'émancipation > la cité adopte des citoyens , puis des villes entières sous le nom de mutiûipte, tandis qu'elle se reproduit à l'infini dansées oolonies; sur chaque conquête, elle dépose une jeune Rome qui représente sa métropole»

Ainsi , tandis que la cité grecque, colonisant > mais n'adoptant jamais, se dispersait et

devait, à la longue, mourir d'épuisement, Rome gagne et perd avec la régularité d'un organisme vivant; elle aspire, si je l'ose dire, les peuples latins, sabins, étrusques, et, devenus Romains, elle les respire au-dehors dans ses colonies. .

Et elle assimila ainsi tout le monde. La barbarie occidentale, Espagne, Bretagne et Gaule, la civilisation orientale, Grèce, Egypte, Asie, Syrie, toutypassa à son tour. Le monde sémitique résistait : Carthage fut anéantie , la Judée dispersée. Tout le reste fût élevé malgré soi à l'uniformité de langues, de droit, de reli-r' gion; tous devinrent, bon gré, malgré, Italiens, Romains , sénateurs , empereurs. Après les Césars, romains et patriciens 3 les Flaviens ne sont plus qu'Italiens; lesAntonins, Espagnols ou Gaulois ; puis, l'Orient réclamant ses droits contre l'Occident , paraissent les empereurs africains et syriens, Septime, Caracalla, Hélagabale, Alexandre-Sévère; enfin les provinciaux du centre, les durs paysans de l'Illyrie, les Aurélien et les Probus , les barbares

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a l'histoire UNIVERSELLE. 3Q

même, l'Arabe Philippe et le Goth Maximin, Ayant que l'empire soit envahi, la pourpre impériale a été déjà conquise par toutes les nations.

- Cette magnifique adoption des peuples fit long-temps croire. aux Romains qu'ils avaient accompli l'œuvre de l'humanité. Capitoli immobile saxum... res romance y perituraque régna... Rome se trompa comme Alexandre , elle crut réaliser la cité universelle , étemelle. Et cependant les barbares, les chrétiens, les esclaves, protestaient, chacun à leur manière, que Rome n'était pas la cité du monde , et rompaient diversement cette unité mensongère. .

Le monde héroïque de la Grèce et de Rome, laissant les arts de la main aux vaincus , aux esclaves, ne poursuivit pas loin cette victoirecjje l'homme sur la nature qu'on appelle l'industrie. Les vieilles races industrielles, les Pélasges et d'autres tribus furent asservies, et pesèrent. Puis, périrent, entre les vainqueurs euxmêmes ^ les tribus inférieures , achéennes, etc.

3o INTRODUCTION

ftris, dans les vainqueurs des vainqueurs; ^Doriens, Ioniens, Romains, les pauvres périrent à leur tour. Celui qui a, aura davantage; celui qui manque, aura toujours moins, ai l'industrie ne jette un pont sur l'abîme qui sépare te pauvre et le riche. L'économie fit pré* férer le travail des esclaves, c'est-à-dire des choses à celui des hommes ; l'économie fit miter ces choses comme choses ; si elles périssaient J le maître en rachetait à bon marché , et y gagnait encore. Les Syriens, Bythiniens > Thraces, Germains et Gaulois, approvisionnèrent long-temps les terres avides- et meurtrie* res de la Grèce et de l'Italie. Cependant le cancer de l'esclavage gagnait de proche en proche? et peu à peu, rien ne put le nourrir. Alors la dépopulation commença et prépara la pla^e* aux barbares, qui devaient venir bientôt d % e*»mêmes aux marchés de Rome, mais tobresy mais armés, pour venger leurs aïeux.

Long-temps avant cette dissolution oufté* nette et définitive de fempïre, une puissante dissolution morale le travaillait au-dedans. La

A l'hI&TOUUI ttNIVSftSELLE. 3f

G&èoe et l'Orient, que Rome avait cm « s&ervir, l'avaient elle**»eme envahie et souunse. Dès les guerres de Philippe et d'Autiœhus, leç dieux élégants d'Athènes s'étaient , soua le» non» des vieilles divinités latines, insumes dai*e les temples de Rome, et avaient occupé les autels des dieux vainqueurs. Le BomfÛA barbare se mit à étudier la Grèce. Il en adopta la langue, en imita la littérature , relut le Phé* don à U tiquç, mourut à Philippe* en cîtaat Euripide , ou s'écria on grec sous le poignard de Brutus. L'expression littéraire de cette Borne hellénisée est le siècle d'Auguste; son fruit fut Marc*Aurèle, l'idéal de la morale antique.

Derrière la Grèce, s'avançait à cette conquête intellectuelle de Rome, le inonde oriental qui s'était fondu avec la Grèce dans Alexandrie.

La translation de l'empire dans l'Orient, qui réussit à Constantin, avait été, de honne heure, tentée par Antoine. Il voulut faire d'une ville orientale la capitale du monde. CJléopàtre ju* mit : Par les lois que je dicterai dans le Capi~

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tole. Il fallut, pour que l'Orient accomplît cette parole, qu'il eût auparavant conquis l'Occident par la puissance des idées. Alexandrie fpt du moins le centre de ce monde ennemi de Rome, le foyer où fermentèrent toutes les croyances, toutes les philosophiesde l'Asie et de l'Europe, la Rome du monde intellectuel.

Ces croyances, ces religions n'entrèrent pas sans peine dans Rome. Elle avait repoussé avec horreur dans les bacchanales la première apparition du culte orgiastique de la nature. Et voilà qu'un moment après, les prêtres fardés de Cybèle amènent le lion de la bonne déesse, étonnant le peuple de leurs danses frénétiques, de leurs grossiers prestiges, se tailladant lès bras et les jambes, et se faisant un jeu de leurs blessureè. Leur dieu, c'est l'équivoque Afhis , dont ils fêtent par des rires et des pleurs la mort et la résurrection. Puis arrive le sombre Sérapis , autre dieu de la vie et de la mort. Et cependant sous le Capitole , sous le trône même de Jupiter, le sanguinaire Mithra creuse sa chapelle souterraine, et régénère l'homme

a l'histoibb universelle. 33

avide d'expiation, dans le bain immonde du hideux taurobole. Enfin une secte sortie des Juifs, et rejetée d'eux, célèbre aussi la mort et la vie ; son Dieu est mort du supplice des esclaves; Tacite ne sait que dire de l'association nouvelle. Il ne connaît les chrétiens que pour avoir illuminé de leurs corps en flamme les fêtes et les jardins de Néron.

La différence était cependant profonde entfle le christianisme et les autres religions orientales de la vie et de la mort. Celles-ci plongeaient l'homme dans la matière , elles pre-« riaient pour symbole le signe obscène de la vie et de la génération. Le christianisme embrassa l'esprit, embrassa* la mort. Il en adopta le signe funèbre. La vie, la nature, la matière, la fatalité, furent immolées par lui. Le corps et la chair, divinisés jusque-là, furent marqués dans leurs temples même du signe de la consomption qui les travaille. On aperçut avec horreur le ver qui les rongeait sur l'autel. La liberté, affamée de douleur, courut à l'amphithéâtre, et savoura son supplice.

34 nrraaDUOTKHi

J'ai baisé de bon coeur la croit de bois qui s'élève au milieu du Colysée, vaincu par elle. De quelles étreintes la jeune foi chrétienne dut-elle la serrer, lorsqu'elle apparut dans cette enceinte entre les lions et les léopards J aujourd'hui encore, quel que soit l'avenir, cette croix chaque jour plus solitaire , n'estelle pas pourtant Tunique asile de Pâme religieuse? L'autel a perdu ses honneurs, l'humanité s'en éloigne peu à peu; mais, je vous en prie, oh! dites-le moi, si vous le savez, s'este il élevé un autre autel?

Dans l'arène du Colysée se rencontrèrent le chrétien et te barbare, représentons de la liberté pour l'Orient et pour l'Occident. Noua sonnées nés de leur union, et nous, et tout l'avenir,

* Je vois devant moi le gladiateur étendu, a Sa tête sur sa main s'affaisse par degrés, kes » dernières gouttes de son sang s'échappe»!

» lentement.,. Déjà l'arène tourne autour de » lui... il entend enoore les barbares accUn

À L'HIftTOIftE CXtKTORSELLE. 35

» mations».. Il a entendu, maïs ses yeux, son * coeur, étaient bien} loin. 11 voyait sa hutte » sauvage près du Danube, et ses enfans qui » secouaient, et leur mène,.. Lui égorgé pour » le passe-temps de Rome!... Il faut qu'il » meure, et sans vengeance!.... Levez-vous, » hommes du Nord ! ... « S'écroulent l'Empire , et le cirque, et oette ville enivrée de sang !

Alaric assurait qu'une impulsion fatale l'en* traînait contre Rome. Il la saccagea et mourut. Le premier ban des barbares, Goths, Bourguignons > Hérules, révérèrent la majesté mystérieuse de' la ville qu'on ne violait pas impunément. Celui même qui se vantait que l'herbe ne poussait jamais où avait passé son cheval , tourna bride, et sortit de l'Italie. Les premier» barbares furent intimidés ou séduits par la cité qu'ils venaient détruire. Ils composèrent avec le génie romain , et maintinrent l'esclavage. A eux n'appartenait pas la restauration du monde.

Ensuite vinrent les Francs 1 , eafons d'Odin,

1 Les idées qui suivent sur le caractère des Franc», ont

furieux de pillage et de guerre, avides de blessures et de mort, comme les autres de fêtes et de banquets, impatiens d'aller boire la bierre au Wahalla , dans le crâne de leurs ennejnis.

Ceux-là marchaient presque nus au combat, se jetaient dans une barque pour tourner l'Océan, du Bosphore à la Batavie. Sous leur domination farouche et impitoyable, l'esclavage domestique ne laissa pas de disparaître ; le servage lui succéda; le servage fut déjà une délivrance pour l'humanité opprimée.

Ces barbares apportaient une nature vierge à l'Église. Elle eut prisesur eux. Les Goths etBourguignons, qui ne voyaient qu'un homme en Jésus, n'avaient reçu du christianisme ni sa poésie, ni sa forte unité. Le Franc adopta l'homme- Dieu, adopta Rome purifiée, et se fit appeler César. Le chaos tourbillonnant de la barbarie, qui, dès Attila, dès Théodoric, voulait se fixer et s'unir, trouva son centre en Charlemagne.

été légèrement modifiées par Fauteur dans d'autres ouvrages. Il a cru aussi devoir expliquer la théorie de la p. 40 sur Satan.

à l'hîstoihé universelle. 37

Cette unité, matérielle et mensongère encore, dura une vie d'homme, et, tombant en poudre, laissa sur l'Europe l'aristocratie épiscopale, l'aristocratie féodale, couronnées du pape et de l'empereur. Merveilleux système dans lequel s'organisèrent et se posèrent cn^ face l'un dé l'autre l'empire de Dieu et l'empire de l'homme. La force matérielle, la chair, l'hérédité, dans l'organisation féodale; dans l'Eglise, la parole, l'esprit, l'élection. La force partout, l'esprit au centre, l'esprit dominant la forcée Les hommes de fer courbèrent devant le glaive invisible la roideur de leurs armures; le fils du serf put mettre le pied sur la tête de Frédéric Barberousse. Et non-seulement l'esprit domina la force, mais il l'entraîna. Ce monde de la force, subjugué par l'esprit, s'exprima par les croisades , guerre de l'Europe contre l'Asie, guerre de la liberté sainte contre la nature sensuelle et impie. Toutefois , il lui fallut pour but immédiat, un symbole matériel de cette opposition ; ce fut la délivrance du tombeau de Jésus-Christ. Tous, hommes et

femmes , jeunes et vieux, partirent sans armes , ôans vivres, sans vaisseaux, bien sûrs que Dieu les nourrirait, les défendrait, les transporterait au-delà des mers. Et les petits etifans aussi , dit un contemporain, suivaient dans des charriots , et à chaque ville dont ils apercevaient de loin tes murs, ils demandaient dans leur simplicité : N'est-ce pas là Jérusalem ?

Ainsi s'accomplit en mille ans ce long miracle du moyen-âge, cette merveilleuse légende dont la trace s'efface chaque jour de la terre, et dont on douterait dans quelques siècles , si elle ne s'était fixée et comme cristallisée pour tous les âges dans les flèches, et les aiguilles , et les roses , et les arceaux sans nombre des cathédrales de Cologne et de Strasbourg, dans les cinq mille statues de marbre qui couronnent celle de Milan. En contemplant cette muette armée d'apôtres et de prophètes, de saints et de docteurs échelonnés de la terre au ciel, qui ne reconnaîtra la cité de Dieu, élevant jusqu'à lui la pensée de l'homme?... Chacune

a l'histoire universelle. 3^

il© ce* aiguilles qui Voudraient s'élancer v est une prière , un vœu impuissant arrêté dans son vùl par la tyrannie de la matière. La flèche , qui jaillit au ciel d'un si prodigieux élan, pro* teste auprès du Très-haut que la volonté du moins n'a pas manqué. Autour rugit le monde fatal du paganisme > grimaçant en mille figures équivoques de bêtes hideuses» tandis qu'au pied les guerriers barbares restent pétrifié» dans l'attitude où les a surpris l'enchantement de la parole chrétienne ; l'éternité ne leur suffira pas pour en revenir.

Le charme 6'çst pourtant rompu pour le genre humain. Le dernier mot du christianisme dans l'art, la cathédrale de Cologne est restée inachevée. Ces nefs immenses se «ont trouvées trop étroites potar l'envahissement de la foule. Du peuple s'est levé d'abord un hçoime noir, un légiste > contre l'aube du prêtre, et il a opposé le droit au droit» Le marchand est sorti de son obscure boutique pour sonner la cloche des communes et barrer au chevalier sa rue tortueuse. Cet homme enfin (était-ce un

4û INTRODUCTION

homme?) , qui vivait sur la glèbe à quatre pat-* tes, s'est redressé avec un rire terrible, et, sous leurs vaines armures, a frappé d'un boulet niveleur le noble seigneur et son magnifique coursier.

La liberté a vaincu, la justice a vaincu. Le monde de la fatalité s'est écroulé* Le pouvoir spirituel lui-même avait abjuré son titre en invoquant le secours de la force matérielle. Le triomphe progressif du moi, le vieil œuvre de l'affranchissement de l'homme, commencé avec la profanation de l'arbre de la science, s'est continué. Le principe héroïque du monde, la liberté, long-temps maudite et confondue avec la fatalité sous le nom de Satan, a paru sous son vrai nom. L'hQmme a rompu peu à peu avec le monde naturel de l'Asie, et s'est fait, par l'industrie, par l'examen, un monde qui relève de la liberté. Il s'est éloigné du dieunature de la fatalité, divinité exclusive et marâtre qui choisissait entre ses enfans, pour arriver au dieu pur, au dieu de l'âme, qui ne distingue point l'homme de l'homme, et leur

A l'hiSTÔIHK UtftVtRSlLLK. 4*

ouvre à tous, dans la société, dans la religion, l'égalité de l'amour et du sein paternel.

Comment s'est accompli dans l'Europe le travail de l'affranchissement du genre humain? Dans quelle proportion y ont contribué chacune de ces personnes politiques qu'on appelle des états , la France et l'Italie, l'Angleterre et l'Allemagne ?

Le monde , depuis lés Grecs et les Romains, a perdu cette unité visible qui donne un caractère si simple et si dramatique à l'histoire de l'antiquité. L'Europe moderne est un organisme très complexe x dont l'unité, dont l'amc et la vie, n'est pas dans telle ou telle partie

4*2 IHTBODOCTION

prépondérante, maïs dans leur rapport et leur agencement mutuel , dans leur profond engrènement, dans leur intime harmonie. Nous ne pouvons dire ce qu'a fait la France, ce. qu'elle est et sera, sans interroger sur ces questions l'ensemble du monde européen. Elle ne s'explique que par ce qui l'entoure. Sa personnalité est saisissable pour celui-là seul qui connaît Igs autres états qui la caractérisent par leur opposition.

Le monde de la civilisation est gardé à ses deux portes, vers l'Afrique et l'Asie, par les Espagnols et les Slaves , voués à une éternelle croisade, chrétiens barbares opposés à la barbarie musulmane. Ce monde a pour ses deux pôles, au sud et au nord, l'Italie et la Scandinavie. Sur ces points extrêmes pèse lourdement la fatalité de race et de climat.

Au centre s'étend l'indécise Allemagne.

Comme l'Oder, comme le Wahal, ces fleuves vagues qui la limitent si mal à l' orient et à l'occident, l'Allemagne aussi a cent fois changé

À i/lriSfOlftÊ UM VERSE LLE. 43

ses rivage», et vers la Pologne et vers la France* Qu'on suive, si l'on peut 5 dans la Prusse et là Siiésie, dans là Suisse ^a Lorraine et les Paya» Bas, les capricieuses sinuosités que décrit la langue germanique « Quant au peuple, nom le retrouvons partout. L'Allemagne a donné ses Suèves à la Suisse et à la Suède, à l'Espagne ses Goths, ses Lombards à la Lombardie* ses Ângto*8a*onâ à l'Angleterre, ses Francs à la France. Elle a nommé et renouvelé toute» les populations de l'Europe. Langue et peuple > l'élément fécond a partout coulé, pénétré- Aujourd'hui même que le temps des grandes migrations est passé, l'Allemand sort volontiers de son pays} il y reçoit volontiers l'étranger* C'est le plus hospitalier des hommes. Entre* soos ce toit pointu, dans cette laide maison de bois bariolée; asseyez~vous hardiment près dd feu, ne craignez rien, vous obligez votre bote. Telle e^t la partialité des Allemands pour Fétranger. L'Autrichien, leSonabe, si maltraitée par nos soldats, pleuraient souvent tôt départ du Français. Dans telle cabane enfumée, *ou»

trouverez t^nis les journaux de la France. L'Allemand* sympathise avec le monde; il aime, il adopte les modes* tes idées des autres peuples, sauf à en médire '.

Le caractère de cette race, qui devait se mêlera tant d'autres, c'est la facile abnégation de soi. Le vassal se donne au seigneur; l'étudiant , l'artisan , à leurs corporations. Dans ces associations , le but intéressé est en seconde . ligne ; l'essentiel , ce sont les réunions amicales, les' services mutuels, et ces rites, ces symboles, ces initiations qui constituent pour les associés une religion de leur choix. La table commune est un autel'où l'Allemand immole Tégoïsme ; l'homme y livre son cœur à l'homme, sa dignité et sa raison à la sensualité. Risibles et touchans mystères de la vieille Allemagne , baptême de la bière, symbolisme sacré des forgerons et des maçons, graves initiations des tonneliers , des charpentiers ; il reste bien peu de tout cela, mais, dans ce qui subsiste, on retroute cet esprit sympathique et désintéressé.

a l'histoire universelle. 45

Bien d'étonnant si c'est en Allemagne que nous voyons pour la première fois l'homme se faire Yhomme d'un autre , mettre ses mains dans les siennes et jurer de mourir pour lui. Ce dévoûment sans intérêt, sans condition, dont se rient les peuples du Midi, a pourtant fait la grandeur de la race germanique. C'est par-là que les vieilles bandes des cdnquérans de l'Empire, groupées chacune autour d'un chef, ont fondé les monarchies modernes. Ils lui donnaient leur vie , à ce chef de leur choix.; ils lui donnaient leur gloire même. Dans les vieux chants germaniques tous les exploits de la nation sont rapportés à quelques héros. Le chef concentre en soi Phonneur du peuple , dont il devient le type colossal. La force , la beauté, la grandeur, tous les nobles faits d'armes s'accumulent en Siegfrid, en Dietrich, en Frédéric Barberousse, en Rodolphe de Hapsbourg.

Leurs fidèles compagnons ne se sont rien réservé. *

Au-dessus du seigneur, au-dessus des comtes et des ducs , et des électeurs , et de FEmpe-*

reur, au sommet de toute hiérarchie* l'Ailemagne a placé lu femme (Jrcm). Felleda, dit Ta* cite , fut adorée vivante. Un vieux minnesinger place la femme sur un trône avec douze étoiles pour couronne, et la tête de l'homme pour mar* çhepied. Si la poésie est une affaire de cœur, c'est ici. Le$ minnelieder sont pleins de larmes enfantines , de cette douleur abandonnée qui se trouble elle-même, et ne peut plus s'ex> primer* Vous ne rencontrerez Jà ni jongleurs, ni gai savoir, pas davantage Ja frivole dialectique d^9 cours d'amour. L'objet de ces chants, c'est la femme idéale, c'est la Vierge 9 qui leur fait oublier Dieu et les saints* C'est encore la verdure et les fleurs ; ils ne tarissent pas sur ce dernier sujet. Cette poésie puérile et profonde tout ensemble se laisse aller à l'attraction magnétique de la nature, qu'elle finira par diviniser. Mélange admirable de force et d'enfance , le génie allemand m'apparaît dans ce Parcev&l d'Eschênbach, ce puissant chevalier que les soins d'une mère timide ont retenu daro l'innocence et la touchante imbécillité du

a l'histoire universelle. 47

jeune âge. IL échappe et se rend à la ville des miracles à travers les forêts et les déserts. Mais un oiseau blessé laisse tomber sur la beige trois gouttes de sang; le héros revoit dans ces couleurs la blancheur et l'incarnat de sa bien-aimée. Il s'arrête, il rêve immobile, il contemple dans la réalité présente l'idéal qui remplit sa pensée*. Malheur à qui veut finir le songe ; il renverse sans bouger de place les chevaliers qui viennent tour-à-tour pour l'en arracher.

Ainsi éclate d'abord dans le dévoûment féodal, d$ins l'amour et la poésie, l'abnégation et le profond désintéressementdu génie allemand. Trompé par le fini/ il s'adresse à l'infini; s'il s'est immolé à son seigneur, à sa dame, que refasera-t-il à son Dieu? Rien , pas même sa moralité, sa liberté. Il jettera Jtout dans cet abîme, il confondra l'homme dans l'univers, l'univers en Dieu. Préparé par le mysticisme protestant , il adoptera sans peine le panthéisme de SchelKng, et l'adultère de la matière et de l'esprit sera de nouveau consommé. Où

sommes-nous , grand Dieu ? nous voilà replongés dans l'Inde -, aurions-nous fait en vain ce long voyage ? À ce terme se manifeste avec ses conséquences immorales , la sympathie universelle, ou l'universelle indifférence du génie germanique. Viennent toute religion , toute philosophie , toute histoire, l'auteur, du Faust, le Faust contemporain les réfléchira , les absorbera dans l'océan de sa poésie.

Oui, l'Allemagne, c'est l'Inde en Europe, vaste, vague, flottante et féconde, comme son Dieu, le Protée du panthéisme. Tant qu'elle n'a pas été serrée et encadrée par les fortes barrières des monarchies qui l'environnent , la tribu indo-germanique a débordé, découlé par l'Europe , et l'a changée en se changeant. Livrée alors à sa mobilité naturelle, elle né connaissait ni mijrs, ni ville. « Chaque famille, dit Tafiite, s'arrête où la retient son caprice, un bois, un pré, une fontaine. » Mais, à mesure que, derrière, s'accumulaient les flots d'une autre Barbarie, Slaves, Avares et Hongrois, tandis qu'à l'occident la France se fermait, U

k l'histoire universelle. 49

fallut se serrer pour ne pas perdre terre, il fallut bâtir des forts., inventer les villes. Il fallut se donner à des ducs, à des comtes, se grouper en cercles, en provinces. Jetée au centre de l'Europe pour champ de bataille à toutes les guerres, l'Allemagne s'attacha, bon gré, malgré, à l'organisation féodale, et resta barbare pour ne pas périr. C'est ce qui explique ce merveilleux spectacle d'une race toujours jeune et vierge, qu'on aperçoit engagée comme par enchantement dans une civilisation transparente, comme un liquide vivement saisi reste fluide au centre du cristal imparfait. Delà, ces bizarres contrastes, qui font de l'Allemagne un pays monstrueusement diversifié. Des états de vingt -millions d'hommes, d'autres de vingt mille. Le morcellement infini, le droit infiniment varié des seigneuries féodales ; et à coté une grande monarchie disciplinée comme un régiment. Des villes d'hier, toutes blanches, nivelées, alignées., tirées à angles droits, ennuyeuses et maussades petites Londres. D'autres, comme la bonne Nuremberg, où les

maisons , grotesquement peintes , prêchent toujours aux passans les paroles du saint Évangile; ou bien, pour unir tous les contrastes, de savantes bibliothèques au milieu- des forêts, et les cerfs venant boire sous le balcon des électeurs. Ces oppositions extérieures ne font qu'exprimer celles des moeurs. L'esclavage de la glèbe, les communes du moyen-âge, tout se trouve dans oe curieux musée, où chaque pas dans l'espace vous fait voyager dans le temps. Dans plusieurs provinces, la femme y est servante., comme elle l'était du guerrier barbare, ce qui ne l'empêche pas d'être déifiée par le génie idéal de la chevalerie.

De toutes ce$ contradictions, la plus forte est celle qui maintient, sous le joug du moyen* âge, un peuple curieux d'innovations et enthousiaste de l'étranger. Avec si peu de ténacité, une telle perpétuité d'usages et de mœurs ! Ceiv tes, ce qui manque à l'Allemagne, ce n'est point la volonté du changement, de l'indépendance.

Que de fois elle s'est soulevée, mais c'était pour retomber bientôt. Le vieux génie saxon, éter-

a l'histoire universelle. $i

oeHe opposition politique de l'Allemagne , la fierté farouche des tribus Scandinaves, tout le Nord proteste contre la tendance panthéistique des provinces méridionales ; il refuse de perdre sa personnalité en un homme, en Dieu ou dans la nature. Cette prétention du Nord se déploie avec une magnifique ostentation.

En Islande, les dieux mourront comme nous.

L'homme les a précédés; l'univers s'est taillé des membres d'un géant. A qui c)wi$-Ui? disait Saint-Olaf à un de ses guerriers. Je crois h moi, répondit-il. D'où vient donc <gue ce génie superbe retombe toujours si vite, en religion au mysticisme, audespotismeen politique. La Suède , le champion de la liberté protestante sous Gustave-Adolphe, s'est soumise aux Ro6es-Croix. Qui parla plus haut que Luther contre la tyrannie de Rome? mais ce fut pour anéantir la doctrine dulibre arbitre. Du vivant de Luther , à sa table même, commença le mysticisme qui devait triompher en Bœhme.

Kant mit sur son étendard les mots : Critiqua et liberté} l'Allemagne entendit être enfin libre

et forte, et pour mieux s'assurer de soi, elle se serra dans les entraves d'un effrayant formalisme; mais cette nature glissante échappait toujours , par Fart et par le sentiment , par Gœthe et par Jacobi. Alors vint Fichte, inflexible stoïcien, ardent patriote. Il prit pour affranchir l'homme le seul moyen qui restait : il supprima le monde, comme il eût voulu délivrer l'Allemagne en supprimant la France.

Vaines espérances des hommes ! La philosophie de Fichte, les chants de Kœrner, et 1814, aboutirent au sommeil, sommeil inquiet, sans doute. L'Allemagne se laissa rendormir au panthéisme de Schelling, et si le Nord en sortit par Hegel, ce fut pour violer l'asile sacré de la liberté humaine, pour pétrifier l'histoire. Le monde social devint un dieu entre leurs mains, mais un dieu immobile, insensible, tout propre à consoler, à prolonger la léthargie nationale. Non , la grande , la savante , la puissante Allemagne n'a pas le droit de mépriser la pauvre Italie qu'elle écrase. Au moins, celle-ci peut alléguer la langueur du climat, les forces dis-*

a l'histoire universelle. 53

proportionnées des conquérans, la longue désorganisation. Donnez-lui le temps à cette ancienne maîtresse du monde , à cette vieille rivale de la Germanie. Ce qui a fait l'humilia* tion de l'Italie comme peuple , ce qui Fa sou*mise à la molle et disciplinable Allemagne, c'est précisément l'indomptable personnalité, l'originalité indisciplinable qui , chez elle , isole les individus.

Cet instinct d'abnégation que nous avons trouvé en Allemagne , est étranger à l'Italie. % En cela, comme en tout, l'opposition des deux peuples est tranchée*. L'Italien n'a garde de s'abdiquer lui-même , et de se perdre avec Dieu et le monde dans un même idéalisme. Il fait descendre Dieu à lui, il le matérialise , le forme à son plaisir , y cherche un objet d'art. Il fait de la religion , et souvent de bonne foi ^ un objet de gouvernement. Elle lui apparaît dans tous les siècles sous un point de vue d' utilité pratique. La divination des Étrusques était un art de surprendre aux dieux la connaissance des intérêts de la terre, une partie de la

54 HITBODDCTlOfl

politique et de la jurisprudence. Les prières et les formules augurâtes sont de véritables contrats avec les dieux* L'augure cherche le§ ter* mes les plus précis, ne promet rien de trop, ne s'engage pas , prend ses précautions contre l'autre partie. Il ne craint pas de fatiguer les dieux d'interrogations et de stipulations noUr» voiles. Pour trouver les plus beaux raisins, pour rattraper un oiseau perdu , on prenait le lituusy et l'on traçait les lignes sacrées.

Le droit canonique, comme le droit augurai, s'appliquait au gouvernement de ce monde.

On «ait avec quel art l'église de Rome atteignit et régla toutes les actions des hommes, comme matière du péché. Là théologie fut enfermée, bon gré > mal gré, dans la jurisprudence > les papes furent des légistes. Nous savons ici les choses de Dieu , leur écrivait un roi de France, mieux qua Vous autres gens de loi*

Litalie est le seul peuple qui ait eu une architecture civile, aux époques diverses où las autres nations ne connaissaient que P architecture rebgiettse. Le mol pontiftx signifie

A L'mSTOttE UNIVERSELLE. 55

constructeur de ponts. Les monumens étrusques, différens en cela de ceux de l'Orient, ont tous un but d'utilité pratique. Ce sont des murs de villes , des aquellpcs, des tombeaux; on parle moins de leurs temples: L'Italie du moyen-âge bâtit beaucoup d'églises, mais c'étaient les lieux où se tenaient les assemblées politiques. Tandis que l'Allemagne, l'Angleterre et la France, n'élevaient que des édifices religieux, l'Italie faisait des routes , des canaux. > Aussi l'Allemagne devança l'Italie dans la construction de ses prodigieuses cathédrales. Jean Galeas Sforza fut obligé de demander âk% architectes à Strasbourg, pour fermer les routes de la cathédrale de Milan.

Si l'individualité italienne ne se donne pas à Dieu sans condition , combien moins à l'homme ! Vous trouverez dans l'Italie du moyen-âge, plus d'une image de la féodalité , les lourdes armures , les puissans coursiers , les forts châteaux , jamais ce qui constitue ta féodalité elle-même, la foi de l'homme en l'botmne. L'héroïsme Italien est de nature phi»

haute. Que lui importe un homme périssable ; une chair mortelle, et ce cœur qui bientôt ne battra plus ; il sait mourir, quoiqu'il n'aille pas chercher la mqrt , mais mourir pouf uûe idée. Je sais dans telle forteresse tel homùie qui, au milieu des plus rudes épreuves, gardera jusqu'à la mort le secret de la liberté. Tout autre dévouaient est simplicité , enfance aux yeux des compatriotes de Machiavel. La recherche aventureuse des périls inutiles, là déification de la femme, la religion de la fidélité, la rêverie enthousiaste du monde féodal, tout cela excite en eux un rire inextinguible: Leur poème chevaleresque est la satire de la chevalerie, YOrlando furioso. Point d'associa*tion industrielle ni militaire , si ce n'est piôur un but précis, pour un intérêt, pour une idée. Le génie italien est un génie passionné , mais sévère,- étranger aux vagues sympathies. Ce n'est point le monde.naturel de la feimllfe, de la tribu*, c'est le monde artificiel de ta cité. Circonscrit! par la nature dans les va'Ûéês de l'Apennin, isolé par des "fleuves peu navigables,

a l'histoire universelle. 5^

il s'enferme encore dans des murs. Il y règne loin de la nature dans des palais de marbre > où il vit d'harmonie, de rhythme et de nombre ; s'il en sort , c'est pour se bâtir dans ses villa dés jardins de pierre. Et d'abord , il se caractérise par l'harmonie de la vie civile , par la législation , par la jurisprudence. Après tant d'invasions barbares, l'indestructible droit romain reparaît à Bologne et par toute l'Italie. Les subtilités de Tribonien sont subtilisées par Àccurse et Barthole. A côté des juristes , reviennent les mathématiciens. Cardan et Tartaglia continuent Architas et Pythagore. Leur géométrie abstraite est reçue dans la géométrie concrète de l'architecture , l'art de la cité matérielle, comme la législation est l'art de lacité morale. A Rome , à Florence',' 'la figure humaine, dans les tableaux, reproduit la sévérité, quelquefois la sécheresse architecturale. Ce n'est guère qu' au nord , dans le coloris vénitien , dans la grâce lombarde , que la peinture consent à humaniser l'homme. Pour la nature , elle osera rarement se montrer

58 1NTRODUOÇION.

dans lçs tablew*. Peu, de paysages, peu àç ppésie descriptive ea Italie.

Lq poésie s'y inspire du génie, de Ifr, cité. Sans doute dans ce pays tout hpnune chaqtx? y le clima.t y délie toutç langue. Mais le yrai poète italien,, c'est l'architecte de la cité iwrir sible, dont les cercles symboliques sont ta scène de la Divina Commedia. Dante est l'expressi^i*, complète de l'idée italienne du rhythqae , dvk nombre; il a mesuré, dçssiné^ chanté son enfer. C'est encore sous la fonrae haHnpniqpe de la cité, que l'histoire de l'huipanité apjwufc 3U, fondateur de I4 philosophie de l'histoire , le Dante de l'âge prosaïque de l'Italie ^ Gmmr batista Vico. Dans la dualité du cow> et dit ricor$o 9 dçins la triplicité des âges, dans Ut beauté ^métrique de sa forme, la Scien&a nwva me représente le génie Rythmique de l'Étrurie et de la Grèce pjtbagoricieane,

I^ors même qu'il sor^ de la cité, P&sJien ien, transporte,, en imprime partout l'image. On sait avec quel soin sévère La religion étfwqug

à L'maraui* Diana selle. S9

et la politique romaine mesuraient et orientaient les champs. Partout Vagrimensor et l'augure venaient , derrière les légiong conquérantes^ calquer la colonie nouvelle sur la' ferme sacrée de la métropole. Tandis que, dbefr tes nations germaniques, l'homme «'attache à son champ , s'y enracine, et aime à tirer .son nom de sa terre; f italien kn donne le sien ; il n'y Toit qu'un rapport de plus avec là enté,, qu'une matière d'intérêt civil. Le juriste > Je stratégiste, viendront j^oiinalçrela terre pour en régler ou déplacer lès limbes y pourtoansférer oa maintenir lapropriété selon le* moyens divers- de leur a*t*

La mère de la tactique comme de la jurisprudence y ctest l'Italie. La guerre est devenue une science entre les mains Ae& condottieri italiens^ tes; Alberic/les Sfienrza,. les Malatesta cb la* Romagne, lès Braecio, lesBagtymi, le» Pic emino de l^Gmhrie. L'Italie fournit le Levant dfingénieurs* Les fondateurs *lé PauehitecCure militaire sont des Italiens. Le premier c^ipitainede tf antiquité, Gésaiv appartient à lit**

ÔO INTRODUCTION .

lie; le premier. des temps modernes, fut un homme de race italienne adopté par la France. Quand nous ignorerions Porigine de Napoléon, . le caractère à la fois poétique et pratique de son génie > la beauté sévère de son profil, ne feraient-ils pas reconnaître le compatriote de Machiavel et de Dante ?

Il est temps d'en finir avec ces ridicules déclamations sur la mollesse du caractère italien.. Voulez-vous juger la valeur italienne par la populace de Naples? Jugez donc là France par les canuts de Lyon. Laissons les gentlemen anglais et les poètes allemands aller chercher à la table des Italiens de Rome et de Milan , . des inspirations de mépris sublime et de colère généreuse. N'ont-ils pas aussi insulté la Grèce au tombeau, la veille de sa résurrection?

Hommes légers et cruels, qui confondez sous le même opprobre les lazzaroni et les romagtiols, les héros et les lâches, avez-vous donc, oublié l'armée italienne de Bonaparte, et tant . de faits d'armes des Piémontais? Et naguère . encore, ceux que tous accusiez de ne pas sa-

a l'histoire universelle. 6i

voir tirer l'épée pour leur pays, n'ont-ils pas su mourir pour vous 1 ?

L'Italie a changé, ditf-on, etTon croit avec un mot avoir expliqué et justifié ses malheurs. -Et moi, je soutiens qu'aucun. peuple n'est resté plus semblable à lui-même. J'ai déjà marqué dans ce qui précède la perpétuité du génie italien , des temps anciens aux temps modernes. Il me serait trop facile de la suivre dans une foule de détails moins important ."

Le costume est presque le même , au moins

1 Parmi les étrangers qui ont combattu pour la liberté de la France dans les journées de juillet 1 830 , on comptait un assez grand nombre d'Italiens; on nous en signale seulement quelques-uns' : « M. Giannone (Fauteur de Y Exilé) s* est toujours montré aux endroits les plus dangereux ; M. Bonnizzi a été blessé au bras gauche ; M. Libri a commencé la première journée avec un bâton ; dans la seconde , il a conquis un fusil sur un. soldat; et dans la troisième, il a complété son équipement en désarmant un officier supérieur; M.. Libri n'a pas quitté.le premier rang de nos bravés pendant soixante heures. » ( Roy. le journal le Temps , numéros du 50 juillet au 1 w août*. Foy. aussi la Ré^Ue française \ novembre 1829. )

6* OTMPjUçnQN

dans le peuple. Je vois partout le vmçtw ouculldSj, l'aiguille d'acier dans les cheveux des femmes, les colliers, les aqp£*ux, oojpraeà Pompéi j jusqu'aux sandales et au pileHSj que vou$ wtrauTereas vers Foadi.

La nourriture est analogue. Dana les villes, mêmes rues étroites. Les Thermopoles sou* le |ioiu de cafés. Le prandium à midi, et 1* sieste et la promenade du soir. En tout temps, même foule autour de l'improvisateur, qu'il ^'appelle Stace, D^nte, au Sgrieei. On rencontre dans les filosoft de Venise , lès litterati en plein vent, les Ennianistes de l'antiquité. Seulement l'Âtfôstç et le Tasse ont pris laplecp

d'Enniu&.

Daps les campagne, mèraç système de culture. La charrue est celle même .que décrit Virgile. En Toscane , les bestiaux sont comme autrefois rerifermés et nourris de feuillage, de peur qu'ils ne blessent les vignes et les oliviers. Ailleurs, ils poursuivent leur éternel voyage des Bjoritogpes ^ux pl^ipes de Rome et d* 1$ Fouille , p% de h plaine à la montagne,

a l'histoire universelle. 63

* Chaque Jprotittce est testée fidèle à Son génie. Naptes est toujours grecque, quoi qu^àient fait les barbares. Le type sauvage des Brutieïis s'est manifestement conservé à San-Giovarûti in flore. Les Napolitains Sont toujours bruyans et grands parleurs. ftaples est une ville d'avocats. Dès l'antiquité il y lavait à Naples des combats dé musique. Le génie pbitosopbîque de la grande Grèce n*a-t-il pas revécu dans Telesiô, dans Campanellà et dans l'infortuné Bruno?

Autaidi, l'idéalisme, la spéculation et tes Grecs ; au nord, le sensualisme , l'action et lés Oltes. Les charpentiers, les menuisiers , te* colporteurs, les maçons , viennent de Nôvarté, de Cottio, de Bergame. Bergame^, patrie ^Arlequin ; est celle aussi <tte vieux comique Ceciliûs Statitts.

Même perpétuité dans les contrées du centre, dans Rome et dans fÉtrtifife. Le CâfâCtèté cycldpéen n'est pas plus frappant dâfaâ tes mtirt de tholtëira qiiè dâiis Tés édifices de £lôrefloe, dans les masses du palais I^itti. Là roidéU* de l'àtt étrusque reparaît dans Giotta et

6£ mTRQDUCTTOH

jusque dans Michels Ange /Mais je compta mieux montrer aillçurs l'identité de l'Eirurie dans tous les liges.

Lorsque le barbare Sylla eut dévasté I'Étrurie , il choisit Une place dans la vallée, de l'Ayno , y fondai une ville , et 1% nomma d'après le nom mystérieux de, Rome. Ce nom connu des seuls patriciens, et qu'il éjait dé-? 'fendu de prononcer, était Flora. Il appela la ville nouvelle Florçntia. FJorence a répondu^ a l'auguré. Le poète dçs antiquités de l'Italie primitive, l'Enéide, venait de la colonie étrus-» que de Mantoue, et c'est à un Toscan, à un, Florentin qu*est dû le poème des antiquités, du moyep-âge, la Divine Comédie., J/It^lie^ e^t le pays des traditions et de la perpétuité; historique. Questa prorincia , dit Machiavel, ayçc s£ force et sa gravité ordinaire, paire nata a risuscitare le case mortç.

Au centre de la péninsule, le peuple n'a pas. changé davantage. Ceùx-çi . p'ont jamais été. propres ni à l'art ni à la science. La plupart, des écrivains illustres de Rome , Catulle , Yjr-^

a l'histoire universelle, . 65

gile, Horace, Ovide, Lucain et Juvénal, Cicéron, Tite-Live, Sénèque et les Pline, uîie foule d'autres moins illustres , lui sont venus d'autres, contrées. De même" au moyen-âge.

Son théologien , son artiste, sont deux étrangers, saymt Thomas d'Aquin, Raphaël d'Ur^ bin. A Rome toutefois vous trouverez la satire amère et mordante, le rire tragique. Lucile et, Juvénal étaient Romains de naissance ; Salyator Rosa et Monta l'ont été d'adoption, . .La véritable vocation du Romain, c'était l'action politique. Ne pouvant plus agir, il rêve. Contemple^ cette race monumentale dans Içs rues et sur les places publiques , vous serez frappé de sa fierté. Ge sont les bas^reliefs de la colonne Trajane , qui sont descendus et qui marchent. Pour rien au monde, le Romain ne fera œuvre servile» ïl faut qu'il vienne des hgmmes des Abbra&es pour recueillir les mois-, sons ou réparer les routes, des Bergamasques, pour porter les fardeaux. Sa femme ne dai-> gnera recoudre les trous de son manteali; il faut un juif pour le raccommoder. Ia sente

66 IHTftODDCTlON

exportation dô Rome, c'est la terre même ^ lés v haillons et les antiquités.

Comme au temps où Juvénâl nous àidtttre le préteur et le tribun recueillant la sportula 4e porte en porte, le Romain* d'aujourd'hui . mendie noblement. Sa nourriture es* «toujours le porc. Les charcutiers et les bouchers sont presque les seules boutiques à Rome. Toujours sensuel et cruel , il se contente de combats dé taureaux , faute de gladiateurs. Accusez-le de férocité si vous roulez ; mais de faiblesse, non : son couteau répondrait. Son couteau ne le quitte pas. Le coup de couteau est un geste naturel et fréquent à Rome. Il faut voir aussi avec quelle joie furieuse il place le feu sous la peau du cheval de course. Son cri de carnaval est un Cri de sâttg et de nivellement : Mort au tëigrimr abbé! mort h la belle princesse ! Il ne criait pas plus fort : Lds chrétiens âttx lions ! El il fmt dire aussi qu'il y a dans Fair de cette ville quelque èho&e d'orageux , d'immoral et de frénétique. Au milieu des plus étourdissant contrastés > parmi les moîiumens de tous le*

▲ L'HiSTOIftE tmiVÉHSEIXE, 67

âges, égyptiens, étrusques, grecs, romains /au rendez-rotis de toutes fe$ races du monde, vous entendez toutes les langues excepté Fît*lient)* $ pkis d'étrangers que de Romains, et des rois dans la foule. La tète tourne, le vertige gagne } je ne m'étonne pas que tant <Fempereurs , qui voyaient tout cela tourbillonner * leurs pieds , soient détenus fous.

Une ressemblante plus* triste encore entre les temps anciens et les temps modernes, c'est la solitude des environs de Rome et en général des campagnes d'Italie. Quel que fàt Te génie agricole des anciens Latins, on voit que , dès Je temps de 1* république, une partie de la contrée était laissée en prairies (prata Mucia, * Quint ia, etc.) Caton recommande le pâturage ' comme le meilleur emploi delà terre. Ce conseil fut suivi* Il dispensait les propriétaires de résider sur leurs terres , de faire travailler les pauvres; il leur suffirait dé quelques esclaves. U eii advint à l'Italie comme à l'Angleterre au tttops d'Henri VIII, 611 Ton disait que les mouton* awwt matofé les honuncs. La désolation

s'étendit. César fût déjà chargé de dessécher les Marais-Pontins. Strabon, Pline et Tacite se plaignent de la mala aria. Et Lucain put dire sans exagération : Urbs nos una capit.

Ce. mot est la condamnation de l'Italie. Le désert de Rome, aussi isolée sur la terre que Venise au milieu des eaux, est le triste symbole des maux qu'a faits cette vie urbaine (urbanitas), dans laquelle s'est toujours complu le génie italien. L'Italie a vu deux fois se reproduire dans les villes étrusques de l'antiquité, -dans les villes guelfes du moyen-âge, le premier développement de l'industrie, et la domination des cités sur le* campagnes. Deux, fois aussi, contre l'industrie productrice, s 7 est élevée l'industrie destructrice, la guerre, qui" a dévoré les campagnes, épuisé les villes; la guerre comme métier et calcul ; la guerre vivant d'elle-même, Rome dans l'antiquité, au moyen-âge les condottieri.

La pauvre Italie a peu changé, et c'est là sa ruine. Elle a subi, constamment la double «fatalité de son climat et di* système étroit de

a l'histoire universelle. 69

sçciété dans laquelle elle est concentrée. Ce système â desséché et amaigri le cœur de l'Italie ( Italwn robur ) ;. je veux dire Rome et l'ancien Samçium. Dès le temps d'Honorius , la * Gampanie heureuse avait elle-même été abandonnée sans culture. Les Germains, ennemis des cités," semblaient devoir rendre l'importance aux campagnes qu'ils se partageaient. Il n'en fut pas ainsi. Les hommes du Nord fondirent comme neige sur cette terre ardente. Les cités italiennes absorbèrent les Goths en moins d'un siècle. Les Lombards, la race la plus énergique de l'Allemagne , n'y tinrent pas deux cents ans. A en juger par la physionomie du peuple et par la langue, l'influence des invasions germaniques fut tout extérieure" Les barbares ont cru souvent avoir soumis l'Italie ; mais ils ont introduit peu de mots tudesques dans cet idiome indomptable. En vain lejparti allemand ou gibelin, s'organisant sous la forme féodale, dressa ses châteai^tair les montagnes, et arma les campagnes contre les cités. Les châteaux furent détruits, les campagnes absor-

bées par les villes, les villes isoTéës par la dçpoptriation des campagnes, nivelée» par le «h dkalisme de l'église romaine., du parti guelfe, et de& tyrans j elles perdirent avec l'aristocratie gibeline tout esprit militaire , et la contrée se trouva livrée aux étrangers. î)epuis ce temps, la tête de l'Italie > qui dans l'antiquité était au midi , dans la grande Grèce, a passé au nord, et se trouve aujourd'hui dans la Romagne, lé Milanais et le Piémont, parties celtiques de l'Italie. C'est dire assez que l'Italie a peu cFes** po^p d'originalité,,. et que long-temps du moins elle régalera la France* - * Ainsi dan» FEurope même, que semblait sletre' réservée la liberté, la fatalité nous poursuit. Nous l'avons trouvée dans le monde de la tribu et dans celui de la cité, dans l'Aile* rçiagrie et-dans PItalie. Là comme ici, la liberté morale est prévenue > opprimée par les- influsncesilœale&deg^pé et de climats. L'homme y porte également dans son aspect le signe dfc la fatalité» La contrée se réfléchit en lui ; vous

X L HISTOIRE V«IIVfifl6ELCE. 71

tariez ua miroir. L'AUeinagae est toute dans la figure de Y Allemand^ l'œil bleu^pale comme uAiiel douteux, le poil blond ou fauve comme h biche de l'OdenwakL Les années même ne suffisant pas toujours pour caractériser ses formes. Vous retrouvez souvent dans la forte jeunesse, jusque dans tfâge mur, la molle eferaeertaine beauté de renfonce. Ainsi l'homme se confond avçc la nature qui l'environne. -^ Lltalien semble mieux s'en détacher. Spn œil profond et sa vive pantomime promettent une personnalité forte ; mais cet eeil argent flotte et rêve. Le regard est souvent mobile à faire peur; ces cheveux noire comme les vins du Midi , ce teint profondément bruni, accusent le fils de la vigne et du soleil, et le replongent dans la, fatalité dont il avait paru affranchi. . Ces puissantes influences locales , identifianfcil'homme à sa terre ,' rattachant; au moins de cœur et d'esprit à sa oioptagne, à sa vallée natale , le maintiennent dans un état d'isolement, de dispersion , d'hostilité mutuelle. La vieille opposition de la Saxe et de V Empire

72 • iNtRODÙCÎIOtf

subsiste obstinément à travers les âges. Chacune même des deux moitiés n'est pas homogène. Le Hessois hait le Franconien, le Fran- ' conien le Bavarois, celui-ci l'Autrichien. Le Grec de la Calabrç, le Celte de Milan, ne sont pas plus éloignés l'un de l'autre que le fils de Fàjjre Samnium et celui de la molle* Etrurie. Cette diversité de provinces et de villes s'exprime par la dérision mutuelle, par la- création d'un comique local , par l'opposition du bergamasque Arlequin et du Polichinelle .napolitain , du saxon Eulenspiegel , et de l'autrichien Haaswurtz.

Dans de telles contrées, il y aura juxtà-position de races diverses , jamais fusion intime. Le croisement des races, le mélange des civilisations opposées, est pourtant l'auxiliaire le pluspuissant de la liberté. Les fatalités diverses quelles apportent dans ce mélange,^ s'y annulent et s'y .neutralisent l'une par l'autre. En Asie, surtout avant le mahométisme, les races isolées en tribus dans de.s contrées diverses , : superposées en castes dans les mêmes contrées,

k l'hïstoibb universelle. 73

représentent chacune des idées distinctes , ne communiquentguère et se tiennent à part . Races et idées , tout se combine et se complique en avançant vers l'Occident. Le mélange, imparfait dans l'Italie et l'Allemagne, inégal dans l'Espagnfc et dans l'Angleterre , est en France égal et parfait. Ce qu'il y a de moins simple , de moins naturel, de plus artificiel, c'est-à-dire de moins fatal, de plus humain et de plus libre dans le monde, c'est l'Europe; de plus européen, c'est ma patrie , c'est la France.

L'Allemagne n'a pas de centre , l'Italie n'en a plus. La France a un centre ; une et identique depuis plusieurs siècles, elle doit être considérée comme une personne qui vit et s& meut. Le signe et la garantie de l'organisme vi- N vant, la puissance de l'assimilation^ se trouve ici au plus haut degré : la France française a su attirer , absorber, identifier les Frances anglaise, allemande, espagnole , dont elle était environnée. Elle les a neutralisées l'une par l'autre, et converties toutes à sa substance. Elle a

amorti la Bretagne par la Normandie, la

74 INTHODUCTHMI

Franche-Comté par la Bourgogne ; par le Languedoc, la Guyenne et la Gascogne; par le Dauphiné, la Provence. Elle a méridkmalisé le Nord , septentrionâlisé le Midi ; a porté au second le génie chevaleresque de la Normandie, de la Lorraine ; au premier la forme romaine de la municipalité toulousaine , et l'industrialisme grec de Marseille.

La France française , le centre de la monarchie, le bassin de la Seine et de la Loire , est un pays remarquablement plat, pâle, indécis.

Lorsque, des pics sublimes des Alpes, des vallées sévères du Jura, des coteaux vineux de la Bourgogne , vous tombez dans les campagnes uniformes de la Champagne et de l'Ile de France , au milieu de ces fleuves vagues et sales, de ces villes de craie et de bois, l'âme' est saisie d'ennui et de dégoût. Vous voyez bien de grasses campagnes , de bonnes fermes et de bons bestiaux. Mais cette image prosaïque d'aisance et de bien-être ferait regretter la pauvre Suisse et jusqu'à la désolation de la campagne de Rome. Quant aux hommes ,

à l'histoire universelle. 75

ne leur demandez ni les saillies de la Gascogne, ni la grâce provençale , ni Tàpreté conquérante et chicaneuse de la Normandie, encore moins la persistance de l'Auvergnat et l'opiniâtreté du Breton. Il en est , toute proportion gardée, de nos provinces éloignées comme de l'Italie et de l'Allemagne méridionale , comme de tous les pays divisés par des montagnes et d'àjîres vallées ; l'homme plus isolé , dépourvu des puissans secours de la division du travail et de la communication des idées , est souvent plus ingénieux ^ plus original , mais aussi moins exercé à comparer , moins cultivé, moins humanisé , moins social. L'homme de la France central^ vaut moins comme individu ; mais la masse y vaut mieux. ' Son génie propre est précisément dans ce que les étrangers, les provinciaux même, appellent insignifiance et indifférence, et qu'on doit plutôt nommer une aptitude, une capacité, une réceptivité universelle. Le caractère du centre de la France est de ne présenter aucune des originalités provinciales , de participer à

j6 INTRODUCTION

toutes et de rester neutre , d'emprunter à chacune tout ce qui n'exclut pas les autres, de former le lien, l'intermédiaire entre toutes, au point que chacune puisse à volonté reconnaître en lui sa parenté avec tout le reste. C'est là la supériorité de la France centrale sur les provinces, de la France entière sur l'Europe.

/ Cette fusion intime des races constitue l'identité de notre* nation , sa personnalité. Examinons quel est le génie propre de cette unité multiple , de cette personne gigantesque composée de trente millions d'hommes.

Ce génie , c'est l'action , et voilà pourquoi le monde lui appartient. C'est un peuple d'hommes de guerre , et d'hommes d'affaires , ce qui , sous tant de rapports, est la même chose. La guerre des subtilités juridiques , que nous devions nous en vanter ou non, nous y primons , il faut le dire 5 le procureur est fran-* çais de nation. Avant que les légistes entrassent aux affaires , la théologie , la scolastique y donnaient accès. Paris fut alors pour l'Europe la capitale de la dialectique. Son Univer-

a l'histoire universelle. 77

site vraiment universelle se partageait en nations. Tout ce qu'il y avait d'illustre au monde venait s'exercer dans cette gymnastique. L'italien Dante y et l'espagnol Raymond Lulle, entouraient la chaire de Dune Scot. Des leçons d'un seul professeur sortirent deux papes et cinquante évêques.. La éclatait , autant qu'aux croisades ou aux guerres des Anglais , le génie batailleur de la nation. D'effroyables mêlées • de syllogismes avaient lieu sur la limite des deux camps ennemis de l'île et de la montagne/du Parvis et de Sainte-Gçûeviève , de l'église et de la ville, de l'autorité et de la liberté. De là partaient en expédition' les chevaliers errans de la dialectique , comme ce terrible Abailard qui démonta Guillaume de Champeaux, Anselme de Laon, et jeta le gant à FEglise^n défiant saint Bernard.

Le gpût de l'action et de la guerre , Vépée rapide , l'argument et le sophisme toujours prêts, sont les caractères communs aux peuples celtiques. La valeur et la dialectique bibernoise ne sont pas moins célèbres que celles de

la France. Ce qui est particulier à celle-ci , ce qu'elle a par-dessus tous les peuples , c'est le génie social , avec ses trois caractères en apparence contradictoires , l'acceptation facile des idées étrangères, Tardent prosélytisme qui lui fait répandre les siennes au-dehors , la puissance d'organisation qui résume et codifie les unes et les autres.

On sait que la France se fit italienne au seizième siècle, anglaise à la fin du dix-huitième. En revanche , au dix-septième , au nôtr)e, elle francisa les autres nations. Action, réaction ; absorption, résorption, voilà le mouvement alternatif d'un véritable organisme.

Mais de quelle nature est l'action de la France, c'est ce qui mérite d'être expliqué. L'amour des conquêtes est le prétexte de nos guerres, et nous-mêmes y sommes trompés. 'toutefois le prosélytisme en est le plus ardent mobile. Le Français veut surtout imprimer Sa personnalité aux vaincus , non comme sienne[, mais comme type du bon et du beau ; c'est ;sa croyance naïve. Il croit, lui, qu'il ne peut

a l'histoire, universelle. 79

rien faire de plus profitable au monde que de lui donner ses idées , ses mœurs et ses modes. Il y convertira les autres peuples l'épée* à la main , et après le combat , moitié fatuité , moitié sympathie , il leur exposera tout ce qu'ils gagnent à devenir Français. Ne riez pas ; celui qui veut invariablement faire. le monde à son image, finira par y parvenir. Les Anglais ne trouvent que simplicité dans ces guerres sans conquêtes , dans ces efforts sans résultat matériel. Us ne voient pas que nous ne manquons le but mesquin de l'intérêt immédiat , que pour en atteindre un plus haut et plus grand. L'assimilation universelle à laquelle tend la France, n'est point celle qu'ont rêvée, dans leur politique égoïste et matérielle, l'Angleterre et Rome. C'est l'assimilation des ii*telligences , la conquête des volontés : qui jusqu'ici y a mieux réussi que nous ? Chacune de nos armées en se retirant a laissé derrière elle une France. Notre langue règne en Europe , notre littérature a envahi l'Angleterre sous Charles II, l'Italie et l'Allemagne au dernier

8o INTRODUCTION

ftiède; aujourd'hui y ce sont nos lois, notre liberté si forte et si pure , dont nous allons faire part au monde. Ainsi va la France clans son ' ardent prosélytisme , dans son instinct sympathique de fécondation intellectuelle»

La France importe > exporte avec ardeur de nouvelles idées , et fond en elle les unes et les autres avec une merveilleuse puissance. C'est le peuple législateur des temps modernes , comme Rome fut celui de l'antiquité. De même que Rome avait admis dans son sein les droits opposés des races étrangères, l'élément étrusque, et l'élément latin > la France a été, <kms sa vieille législation , germanique jusqu'à la Loire > romaine au midi de ce fleuve. La révolution française a marié les deux éléments dans notre Code civil.

La France agit et raisonne , décrète et combat ; elle remue le monde ; elle fiait l'histoire et la raconte. L'histoire est le compte rendu de l'action. Nulle part ailleurs Vous ne trouverez de mémoires y d'histoire individuelle , ni en Angleterre , fti en Allemagne , ni en

a l'histoule universelle. 8i

Italie. Ceci souffre peu d'exceptions. Dans l'Italie du moyen-âge , la vie de l'homme était celle de la cité. La morgue anglaise est trop forte pour que la personnalité se soumette à rendre compte de soi. La nature modeste de l'Allemand ne lui permet pas d'attacher tant d'importance à ce qu'il a pu faire. Lisez les notes informes qu'a dictées Gœtz a la main de fer /.comme il s'efface volontiers, comme il avoue ses mésaventures. L'Allemagne est plus faite pour l'épopée que pour l'histoire; elle garde la gloire pour ses vieux héros , et dédaigne volontiers le présent. Le présent est ' tout pour la France. Elle le saisit avec une singulière vivacité. Dès qu'un homme a fait , a vu quelque chose , vite il l'écrit. Souvent il l'exagère. Il'faut voir dans les vieille» 'chroniques tout ce que font nos gens. H«y a déjà long-temps qu'on accuse les Français de gober. Mais il est juste de dire que cet esprit d'efcagération est souvent désintéressé. Il dérive du cfésir habituel de produire un effet; en d'autres termes, il est le résultat du génie*

oratoire et rhéteur, qui est un défaut et une puissance de notre caractère national.

Résignons-nous : la littérature de la France, c'est l'éloquence et la rhétorique, comme son art est la mode ; toutes deux également occupées à parer, à exagérer la personnalité. La rhétorique et l'éloquence , dont elle est tourna-tour l'art et l'abus, parlent pour les autres , la poésie pour, elle-même. L'éloquence ne peut naître que dans la société, dans la liberté. La nature pèse sur le poète. La poésie en est l'écho fatal , le son que rend l'humanité frappée par elle. L'éloquence est la voix libre de l'homme s'efforçant d'amener à la pensée commune la libre volonté de son semblable. Aussi ce peuple est-il entre tous le peuple rhéteur et prosateur.

La France est le pays de la prose. Que sont tous les prosateurs du monde à côté de Bossuet, de Pascal, de Montesquieu et de Voltaire ? Or, qui dit la prose , dit la forme la moins figurée et la moins concrète , la plus abstraite, la plus pure, la plus transparente;

a l'histoire universelle. 83

autrement dit , la moins matérielle , la plus libre, la plus commune à tous les hommes, la plus humaine. La prose est la dernière forme de la pensée, ce qu'il y a déplus éloigné de la vague et inactive rêverie , ce qu'il y a plus près de l'action. Le passage du symbolisme muet à la poésie, de la poésie à la prose, est un progrès vers l'égalité des lumières; c'est un nivellement intellectuel. Ainsi de la mystérieuse hiérarchie des castes orientales, sort l'aristocratie héroïque; de celle-ci la démocratie moderne. Le génie démocratique de notre nation n'apparaît nulle part mieux que dans son caractère éminemment prosaïque , et c'est encore par là qu'elle est destinée à élever tout le monde des intelligences à l'égalité.

Ce génie démocratique de la France n'est pas d'hier. Il apparaît confus et obscur , mais non pas moins réel , dès les premières origines de notre histoire. Long-temps il grandit, à l'abri et sous la forme même du pouvoir religieux.

Avant les Romains, avant César ,* je vois le sacerdoce gaulois , rival des chefs des clans ,

surgir, non pas de la naissance et de la chair, mais de l'initiation, c'est-à-dire de l'esprit, de l'égalité. Les Druides, sortis du peuple, s'allient au peuple des villes contre l'aristocratie. Après l'invasion des barbares, après l'organisation féodale, le Romain, le vaincu, c'est-à-dire le peuple, est représenté par le prêtre, élu du peuple, homme de l'esprit contre l'homme de laterre et de la force. Celui-ci, enraciné, localisé dans son fief, et, p,ar là même, dispersé sur le territoire , tend à l'isolement, à la barbarie. Le prêtre, comme le serf, à la classe duquel il appartient souvent, regarde vers le pouvoir central et royal . Droit abstrait et divin du roi et du prêtre ; droit concret et humain du seigneur engage* dans sa terre. L'étroite association des deux • premiers, caractérise les rois les plus populaires de chacune des trois racés : le bon Dagobert, Louis le Bon ou le Débonnaire, le bon Robert , enfin saint Louis. Le type du roi de France est un saint. Le prêtre et le roi far vorisent également l'affranchissement des serfs -, tout homme qui échappe à la servitude locale

a l'histoire universelle. 85

de la terre, leur appartient , appartient au pou* voir cefttral , abstrait , spirituel. Prêtres et rois s'avisent enfin d'affranchir des villes entières, de créer les communes, et de chercher en elles une armée anti-féodale. Alors le peuple, qui jusque-là n'arrivait à la liberté que dans la personne du prêtre, apparaît pour la première fois sous sa forme propre.

Mais le prêtre et le monarque se repentirent bientôt d'avoir suscité la turbulente liberté des communes , qui tournait contre eux. Les rois arrêtèrent l'émigration rapide des laboureurs, qui fuyaient les campagnes pour se réfugier derrière les murs des villes. Ils ajournèrent ainsi la chute de la féodalité. Il fallait qu'elle périt, mais par eux et pour eux d'abord, c'est-à-dire, au profit du pouvoir central. En même temps que tombent les privi* léges locaux dés communes vers le jrègne de Philippe-le-Bel , commencent les États-généraux. Le prêtre , sortant toujours du peuple^ mais peu à peu séparé de lui par l'intérêt de corps , siège comme ministre auprès du roi ,

et pendant cinq siècles, de Suger à Fleuiy, règne alternativement avec le légiste.

Si le prêtre fût resté peuple, il eût régné seul et en son propre nom; la féodalité eût fait place à une démagogie sacerdotale. Si la liberté des villes eût prévalu , si les communes eussent subsisté, la France couverte de républiques ne fût jamais devenue une nation ; il lui serait arrivé ce qu'a éprouvé l'Italie ; les villes auraient absorbé les campagnes désertées par leurs habit an s.

Grâce à la lente extinction de 'la féodalité , la France s'est trouvée forte dans les campagnes, comme l'Allemagne; forte dans les villes, comme l'Italie, vivante et féconde comme la tribu> une et harmonique comme la cité. Un pouvoir central, merveilleusement puissant, s'y est formé par l'alliance du droit abstrait du roi et du prêtre, contre le droit concret et local des seigneurs. Le nom du prêtre et du roi, représentai de ce qu'il y avait de plus général, c'est-à-dire de divin dans la pensée nationale, a prêté au droit obscur du peuple, comme une

a l'histoire u ni vee selle. 87

enveloppe mystique dans laquelle il a grandi et s'est fortifié. Et un matin , se trouvant grand et fort, il a rejeté les langes de son berceau. Le droit divin du roi et du prêtre n'existait qu'à condition d'exprimer la pensée divine, c'est-à-dire l'idée générale du peuple.

• Sous la forme sacerdotale et monarchique qu'il a portée si long-temps , on pouvait entrevoir que ce peuple , organisé contre les nobles par les rois et les prêtres , n'en conservait pas moins un instinct indépendant des uns et des autres. Pour adversaire du chef de^ la féodalité , de l'Empereur, la France élève et soutient le pontife de Rome , jusqu'à ce qu'elle puisse l'amener à Avignon et confisquer le pontificat. C'était, au douzième siècle, un diclon en Provence : J'aimerais mieux être prêtre que de faire telle chose. Même esprit de liberté en politique sous les formes.de la raomarchie absolue. L'idéal historique et la [jactance habituelle de la nation, fut d'être le royaume des Francs. De bonne heure, le roi

de France est présenté comme un roi citoyen;

)Q.lc

lisez Comines et Machiavel. Ses parlemens lui résistent ; lui-même ordonne qu'on lui désobéisse sous peine de désobéissance; admirable contradiction. La monarchie y est l'arme nationale contre l'aristocratie , la roufe abrégée du nivellement» Tant que l'aristocratie est puissante , toute tentative contre la monarchie échouera ; Marcel pourra agiter les communes, la Jacquerie soulever les campagnes. Les libertés privilégiées doivent périr sous la force centralisante, qui doit tout broyer pour tout égaler.

Ceiong nivellement de la Fraiace par l'action monarchique est ce qui sépare profondément notre patrie de l'Angleterre, à laquelle on s'ôbstine à la comparer. L'Angleterre explique la France, mais par opposition.

L'orgueil humain personnifié dans un peuple, c'est l'Angleterre. J'ai déjà marqué l'enthousiasme que l'homme du Nord s'inspire à lui-même, surtout dans cette vie effrénée de courses et d'aventures que menaient les vieux Scandinaves. Que sera-ce lorsque ces barbares

à l'histoire universelle. 89

seront transplantés dans cette île puissante, où ils s'engraisseront du suc de la terre et de* tributs de l'Océan ? Rois de la mer , du monde sans loi et sans limites , réunissant la dureté sauvage du pirate danois; la morgue féodale du lord, fils des Normands... Combien faudrait-il entasser de Tyrs et de Carthages pour monter jusqu'à l'insolence de la titanique Angleterre ?

Ge inonde de l'orgueil subit pour peine expiatoire ses propres contradictions. Composé de deux principes hostiles, l'industrie et la féodalité, l'égoïsme d'isolement et l'égoïsme d'assimilation, il s'accorde en un point, l'acquisition et la jouissance de la richesse. L'or lui a été donné comme le sable. Qu'il s'assouvisse et se soûle , s'il peut. Mais .non , il veut jouir et savoir qu'il jouit ; il se retranche dans l'étroite prudence du confortable. Et cependant, au milieu de ce monde matériel qu'il tient et qu'il savoure, la nausée vient bientôt. Alors tout est perdu; l'univers s'était concentré en l'homme , l'homme dans la jouissance du réel,

90 iNTaonucnoïc

et la réalité lui manque. Ce ne sont pas des pleurs , des cris efféminés qui s'élèvent. , mais des blasphèmes, des rugissemens contre le ciel. La liberté sans Dieu, l'héroïsme impie, en littérature Y école satanique , annoncée dès ia Grèce dans le Pxométhée d'Eschyle , renouve* lée par le doute amer d'Bamlat, s'idéalise elle-même dans Je Satan de Mil ton. Elle s'écrie avec lui : Mal, sois mon bien ! Mais elle ver tombe avec Byron dans le désespoir : Bottowilets perdition.

Cet inflexible orgueil de l'Angleterre y a mis uu obstacle éternel à la fusion des races comme au rapprochement des conditions. Condensées à l'excès .sur un étroit espace, elles ne s'y sont pas pour cela mêlées davantage. Et je ne parle pas de .ce fatal reniora de l'Irlande que FAngleterre ne peut ni traîner, ni jeter à la mer. Mais dans son île même, le Gallois chante, avec le retour d'Arthur et deBonaparte,rhumiiâation prochaine de l' Angleterre. Y a-t-il si long-temps /que les Highlandérs combattirent encore les Anglais à Culloden? L'Ecosse suit sans l'aimer,

à l'histoire universelle. r)i

maispapce^u'elley trouve son compte^ la dominatrice des mers. Enfin, même dans la vieille Angleterre , Ifee ota Englàndj le fila robuste du Saxon, le fils élancé du Normand, ne sont-rite pas toujours distincts ? Si vous ne rencontrez plus te premier courant les bois avec Taré <fe Rofrin^food, vous le trouverez brisant lçsma* chines ou s^bréàrtMancbes ter parMa Yeomanry. Sans doute l'héroïsme anglais devait commencer lia liberté moderûe. En tout pays, c'est d'abord par l'aristocratie, par l'héroïsme , par l'ivresse du mpî humain, que l'homme e'afljranchfc de l'autorité. Les aristocraties guerrières et iconoclastes de la Perse et de Borne apparaissent -comme un véritable protestantisme après Flnde et J'Étrurie* Ainsi commence en ee monde oe que le sacerdoce appelle l'esprit du mal, $atan, Ahriman, le principe critique et négatif, ceîtti qi+i dit toujours: Non. Quand l'aristocratie guerrière a commencé par l'orgueil de la force la révolte du genre humain, l'œuvre se continue par l'oigueil du raisonnement individu^, par le géjjue . dialectique..

Celui-ci sort vite de l'aristocratie; il descend dans la masse ; il appartient à tous. Mais nulle part il ne prend plus de force que {dans les pays déjà nivelés par le sacerdoce et la monarchie, Ainsi s'est révélé au bout de l'Occident ce mystère que le iponde avait ignoré : l'héroïsme n'est pas encore la liberté. Le peuple héroïque de PËurope eit l'Angleterre, 1« peuple libre est la. France. Dans l'Angleterre, dominés par l'élément germanique et féodal, triomphent le vieil héroïsme barbare, l'aristocratie, la liberté par privilège. La liberté sans l'égalité, la liberté injuste et impie n'est autre chose que l'insociabilité dans la société même. La France veut la liberté dans l'égalité 1 , ce qui est précisément le génie social. La liberté de la France est juste et sainte. Elle mérite de commencer celle du monde, et de grouper pour la première fois tous les peuples dans une

1 Est-il besoin de dire qu'il s'agit de l'égalité des droits , ou plutôt de l'égalité des moyens d'arriver aux lumières et âr l'exercice des droits politiques qui doit y être attaché.

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unité véritable d'intelligence et de volonté» L'égalité dans la liberté, cet idéal dont nous devons approcher de plus en plus. sans jamais y toucher , devait être atteinte de plus près par le phis mixte des peuples , par celui en qui les fatalités opposées de races et de climat» se seraient le mieux neutralisées l'une par l'autre; par un peuple fait pour l'action, mais non pour la conquête j par un peuple qui voulût, Pégalité pour lui* et pour le genre humain. Il fallait que ce peuple eût en même temps le génie du morcellement et celui de la centralisation ; la substitution des départemens aux provinces explique ma pensée. La révolution française, matérialiste en apparence dans sa division départementale qui nomme les contrées par les fleuves, n'en efface pas moins les nationalités de provinces qui, jusque-là, perpétuaient les fatalités locales au nom.de la liberté.

Il fallait que ce génie contradictoire en ap-t parence du morcellement et de la centralisa-? tion se reproduisît dans notre langue, qu'elle

f)4 INTRODUCTION

jfêrt éibineihment propre à analyser, à résume* les idées. Cette double puissance constitue le génie aristotélique * qui met en poussière les aggrégatiotfs naturelles et fatales , et tire de cette poussière des aggrégations artificielles qui forment peu à peu le patrimoine de la raison humaine ; patrimoine légitime que la liberté à gagné à la sueur de son front.

Toutefois, avouons-le, le peuple , le siècle èù tombent en même temps l'aristocratie et te sacerdoce , où le vieil ordre de la fatalité s'enfonce et se dissipe dans une poussière tour-* biHonnante, certes, ce peuple et ce moment ne soht pas ceui de la beauté* Le plus mélangé des peuples, et à une époque où tout se mêle, d'est pas fait pour plaire au premier aspect* *\4 La France n'est point une race comme l'Allemagne ;• c'est une dation; Son origine est le mélange, l'action est sa vie. Tout occupée du présent, du réel, son caractère est vulgaiïe, prosaïque. L'individu tire sa gloire de sa parti* cjp^tion volontaire à l'ensemble; il peut dire >

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luiau&si : Je m appétit légion. Chercherez-vous là la personnalité superbe de l'Angtetfo* ou le' calme, la pureté, le chaste recueillement de l'Allemagne? Demandez donc ayssi le gazon de mai à la roiite poudreuse où la foule a passé tout le jour.

Mélange, action, savoir-faire, tout cela ne se concilie guère, il faut le dire, avec l'idée d'innocence, de dignité individuelle. Ce génie libre et raisonneur dont la mission est la lutte, apparaît sous les formes peu gracieuses de la guerre, de l'industrie, de la critique, de la dialectique. Le rire moqueur , la plus terrible des négations r n'embellit pas les lèvres où il repose. Nous avons grand besoin de la physionomie pour ne pas être un peuple laid. Quoi de plus grimaçant que notre premier regard sur le monde du moyen-âge. Le Gargantua de Rabelais fait frémir à côté de la noble ironie de Cervantes et du gracieux badinage de l'Arioste.

Je ne sais pourtant si aucun peuple mêlé à ta vie ) engagé dans l'action autant que la

France, aurait mieux gardé sa pureté. Voyez au contraire comme les races non mélangées boivent avidement la corruption, ^e machiavélisme, plus rare en Allemagne, y atteint

< souvent un excès dont au moins le bon sens nous préserve. Nous avons, nous , le privilège d'entrer dans le vice sans nous y perdre , sans que le sens se déprave, sans que le courage

^ s'énerve, sans être entièrement dégradés. C'est que dans le plaisir du mal, ce qui nous plaît le plus, c'est d'agir, c'est de nous prouver à nous-mêmes que nous sommes libres par F abus de la liberté. Aussi rien n'est perdu; nous revenons par le boi* sens à l'idée de l'ordre.

Notre vertu, à nous, ce n'est pas l'innocence, l'ignorancç du mal, cette grâce de l'enfan ce, cette veirtu sans moralité; c'est l'expérience , c'est la science , mère sérieuse de la liberté. Le bien sortant ainsi de. l'expérience est fort et durable ; il dérive non de l'aveugle sym-« pathie, mais de l'idée d'ordre. Il sort de la sensibilité incertaine et mobile pour entre?

dans le domaine immuable de la raison,

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U sera pardonné beaucoup à ce peuple pour son noble instinct social! Il s'intéresse à la liberté du monde; il s'inquiète des malheurs les plus lointains. L'humanité tout entière vibre en lui. Dans cette vive sympathie est toute sa gloire et sa beauté. Ne regardez pas l'individu à part; contemplez-le dans la masse et surtout dans l'action. Dans le bal ou la bataille, aucun ne s'électrise plus vivement du v sentiment de la communauté, qui fait le vrai caractère d'homme. Les nobles faits , les paroles sublimes, lui viennent naturellement ; des mots qu'il n'avait jamais sus, il les dit. Le génie divin de la société délie sa langue. C'est surtout dans le péril, lorsqu'un soleil de juillet illumine la fête , que le feu répond au feu, que jaillissent et rejaillissent la balle et la mort; alors la stupidité devient éloquente, la lâcheté brave ; cette poussière vivante se dé-» tache , scintille , et devient merveilleusement belle. Une brûlante poésie sort de la masse et roule avec le glas du tocsin et l'écho des fusillades, du Panthéon au Louvre, et du Louvre

au pont de la Grève. De la Grève? Nom. Au pont d'Aroole. Et puisse ce mot s'entendre en Italie! ~

Ce que la révolution de juillet offre de singulier , c'est de présenter le premier modèle d'une révolution sans héros, sans noms propres ; point d'individu en qui la gloire ait pu se localiser. La société a tout fait. La révolution du quatorzième siècle s'expia et se résuma dans la Pucelle d'Orléans, pure et touchante victime qui représenta le peuple et mourut pour lui. Ici pas un nom propre ; personne n'a préparé , n ; a conduit; personne n'a éclipsé les autres. Après la victoire, on a cherché te héros , et Ton a trouvé tout un peuple.

Getfé merveilleuse unité ne s'était pas encore présentée au monde. B s'est rencontré cinquante mille hommes d'accord à mourir pour une idée- Mais ceux-là n'étaient que les braves, une foule d'autres combattaient de coeur; là subite élévation du drapeau tricolore par toute là France a exprimé l'unanimité de plusieurs millions d'hommes. Cet élan si impé*

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taeti* n'd pas été désordonné. On s'accorda sans s'être entendus. Par-dessus l'action et le tumulte s'éleva Rdée de Tordre. Dans l'absence momentanée d'un gouvernement, d'un chef râsble, apparat Finvbible souverain dumonde, le droit et la loi* Au milieu d'un si grand trouble , pas un meurtre y pas un vol ne fut commis pendant les trois jours. Dans d'autres , temps y on eût vu ici un miracle ; aujourd'hui nous n'y voyons que l'œuvre de la liberté humaine; mais quoi de plus divin que l'ordre dans la liberté?

Ce moment unique qui me revient toujours en mémoire , soutient mon espérance et me donne foi ayx destinées morales et religieuses de ma patrie. Au milieu de l'agitation universelle qui noua environne , je crois au repos de l'avenir. Car enfin ce peuple s'est uni un jour dans une pensée commune ; l'idée divine de [l'ordre a lui à ses yeux. Ce n'est pas en vain que l'on a une fois entreru cet éclair céteste.

Ayons espoir et confiance, de quelque agi-

ioo - nmoBCcnoit

tation que soit encore remplie la belle et terrible époque où notre vie s'est rencontrée.

C'est la péripétie d'une tragédie où la victime est tout un monde; Époque de destruction, de dissolution , de décomposition, d'analyse et de critique. C'est en philosophie, par l'analyse logique, dans l'ordre social, par cette autre analyse de révolutions et de guerres , que l'homme passe d'un système à un autre ; qtf il dépouille une forme pour en revêtir une autre qui donne toujours plus à l'esprit; mais ce n'est pas sans un cruel effort ,. sans un douloureux déchirement qu'il s'arrache à la fatalité au sein de laquelle il est resté si long-temps suspendu ; la séparation saigne aussi au cœur de l'homme. Cependant il faut bien qu'elle ait lieu, que l'enfant quitte sa mère.; qu'il marche de lui-même ; qu'il aille en avant. Marche donc, enfant de la providence. Marche; tu ne peux t'arrêter ; Dieu le veut 1 Dieu le veut ! c'était le cri des croisades.

Ce dernier pas loin de l'ordre fatal et naturel, loin du Dieu de l'Orient, en est un vers le

A L HISTOIRE UNIVERSELLE. IOI

t>ieu social qui doit se révéler peu à peu dans notre, liberté même. Mais s'il est un moment où le premier disparait et s'efface , ou l'autre tarde à paraître , un moment où les .hommes croient, comme Werner, voir sur l'autel le Christ, en pleurs avouer lui-même qu'il n'y a point de Dieu, dans quelle agonie de désespoir tombera ce. monde orphelin? Demandez à Finfortuné Byron.

Comment du fond de cet abîme allons-nous remonter vers Dieu ?

L'humanité, nous l'avons dit, procède éter- ' nettement de la décomposition à la composition , de l'analyse à la synthèse. Dan» l'analyse, tous les rapports disparaissent, tous les liens se brisent, l'unité sociale et divine devient insensible. .Mais peu à peu les rapports reparaissent dans la science et dans la société, l'unité revient dans la cité, dans la, nature. Ce. monde, naguère en poudre, se reconstitue et refleurit d'une création nouvelle où l'homme reconnaît, plus belle et plus. pure, l'image de l'ordre divin. Aujourd'hui la science

IOU INTBjODUCTJOK

en est à t'analyse, à la minutieuse observation des détails ; c'est par là seulement que sml œurae peut commencer. La société achève un laîd et sale ouvrage de [démolition : elle déblaîe le sol encombré des débris du monde fatal qui s'est écroulé. Ce travail nous paraît long sans doute; Voilà bientôt quarante ans qu'il a commencé.

Hélas 1 c'est plus d'une vie d'homme. Maïs c'est peu dans la vie d'une nation. Tranquillisonsnous donc, et prenons courage; l'ordre reviendra tôt ou tard , au moins sur nos tombeaux.

L'unité, et cette fois la libre unité, reparaissant dans ïe monde social ; la science ayant , par l'observation des détails , acquis un fondement légitime pour élever son majestueux et et harmonique édifice, Phumanité reconnaîtra Taccord du double monde, naturel et civil; dans l'intelligence bienveillante qui en a fait le lien. Mais c'est surtout par le sens social qu'elle reviendra à Fidée de l'wdre universel. L'ordre tme fois senti dans la soéiétélimitéedéla patrie, la même idée détendra k la société humaine, à la république .du monde.

a l'histoire universelle. io3

ÎS Athénien disait : Salut, cité de Céeropsf Et toi y ne diras-* tu pas: Salut, titèdelaprovidence!

Le christianisme a constitué l'homme moral; il a posé dans l'égalité devant Dieu un principe qui devait plus tard trouver dans le monde civil une application féconde. Cependant les circonstances qui entourèrent son berceau, l'ont rendu moins favorable à Faction commune, à la vie sociale, qu'à la'contemplation inactive et solitaire. Lorsqu'il parut, Dieu était encore captif dans le matérialisme et la sensualité ' payenne ; l'homme était emprisonné dans T étroite enceinte de la cité antique. Le christianisme délivra l'homme en brisant la cité, affranchit Dieu en brisant les idoles. A ce moment unique, l'homme, entrevoyant pour la première fois sa patrie divine, languit poiii- «lie d'us* incurable amour, croisa les bras et les yeux tère le ciel, attendit le moment de s'y élancer. Quand sera-ce , grand Dieu ?.. . Ouvrier impatient et paresseux, qui vous asseyez et Tédacuez votre salaire avant le soir, vous demandez le ciel, mais qu'avez-vous fait de ta

' lo4 INTRODUCTION

terre que Dieu vous a confiée ? Suffît-il pour dompter la matière debriser des images, déjeuner, de fuir au désert? Vous devez lutter et non fuir, la regarder en face cette nature ennemie, la connaître, la subjuguer par l'art, eu user pour la mépriser. Vous ayez dissous la cité antique, la cité étroite et envieuse qui repoussait l'humanité, et, des ruines de cette Babel, vous vous êtes dispersés par le monde. Vous voilà divisés en royaumes, en monarchies, parlant vingt langues diverses. Que devient la cité universelle et divine, dont la charité chrétienne vous avait donné le pressentiment,, et * que vous aviez promis de réaliser ici-bas?

Si le sens social doit nous ramener à la religion, l'organe de cette révélation nouvelle, l'interprète entre Dieu et l'homme, doit être le peuple social entre tous, he mofide moral eut son Verbe dans le christianisme, fils de la Judée et de la Grèce j la France expliquera le Verbe du monde social que np^fcs .voyons commencer.

i l'histoire UNIVERSELLE. hbà

C'est aux poihts de contact des races, dan& la collision de leurs fatalités opposées, dans la soudaine explosion de l'intelligence et de la liberté , que jaillit de l'humanité cet. éclair céleste qu'on appelle le Verbe, la parole, lia réT vélation. Ainsi, quand Ja Judée eut entrevu l'Egypte, la Chaldée et laPhénicie, au point, du plus parfait mélange des races, orientales , Fécldir brilla sur le Sinaï , et il en resta la pure et sainte unité. Quand l'unité juive se fu* fécondée du génie de la Perse* et de l'Egypte grecque, l'unité s'épanpUit,. et elle embrassa le monde dans l'égalité, de là charité divine, La Grèce pvôoTow*, màfê du mythe et de la parole,, expliqua la bonne nouvelle; H ne fallut pas moins que la merveilleuse puissante analytique de la langue d'Aristote pour dire aux nations le verbe du muet Orient.

Au point du plus, parfait mélange des races, européennes, sous la formelle l'égalité danalài liberté , éclate le verbe social ., Sa révélation est successive; sa beauté n'est ni dans un > temps,

ni dan* un lieu. Il n'ai pu présenter la ravi*»

To6 INTRODUCTION

sanée harmonie par laquelle le verbe moral éclata en naissant : le rapport de Dieu à l'individu était simple; le rapport de l'humanité à elle-même dans une société divine, cette translation du ciel sur la terre, est un problême complexe , dont ïa longue solution doit remplir la vie du monde ; sa beauté esft dans sa progression , sa progression infinie.

C'est à la France qu'il appartient et de faire éclater cette révélation nouvelle et de l'expliquer. Toute solution sociale ou intellectuelle reste inféconde pour FEurope, jusqu'à ce que la France l'ait interprétée , traduite , popularisée. La réforme du saxon Luther, qui replaçait le Nord dans son opposition naturelle contre Rome, fut démocratisée par le génie de Calvin. La réaction catholique du siècle de Louis XIV fut proclamée devant le monde par le dogmatisme superbe de Bossuet. Le sensualisme de Locke ne devint européen qu'en passant par Voltaire , par Montesquieu qui assujettit le développement de la société à l'influence des climat», La liberté morale réclama

a l'histoire universelle. 10^

au nom du sentiment par Rousseau , au noM de l'idée par Kant; mais l'influence du Français fut seule européenne.

Ainsi chaque pensée solitaire des nations est révélée par la France. Elle dit le Verbe de l'Europe, comme la Grèce a dit celui de l'Asie! Qui lui mérite cette mission ? C'est qu'en elle, plus vite qu'en aucun peuple, se développe , et pour la théorie et pour la pratique, le sèn- • riment de la généralité sociale.

A mesure que ce sentiment vient à poindre chez les autres peuples, ils sympathisent avec le génie français, ils deviennent France; ils lui décernent, au moins par leur muette imitation , le pontificat de la civilisation nouvelle. Ce qu'il y a de plus jeune et de plus fécond dans le monde , ce n'est point l'Amérique, erifant sérieux qui imitera long-temps j c'est lai vieille France, renouvelée par l'esprit. Tandis, que la civilisation enferme le monde barbare* dans les serres invincibles de PAngleterrteet de la Russie, la France brassera l'Europe dans toute sa profondeur. Son intime union sera>

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1<$ IJ^THODqCTiON

ifc'GR 4^ uto ^ pw#, ayec les pépies de JangN#f lafifte*, avec l'Italie et PEspsgifee, ces deux îles qui ne peuvent s'entendre ayec le monde jftodçjftie que par l'intermédiaire de : la France, Alors nos province$ méridionales reprendront l'if&feorfonce qu'elles ont perdues.

Y&E£pagn£ résistera Jong^temp*. La profonde démagogie monacale qui: la gouverne, la, ferme à la démocratie modérée de la France. Ses moines sortent de la populace et la nowv ri&pttt. Si pourtant oe peuple, rajssuré du côté de.la.Ifeanoe^ reprend son génie d'aventure, çtes^pralui que la civilisation occidentale at* ttîtidra l'Afrique, déjà si bien nivelée parle œftbwsrétiame* '

-. L'Italie, celtique de râpe dans les provinces & Nord, l'Italie! préparée à la démocratie par fë génie anti -féodal de l'Église et du parti guelfe i, appartient de cœur à la France, qui ne bu* demande pas- plus aujourd'hui. Ces. deux contrées; so»t < sœurs ; même . génie, pratique. : Salerne,' et Montpellier, Bourged et Bologne ^ rçWaienti-èllesrpas unis esprit commun ?. Uéoo*

iïomie politïqtfe, née en France y à *etei«i en! Italie. l\ y a uft double échê dftitè 'lès Atpék Li fraternité dé* deu* cofnt¥éfcfc fortifiera !ë fléffis social ! de l'Italie ; et supptéetfà à de qu'elle latte-* sçra toujours à cféfeirer pbûr l'tfrôtérttet&telte étfjpalitique. Chef de cdteTgtfatiâei faotftté\,'ltf France rendra au génie latin quelque chose Vfë la prépondérance matérielle qd*il éat Idabi&ftLft-i tiquité, delà suprématie spirituelle qu'il obtint au moyen-âge. Dans les derniers temps, le traité de famille qui unissait la France , l'Italie et l'Espagne, dans une alliance fraternelle, était une vaine-image de cette future union qui doit les rapprocher dans une communauté de volontés et de pensées* Mai* la vraie figure de cette unionr future de l'Italie et de la France , c'est Bonaparte. Ainsi Charlemagne figura matériellement l'unité spirituelle du monde féodal et pontifical qui se préparait. Les grandes révolutions ont d'avance leurs symboles prophétiques.

Quiconque veut connaître les destinées du genre humain . doit approfondir le génie de

l'Italie et de la France. Rome a été le nœud du drame immense dont la «France dirige la péripétie. C'est en nous plaçant au sommet du Capitale, que nous embrasserons, du doublte regard de Janus, çt le monde ancien qui s'y termine , ' et le monde moderne , que notice patrie conduit désormais, dans la route my&té-* rieuse de l'avenir.

ÉCLAÏRCISSEMENS.

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