‹ Introduction à l'histoire universelle: Discours d'ouverture prononcé à laChapitre 4 sur 10 · ET ÉCLAIRCISSEMENT · texte numérisé non relu

ET ÉCLAIRCISSEMENT

delà femme germanique , depuis le paganisme du Nord jusqu'au temps du christianisme et de la chevalerie, qui . la placèrent sur l'autel même , et la montrèrent transfigurée a la droite de Dieu. D'abord dans le Nialsaga , la femme est belle d'une pureté farouche ; elle est élevée par un guerrier qui veille sur elle toute sa vie, et qui tue , sans pitié , l'époux trop peu respectueux pour sa fille d'adoption. Deux fois la vierge fatale coûte ainsi la vie à son époux. Dans les Nibelungen, la femme charme son barbare amant par sa force autant que par sa beauté. « Divers bruits s'élevaient sur le Rhin; sur le Rhin, disait-on, il y a plus d'une belle fiHe; Gunther le roi puissant Voulut en obtenir une, et le désir s'accfrut dans le cœur du héros. — Une reine avait son empire sur la mer; de l'aveu commun, ellen*eut point de semblable; elle était d'une beauté démesurée ( diu was unmazen tchœne)> puissante était la force de ses membres; elle défiait au javelot les rapides guerriers qui briguaient son amour. — Elle lançait au loin la pierre , et la ra*massait d'un seul bond. Celui qui la priait d'amour, devait sans pâlir vaincre«a trois jeux la noble femme ; vaincu dans une joute, il payait de sa tête. — Mille fois elle était sortie vierge de ces combats. Sur le Rhin un faéros bien fait Vappait , qui tourna tous ses pensers vers la belle femme ; avec lui les héros payèrent de leur

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tête. — Un jour le roi était assis avec ses hommes; ils agitaient de quelle femme leur maître pourrait faire sou épouse et la reine d'un beau pays. — Le chef du Rhin dit alors : « Je yeux descendre jusqu'à la mer, jusqu'à Brunhild , quoi qu'il m'arrive ; pour son amour je risquerai ma vie, et la perdrai si elle n'est ma femme. » — Et moi je vous en détournerai, dit Sigfried. Cette reine a des mœurs si barbares ! qui prétend a son amour joue gros jeu; et je vous donne sur ce voyage un avis franc et sincère. — Jamais, dit le roi Gunther , femme né fut si forte et si hardie; je voudrais de mes mains dompter son corps dans la lutte. — Doucement , vous ne connaissez pas sa force. Fussiez-vous quatre, vous ne sortiriez pas sains et saufs de sa terrible colère : renoncez a votre envie , je vous le conseille en ami , et si vous ne voulez mourir, ne courez point, pour son amour , une chance si affreuse. — Quelle que soit sa force ; je ne renonce pas a mon voyage; allons chez Jfrunhild, quoi qu'il m'arrive; pour sa beauté prodigieuse , on doit tout oser, et quoi que Dieu me réserve , suivez -moi sur le Rhin. » Der Nibelungen Lied, éd. 1820.

Nous avons traduit le morceau dans toute sa naïveté barbare. M. le baron d'Eckstein qui a donné dans le Catholique de belles et éloquentes traductions des Ni-

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belutogen, me semble en àvt>îr adouci quelquefois le caractère rude et fruste , sans doute, par ménagement

* pour la timidité du goût français.

Peu a peu l'idéal de la femme s* épure. Là femme de. la chair subsiste sous 1 le nom de Weib, tandis que s'en dégage la femme de l'esprit, la femme morale, Frau. L'un des plus célèbres meistersingèr , Frauenlob, reçut ce nom pour avoir dans maint combat poétique soutenu cette distinction , et célébré tour-a-tour dans des chants cTameur et dans des hymnes les dames de ce monde et les dames du paradis. Celles d'ici-bas témoignèrent au

é panégyriste d#la femme nnç tendre reconnaissance ; elles voulurent faire eftes-mêmes les funérailles de leur poète. La pierre sépulcrale que Ton voit encore dans la cathédrale de Mayence/les représenta portant le cercueil de celui qu'elles avaient inspiré sMong-temps et %ît tant .pleure*. *- - ' m . \ . x

Page 46. — La Vierge. . . — Voy . Grimm , Alu W. ,

introd. à la Forge, d'Or (poème en l'honneur de la

Vierge), de Conrad de \yurtzbuiy, très curieux pour

les mythes chrétiens du moyenne; « Une des idées

„ qui reviennent lepltjs, dans nos meiatfcrsinger , dit le^

vsàvant éditeur, c'est la comparaison dfe l'incarnation de

Jésus-Christ avec l'aurore ctun nouveau soleil. Toute

religion avait eu son sokil-dieu, et dès le quatrième siècle , l'Église occidentale célèbre la naissance de Jésus- Christ au jour où le soleil remonte, au 25 décembre , c'est-à-dire au jour où Ton célébrait la naissance du soleil invincible. C'est un rapport évident avec le soleil* dieu Mithra (Creuzer , Symbolïk , n , 220 ; Jfcblonski, opus ni , 346 , seq. )• — On lit encore dans nos poètes que Jésus a sa naissance reposait sur le sçin de Marie,» comme un oiseau qui , le soir , se réfugie dans une fleur de nuit éclose atl milieu de la mer. Quel rapport remarquable avec le mythe de la naissance de Brama r enfermé dans le lis des eaux , le lotus y jusqu'au jour où la fleur fut ouverte par les rayons du soleil , c'est-à-dire par Vischnou lui-même, qui avait produit cette fleur (Voyez Mayer et Kanne)! Le Christ, le nouveau jour, est né de la nuit, c'est-à-dire de Marie la Noire, dont les pieds reposent sur la lune , et dont la tête est couronnée de planètes comme d'un brillant diadème ( voyez les tableaux d'Albert Durer). Ainsi reparaît, commedans l'ancien culte, cette grande divinité, appelée toura-tour Mâïa Bhawani, Isis, Cérès, Proserpine, Persephone. Reine cfuciel, elfe est la nuit d'où sort la vie, et où toute vie se replonge ; mystérieuse réunion de la vie et delà mort, Elle s'appelle aussi la rosée, et dans Tes mythes allemands , la rosée est considérée comme le

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principe qui reproduit et redonne là vie. Elle n'est pas seulement là nuit, mais comme mère du soleil, elleesf aussi l'atirorè devant qui lès planètes brillent et s'empressetit, comme pour Persephàne. Lorsqu'elle signifie là terre comme Gérés, file est représentée avec la gerbe de blé , de même que Cérès a sa couronne d'épis : elle e$t Persephone, la graine de semence; comme cette déesse, elle a sa faucille; c'est là demi-lune qui repose sous ses pieds. Enfin, comme la déesse d'Éphèse , la triste Gérés et Proserpinë , elle est belle et brillante , et cependant sombre et noire , selon l'expression du Cantique des Cantiques : Je suis noire, mais pleine de charmes ; lesoktl ma brûlée (le Christ). Encore aujourd'hui, l'image de la mère de Dieu est noire a Naples, comme a Einsiedeln en Suisse. Elle unit ainsi le jour et la nuit, la joie avec la tristesse, le soleil et la lune (chaleur , humidité), le terrestre et le céleste.

Page 46. — Les fleurs — Les minnesinger chantent les fleurs sans jamais se lasser , et commencent tou- . jours par parler de la beauté des forêts et de leurs joyeux concerts. On pourrait, a fcxemple de l'Edda, qui appelle avec tant de grâce l'hiver, 1e deuil, la souffrance et ja misère des oiseaux, comprendre les sujets de la plupart des chants d'amour en deux classes, l'été et

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l'hiver : la joie, le réveil y la- vie des oiseaux et des fleurs, et le deuil , la langueur , le sommeil et la mort des fleurs-et des oiseaux. — Sur lasignificatfon des fleurs et des feuilles, voy. Grimm. , Altd. W. * Heft , d'après un manuscrit du quinzième siècle, dont l'auteur était peut-êtrfe du pays de Cologne, des bords de la Moselle, ou bien encore de la Flandre, de la Champagne, de la Picardie, patrie des Rèderiker ou Rhétoriciens du moyenâge, qui parlaient aussi beaucoup des fleurs. Nous trouvons ici des règles fixes et positives sut la manière dont les amans portaient les feuilles et les fleurs, par leur choix, ou par l'ordre de leurs dames. — « Chêne. Celui qui porte des feuilles de chêne, annonce par la sa force, et -fait entendre que rien ne peut rompre sa volonté. Mais s'il les porte par l'ordre de sa dame, c'est un signe qu'il ne faut point s'attaquer a lui , car le bois dé chêne est plus dur que tout autre bois. — Bouleau* Celui qui se choisit de lui-même un seid maître, et souffre volontiers les chàtimens qu'il lui impose, qu'ils soient doux ou rigoureux, celui-là doit porter le bouleau sans feuilles; celui a qui l'on ordonne de les porter doit comprendre par la qu'on ne veut pas lui montrer "trop de rigueur, çt que, cependant, on veut toujours le tenir sous la verge. — Châtaignier. Celui a qui son amour devient de jour en jour plus cher et qui «plaît à. sa dame,

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