‹ Introduction à l'histoire universelle: Discours d'ouverture prononcé à laChapitre 3 sur 10 · NOTAS · texte numérisé non relu

NOTAS

ciOe....fai vu dam un songe dn rtiktin fange de la mort quifuyaiOsans ehàussure tt dès pieds et des maint , loin de ta ville dé Raga.Je lui dis : Ettùivum, tu fais ! Voir, pour cette citation d'un poète persan, et pour tous léfc Mtailqui suivent, Chardin, t. ri, p. 413,; t. m , p. 4Q5 ; t. iv, p. £7, 58, 125, 127. — Voiraussi le magnifique ouvrage de Porter (Ker Portera travels, 1818, 2 vol. m-4°), le seid qui tnérite défaire autorité sous le rapport de l'art

Page 15. — En se tuant sous ses yeux;— À&iatfcR*< searches, m, 344; v. 268,

Page 15-— ))ans la fatalité m^.— Das Heldenbuçfe von Iran aus dem Schah Nameh des Firdussi von J. Genres (1820> Eirfehu»g. ■ - . . i .

Page 16, — Le dùn du NU. -^..Qnrarik iky'Ki

OÎi Afywrlof... |<x T « Atyv7TTÎoi<x« ènixlnloç « yH xat fctyov

Page 16.— Le grand Albuquerque*... — Comirantarios do grando Àlfonso de Àlbocpierque , çapitan ge 7 neral dalndia, etc., 1576. in-fol. , par Je Éls même d'Albuquerque. — Voir aussi TAsia Portuguezade Barros, et ses continuateurs.

ET ÉCLA1RC15SEMËNS. U y

Page !&> ~ Qm combat du deux main*.... qui ri hésite, point, à manger les pains, de proposition. — Juges , chap. m , v. iS. —Rois, liv. i, chap. xxi.

Page 23. — Réclamant pour t homme auprès du pire des Dieux...

Zsv italrip y «S* aXXot pàxapeç Bsoi otcsv gov?gç y VLrfliç tli npôfpw» àyavôç mai iictoç èV7« 2x>37r'7o0xoff flairàtvç , piSé fpetrv» acacia ttààç , A*»' aisi x«Xtir6ç t sco , xai airoXa pg {oc. i)C oultff it.i[ivr{1*t OoWo-âo? Béioio A«c5v oto'iv avawi, 7ra7wp 5 wç wrcoff 3«v.,.

Odtba.J?.

Page 26. — Aorni, etc. — Le développement et les preuves de tout ceci se placent plus naturellement dans mon Histoire Romaine.

Page28. — Le monde sémitique résistait.... — Voyez dans le 1 er vol. de V Histoire Romaine, liv. n, chap. 2, le tableau de la longue lutte du monde sémitique et du monde indo-germanique.

Page .54 . — Reiut le Phédon à Utique, mourut à Phi-. lippes, en 1 citant Euripide > ou s écria en grec sous le poi-

Il8 NOTES-

gnard de Brutus. — Voyez dans Plutarque les vies de Caton et de Brutus, et dans Suétone celle de César.

Page 32. — Rome avait repoussé les Bacchanales. — Cette invasion de Rome par les idées de la Grèce et de l'Orient fait un des principaux objets du troisième livre de mon ^Histoire Romaine (111 e liv. Dissolution de la Cité, ch. 2).

Page 32. — Le sombre Sérapis 9 autre dieude la vie et de la mort. — Adrien écrivait : « Ceux qui adorent Sérapis sont chrétiens, et ceux qui se disent évêques du Christ sont consacrés a Sérapis. . . Us (ceux d'Alexandrie ) n'ont qu'un Dieu, auquel rendent hommage les chrétiens , les juifs et toutes les nations. » Lettre d'Adrien dans Vopiscus. Saturnin, chap. 8. — Voyez la dissertation de M. Guignaut, a la suite du t. v delà trad. de Tacite, par M. Burnouf.

Page 32. — Sous le Capitale... Le sanguinaire Mithra... — Le fameux bas-relief mithriaque de la villa Borghèse, qui se trouve aujourd'hui au Louvre* avait été consacré dans le souterrain qui conduisait a travers le Mont Capitoliii du Champ-de-Mars au Forum — Du hideux teûrobûle... Voyez le mémoire de- M 1 . L'ajart, et la Symbolique de Creuzer, notes dé M. Guignant.

■ ET KCLAIRCISSBMENS. 1 1 g

Page 33* — La liberté , affamée de douleur, courut à ï amphithéâtre, et savoura son supplice....— Nous avons entre autres lettres de saint Ignace, évêque d'Antioche, celle qu'il écrivit aux chrétiens de Rome qui voulaient le délivrer et le priver ainsi de la couronne du martyre : « J'ai l'espoir de vous saluer bientôt sous les fers du Christ, pourvu que j'aie le bonheur de consommer ce que j'ai commencé si heureusement. Ce que je crains, c'est que votre charité ne me fasse tort. Je ne retrouverai jamais une occasion pareille d'arriver a Dieu ; si

vous me favorisez de votre silence, je suis a lui

Vous n'êtes point envieux ; vous enseignez les autres. Je ne veux qu'accomplir vos enseignemens. • Laissezmoi devenir la pâture des bêtes; je suis le froment de Dieu ; que je puisse , broyé sous leurs dents , être trouvé le vrai pain de Dieu;... Oh ! puissé-je jouir des bêtes qu'on me prépare.... Je vous écris vivant, mais avide et amoureux de la mort ( ovatywjv twv BvpLvv twv g^oc >î7ot/xa<rftfivwv... £ôv yàp y paya* w/xtv, èpûv toû «7ro0avsfv. ) » Cette lettre dont la critique a établi l'authenticité, n'est pas du nombre des lettres apocryphes du même père (SS. Patrum qui temporibus apostolicis floruerunt, Barnabœ, Clementis, Herniœ, Ignatii, Polycarpi opéra. Recensuit J. Clericus, Amstelaedami, 4724-, in- fol. ; p. 23-30).

Pa«e3<4. — Jevois devant moi le gladiateur expirant.. —Childc-Harold.iv> 191-2,

I see before me the gladiator lie :

He leans upon his hand — his manly broir '

Consente to dcath ! but coaquers agoriy , And bis droopM head sinks gradually low — And throngb his side the last drops , ebbrag^low From the red gash , fall heavy , one by one , Like the first of a thnnder-shower 5 and now The arena s wims around him — he is gone , | Ere ceased the inhuman shout which hailM the wretch who won.

He heard it , but he heeded not — his eyes "Were with his heart , and that was far away He reck'd not of the life he lost nor prize , But wfaere his rade but by the Dadobe lay There were his young barfoarians ail at play , There was their Dacianmother — he , their sire , Butcher'd to make a Roman holiday — - Ail this rush'd with his blood — shall he expire , And unavenged ? — Arise ! ye Goths , and glut your ire !

While stands the GoKsenm , Rome shall stand j When falls the Çoliseum, Rome shtB fafl ; And when Rome falls — 'the world

, ET ECLAïRCISSEMENS . I à I

Pagb 36. — Du Bosphore à laBatavie, — Sur rétablis* sèment des Francs aux bords du Pont-Euxin , et leur retour dans le pays des Bataves, v. Panegyr. vet. v, 1 8, et Zozim. 1 , p. 66*

Page 36. — Sous leur domination farouche et impv* toyable, C esclavage. . . — Il est visible que les Francs n'accordèrent pas au propriétaire d'esclaves une protection aussi spéciale que les Bourguignons et les Visigoths.— Voyez dans le toine iv de la Collection des Historiens de France , lex Burgundionum, tit. xxxix; et lex Ft- 8igothorum y lib. m, tit. n, § 3, 4-, 5 ; tit. m , § 9. — - Lib v> tit. iv, § 47, 18, 21 ; tit. vu, § 2, 3, 10, 11, 43> U, 16, 17, 20,21. — Lib. vi, tit. m, 6; tit. iv, 1 , 9, 11 ; tit. v, 9/20— Lib. vu, tit. i, § 6; tk. n, § 21 ; tit. m, § 1, 2, 4. — Lib. ïx, tit. i.

Page 38. -^-N'est-ce pas là Jérusalem?... — Videres mirum quiddam; ipso» infantulos, dùm obviàm habent qaaelibet castella vel urbes', si haec esset Jérusalem ad quam tenderent, rogitare. Guibert, lib. i.

Page 38.— *Les arceaux sans nombre des cathédrales... — Vers l'an 4000, le € monde du moyen-âge, étonné d'avoir survécu a cette époque , pour laquelle on lui annonçait depuis si long-temps sa destruction ( adven- .

tante mundi vespero, «tc.J , se mit a l'tuvrage avec une jciç enfantine , et renouvela la plupart des édifices religieux. — Cebit, dit un contemporain , comme si le monde , se secouant lui-même, et rejetant «es vieux lambeaux ? eût revêtu la robe blanche des églises ; çraX enim instar ac si mundus ipse exçutiendo semet, reyectà vetustate passtm candidam ecclesiarum veitem indueret* Rad. Glaber, ni, 4. «

Page 38. — Le&oinq mille statues de marbres qui courognent celle 4e Milan. — Ce nombre étonnant m'a été garanti par le savant et exact écrivain auquel nous devons la. description de cette cathédrale. Storia e déscrizione.del Duomo di Milano, esposte da Gaetano Franchetti. Milano , 4821. In-fôlio. — Voyez àu^si l'ouvrage colossal de Boissérée sur la cathédrale de Cologne. Pour que rien ne manquât a la ressemblance, ht description est restée inachevée comme le monument.

Page 39. — Un homme noir, un légiste contre l'aube du prêtre. C'est aii milieu du treizième siècle que l'in.fiuence des hommes de loi éclate dans la législation jusque-là toute féodale et ecclésiastique. Saint Louis et Frédéric II donnent presque çn même temps leurs codes , où le droit ropiain se montre , pour la première fois , ouvertement en fepe du droit féodal. Dans les

ET ÉCLÀIRCISSEMENS . % a3

$tnbH$*emen*> les Pandectes sont citées pédantesqueméat f et souvent mal comprises. C'est à ces légistes qu'il faut vraisemblablement attribuer la conduite ferme du pieux Louis IX à l'égard de la cour de Rome. Ge-

^pendant, j'avoue que ce cortège de procureurs me semble faire un peu ombre an poétique tableau du saint toi , rendant a ses sujets une justice patriarchale sous te* chêne de Vincennes. Peu à peu ces légistes devinrent les maîtres, fls régnèrent au quatorzième sièclç. Ce fut l'un de ces chevaliers en toi, Guillaume de Nogaret, qui se chargea de porter a Bonifiée VIII le soufflet dé Philippe-le-Bel. Toute la chrétienté en fut indignée.

- <t Je vois, s'écrie Dante , entrer dans Anagni l'homme des flairs.de lis (to jwrdalfao), et Christ, captif dans son vicaire. Je le vois de nouveau insulté ^et moqué , je le vois abreuvé de fiel et dç vinaigre , et mis a mort entre des brigands. » PurgaU xx, 86. J'ai rapporté phi» bas tout k morceau dans Mtalien.

(Allemagne ). Quelle que soit la sévérité du jugement que Ton va lire, le lecteur né doit pas m'accuse^ de partialité contre la bonne et savante Allemagne , aux travaux de laquelle j'ai tant d'obligation , et au j'ai des amis si chefs. J^r&oaae ne rend plus que moi justice 4 la touchante bonté, a la pureté adorable des mœurs d$

^*^izécfby(

1 a4 NOTES

l'Allemagne, à l'omniscience de ses érudits, au vaste et profond génie de ses philosophes. Sous la restauration, le public français commençait à se faire leur disciple docile , et recevait patiemment ce qu' on daignait lui révéler de ce mystérieux pays ; encore peu d'années , et peut être la France était conquise par les idées de l'Allemagne du nord , comme l'Italie l'a été par les armes de l'Allemagne du midi. Cependant quelle que soit sa supériorité scientifique, ce pays a-t-il aujourd'hui assez d'élan et d'originalité pour prétendre entraîner la France ? Le chef de ga littérature a quatre-vingts ans ; tout ce qui lui reste de ses grands hommes , ScheBïng et Hegel , Gœrres et Creuzer, sont des hommes déjà mûrs, etonj donné leur fruit. Si vous exceptez deux hommes jeunes et pleins d'espérances, Gans et Otfried TViuller , l'Allemagne ne présente guère qu'un grand atelier d'érudition et de critique , un immense laboratoire d'éditions, de recensions, d'animadversions, etc C'est un peuple d'érudits supérieurement dressés et disciplinés ; l'avenir décidera de ce que vaut cette supériorité de discipline en guerre et en littérature.

Page 4-3. — Le plus hospitalier des hommes. — Au moyen-âge, et dans la haute antiquité 4u Nord, l'hôte exige une condition du pèlerin, du chanteur, du messa-

ET ÉCLAIRCISJEMENS. I a5

çer, du mendiant (mots souvent synonymes) , c'est qu'il réponde a quelque question énigmatique. Odin, déguisé en pèlerin, propose aussi des questions a ses hôtes; il a voyagé quarante-deux fois parmi les peuples et sous autant de noms différons, Alors vint un pauvre voyageur y qui voulait aller au Saint-Sépulcre ; il avait nom Tragemundy et connaissait soixante-douze royaumes ( Chant%llemand de Y Habit décousu ou du roi Orendel). Voyez les questions du pèlerin dans le Tragemundeslied, et la dissertation de J. Grimm sur ce chant (Altdeutsche Waelder, 7Heft.i8*3.)

La tradition de saint André, dont la Légende dorée feit mention, s'en rapproche par la forme. Le diable , sous la figure d'une jolie femme, s'était glissé chez un évêque , et voulait le séduire. Tout-a-coup un pèlerin se présente à la porte , frappe a coups redoublés et appelle a grands cris. L'évêque demande a la femme s'il faut recevoir l'étranger. Qu'on lui propose , réponditelle i une question difficile : s'il sait y répondre, qu'il soit admis ; sinon, qu'il soit repoussé comme ignorant et indigne de paraître en présence de l'évêque. Qu'on lui demande ce que Dieu a fait déplus admirable dans les petites choses. Le pèlerin répond : L'excellence et la variété des figures. La femme dit alors /Qu'on lui propose une seconde question plus difficile. En quel

ia6 NOTES

point la terre est plus élevée que le ciel ? Le pèlerin répond : Dans l'empyrée où repose le corps de Jésus- Christ ( comme ehair et par conséquent comme terre). Eh bien!<lit la femme, qu'on ltfi propose une troisième question très difficile et très obscure, afin que Ton sache s'il est digne de s'asseoir a la table de l'évêque. Quelle est la distance de la terre au ciel? Alors le pèlerin au messager : Retourne a celui qui t'erifroie , et fais-lui cette demande* a lui-même , car il s'y connaît mieux que moi , il a mesuré l'espace quand il a été précipité dans l'abîme , et moi je ne suis jamais tombé du ciel. Lie messager , saisi de frayeur avait a peine apporté la réponse, que le malin disparut. — On retrouve une histoire toute semblable dans les Sagas du Nord.

Page 44 — La table commune est un autel. — La table a aussi un caractère sacré chez les peuples celtiques , témoin la fameuse table ronde d'Arthur. Mais c'est surtout dans l'Allemagne et le Nord, que l'homme se livre avec un abandon irréfléchi à ces agapes barbares, où , désaxané par l'ivresse , il se remet sans défense a la foi de ses compagnons. Ces habitudes intempérantes sont constatées dans les lois de Norwège : Les chefs de farmile doivent juger à jeun; si F un d'eux a trop mangé eu trop bu, point de jugement pour ce jour (Magnusar

ET ÉCLÀIftCISSEMENS. I27

Itanoags laga-taetira guk-things-lang , sive j*s cou*mune Norvegicum. Havniee ; 1847, in-4<\ C'est une réforme des lois antiques donnée par le roi llaguus, en 1274, dans l'île Guky. La Norwège a suivi ce Code pendant cinq siècles).

Pa6e44. — Baptême de la bière... Ritibte» et tou+ dtom mystères de ta vmttt Allemagne... Spnboksnfr sacré.,. Gravée initiations... — Ce sujet si peu connu? mérite d'être traité avec quelque détail. J'msisfl*rai' particulièrement sur les associations des chasseurs „ et* sur celles des artisans.

Grimm a recueilli deux cent cinq cris de chasse ( Ait. Wœlder, m, 3, 4, 5 e Waidspruche und Jaegers- <&*eie ). Mœser prétend en avoir connu plus de. sept cent cinquante. La langue de la chasse , telle que ces cris étudiants nous l'ont conservée/ est infiniment variée et poétique. Les chasseurs reconnaissent a la trace ,. non-seulement l'espèce ,. mais aussi le sexe, l'âge, la fécondité des animaux avec une précision çgui nous, étonne. Ils avaient soixante-douze signes pour distinguer, les uaoes d'un cerf,, la plupart de ces signes avaient un nom. Source rapport extérieur r k ten^W des cfcapseure et des ker^ers «Uemand^.e^; dejfi ipe

langue- poétique, puisqu'elle à une foule de mots qui sont autant d'images. Les contrées montagneuses du Tyrol , de la Suisse, du Palatinat et de la Souabe, sont les plus riches en pareilles expressions.

Les demandes et les réponses des ouvriers voyageurs ont, avec celles des chasseurs, une ressemblance intime et incontestable ; vous y retrouvez les couleurs et les nombres symboliques (3, 7). A son langage, a ses répliques sages , prudentes et précises , l'hôte , le compagnon ouvrier ou chasseur, reconnaît son confrère,, voit qu'il est avec son semblable, et qu'il peut se fier a lui; lès bandes de brigands même qui, par le braconnage , ont un rapport avec les chasseurs , se sont fait une langue pleine de mots poétiques, qu'ils ont su conserver depuis un temps infini. Les anciens joete, héros et nains, échangent des questions et se demandent des signes. De même , les compagnons voyageurs et chasseurs ont représenté tout le côté poétique et joyeux de leur genre de vie par des formules régulières, tour-ktour instructives et plaisantes , dont le sens profond et sérieux est déguisé par la bonne humeur.

— Bon chasseur, qu'as-tu senti aujourd'hui? R. Un noble cerf et un sanglier ; que puis-je désirer de mieux? «—•Bon chasseur, dis-moi : quel est le meilleur temps

ET ÉCLAiaCISSEMENS. I 2f)

pour toi ? JR. La neige et le dégel , c'est le meilleur temps» — Dis-moi , bon chasseur, que doit faire le chasseur de bon matin quand il se lève? JR. Il doit prier Dieu pour que la journée soit heureuse et plus heureuse que jamais'; il doit prendre son limier par la laisse, pour découvrir les meilleurs traces , il doit vivre selon Dieu, et jamais il n'aura de malheur. — Bon chasseur, dis -moi pourquoi le chasseur est appelé maître chasseur? R. Un chasseur adroit et sûr de son coup, obtient, des princes et des seigneurs , la faveur d'être appelé maître dans les sept arts libéraux (Freien Kunst).

Dis-moi , mon bon chasseur , où donc as-tu laissé ta ' belle et gentille demoiselle? R.Je l'ai laissée sous un arbre majestueux, sous le vert feuillage, et j'irai l'y rejoindre. Vive la jeune fille a la robe blanche , qui me souhaite tous les jours bonheur et prospérité ! Tous les jours, avec la rosée , je la revois a la même place ; quand je suis blessé , c'est la belle fille qui me guérit. Je souhaite au chasseur (dit-elle) bonheur et santé : puisse-t-il trouver un bon cerf !

i — Dis-moi, bon chasseur, comment le loup parle au cerf en hiver. R. Sus, sus, enfant sec et maigre, lu passeras par mon gosier ; je vais t 7 emporter dans la forêt sauvage.

lions

— Bon chasseur, dis-moi gentiment, ce qui fiuC rentrer le noble cerf de la plaine dans la foret? R. La lumière dn jour et la clarté de l'aurore. — Bon chasseur , dis-moi , qu'a fait le noble cerf sorti du bois dans k plaine? R. Il a foulé l'avoine et k seigle, et. les paysans sont furieux.

— Bon valet de chasse , fais ton devoir, et je le àaknerai ton droit de chasseur; sois actif et alerte, tu seras mon valet favori. — Debout, traînards et paresseux, qui voudriez vous reposer encore. Toi , chasseut prudes* , arrange les instrumens, fais l'ouvrage de ton père; toi, fier chasseur, tu conduiras ma meute au bois; et toi, jeune piqueur , qu'as-tu senti ? R. Bonheur et santé seront notre partage. Je sens un cerf et un sanglier; il vient de passer devant moi : mieux vaudrait l'avoir pris.

— Bon chasseur , sans te fâcher, où courent-ils donc maintenant? R. Ils courent par la plaine et par les chemins ; tant mieux pour le commun gibier; malheur au noble cerf. Entends-tu la réponse de mon chien; ils chassent par monts et par vaux. Ils sont sur k Jxmne voie; je les entends donner du cor; ils vont tuer le noble cerf. Oui, que Dieu nous favorise; que le noble cerf soit couché sur son flanc ; que leur cor nous annonce la prise du cerf, et nous allons y cou-

ET ÉCLÀIRCISSEMENS. l3l

rir a grands cris : que Dieu nous prête vie a tous.

Debout, debout, cellerier et cuisinier; préparez aujourd'hui encore une bonne soupe et un baril de vin , afin que nous puissions tous vivre en joie.

— Dis-moi , gentil chasseur , où trouves-tu la première trace du noble cerf? fi. Quand le noble cerf quitte le corps de sa mère et s'élance dans la feuillée et sur le gazon. — Dis-moi , gentil chasseur, quelle est la plus haute trace ? fi. Quand le noble cerf équarrit sa noble ramure, et qu'il en frappe les branches, quand il a renversé le feuillage avec sa noble couronne.

— Dis-moi, d'une façon gentille et polie, quel est le plus fier, le plus élevé, et le plus noble des animaux? — Je vais te le dire : le noble cerf est le plus fier, Técureuil est le plus haut , et le lièvre est regardé comme le plus noble ; on le reconnaît a sa traee. — Bon classeur, dis-moi bien vite quel est le salaire du chasseur? fi. Je vais te le dire tout de suite; le temps est beau, alors tous les chasseurs sont gais et contens ; le temps est clair et serein , alors tous les chasseurs boivent du bon vin : ainsi je reste avec eux aujourd'hui et toujours. — Dis-moi bien, bon chasseur, quels seraient, pour mon prince ou mon seigneur, les gens

les plus inutiles, fi. Un chasseur bien mis qui ne rit

f pa* , un limier qui trotte et ne prend rien, un lévrier

l3îî " NOTES

qui se repose, ce sont-la les gens inutiles. — Dis-moi, bon chasseur , ce qui précède le noble cerf dans le bois ? JR. Son haleine brûlante va devant lui dans le bois. — Dis-moi ce que le noble cerf a fait dans cette eau limpide et courante? JR. Il s'est rafraîchi, il a ranimé son jeune cœur. — Bon chasseur , dis-moi , que fait au noble cerf sa corne si jolie ? JR. Ce sont les petits vers qui font au noble cerf sa corne si joîie.— Dis-moi, bon chasseur, ce qui rend la forêt blancho , le loup blanc, la mer large, et d'où vient toute sagesse? JR. Je vais te le dire, la vieillesse blanchit le loup , et la neige les forêts, l'eau agrandit la mer , et toute sagesse vient des belles filles.

Debout,. debout, seigneurs et dames (et plus loin: vous toutes, jolies demoiselles) , allons voir un noble cerf. Debout, seigneurs et dames, comtes et barons , chevaliers, pages, et vous aussi bons compagnons qui voulez avec moi aller dans la foret. Debout, au nom de celui qui créa la bête sauvage et l'animal domestique. Debout, debout, frais et bien dispos comme le* noble cerf; debout, frais et contens comme des chasseurs. Debout , sommelier, cuisinier. *

Voyez-le courir, chasseurs, c'est un noble cerf, j'en réponds. Il court , il hésite ( wanks und schwanks), le pauvre enfant ne songe plus à sa mère ; il court au-

ET réCLAIRCISSEMENS. l33

delà des chemins et des pâturages; Dieu conserve ma belle amie. Le noble cerf traverse le fleuve et la vallée; que j'aime la bouche vermeille de mon amie. Voyez, le noble cerf fait un détour; je voudrais tenir par la main ma belle amie. Le noble cerf court au- delà des chemins ; je voudrais reposer sur le sein de ma belle amie. Le noble cerf franchit la bruyère; que Dieu protégç ma belle amie à la robe blanche. Le noble cerf court sur la rosée ; que j aime a voir ma belle amie.

( Les chasseurs boivent après avoir atteint le cerf. ) — Chasseur, dis-moi, bon chasseur, de quoi le chasseur doit se garder? R. De parler et de babiller; c'est la perte du, chasseur.

— Bon chasseur, gentil chasseur, dis-moi quand le noble cerf se porte le mieux? R. Quand les chasseurs sont assis et boivent la bière et le vin , le cerf a coutume de très bien se porter.

Quand les chasseurs s'informent de leurs chiens. Pourrais-tu me dire, bon chasseur, si tu as vu courir ou entendu aboyer mes chiens? B. Oui, bon chasseur, ils sont sur la bonne voie, je t'en réponds; ils étaient trois chiens, l'un, était blanc, blanc, b]fl#c, et poursuivait le cerf de toutes ses forces ; l'autre était fauve , fauve , fauve , et chassait le cerf par monts et par vaux,

I 34 HOTBS

le troisième était rouge, rouge, rouge, et chassait le noble cerf jusqu'à la mort* .

Quand on donne la cnrée an chien, le chaleur lui dit : Compagnon , brave compagnon , tu chassais bien le cerf aujourd'hui , quand il franchissait la plaine et les chemins, aussi nous a-t-il cédé les droits du chasseur. Oh! oh! compagnon, honneur et merci? N'estce pas un beau début? Les chasseur» peuvent maintenant se réjouir, ils boivent le: vin du Rhin et du Necker. Grand merci,, mon fidèle compagnon, honneur et merci.

Les artisans, beaucoup plus^ étroitement liés que les chasseurs , n'admettaient de nouveaux mexobres, dans leurs corporations qu'en leuf faisant subir des initiations solennelles dont on aimera peut-être a trouver ici la forme : Extrait du livre de Frisius , correcteur à AUenburg , vers f700. (Altdeutsche Waelder, durch die Brûder Grimm., 3 Heft. Cassel 1815.)

Réceptïow d'uit compagnon forgeron. — L'apprenti doit paraître devant les compagnons le jour où ils se réunissent à l'auberge* Les discours et les opérations qui 0ôt lieu sont de trois sortes ; i<* souffler le feu; 2<> ranimer le feu; 5 ft instruire.

On place une chaire au milieu de la chambre, un

BT ÉCLAIRCISSEMENS. l35

ancien se passe autour du cou un. essuie-main, dont; lès bouts retombent dans unp cuvette placée sur la table. Celui qui veut souffler le feu, se levé et dit : Qu'il «me soit permis d'aller chercher ce qu'il faut pour souffler te feu.... Une fois, deux fois, trois fois, qu'Urne soit permis d'ôter aux compagnons leurs serviettes et leurs cuvettes .... Compagnons que me reprochez-vous ?

Réponse : Les compagnons te reprochent beaucoup de choses , tu boîtes, tu pues 1 ; si tu peux trouver quelqu'un qui boîte et qui pue davantage, lève^toi et pendslui au cou tes sales lambeaux.

' Le compagnon fait semblant de chercher, et l'on introduit celui qui veut se faire recevoir. Dès que l'autre l'aperçoit, il lui pend sa serviette au cou et le place sur une chaise. L'ancien dit alors a l'apprenti : Cherfche trois parrains qui te fessent compagnon.... Alors on ranime le feu. Le filleul dit a son parrain : « Mon parrain, combien veux-tu me vendte l'honneur de porter

* Deux mois allemands qui sonnent à peu près de même , et qu on retrouvé toujours ensemble dans les vieilles chansons pour désigner en généttlcc qui est déplaisant. Ainsi dans un rans {Recueil de J.-fi. *Tyss, Rôxne, 4*26): .

Tryh yha , allsamma :

Dte hinket, die stinket, etc.

l36 NOTES

ton nom? JL Un panier d'écrevisses, un morceau de bouilli, une mesure de vin , une tranche de jambon , moyennant quoi nous pourrons nous réjouir. . . *

Instruction : Mon cher filleul, je vais Rapprendre bien des coutumes du métier , mais tu pourrais bien savoir déjà plus que je n'ai moi-même appris et oublié. Je vais te dire en tous cas quand il fait bon voyager. Entre Pâques et Pentecôte , quand les souliers sont bien cousus et la bourse bien garnie , on peut se mettre en route. Prends honnêtement congé de ton maître, le dimanche à midi après le dîner ; jamais dans la semaine ; ce n'eçt pa$ la coutume du métier qu'on quitte l'ouvrage au milieu d'une semaine. Dis-lui : Maître, je vous re* mercie de in'avoir appris un métier honorable; Dieu veuille que je vous le rende à vous ou aux vôtres, un jour ou l'autre. Dis a la maîtresse : Maîtresse , je vous remercie de m'avoir blanchi gratis; si je reviens un jour oul'autre # je vous paierai de vos peines.... Va trouver ensuite tes amis et tes confrères, et dis-leur : Dieu vous garde ; ne n>e dites point de mauvaises parodies. Si tuas de l'argent, fais venir un quart de bière, et invite tes amis et tes confrères.... Quand tu seras a la porte de la ville, prends trois plumes dans ta main et souffle-les en l'air. L'une s'envolera par-dessus les

ET ÉGLAIRCISSEMENS. l37

remparts , l'autre sur l'eau, la troisième devant toi. Laquelle suivras-tu?

Si tu suivais la première par-delà les remparts, tu pourrais bien tomber, et tu en serais pour ta jeûne vie, ta bonne mère en serait pour son fils , et nous pour notre filleul; ça ferait donc trois malheurs. Si tu suivais la seconde au-dessus de l'eau, tu pourrais te noyer, etc... Non, ne sois pas imprudent, suis celle qui volera tout droit , et tu arriveras devant un étang où tu verras une foule d'hommes verts assis sur le rivage, qui te crieront : Malheur \ malheur !

Passe outre; tu entendras un moulin qui te dira sans s'arrêter : Eu arrière, en arrière ! Vas toujours jusqu'à ce que tu sois au moulin. As-tu faim , entre dans le moulin et dis : Bonjour, bonne mère, le veau a-t-il encore du foin ? Comment va votre chien ? La chatte est-elle en bonne santé ? Les poules pondent-elles beaucoup? Que font les filles, ont-elles beaucoup d'amoureux? Si elles sont toujours honnêtes, tous les hommes les rechercheront. — Eh 3 dira la bonne mère, c'est un beau fils bien élevé ; il s'inquiète de mon bétail et de mes filles ! Elle ira chercher une échelle pour monter dans la cheminée et te décrocher un saucisson ; mais ne la laisse pas monter, monte toi-même, et descends-lui la perche. Ne sois pas assez grossier pour prendre ' le

plus long et le fourrer dans ton sac ; attends qu'elle te le donne. Quand tu l'auras reçu j remercie et va-t-en. II pourrait se trouver la une hache de meunier, que tu regarderais en pensant que tu voudrais bien faire un pareil outil , mais le meunier penserait que tu veux la prendre : ne regarde pas plus long-temps , car les meuniers sont gens inhospitaliers. Ils ont de longs cureoreilles ; s'ils t'en donnaient sur les oreilles , tu en serais pour ta jeune vie , ta bonne mère, etc.

En allant plus loin tu te trouveras .dans une foret épaisse, où les oiseaux chanteront, petits et grands, et tu voudras t'égayer comme eux; alors tu verras venir a cheval un brave marchand habillé de velours rouge, qui te dira : Bonne fortune , camarade ! pourquoi si gai? — Ehj! diras-tu, comment ne serais-je pas gai, puisque j'ai sur moi tout le bien de mon père? — Il pensera que tu as dans tes poches quelques deux mille thalers, et te proposera un échange. N'en fais rien, ni la première, ni la seconde fois. S'il insiste une troisième fois , alors change avec lui , mais fais bien attention, ne lui donne pas ton habit le premier, laisse le donner le sien. Car si tu lui donnais le tien d'abord, il pourrait se sauver au galop ; il a quatre pieds, tu n'en as que deux r e* tu ne pourrais l'attraper. Après l'échange, va toujours et ne regarde point derrière toi. Si tu regardais

ET ÉCIAIRCISSEMENS. ï&)

et ijtfil s'en aperçût, il pourrait penser que tu l'as trompe , il pourrait revenir ,' te poursuivre , et mettre ta vie en danger : continue ton chemin.

Plus loin tu verras une fc&taine.... bois et ne salis point l'eau, car un autre bon compagnon pourrait venir qui ne serait point fâché de boire.... Plus loin tu verras une potence : seras-tu triste ou gai ?

Mon filleul , tu ne dois être ni gai ni triste , ni craindre d'être pendu, niais tu dois te rejouir d'être arrivé dans une ville ou dans un village. Si c'est dans une ville, et que l'on te demande aux portes d'où tu viens, ne dis pas que tu viens de loin ; dis toujours d'ici près , et nomme le plus prochain village. C'est l'usage en beaucoup d'endroits que les gardes ne laissent entrer personne ; on dépose son paquet a la porte et l'on va chercher le signe. — .Vas donc a l'auberge 1 demander le signe au père des compagnons. Dis en entrant : Bonjour, bonne fortune, que Dieu protège l'honorable métier; maîtres et compagnons , je demande le père.

Si le père est au logis, dis lui : Père, je voudrais vous prier de me donner le signe des compagnons pour prendre mon paquet a la porte de la ville. Alors k père le donnera pour signe uji fer a cheval ou bien un grand

* Chaque métier «Tait sqb auberge chez un yieux compagnon.

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anneau , et tu pourras faire entrer ton paquet. Dans ton chemin tu rencontreras un petit chien blanc avec une jolie queue frisée. Eh ! diras-tu, je voudrais bien attraper ce petit chien et lui couper la queue, ça me ferait un beau plumet. — Non, mon filleul, n'en fais rien, tu pourrais perdre ton signe en le lui jetant, ou bien le tuer, et tu perdrais un métier honorable.... Quand tu seras revenu chez le père , a l'auberge, dis-lui : Je voudrais vous prier, en l'honneur du métier, de m'héberger moi et mon paquet. Le père te dira : Pose ton paquet : mais prends bien garde et ne le pends pas. au mur, comme les paysans pendent leurs paniers; place- le joliment sous l'établi; si le père ne perd pas ses marteaux, tu ne perdras pas non plus ton paquet. . . .

Le soir, quand on va se mettre a table , reste près de la porte ; si le père compagnon te dit : Forgeron,. viens et mange avec nous. N'y va pas si vite ; s'il t'invite une seconde fois, vas-y et mange. Si tu coupes du pain, coupe d'abord doucement un petit morceau, qu'on s'aperçoive a peine de ta présence, et a la fin coupé un bon gros morceau , et rassasie-toi comme les autres. . . .

Quand le père boira a ta santé , tu peux boire aussi. S'il y a beaucoup a boire , bois beaucoup ; s'il y a peu, bois peu; mais si tu as beaucoup d'argent, bois tout et demande si l'on pourrait avoir un commision-

ET ÉCLAIRCTSSEMENS. l4l

tiaire, dis que tu veux aussi payer une canette de bière-.. Quand viendra la nuit, demande si le bon père a besoin d'un forgeron qui dorme bien? Le père te répondra : Je dors bien moi-même ; je n'ai pas besoin d'un forgeron pour cela. Le lendemain quand tu seras levé de bonne heure , le père te dira : Forgeron, que signifiait donc ce vacarme (au matin) ? Réponds : Je n'en sais rien; les chats s'y battent, et je n'ose rester au lit.

L'ancien dira alors : Celui dont le nom ne se trouve point dans nos lettres , dans les registres de la société, celui-là doit se lever et comparaître devant la table des maîtres et compagnons ; qu'il donne un gros pour frais d'écriture, un bon pour-boire au secrétaire, et on l'inscrira comme moi-même, comme tout autre bon compagnon, parce que tels sont les usages et les coutumes du métier, et que les usages et les coutumes du métier doivent être conservés, soit ici, soit ailleurs... Que personne ne parle des coutumes et des histoires du métier , de ce qu'ont pu faire a l'auberge maîtres et compagnons, jeunes ou vieux.

Réception d'un compagnon tonnelier. — On demande d'abord la permission d'introduire dans l'assemblée le jeune homme qui doit être reçu compagnon , e

qu'on appelle Tablier de Peau de Chèvre, Lorsqu'il est introduit , le compagnon qui doit le raboter , parle ainsi :

Que le bonheur soit parmi vous ! Que Dieu honore l'honorable compagnie, maîtres et compagnons : Je le déclare avec votre permission, quelqu'un , je ne sais qui, me suit avec une peau de chèvre, un meurtrier de cerceaux, un gâte-bois, un batteur de pavés, un traître a la compagnie; il avance sur le seuil de la porte , il recule , il dit qu'il n'est pas coupable , il entre avec moi , il dit qu'après avoir étéraboté , il sera bon compagnon comme un autre. Je le déclare donc, ehers et gracieux maîtres et compagnons, Peau de Chèvre iôi présent est venu me trouver, et m'a prié de vouloir bien le raboter selon les coutumes du métier, et de bénir son nom d'honneur, puisque c'est l'usage de la compagnie. J'ai bien pensé qu'il trouverait beaucoup de compagnons plus anciens qui ont plus oublié dans les coutumes du métier , que moi, jeune compagnon , je ne puis avoir appris, mais je n'ai point voulu le refuser. J'ai consenti , car ce refus eût été ridicule, et c'était lui faire commencer bien mal ses voyages. Je vais donc le raboter et l'instruire , comme mon parrain m'a instruit; ce que je ne saurai lui dire, il pourra l'apprendre dans ses voyages. Mais je vous prie,

ET ECLAIRCISSEMENS. \/fî

maîtres et compagnons, si je me trompais d'un ou plusieurs mots dans l'opération, de ne point m'en savoir mauvais gré, mais de bien vouloir me corriger et m'instruire.

Avec votre permission je ferai trois questions : je demande pour la première fois : S'il est un maître ou compagnon qui sache quelque chose sur moi , ou sur Peau de Chèvre ici présent, ou sur son maître? Que celui-lk se lève et fasse maintenant sa déclaration.... S'irsait quelque chose sur mon compte, je me soumettrai a la discipline de l'honorable compagnie, comme c'est la coutume; s'il sait quelque chose sur Peau de Chèvre ici présent,, alors celui-ci ne sera pas tenu digne d'être reçu compagnon par moi et par toute l'honorable compagnie ; mais s'il s'agit de son maître, le maître se laissera punir aussi comme c'est la coutume.... Avec votre permission je vais monter sur la table.

L'apprenti entre alors dans la chambre avec son parrain, il porte un tabouret sur ses épaules, et se place avec le tabouret sur la table, les autres compagnons s'approchent l'un après l'autre, et lui retirent chacun trois fois le tabouret pour le faire tomber sur

l44 NOTES

la table, mais le parrain lui prête secours et le retient en haut par les cheveux; c'est ce qu'on nomme raboter ; puis on le consacre à plusieurs reprises avec de la bière.

Le parrain dit : Vous le voyez , la tête que je tiens est creuse comme un sifflet; elle a bien une bouche vermeille qui mange de bons morceaux * et boit de bons coups... C'est ici comme ailleurs l'usage et la commue du métier, que celui qu'on rabote, doit avoir, outre son parrain, deux autres compères raboteurs : regarde donc tous les compagnons et choisis-en deux qui te servent de compères.... Comment veux-tu t'appeler de ton nom de rabot? Choisis un joli nom, court, et qui plaise aux jeunes filles. Celui qui porte un nom court plaît a tout le monde, et tout le monde boit a sa santé un verre de vin ou de bière.... Maintenant donne pour l'argent de baptême ce qu'un autre a donné, et, les maîtres et compagnons seront contens de toi.

— Avec votre permission, maître N je vous

démanderai si vous répondez que votre apprenti sache son métier. A-t-il bien taillé, bien coupé le bois et les cerceaux? A-t-il été souvent boire le vin et la bière , et courir les belles filles? A-t-il bien joué et bien jouté (geturniret)? A-t-il dormi long-temps, peu travaillé,

ET ÉCLAJRCISSEMEIHS. 1 45

souvent mangé et alongé les dimanches et fêtes? A-t-il fait ses années d'apprentissage , comme il convient k un bon apprenti? R. Oui. — As-tu tout appris? B. Oui.

Eh ! ça n'est pas possible , regarde autour de toi ces maîtres et ces compagnons ; il y en a de bien braves et de bien vieux , cependant aucun d'eux ne sait tout, et tu voudrais tout savoir? Tu es loin de ton compte. Prétends-tu passer maître? — Oui. — Tu dois d'abord être compagnon. Veux -tu vdyager? — Oui.

... Sur ton chemin tu verras d'abord un tas de fumier , et dessus , des corbeaux noirs qui crieront : Il part ! Il part! Que faire? faudra-t-il reculer ou passer outre ? Réponds oui ou non... Tu dois passer outre, et dire en toi-même : Noirs corbeaux, vous ne serez pas mes prophètes. Plus loin, devant un village, trois vieilles femmes te regarderont et diront : Ah ! jçune compagnon , retournez sur vos pas, car au bout d'un quart de mille .vous arriverez dans une grande forêt où vous vous perdrez , et l'on ne pourra savoir ou vous

«tes Retourneras- tu? B. Oui. — Eh ! non, n'en

fais rien , il serait ridicule a toi de t'en laisser conter par trois vieilles femmes. Au bout du village tu passeras devant un moulin qui dira : En arrière ! en arrière ! Que feras-tu? Voila trois espèces de conseillers ,

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d'abord les corbeaux ; puis les trois vieilles femmes, et maintenant le moulin : il t'arrivera sans doute un grand malheur. Faut -il reculer ou passer, outre? JR. Oui. — Poursuis ta route et dis : Moulin, va ton train, et j'irai mon chemin... Plus loin, tu arriveras dans la grande et immense forêt dont les trois vieilles femmes t'ont parlé , foret immense et sombre; tu pâliras de crainte en la traversant, mais il n'y pas d'autre chemin; les oiseaux chanteront, grands et petits, un vent piquant et glacial soufflera sur toi, les arbres s'agiteront, wink et wank, klink et klank, ils craqueront comme s'ils allaient tomber les uns sur les autres , et tu seras dans un grand danger : Ah! diras-tu, si j'étais resté chez ma mère ! car enfin un arbre pourrait t'écraser en tombant , et tu en serais pour ta jeune vie, ta mère pour son fils , et moi pour mon filleul. Tu seras donc forcé de retourner? ou bien veux-tu passer outre?,* tu le dois.

Au sortir de la foret , tu te trouveras dans une belle prairie , où tu verras s'élever un beau poirier couvert de belles poires jaunes , mais l'arbre sera bien haut.... Reste quelque temps dessous et tends la bouche, s'il vient un vent frais, les poires tomberont dans ta bouche a foison... Est-ce la ce qu'il faut faire ? (L'apprenti répond oui, et on le rabote en lui tirant les cheveux

ET ÉCLÀIRCISSEMENS. t^J

comme il faut. )... N'essaie pas démonter sur l'arbre , le paysan pourrait Tenir et te rouer de coups; les paysans sont des gens grossiers qui frappent deux ou trois fois à la même place. Ecoute, je vais te donher un conseil : Tu es un jeune compagnon robuste : prends le tronc de l'arbre et secoue-le fortement , les poires tomberont en grand nombre. . . .Vas-tu les ramasser toutes ? R. Oui. — I^fl non pas, tu dois en laisser quelques-unes et te dire : Qui sait? peut-être a son tour un brave compagnon , traversant la forêt, viendra jusqu ? k ce poirier; il voudrait bien manger des poires, mais il ne serait pqg assez fort pour secouer l'arbre, ce serait donc lui rendre un bon service que de lui préparer des provisions.

En continuant ton chemin , tu viendras près d'un ruisseau coupé par un pont fort étroit, et sur ce pont tu rencontreras une jeune fille et une chèvre; mais le pont sera si étroit que vous ne pourrez manquer de vous heurter. Comment feras- tu? Eh bien, pousse dans l'eau la jeune fille et la chèvre, et tu pourras passer a ton aise : Qu'en dis-tu? R. Oui. — Eh ! non pas; je vais te donner un autre conseil; prends la chèvre sur tes épaules, la jeune fille dans tes bras, et passe avec ton fardeau ; vous arriverez tous trois de l'autre côté , tu pourras alors prendre la jeune fille pour te femme , car il te

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faut une femme, et tu pourras tuer la chèvre, sa chair est bonne pour le repas de noce ; sa peau te fournira un bon tablier ou une musette pour réjouir ta femme.... (L'apprenti est raboté de nouveau. )

Plus loin tu verras la ville ; quand tu en seras près , arrête-toi quelques momens , mets des souliers et des bas propres. . . . Demande l'auberge tenue par un maître, vas-y tout droit, salue tout le monde , et dis : Père des compagnons, je voudrais vous prier de m'héberger en l'honneur du métier, moi et mon paquet, de souffrir que je m'asseie sur votre banc et que je mette mon paquet dessous; je vous prie, ne me faites pas asseoir devant la porte , je me conduirai selon les usages du métier , comme il convient à un honnête compagnon.

Le père te dira : Si tu veux être un bon fils , entre dans la chambre et dépose ton paquet au nom de Dieu. Si tu vois la mère en entrant dans la chambre , dislui : Bonsoir, bonne mère. Si le père a des filles, appelle-les sœurs , et les compagnons frères. En plusieurs endroits ils ont de belles chambres, avec des bois de cerfs attachés eu mur; pends ton paquet à l'un de ces bois; s'il a plu, et que tu sois mouillé , pends ton manteau près du poêle , comme aussi tes souliers et tes bas, et fais-les bien sécher, pour être le lenr demain frais et dispos, prêt à partir; le feras- tu?

ET iCLAIRCISSEMENS. l49

JR. Oui.- 1 - Eh! non pas ; si le père a bien voulu t'héberger, entre dans la chambre, dépose ton paquet sous le banc près de la porte, assieds- toi sur le banc, et te tiens coi.

Quand le soir viendra , le père te fera conduire à ton lit , mais si la sœur veut monter pour t'éclairer... afin que tu n'aies pas peur. . . . prends garde. Quand tu es arrivé en haut, et que tu vois ton lit, remercie-la , souhaite- lui une bonne nuit, et dis-lui qu'elle descende pour l'amour de Dieu, que tu seras bientôt couché.

Le matin , quand il fait jour et que les autres *e lèvent, tu peux rester au lit , jusqu'à ce que le soleil t'éclaire, personne ne viendra te secouer, et tu peux dormir a ton aise; qu'en dis-tu? R. Oui. — Eh! non pas , mais si tu t'aperçois qu'il est temps de se lever , lève-toi , et quand tu entreras dans la chambre , souhaite le bonjour au père , à la mère , aux frères et aux sœurs; ils te demanderont peut-être comment tu as dormi ; raconte-leur ton rêve pour les faire rire.

As-tu envie de travailler en ville ..... tantôt c'est l'ancien, tantôt c'est le frère, d'autres fois c'est toimême qui dois te chercher de l'ouvrage; selon l'usage différent des lieux. Va trouver l'ancien et dis : Compagnon, je voudrais vous prier selon les usages et

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coutumes du métier ,. de vouloir bien me trouver dé l'ouvrage, je désire travailler ici : l'ancien répondra : Compagnon, je m'en occuperai... Maintenant tu vas sortir pour boire de la bière, ou pour voir les belles maisons de la ville...» N'est-ce pas. R> Oui. -, — Eh! non pas, tu dois retourner a l'auberge, jusqu'à ce que l'ancien revienne , car il vaut mieux que tu attendes* que de te faire attendre par lui. Mais, dans l'intervalle , tu verras sur ton chemin trois maîtres : le premier a beaucoup de bois et de cerceaux; le second a trois belles filles, et donne de la bière et du vin; le troisième est un pauvre maître; chez lequel travailleras-tu? Si tu travailles chez le premier > tu deviendras un vigoureux cercleur : chez le second qui donne de la bière et du vin , et qui a de belles filles, tu serais heureux , comme on dit; pn y fait de beaux cadeaux, on y boit bien, on saute avec les belles filles. Et chez le pauvre maître?.. J'entends, tu -voudrais faire fortune. Chez lequel veux*tu travailler? Tu ne dois mépriser personne , tu dois travailler chez le pauvre comme chez le riche... L'ancien te dira a son retour : Compagnon, j'ai cherché de l'ouvrage et j'en ai trouvé. Réponds : Compagnon, attendez, je vais faire venir une canette de bière. Mais si tu n'as pas d'argent, dis-lui : Compa» gnon, pour le moment je ne suis pas en fonds, mais

ET ECLAIHCISSEMENS. l5l

si nous nous retrouvons aujourd'hui ou demain, je saurai bien vous prouver ma reconnaissance.

Le maître te donnera ton ouvrage et tes outils. Après avoir travaillé quelques momens, tes outils ne couperont plus. Maître, diras-tu, je ne sais pas si c'est que les outils ne veulent pas couper, ou que je n'ai pas de goût au travail ; tournez-moi la meule pour que j'aiguise mes outils. Le feras-tu? R. Oui. — Eh ! non pas. Si tu te mets à l'ouvrage , et qu'il y ait avec toi beaucoup de compagnons, tu ne dois pas être piqué de ce que le maître ne te met pas tout de suite au-dessus d'eux : si le maître voit que tu travailles bien , il saura bien te mettre a ta place.

Demande aux compagnons s'ils vont tous a l'auberge, et ce que le nouveau venu doit mettre k la masse : ils t'en instruiront»... L'ancien te dira : Un gros, ou bien neuf fcards, selon la coutume. À l'auberge, l'ancien dira : C'est ici comme ailleurs la coutume du métier qu'on se rassemble k l'auberge tous les quinze jours, et que chacun donne le denier de la semaine. Si la mère a bien garni ta bourse , prends de l'argent et jette-le sur k table, si bien qu'il saute a la figure de l'ancien, et dis : Voila pour moi, rendes moi de la monnaie. Le ferastu? R. Oui. — Eh! non pas, prends l'argent dans ta main droite ; place-le bien honnêtement devant l'an-

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cien, et dis : Avec votre permission, voila pour moine demande pas ta monnaie, l'ancien saura bien te la rendre, si tu as donné plus qu'il ne te faut.... (Alors on le rabote pour la troisième fois.)

Si l'ancien te dit ; Compagnon , fais plaisir aux maîtres et compagnons, et va chercher de la bière; tu ne dois pas refuser. Si tu rencontres une jeune fille ou un bon ami, tu lui donneras de ta bière , entends -tu? B. Oui. — Eh ! non pas ; si tu veux faire une honnêteté à quelqu'un , prends ton argent et dis : Va boire a ma santé; quand les compagnons se seront séparés, j'irai te rejoindre; autrement, tu serais puni. A la fin durepas , lève-toi de table et crie au feu ! les autres viendront l'éteindre.... — Le parrain rentre alors et dit : Je le déclare avec votre permission, maîtres et compagnons ; tout-a-1'beure je vous amenais une Peau de Chèvre, un meurtrier de cerceaux, un gâte-bois, un batteur de pavés, traître aux maîtres et compagnons; maintenant j'espère vous amener un brave et honnête compagnon... Mon filleul, je te souhaité bonheur et prospérité dans ton nouvel état et dans tes voyages, que Dieu te soit en aide sur la terre et sur l'eau. Si tu vas aujourd'hui ou demain dans un endroit où les coutumes du métier ne soient pas en vigueur, travaille à les établir; situ n'as pas d'argent, tâche d'en gagner,

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Sais respecter les coutumes du métier, ne souffre . point qu'elles s'affaiblissent, fais plutôt recevoir dix braves compagnons qu'un mauvais , la où tu pourras les trouver ; si tu ne les trouves point , prends ton paquet et va plus loin.

Alors l'apprenti doit courir dans la rue en criant a» feu ! les compagnons viennent et lui font une aspersion d'eau froide assez abondante. Enfin vient Je repas; on le couronne, on lui donne la place d'honneur, et l'on boitj.asasanté.

Pour achevé* de faire connaître l'esprit des compagnons allemands, nous ferons connaître , d'après le bel ouvrage de Gœrres (Volksbucher), plusieurs de leurs livres populaires.

Couronne cC honneur des Meuniers , revye et augmentée, ou Explication complète de la vraie nature du Cercle, dédiée à la compagnie des Meuniers , par un garçon meunier , nommé Georges Bohrmann, donné en présent à ses compagnons pour qu'ils conservent de lui un bon souvenir. On a fait imprimer ses vers et ses écrits parce que , comme le dit Siracky à l'œuvre on connaît l* artisan. Imprimé dans cette année ( ce titre est en vers). —Ecrit en Misnie. — Le meilleur livre qu'ait produit en Allemagne l'esprit de corporation; ~ Esprit de simplicité cglmeet

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digne; versification fecile. Une première gravure en bois représenté un cercle avec des sentences mystiques ; l'explication nous apprend ensuite que tout a été créé par le cercle. À la seconde figure, l'auteur essaie de nous montrer le monde dans la croix * Vient ensuite «ne histoire de la profession dés meuniers d'après la sainte Ecriture, puis un dialogue satirique, puis un voyage poétique et une description des meilleurs moulins de Lusace, Silésie, Moravie, Hongrie, Bohême, Thuringe, Franconie ; admiration et souhaits pourjfiiremberg. — Il place en forme de triangle les noms des trois meilleurs meuniers qui aient existf . Enfin il termine dévotement par Dieu , Y architecte du monde , et pàrtinfe conclusion a la Miange de l'état du meunier. — Livre connu seulement, a ce qu'il semble, dans le nord'uie l'Allemagne.

Quelques bettes nouvelles formule» de l'honorable corps, des Charpentiers, qu'ils ont coutume de prononcer après avoir achevé un nouveau bâtiment, en attachant te fottquet ou la couronne en présence d'un grand nombre de spectateurs, pubtié.pour la première fois en cette année. Cologne et Nuremberg. — La maison est considérée comme l'image mystique de l'église visible. — Gérénio* nie dti bouquet placé sur la maison terminée. — Dis* obtttt k prononcer du haut du toit .

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Coutumes de l'honorable métier des Boulangers; comment chacun doit se conduire à t auberge et à l'ouvrage. Imprimées pour le mieux, à l'usage de ceux qui se préparent aux voyages. Nuremberg.

Origine, antiquité et gloire de l'honorable compagnie des Pelletiers. Description exacte de toutes les formules observées depuis long-temps d' après les statuts delà corporation dans les engagemens, initiations et réceptions de maître, comme aussi de la manière dont on examine les compagnons. Le tout fidèlement décrit par Jacob Wahrmund (bouche véridique), imprimé pou* la première fois. — Les pelletiers et les mégissiers se vantent d'avoir eu pour premier compagnon Dieu lui-même , attendu qu'il est dit dans l'Ecriture sainte que Dieu fit a Àdâm et Eve un habit de peau, honneur que n'ont point les autres compagnies. Le candidat doit être enfant très légitime.

Le génie symbolique des livres de compagnonage forme un contraste avec Y Eulenspiegel, le livre populaire des paysans allemands :

Eulenspiegel (miroir de hibou) ressuscité, histoire surprenante et merveilleuse de Till Eulenspiegel , fil» d'un ; paysan, natif du pays de Braunschweig , traduite du saxon en bon haut allemand, revue et augmentée de quelque* figures ; ouvrage très divertissant, suivi ctunappèn-

dice très gai; le tout bien rehaussé et bien recuit. Cologne et Nuremberg. — Esprit de grosse malice. C'est l'esprit du paysan du Nord personnifié ; Eulenspiegel fréquente toutes les classes , fait tous les métiers; c'est le fou du peuple, par contraste avec les fous des princes. — La première édition parut en 1485. A la Réforme, l'Eulenspiegel delà quatrième édition de Strasbourg fut, comme l'AUemage, moitié catholique et moitié protestant; en cette dernière qualité il se moque des papes et des prêtres. Il fut traduit en français , en vers iambiques latins, et plus tard en plusieurs autres langues. — Ce livre réussit auprès des paysans de l'intérieur de la Suisse, ces robustes montagnards chez qui la chair est si forte et si puissante, et qui s'accommodent assez des obscénités d'Eulenspiegel. — On dit que le héros du livre exista en effet, et mourut en 1350. On montrerait encore son tombeau sous les tilleuls, a Mcellen, près Lùbeck. La pierre porterait gravés une chouette et un miroir; la chouette désigne le caractère malicieux, gourmand et voleur d'Eulenspiegel.

A côté de ce livre national se place V Histoire de Faust. ,1511e est tirée d'un ouvrage plus volumineux , dont voici le titre : Première partie des péchés et des vices affreux et abominables , comme aussi des prodiges surprenons que le docteur Joannes Faustus , fameux magicien ; archi-sor-

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tier , a opéré* par sa magie jusqu'à sa fin terrible. Hambourg, 1599. — Les dépositions d'une foule de témoins oculaires prouvent l'existence de Faust a la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième. Contemporain «t ami de Paracelse, de Cornélius- Agrippa. Mélanchton ( dans ses lettres), Conrad, Gessner, Manlius in Collectaneis locorum Comniunium, parlent de Faust. Vidmann cite les paroles de LutKer à son sujet. L'abbé Tritheim, dans ses Lettres familières, le traite de fat et d'imposteur : N'cirt-il pas osé dire que si les volumes (CAristote et de Platon périssaient tous avec leur philosophie, il les rendrait au monde par son génie, comme Esdras retrouva les livres saints dans sa mémoire l — Chaque époque avait eu son Faust , auquel les contemporains attribuaient toujours quelque chose de surnaturel; tous vinrent se réunir dans le véritable et dernier Faust, qui dès lors fut le chef de tous les sorciers précédens, perfectionna le grand œuvre et fit plus encore. Faust est donc plutôt un livre qu'une personne; tout ce que l'histoire de sa vie raconte de ses tours de sorcellerie était depuis des siècles dans la tradition, et l'image de Faust fut seulement imprimée comme un tachet sur le recueil universel. — L'écrit de Vidmann se fonde sur un manuscrit autographe de Faust, que les trois fils d'un docteur célèbre de Leipzig trouvèrent dans sa

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bibliothèque. Ce manuscrit pourrait bien être de Waiger ou Wagner , disciple de Faust a qui son maître rend témoignage en ces termes : « Discret, plein de malice et de ruse, ayant assez a* esprit, passant pour muet à l'école avec les boulangers et les boucliers , mafo parlant fort bien au logis; bâtard au demeurant. » Il le fit son hétier, lui laissa tous ses livres, et lui dit avant sa mort : Je t'en prie, ne révèle que long-temps après ma mort mon art et mes opérations , alors tu rassembleras les faits avec soin pour en composer une histoire; ton esprit familier, le coq de bruyère, t'aidera dans ce travail, et te rappellera ce que tù aurais oublié; car on voudra connaître mon Ai*toire écrite de ta main.

Là littérature populaire de l'Allemagne se ferme par la Réforme^ ou plutôt elle se concentre alors dans le seul Luther , l'écrivain le plus populaire qui ait existé. Immédiatement avant cette époque (vers 1500), on distingue deux poètes, le cordonnier Hans Sachs, et le prédicateur impérial Murner. Je ne parle pas de Sébastian Brant, conseiller de Maximilien, l'auteur du Vaisseau des fous (Narrenschiff), qui eut si peu de mérite et tant de succès, et qui, peut-être, servit de modèle aux Emblemata d* Alciat. Brant place ait premier rang > parmi les fous, les amis de l'imprimerie, qui, dit-il , Qjoit tomber bientôt dans le mépris.

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Haas Sachs est plus intéressant (Voyez ses œuvre* , réimprimées a Nuremberg, 1 781 , 5 vol. in-8°, sa vi$ par Ranisch, et les ouvrages de Wagenseil, Schcebçr , Hirsch, Dunkel, Will et Riederer), Sa vie, peu fé* conde en événemens , n'en est pas moins propre à faire connaître les mœurs et la singulière culture des artisans de l'Allemagne à cette époque. - — Né en 1 494 d'un tailleur de Nuremberg, envoyé à sept ans au* écoles latines, a quinze en apprentissage chez un cordonnier, à dix-sept en voyage a Ratisbonne, Passai, Sâlzbourg, Inspruck, où il est employé comme chasseur de l'eiR» pereur Maximilien (Soin inutile de la femme, 1* r voî. dç ses œuvres , et4 e vol., p. 294, éd. 1590*). Pufe i| alla à Munich , s'arrêta à Wurtzbourg et a Francfort , puis a Coblentz, Cologne et Aix. — Son maître de poésie avait été Léonard Nuonenbek , tisserand de Nuremberg ; sur sa route , il apprit up grand nombre d# rhythmes, et, parvenu. daos la Haute-Autriche, il embrassa la résolution de se dévouer aux lettres; et (2 me vol. les Dons dés Muses), il tijtt peuaprèsaFrani> fort sa première école. Après avoir visité encore Leipzig, Lubeck, Osnabruck, Vienne, Erfurth, il revint a Nuremberg, âgé de 22 ans (1316) , d'après le désir de so* père. — Reçu maîtçe çprdopnie? , il se iparia en 1 51 9 ? fit d'abord daus ua {àflbpurg m petit çflpimerçç * # çp-r

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tourna encore peu après a la foire de Francfort. Il vécut heureux avec sa Cunégonde plus de quarante ans, en eut deux fils et cinq filles , qui moururent tous ayant lui. Il se remaria eu ^56i ( S me vol. Kunsttichen frauen . lob ). A l'âge de 76 ans , il perdit l'usage de ses facultés, et mourut a 82 ans , en 1 576.

En 1 525 , il donna un panégyrique dé la Réforme , sous Je titre suivant : Le Rossignol de Wittemberg, qu'on entend aujourd'hui partout. Dans la gravure en bois, on voit un rossignol entre le soleil , la lune et divers animaux; sur une montagne, un agneau avec uit étendard de victoire. Tout a la fin : Christus àmator. Papa peccator. Un père Spée en donna une réfutation sous le titre : A moi, contre le rossignol! — Hans Sachs écrivit aussi sur la Réforme des dialogues en prose, i 524, Le premier est intitulé : Dispute entre un chanoine et un cordonnier, ou Von défend là parole dé Dieu et une existence chrétienne. Hanns Sachs. MDXXIIH. La gravure représente, entre autres personnages , un cordonnier qui tient une paire de pantoufles a la main.

Le plus curieux des ouvrages d'Hans est celui dont nous allons donner l'analyse. Voy. page 290 de l'in-8°, i781 , et pagrlôl de l'in-24, 1821. Une courte et joyeuse pièce de carnaval, à trois personnages , savoir ; Un bourgeois , un paysan et un homme noble. Les G«-

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leaux creux. Le titre est vagué , et la moralité placée à la fin, n'a aucun rapport avec la pièce. L'auteur crut peut-être devoir entourer de ces précautions un ouvrage où il donnait l'avantage au paysan sur les autres ordres, en présence des bourgeois de Nuremberg ; et cela a une époque où la révolte pres<jue universelle des paysans d'Allemagne excitait contre eux la plus violente animosité. La pièce n'est point datée, contre l'usage de l'auteur ; mais l'allusion au nom de Gœtz von Berlichingen, général des paysans soulevés , indique qu'elle fut probablement composée après \ 525.

Le paysan veut s'asseoir avec le bourgeois pour prendre part a la joie de la fête; celui-ci le repousse avec insulte; et lepaysan, après une généalogie burlesque, . ajoute : Du côté de ma mère je suis un Gœtz (Gœtz pour Klotz, une souche , une bûche). C'est pourquoi , ceux qui me connaissent, me nomment Gœtz Tœlp Fritz. Maintenant que vous savez qui je suis, recevez-moi pour convive , et laissez-moi m'asseoir a table. — Le bourgeois : Hors d'ici, imbécille ! ne vois-^tu pas venir un noble? Que veux-tu faire ici avec nous ? — Le noble: Que. fais-tu ici, Tœlp Fritz? Ne peux-tu trouver une auberge dans le village sans venir- ici avec les bourgeois. — Le bourgeois : C'est ce que je lui disais, chevalier. — Le paysan: Dois-je vous dire a tous deux.

ce que j'ai dans Famé ? — Le noble : Parle , Tœlp , sans cela tu étoufferais. Tu es bien un vrai paysan. — Le paysan : Qui vous ouv rirait les veines depay^ns que vou$ avez , pourrait bien vous saigner a mort. — Le noble : Entendez-vous ce cheval ? Qu'on le jette du haut de l'escalier. — Le paysan : Comprenez du moins ma pensée. Adam, comme nous le dit notre curé , a été notre père a tous ; nous sommes tous ses enfans. — Le noble : Oui , mais il y a bien de la différence. Noé eut trois fils : l'un qui était un cocjuin , s'appelait Chain , et c'était un paysan. De Sem et de Japhet descendent les races de la bourgeoisie et de la noblesse. — Le paysan ; J'avais encore entendu dire que la noblesse venait de la vertu , que jadis les nobles protégeaient les veuves , les orphelins, et défendaient les pauvres voyageurs. Che-J valier , est-ce encore votre usage? — Le noble : Et toi, dis-moi, n'était-ce pas aussi le vôtre dans les temps an* ciens, a vous autres paysans, d'être simples, justes et pieux ? aujourd'hui vous n'êtes plus que des fripons , des scélérats ; vous avez la bouche dure, vous ne vous laissez pas conduire... Toi, tu n'es qu'un malotru ;> moi , je suis noble de race, j'ai toujours des provisions sans travail, j'ai des revenus et des rentes. Je suis élégant et poli quand je vais a la cour des princes. — Le paysan : Ma politesse à moi , c'est de labourer, de se-

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mer, de moissonner., de battre le grain , de couper le foin , d'arracher les herbes , et tant d'autres travaux par lesquels je vous nourris tous deux... Oh! je sais bien comment vous vivez l'un et l'autre. Dites-moi, noble seigneur , votre cheval n'a-t-il jamais sur une route mordu la poche d'un marchand ?

Le paysan prouve ensuite par des raisons burlesques qu'il est plus heureux que le noble et le bourgeois ; ce que sans doute les véritables paysans* n'auraient point accordé. Suivent beaucoup de détails de mœurs assez curieux sur letcostumes , les jeux du peuple et lesalimens des différentes classes de la société. Le noble convaincu, finit par dire : Morbleu, le paysan dit vrai. Viens , je veux faire le carnaval avec toi . Nous verserons bravement , nous boirons , nous jouerons a qui mieux mieux. — Le bourgeois conclut : Me6 bons seigneurs , ne nous accusez point , si nous sommes restés long-temps avec ce paysan grossier : il ne pouvait être plus poli , comme dit. le vieux proverbe : Mettez un paysan dans un sac , les bottes passeront toujours. En vivant avec les gens grossiers , cm devient grossier comme eux ; il* faut donc que les jeunes gens, etc. Hans Sachs vous souhaite une bonne nuit. »

Rien n'est plus opposé au génie d'Hans Sachs que celui de Murner. Le cordonnier de Nuremberg vise à

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l'élégance, parle toujours de fleurs et de bocages, et tombe souvent dans la fadeur. Murner, docteur , prédicateur, poète lauréat, affecte la grossièreté pour' se faire entendre du peuple. Ses satires mordantes ( la compagnie des fripons, et la conjuration des fous, Schelmenzunft , Narrenbeschwœrung) , inspirée par la corruption mercantile de Strabourg, noftt rien qui fasse penser a la vieille Allemagne. Nous n'en citerons que les passages suivans.

« Il y en a qui veulent décider de ce qui se fait dans l'Empire, juger où l'Empereur en eu avec l'Allemagne ou l'Italie, etpourtant, a bien examiner, personne ne le leur commande. A qui les Vénitiens empruntent* Us? Comment veulent-ils vendre? Comment le pape tient-il maison? Pourquoi le Français ne reste- il pas dans l'alliance du roi des Romains? Que nous mangions ou nous buvions , nous déplorons là puissance de ce rusé ( Louis XII) , qui veut nous faire la queue , le roi d'Aragon ne veut pas trop bien récompenser ceux de Venise; le Turc passe la mer, ce qui nous chagrine fort le cœur ; sans parler des villes de l'Empire qui nous ont fait ceci et cela, mais ce ne sera point sans vengeance /.., Mon bon ami, songe a tes affaires; laisse les villes impériales pour villes impériales ; bois plutôt de bon vin ; l'Empire n'en perdra aucune ville. — .... Avoir peu et dé-

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penser beaucoup, écarter les mouches des seigneurs, fourrera la dérobée dans son manteau, jeter des pierres dans les fenêtres, écrire de petits libelles anonymes, pousser ensemble avec des mensonges, se grimer dans l'habit de prêtre.. • Est-ce ma faute , si je les place ici. Je suis pour cette année secrétaire de la compaqnie des fripons» Qu'ils en choisissent un autre. »

Page 45. — Se faire f homme d'un autre.... Est-il permis a un vassal de cracher , tousser, éternuer ou se x moucher en présence de son seigneur ? ne mérite-t-il pas punition pour ne pas s'être tenu droit, ou avoir chassé les mouches en sa présence? Le Jusfeudale Alemanieum pose ces deux questions. — Cette dépendance servile dans la forme était ordinairement anoblie par la sincérité du dévoûment ; il éclate d'une manière touchante dans ces vers d'Harmann de Aue : « Ma joie ne fut jamais sans inquiétude jusqu'au jour où je cueillis pour moi les fleurs du Christ que je porte aujourd'hui ( les insignes de la croisade ) ; depuis que . la mort m ? a privé de mon seigneur , il entre pour la meilleure part dans ma joie, et la moitié de mon pèlerinage est pour lui. » Goerres. Recueil des Minnesinger. Citations de la préface.

Grimm (ûber den aUdeutschen Meistergesang , iSH )

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a fort bien établi que généralement le poète $ comme le chevalier, était Y homme du prince,. et subsistait de ses présens. La poésie louangeuse était, a ce qui semble, un service féodal , comme celui de l'ost et du plaid. Voici des vers où un meistersinger s'efforce de provoquer par des louanges mêlées de reproche la générosité du pauvre et chevalereux empereur, Rodolphe de Habsbourg." « Le roi des Romains ne donne rien, et pourtant il est riche comme un roi : il ne donne rien, mais il est braVe comme un lion ; il ne donne rien , mais il est très chaste; il ne donne rien, mais sa vie est irréprochable.— Il ne donne rien, mais il aime Dieu et respecte ïa vertu des femmes ; il ne donne rien , mais jamais homme n'eut un plus beau corps ; il ne donne rien, tnais il est sans taches ; il ne -donne rien, mais AT e^t sage et pur. — Il ne donne rien, mais il juge avec équité ; ij ne donne rien , mais il aime l'honneur et la fidélité ^ iltie donne rien, mais il est plein de vertus; hélas ! il ne donne rien a personne ! Que dirai-je encore ? il -ue donne rien , mais c'est un héros plein de grâces et de prestesse : il ne donne rien ; le roi Rodolphe, quoi qu'on puisse dire et chanter a sa louange. »

Page 46. — Frau La Vierge.,.*.. Il peut être

curieux de mesurer tout le chemin Qu'avait fait l'idéal

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